Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 6,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF - EPUB - MOBI

sans DRM

Les régions côtières du Pérou septentrional

De
600 pages

La division régionale du Pérou est à la fois simple et bien contrastée. Trois grands ensembles géographiques, parallèles et de direction grossièrement méridienne, s’ordonnent à partir de la cordillère des Andes qui en forme l’armature, flanquée de part et d’autre de ses piémonts amazonien et pacifique. Ainsi l’architecture du Pérou assemble trois éléments : la Costa, la Sierra et la Selva, fortement individualisés par le milieu, les populations, l’occupation du sol et l’aménagement de l’espace. L’Amazonie, malgré des efforts récents de pénétration et de colonisation, reste un monde encore vide et dont la richesse demeure potentielle, sauf sur ses marges andines. La Sierra, qui fut le centre de gravité de l’empire inca et le siège d’une forte activité espagnole, n’est plus qu’un vaste centre d’exploitation minérale et un réservoir d’hommes et d’énergie, mosaïque de hautes contrées mal reliées, soumises à une économie coloniale et asphyxiées par la surpopulation rurale. La Côte, malgré des conditions climatiques rigoureusement arides, est un cadre favorable à l’occupation humaine. Les températures tièdes y sont clémentes à l’homme et aux plantes, la montagne toute proche fournit l’eau en relative abondance et la configuration du relief comme sa position littorale favorisent la vie de relations. De vieilles civilisations ont façonné pendant près de trois millénaires de vastes oasis admirablement bien aménagées, puis le vice-royaume des Indes y a bâti sa capitale, Lima ; enfin, la révolution économique et politique du siècle dernier et les bouleversements techniques du siècle présent ont fait de la Côte l’ensemble le plus peuplé, le plus productif et le plus dynamique du Pérou.


Voir plus Voir moins
Couverture

Les régions côtières du Pérou septentrional

Occupation du sol, aménagement régional

Claude Collin Delavaud
  • Éditeur : Institut français d’études andines
  • Année d'édition : 1968
  • Date de mise en ligne : 21 mai 2014
  • Collection : Travaux de l’IFÉA
  • ISBN électronique : 9782821845244

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • Nombre de pages : 600
 
Référence électronique

COLLIN DELAVAUD, Claude. Les régions côtières du Pérou septentrional : Occupation du sol, aménagement régional. Nouvelle édition [en ligne]. Lima : Institut français d’études andines, 1968 (généré le 20 novembre 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/ifea/1296>. ISBN : 9782821845244.

Ce document a été généré automatiquement le 20 novembre 2014. Il est issu d'une numérisation par reconnaissance optique de caractères.

© Institut français d’études andines, 1968

Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540

Sommaire
  1. Avant-propos

  2. Introduction

  3. Première partie. Les fondements de l'occupation du sol

    1. Chapitre premier. Le milieu

      1. A. — LA RETOMBEE OCCIDENTALE DES ANDES
      2. B. — LE PIEMONT ET LES PLAINES COTIERES
      3. C. — LE CLIMAT
      4. D. — LES GRANDES DIVISIONS BIOLOGIQUES DE LA COTE
      5. E. — LES SOLS
      6. F. LES EAUX SUPERFICIELLES ET SOUTERRAINES
      7. CONCLUSION
    2. Chapitre II. Les fondements historiques et humains

      1. A. — LE PEROU PRECOLOMBIEN
      2. B. LE NORD COTIER A L’EPOQUE COLONIALE
      3. Conclusion
      4. C. — LES POPULATIONS COTIERES ET LEUR DYNAMISME
      5. CONCLUSION
    3. Chapitre III. La mise en valeur agricole

      1. A. — LES FOYERS DE PEUPLEMENT
      2. B. — LES PAYSAGES RURAUX CORRESPONDENT AUX TYPES D’EXPLOITATIONS AGRICOLES ET A LEURS SYSTEMES DE CULTURE
      3. C. L’EAU
      4. CONCLUSION
    4. Chapitre IV. La petite exploitation

      1. A. — LES CARACTERES DE LA PETITE EXPLOITATION
      2. B. LES SYSTEMES DE CULTURE ET LES TYPES DE PETITES EXPLOITATIONS
      3. CONCLUSION
    1. Chapitre V. La grande et la moyenne exploitation et l’ère des reformes

      1. A. — LES HACIENDAS
      2. B. LES SYSTEMES DE CULTURE DE LA GRANDE ET DE LA MOYENNE EXPLOITATION
      3. C. — LA MOYENNE EXPLOITATION A L’HEURE DES REFORMES
    2. Conclusions de la première partie

  1. Deuxième partie. La vie régionale

    1. Chapitre premier. Les oasis méridionales

      1. A. L’OASIS DU CHAO-VIRU
      2. B. L’OASIS DE SANTA CATALINA (RIO MOCHE)
      3. C. — L’OASIS DE CHICAMA
    2. Chapitre II. Les oasis centrales

      1. A. — L’OASIS DE JEQUETEPEQUE
      2. B. — LA VALLEE DE Saña
      3. C. — L’OASIS DE LAMBAYEQUE
      4. D. — LES MARGES SAHELIENNES
    3. Chapitre III. Les oasis septentrionales

      1. A. — L’OASIS DE PIURA
      2. B. — L’OASIS DU CHIRA
      3. C. — LES ETABLISSEMENTS LITTORAUX DU PIURA
      4. D. — L’OASIS DE TUMBES ET SES DEPENDANCES
    1. Chapitre IV. Les regroupements régionaux

      1. A. — LES FONDEMENTS DE LA VIE DE RELATION
      2. B. TRUJILLO ET SON ARRIERE-PAYS
      3. C. — CHICLAYO ET SON ARRIERE-PAYS
      4. D. — PIURA ET SON ARRIERE-PAYS
  1. Conclusions générales

  2. Bibliographie

  3. Table des figures

  4. Table des photographies

Avant-propos

1Aboutissement, mais non le terme, d’une série de travaux consacrés à l’occupation des piémonts arides, cette thèse plonge en fait ses racines dans la jeunesse particulièrement riche en expérience dont me firent cadeau mes parents. L’un et l’autre fort attirés par la nature m’entraînèrent, dès l’âge de l’école primaire, à parcourir toutes les régions de France, traversant une année les Ardennes, ou me hissant l’année suivante sur les sommets pyrénéens et ainsi de suite, toujours à pied et sac au dos. A ce rapprochement de la nature, auquel je dus dès le temps des humanités mon goût de la géographie, devait s’ajouter une formation universitaire dirigée par mes maîtres de la Sorbonne.

2J’y retrouvai M. Perpilleu dont j’avais déjà apprécié l’enseignement au lycée Henri-IV, et j’eus le privilège de commencer cet apprentissage en assistant aux derniers cours du doyen André Chollcy. M. Pierre Birot me révéla les mécanismes de la géographie physique et me fit découvrir tout le profit d’une analyse scientifique exigeante, tandis que MM. Chabot, Despois et George m’initiaient à démêler les fils complexes de la géographie humaine et régionale. A Nancy, MM. Guilcher et de Planhol encouragèrent mes premières enquêtes en milieu aride, en acceptant des mémoires de diplôme élaborés en Turquie. Mais je dois à M. Jean Dresch, outre d’avoir guidé tous mes travaux sur les piémonts d’Iran et d’Afghanistan et de diriger le présent ouvrage, de m’avoir indiqué par son exemple la voie difficile d’une alliance de la rigueur de l’observation scientifique et d’une conception humaniste de la géographie. Je devais retrouver ces mêmes vues synthétiques liées à la plus profonde connaissance des problèmes latino-américains chez M. Pierre Monbeig qui voulut bien parrainer mes travaux au C.N.R.S. et m’accueillir à l’Institut des hautes études d’Amérique latine de Paris. La décision de faire une thèse sur le piémont septentrional du Pérou a été due à l’intervention de M. Olivier Dollfus qui me présenta à M. François Chevalier, directeur de l’Institut français d’études andines de Lima. Il devait également, par sa grande connaissance du Pérou et ses conseils sur le terrain, m’éviter bien des faux pas dans la recherche et la délimitation de mon sujet. J’eus enfin la chance que MM. Dresch et Dollfus reviennent au Pérou et qu’ensemble nous puissions arpenter mon terrain.

3Deux années complètes, puis deux missions d’un trimestre passées au Pérou et consacrées à mes seuls travaux, m’ont permis de parcourir mon domaine et de recueillir la documentation existante. Ici, ma femme Geneviève, en participant à l’ensemble des enquêtes et en m’accompagnant même dans les excursions les plus rudes, m’a apporté l’aide morale et matérielle indispensable dans un isolement aussi long et des conditions de résidence souvent très frustes.

4Mais la conduite à terme de cette étude n’aurait pu être réalisée sans l’esprit de coopération systématique que j’ai rencontré au Pérou. De la part des Français, M. Dorget notre ambassadeur et M. Decourcelle, conseiller culturel et ami de longue date, m’apportèrent tout le soutien des services de l’ambassade ; de la part des Péruviens, je devais recevoir le concours de centaines de personnalités que je prie de m’excuser de ne pouvoir toutes nommer ici. Je désirerais cependant les remercier et tout notamment celles qui jalonnèrent de façon décisive l’élaboration de cet ouvrage. C’est ainsi que je reçus le meilleur accueil des géographes de l’Université de San Marcos et tout d’abord de la Directora Dumbar Temple et du Dr Pulgar Vidal. L’anthropologue social, le Dr Matos Mar, m’accompagna sur le terrain et me confia quatre de ses étudiants et, lui et sa femme, m’ouvrirent toujours les portes de leur Institut comme de leur maison. Le géographe Carlos Peñaherrera et l’architecte Mlle Aura Garcia, de l’Institut national de planification, me firent bénéficier, en échange de ma collaboration scientifique, de toute la documentation et aussi de l’autorité de cet organisme sur les ministères et les administrations régionales.

5Dans ces dernières je devais, en effet, trouver un accueil toujours courtois et serviable qui prenait le plus souvent un tour amical. Je conserve le plus vif souvenir des randonnées effectuées en compagnie des ingénieurs Zegarra et Portugal, de la Direction des eaux d’irrigation de Piura et Lambayeque ou de déchiffrements inlassables de statistiques agricoles quelque peu confuses, partagées avec le directeur de la zone agraire de Trujillo, l’ingénieur Salcedo. Enfin, le préfet du Lambayeque, Pastor Boggiano, voulut bien me faire entrer dans la commission du développement départemental et, lui et le directeur de la Banque de l’habitat, Luiz Ortiz de Zevallos, présentèrent mes travaux à M. le Président de la République, l’architecte Fernando Belaunde Terry, qui voulut bien leur témoigner par la suite son intérêt.

6Dans les communautés indigènes comme dans les plantations, j’ai éprouvé les lois de l’hospitalité péruvienne et j’ai reçu toutes les facilités pour réaliser mes enquêtes. Les hacendados Mac Lauchlan, Fernando Pardo et Otto Zoeger me firent survoler tout le Nord dans leur avion et, ensemble, nous avons appris à connaître l’infinie variété des paysages septentrionaux. L’ingénieur York Sellschop m’entraîna aux quatre points cardinaux de l’immense hacienda Casa Grande et notre compatriote Peresse et MM. J. d’Ornellas Pardo et Hernandez de Aguerro mirent généreusement à ma disposition leur maison, des jeeps et des chevaux. Enfin, avec les frères Eduardo et Carlos Schaeffer, nous avons bien souvent parcouru, à l’ombre des caroubiers, les derniers grands domaines patriarcaux du Piura et retracé sur le terrain l’histoire de cette belle vallée. A eux comme à tous les autres, je dois la ferme conviction de n’avoir pu mener au but ces recherches que grâce à l’aide efficace que seule procure l’amitié.

7L’impression de cette thèse a été due à une subvention des Relations culturelles des Affaires étrangères dont dépend l’Institut français d’études andines de Lima, auxquelles je dois déjà un séjour de deux années au Pérou comme chargé de recherche.

8Cette étude se propose de décrire et d’expliquer les caractères de l’occupation du sol et de l’aménagement de l’espace dans le Nord côtier du Pérou et de tenter d’en définir les regroupements et les dynamismes régionaux. L’accessibilité de tous les sites habités et une cartographie au 200 000e ont favorisé les enquêtes sur le terrain tandis que le quadrillage urbain et administratif fournissait une documentation statistique de base pour l’étude économique. Mais cette zone est importante par ses dimensions et les douze cent mille habitants qu’elle abrite et la diversité des activités rurales et urbaines en fait un sujet bien vaste pour une étude régionale. Aussi en avons-nous limité l’étude physique aux seuls éléments qui ont eu une influence sur l’occupation du sol, soit, avant tout, ceux du climat et de ses conséquences hydrologiques, biologiques et pédologiques. Nous avons, par contre, sans avoir l’ambition de faire œuvre d’historien, essayé d’attribuer à l’histoire tout ce qui lui revient dans la structure agraire.

9Si la description régionale a été rendue possible par nos longues randonnées et des enquêtes systématiques dans les soixante-dix-huit districts de notre domaine, nous avons eu plus de difficulté à définir et analyser les grands secteurs et les courants économiques à partir d’une documentation très inégale en importance et en valeur suivant les secteurs géographiques ou les types d’activités. Nous n’avons voulu en aucun cas ignorer la masse importante des statistiques qui fournit souvent, à défaut d’exactitude, des ordres de valeur ou des aspects comparatifs intéressants. Elle est fortement représentée dans les cent cinquante tableaux et de nombreux graphiques et, dans la mesure du possible, nous en avons signalé la portée. Le recensement de population de 1961 et les cadastres de la Direction de l’irrigation qui forment les éléments principaux de l’étude des foyers de peuplement et de la structure agraire donnent du reste des garanties solides de valeurs sinon exactes, du moins bien approchées, et ce sont plus les statistiques de production qu’il faut manier avec précaution.

10Enfin, la mobilité des cultures et les variations extrêmes de la production en fonction des irrégularités climatiques et des conjonctures internationales nous ont fait choisir les éléments les moins circonstanciels de la vie régionale. Celle-ci est décrite plus en fonction de ses structures fondamentales et du dynamisme interne que de ses données numériques exactes et purement accidentelles. Aussi, nous avons établi la plupart des tableaux sur l’ensemble des années 1960-1965 qui correspondent à une progression économique mesurée et non sur les années suivantes qui ne reflètent que les à-coups des oscillations extrêmes du climat ou de crises de mévente internationales. Ces dernières années n’ont été retenues que pour donner les limites d’une économie encore trop tributaire du milieu physique et des marchés étrangers.

11La conduite à terme de cet ouvrage a donc été plus le résultat d’une étude très poussée sur le terrain et la mise à profit de la collaboration de tous ceux qui animent ce vaste domaine qu’une analyse abstraite de documents encore trop inégaux.

Introduction

1La division régionale du Pérou est à la fois simple et bien contrastée. Trois grands ensembles géographiques, parallèles et de direction grossièrement méridienne, s’ordonnent à partir de la cordillère des Andes qui en forme l’armature, flanquée de part et d’autre de ses piémonts amazonien et pacifique.

2Ainsi l’architecture du Pérou assemble trois éléments : la Costa, la Sierra et la Selva, fortement individualisés par le milieu, les populations, l’occupation du sol et l’aménagement de l’espace. L’Amazonie, malgré des efforts récents de pénétration et de colonisation, reste un monde encore vide et dont la richesse demeure potentielle, sauf sur ses marges andines. La Sierra, qui fut le centre de gravité de l’empire inca et le siège d’une forte activité espagnole, n’est plus qu’un vaste centre d’exploitation minérale et un réservoir d’hommes et d’énergie, mosaïque de hautes contrées mal reliées, soumises à une économie coloniale et asphyxiées par la surpopulation rurale. La Côte, malgré des conditions climatiques rigoureusement arides, est un cadre favorable à l’occupation humaine. Les températures tièdes y sont clémentes à l’homme et aux plantes, la montagne toute proche fournit l’eau en relative abondance et la configuration du relief comme sa position littorale favorisent la vie de relations. De vieilles civilisations ont façonné pendant près de trois millénaires de vastes oasis admirablement bien aménagées, puis le vice-royaume des Indes y a bâti sa capitale, Lima ; enfin, la révolution économique et politique du siècle dernier et les bouleversements techniques du siècle présent ont fait de la Côte l’ensemble le plus peuplé, le plus productif et le plus dynamique du Pérou.

3Les caractères de la Côte ne sont cependant pas uniformes du Sud au Nord. L’aridité diminue du Chili à l’Equateur et les oasis augmentent donc en densité et en importance. L’occupation précolombienne avait déjà été marquée par des cultures régionales fortement originales au Sud et au Nord, mais la conquête espagnole, en bâtissant la nouvelle capitale sur la Côte centrale, va déterminer successivement l’établissement des grandes plantations créoles, du commerce, des banques et des industries à l’ombre de l’administration, déclenchant une migration humaine vers ce large marché de consommation et de l’emploi.

4La Côte sud, à la belle exception de la vaste et industrieuse oasis d’Arequipa, est pratiquement déserte et livrée à la seule exploitation minérale.

5La Côte nord est d’une tout autre facture. Sans disputer à la Côte centrale son rôle de premier plan dans la production agricole et industrielle et dans la conduite administrative et économique du pays, elle occupe le premier rang dans la hiérarchie des ensembles provinciaux par le niveau de sa production agricole et énergétique, par le total de son produit des exportations et par le revenu per capita de ses habitants. Elle forme, de surcroît, un groupe régional géographiquement original et homogène.

6Le voyageur qui se rend de Lima vers l’Equateur en longeant la Côte perçoit des nuances sensibles dans l’évolution du paysage au cours de la longue étape qui le mène de la vallée du Santa à celle du Virû, à travers 130 km de rivages ou de chaînons désertiques. La mer de stratus qui domine en permanence la Côte centrale, presque neuf mois par an, se fait moins dense et se déchire dans la matinée. Le soleil, si rare pendant tout le long hiver liménien, éclaire ici un décor sensiblement plus tropical. La patine gris jaunâtre qui recouvre uniformément les versants rocheux et les épandages désertiques de la Côte centrale va peu à peu évoluer vers des teintes plus vives. Les parois des versants passent au brun ou même au rouge et les grands glacis, suivant l’âge des terrasses, offrent une palette qui varie de l’ocre au mauve, tandis que l’alizé pousse vers le Nord des barkhanes de sable clair ou jaune vif. Le désert quasi absolu du Centre et du Sud se fait plus accueillant en Libertad quand les taches vertes des nebkas font suite aux coussinets gris sombre des épiphytes à brouillards et surtout, au nord de Lambayeque, quand il fait place à une steppe à caroubiers.

7Les limites de ce domaine sont donc assez franches. Au nord, la frontière équatorienne correspond, à quelques faibles retouches près, historiquement, à celle de l’Audience de Quito et géographiquement, au terme de l’anomalie tropicale aride littorale. Au sud, si ethniquement, climatiquement et économiquement la zone septentrionale côtière commence bien, comme il a été vu, au-delà du grand no man’s land désertique qui sépare les oasis de Santa et de Chao, en revanche une certaine confusion administrative préside à sa délimitation. Le département d’Ancash, situé entre Lima et notre domaine, fut souvent et reste parfois inclus dans le Nord dans certaines statistiques. Enfin, contre toute cohérence géographique, on a tenté, chez certains planificateurs, de lier son sort à La Libertad en créant un « petit Nord » à l’imitation du Norte Chico du Chili voisin. Depuis 1965, cependant, une réaction est venue de la part de plusieurs organismes publics. Le ministère de l’Agriculture a établi ses statistiques1 en classant régionalement l’Ancash dans le Centre et l’Office national de planification urbaine2 rompt avec le découpage artificiel des petit et grand Nord en accordant à chacun des trois centres urbains du Nord côtier une influence régionale propre dans la zone septentrionale. Ces décisions facilitent heureusement l’étude économique en faisant coïncider la documentation statistique et la géographie.

8Les limites du domaine côtier vers l’intérieur sont plus délicates. Admi-nistrativement, le découpage départemental est indifférent au milieu. La Libertad s’étend sur la Côte, la Sierra et même l’Amazonie ; le Piura, sur la Côte et la Sierra ; et, seuls, le Tumbes et le Lambayeque ont des territoires uniquement côtiers à de très faibles exceptions près. Par contre, le dépar­tement andin de Cajamarca atteint la Côte dans les trois vallées de Jeque-tepeque, Saña et Chancay. Les provinces, soit au Pérou nos arrondissements français, correspondent déjà plus aux milieux côtiers et montagneux avec toutefois de nombreuses approximations, notamment dans le Piura. Les recensements et publications de statistiques agricoles ont adopté avec l’administration générale, le critère de 2 000 m pour délimiter la Côte et la Sierra. Cela correspond pour la plus grande partie du Pérou à une réalité de géographie physique et humaine. La courbe des 2 000 m coupe le versant occidental des Andes entre le piémont et les bassins de réception des fleuves côtiers, c’est-à-dire en plein désert. Le cours de rivières est alors limité à une longue et profonde gorge de raccordement pratiquement inhabitée. Au-dessus vivent les peuples andins avec leur occupation du sol liée aux systèmes de culture sèche. Au-dessous, se sont établis les peuples côtiers avec leur aménagement des oasis, inséparable de l’irrigation.

9Le schéma est rigoureux jusqu’à la rivière Chancay en Lambayeque. Plus au nord, il existe tout en étant un peu moins net, les pluies estivales permettant une occupation des versants intermédiaires entre le piémont et les bassins andins. Le relief fort raide et l’irrégularité des précipitations limitent cependant considérablement leur occupation. Seule la vallée du Quiroz, dans la province d’Ayabaca, n’offre aucune solution de continuité entre la Côte et la Sierra, et le critère de 2 000 m reste purement administratif.

10La grande originalité du Nord côtier réside dans le nombre et l’importance des oasis. Des Andes bien arrosées descendent en effet une douzaine d’oueds et dix fleuves d’écoulement pérenne qui sont à l’origine d’autant de belles vallées montagnardes se terminant par de vastes plaines alluviales côtières. Les larges éventails deltaïques de six d’entre elles couvrant plus de 100 000 ha arables dont un bon tiers irrigable grâce aux généreux débits de ces rivières andines, de grandes civilisations pré-incaïques y ont trouvé de puissants supports agricoles. Ainsi le survol de ces régions fait apparaître d’innombrables témoignages de l’aménagement du sol préhispanique et notamment des ouvrages de grande hydraulique. Actuellement, l’occupation du sol est marquée par l’opposition fondamentale entre les terres des commu­nautés indigènes, avec leurs villages et leurs hameaux disséminés dans des bocages touffus, et les champs immenses et nus dominés par les grandes exploitations modernes. Pareille confrontation est un trait particulier au Nord. Elle a pratiquement disparu au Centre et au Sud où les communautés villageoises indigènes et leur mosaïque de petits champs ne sont plus que des reliques totalement isolées. La permanence d’un fort secteur rural populaire est propre à tout le Nord côtier, mais son importance croissant au fur et à mesure que l’on progresse vers l’Equateur, souligne les nuances régionales de tout l’ensemble. En effet, le contraste entre l’occupation indigène et la grande exploitation créole ne fait pas que s’imprimer dans le paysage ; il commande en fait l’économie tout entière.

11Agricole d’abord, l’activité est marquée par l’opposition entre les cultures vivrières et d’exportation, leurs proportions variant tout au long de notre domaine. Au Sud, la canne à sucre écrase, encercle ou relègue sur les marges ou sur les oueds les cultures vivrières traditionnelles. Au Centre, elle s’équilibre avec le riz sur les grandes plantations tandis que les terroirs de petite polyculture occupent de larges secteurs. Ici commencent les campagnes densément boisées qui caractérisent notre zone par rapport à tout le reste de la côte péruvienne d’où l’arbre a été proscrit par les grandes exploitations dominantes. Au Nord, enfin, les grandes exploitations de coton ou de riz se réduisent à de larges trouées claires dans la masse sombre des caroubiers ou des bocages. Dans ces derniers, une profusion extrême de plantes vivrières croît à l’ombre des manguiers, bananiers ou cocotiers. Nous sommes parvenus aux confins septentrionaux du Pérou et le désert tiède et triste chilo-péruvien cède enfin la place à l’exubérance tropicale.

12Mais le Nord ne limite pas toute son activité à l’agriculture. Après le véritable désert urbain qui caractérise la côte péruvienne de Lima à La Libertad sur 540 km, à la seule exception de la nébuleuse industrielle de Chimbote, le Nord côtier abrite sur moins de 500 km trois cités de 100 000 hab. : Trujillo, Chiclayo et Piura, alors que tout le reste du Pérou provincial n’en totalise que cinq autres, dont quatre de 30 000 à 70 000 hab. Cette zone paraît donc relativement équilibrée. Géographiquement, les secteurs méridionaux, centraux et septentrionaux ont pratiquement les mêmes aires cultivables et des ressources hydrauliques semblables. Y correspondent des populations, sinon égales, du moins de même ordre de grandeur et ce sont plus les différences sociologiques et sociales qui confèrent leurs véritables nuances à ces régions. Outre les orientations agricoles, les rapports numériques entre les grandes plantations et les communautés de petits cultivateurs déterminent la plus ou moins grande vitalité urbaine et par là une relative autonomie régionale.

image

13Le Nord côtier est donc un ensemble régional bien délimité. Son accessibilité et une cartographie au 1/100 000e ou au moins au 1/200 000e en facilitent l’étude sur le terrain, de même qu’une documentation statistique plus avancée que celle de la Sierra en favorise l’étude économique. Mais c’est avant tout un domaine original dans le Pérou, tant par son cadre naturel et son évolution historique que son dynamisme économique.

Notes

1 Universidad agraria, 181

2 O.N.P.U., 144.

Première partie. Les fondements de l'occupation du sol

Chapitre premier. Le milieu

1La frange côtière septentrionale est beaucoup plus variée que son homologue du Pérou central. L’étagement en altitude des formes du relief et de la couverture végétale y apparaît déjà dans toutes ses nuances depuis les crêtes et les versants boisés d’espèces amazoniennes et de modelé tropical jusqu’aux rivages plats et désertiques de l’océan Pacifique. Mais la gamme des paysages qui s’échelonnent du Sud au Nord est plus subtile encore, depuis le désert à lomas couvrant les grandes nappes d’épandage du piémont de Virû jusqu’à la savane parc des collines de Tumbes, en passant par les ergs ou les regs du Sechura et le sahel à caroubiers d’Olmos et du Piura.

2Par ailleurs, la simplicité des plaines littorales du Centre disparaît à partir de Chiclayo. La bande côtière réduite, vers le Sud, au seul piémont à peine large de quelques dizaines de kilomètres, s’ouvre brusquement, vers le Nord, sur un grand bassin. Cette cuvette est partiellement fermée à l’Ouest par les maillons isolés et déchiquetés d’une chaîne littorale qui pénètre, au Nord du rio Chira, à l’intérieur du continent pour posséder à son tour un large et original piémont océanique. Parallèlement, les hautes et sombres silhouettes de la grande barrière andine s’enfoncent dans le territoire équatorien après avoir amorcé une ample courbe vers le Nord-Est.

3Sur le piémont même, les fleuves côtiers, plus denses et mieux alimentés sous ces basses latitudes, ont construit de nombreuses et grandes plaines alluviales qui forment autant d’oasis, vastes et bien arrosées, minces coulées de verdure éclatante s’insinuant au cœur des chaînes aux parois nues, brunes et rougeâtres, ou encore, cônes amplement ouverts sur le Pacifique où les damiers verdoyants viennent butter sans transition sur les regs mauves ou ocres du désert.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin