Les Rivages du père

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Une saison, l'être aimé qui se voulait seulement disparu, un passé dont la fraîcheur reste intacte. Nina, d'une station balnéaire à l'autre, retrouve, au cours de ses vacances, les souvenirs qui ont construit le lien filial.
L'été avec Martine Biard s'anime ainsi des mystères et de l'intensité d'un sacrifice, non sans quelques clins d'œil malicieux à son lecteur.
Le roman se prolonge poétiquement par un hommage à Henry de Monfried.


Publié le : lundi 1 juin 2015
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EAN13 : 9782332838087
Nombre de pages : 116
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ISBN numérique : 978-2-332-83806-3

 

© Edilivre, 2015

Dédicace

 

 

A mon père,

Citation

« De là cette grande pureté de la mer que n’ont pas les choses terrestres. Et cette eau vierge est bien plus délicate que la terre endurcie qu’il faut une pioche pour entamer. Le pas d’un enfant sur l’eau y creuse un sillon profond avec un bruit clair, et les nuances unies de l’eau en sont un moment brisées ; puis tout vestige s’efface, et la mer est redevenue calme comme aux premiers jours du monde. »

Les plaisirs et les jours

Marcel Proust

Avant-propos

« Les Rivages du père » est le cinquième récit du cycle romanesque « Les Veilleurs d’horizon», après « Clarté d’enfance » et avant « Ainsi l’Aube majeure ».

Le cycle romanesque débute en 1984 dans une atmosphère fin de siècle, sous le choc du sida avec « Guetteurs d’infini » : la jeunesse française ne meurt pas de faim mais vit la crise économique tiraillée entre la concupiscence des « Golden Boys » et le nihilisme provocateur des Punks. Tout le monde se sent à l’étroit dans ses limites. On parle de Nouveau romantisme.

Aucun des personnages n’a alors conscience que tous ceux qu’il croise un jour ou une nuit sont les pièces d’un ensemble qui est en place sur une échelle plus vaste : « Le Bestiaire charnel » qui suit, est une fresque sudiste tragi-comique sur l’impact de l’Histoire du vingtième siècle.

Chaque personnage a sa raison d’être au monde des possibles et trouvera, non seulement sa voix par l’écriture, mais des échos à celle-ci bien longtemps après avec « L’Arche des saisons » qui est le roman d’amour de la série, en même temps qu’une réflexion sur le vécu de la responsabilité monoparentale à partir de nombreux témoignages de femmes.

Les ambiances et les décors changent à l’envi mais les personnages principaux le restent, c’est ainsi que « Clarté d’enfance » explore les temps forts de l’enfance de la narratrice, en même temps qu’évolue le deuil d’un enfant.

Mais Nina, la narratrice, n’est toujours pas l’auteure des romans. Elle sera, Lecteur, toujours ton lien à portée universelle, entre la réalité et la vraisemblance.

Ainsi, « Les Rivages du père » est un livre sur la paternité, plus exactement les circonstances et les raisons qui construisent ou compromettent le lien filial.

Entre tes mains, il peut donc être lu indépendam­ment des autres livres qui constituent la série thématique.

L’univers des « Veilleurs d’Horizon », plus vaste que tout quotidien, rassemble ou sépare des acteurs de composition. Toute ressemblance avec une personne existante, comme toute coïncidence de nom ne saurait être que le fruit d’un hasard invivable.

Martine Biard te souhaite l’identification jubilatoire et une bonne lecture.

Prologue

Je n’ai pas encore réalisé la fin de mon histoire avec toi.

Je ne sais pas si tu es mort.

Tu voulais qu’on te dise seulement disparu. J’ai donc accompagné seule ton cercueil jusqu’à l’ouverture de la porte du four du crématorium qui s’est refermée en coulissant sur un fond de musique d’ambiance, triste et solennelle, et je t’ai fait un signe comme on se dit au revoir d’un geste sans parole, juste de la main, un signe entendu, comme… dans les aéroports.

Après, tout devient plus sonore, plus assourdissant, exactement comme au moment du décollage d’un avion. Pour des raisons diverses, personne n’a voulu nous suivre jusque là.

Je sais, depuis une conversation un mois et demi avant ta mort, que tu as déjà fait ton programme sur la terre comme au ciel : tu vomis le sang et depuis que je t’ai donné du Stérimar, tu comprends que ce ne sont pas que des saignements du nez. Ce sont des malaises que tu ne soignes pas.

Mon fils est né, il y a dix jours et tu l’as vu trois fois.

La dernière, je me suis retrouvée seule, intemporelle au centre d’une avenue déserte, comme absorbée par le vide laissé par ta voiture.

Figée comme une hampe de drapeau que tu as fixée longtemps dans ton rétroviseur.

C’est notre dernière fois.

I
Port Marianne. Montpellier

Voilà, Thomas1, le nouvel ordre de mission de mon Capitaine. Elle veut que je me fasse vacciner contre la grippe.

C’est de saison mais, je ne sais si, dans les circonstances, en pleine chimiothérapie, je peux tenir le choc d’un vaccin. En fait, je suis vaccinée depuis longtemps pour tout mais, avec elle, on ne l’est jamais assez. Tu vois, elle a signé le prospectus de sensibilisation. Elle a signé comme pour un chèque ou un document administratif.

Il y a déjà tant d’années de toute façon que je connais son écriture.

Elle n’a jamais quitté le bateau. Même après, quand mon père à la proue n’était plus là.

Ils avaient navigué seuls, comme ça, elle et lui, avec un journal de bord, pendant sept ans.

Tu as veillé toute une nuit, la voilà traversée, et maintenant les instructions pour les premières heures du jour qui se lève. Tu ne seras pas là quand je partirai mais regarde cette toile et pense à ce que tu me diras à son sujet. J’ai lu celivre et l’ai aimé, je te le laisse pour quand tu rentreras. Pense à ceci, vas chercher cela, ne t’en occupe pas, j’ai déjà fait cela, ne t’inquiète pas pour ce soir… on en reparlera demain.

Pas de signature. Toujours l’écriture. Ils se comprenaient bien comme ça. Et moi, après, qui ne savait pas lire, on ne m’expliquait rien. Je n’avais pas été là pour l’embarquement. Ce couple avait fonctionné le temps d’une traversée en solitaire.

L’enfant espérée, rêvée, attendue est venue après des milliers de tours du cadran. C’était une enfant. Ils n’ont presque rien changé entre eux. Je n’ai manqué de rien. D’ailleurs on leur disait qu’ils avaient une jolie poupée.

C’est ma grand-mère qui a presque tout écopé : les cataplasmes, les fumigations, les tisanes et les lavements. Quand elle a eu fini, ils m’ont arrachée à elle comme à la guerre. Ils m’ont déracinée aussi. Ils étaient repartis. Ils ont laissé cette enfance derrière eux.

Moi… ? Je n’en finis pas d’essorer mon enfance comme une éponge. Je n’arrivais pas à trouver une place, à savoir quel rôle était prévu pour moi.

Elle… ? Elle est morte d’une pancréatite en moins de trois mois. Je ne m’en suis jamais vraiment remise.

Je suis restée fille unique et pour prévoir leur mode de fonctionnement, je me suis apprise à lire toute seule, je les prenais tous, tour à tour, ceux qui passaient et savaient, comme répétiteurs, jusqu’à ce que je sois sûre du sens des mots. Après, ils n’ont plus su quoi faire de moi à l’école, c’est à ces débuts avec le monde que je commence à écumer les bibliothèques. Sauf avec elle ; elle, elle n’avait pas besoin de lire. Elle contait. Elle a compté…

A l’hôpital, après la tumeroctomie, on m’a donné du lexomil, c’était insuffisant de passer de la morphine au lexomil. C’est là que j’ai réalisé que je m’étais mise à la place de la conteuse. Là que j’ai touché du doigt le fond de l’histoire.

Mon père est mort d’un arrêt du cœur en s’intéressant aux restes d’une chapelle romane dans le sud de la France, il fumait une de ses millionièmes cigarettes, la dernière, il ne le savait pas. Il est mort dans les bras de maman : il a rendu l’âme au ciel, comme ça, en direct.

Son décés fut géré comme pour un tournage, avec des 4X4 et un hélicoptère, un groupe de cyclotouristes aussi, tous très actifs. J’ai eu l’impression qu’on me racontait un bout de film avec ses modèles de toujours : James Dean ou Jean-Paul Belmondo.

Je n’étais pas là, je voyais seulement défiler le film comme dans un de Schoendoerffer sur grand écran mais la conteuse avait changé de voix et de visage, c’était devenue Maman. Maman était devenue la mère, le Capitaine était donc aussi en train de se métamorphoser au téléphone. Mon père disparaissait mais c’est le Capitaine qu’on perdait en réalité. Le Capitaine n’avait plus lieu d’être. La traversée était finie.

Dans ma vie, j’ai vu passer plus de cercueils que de berceaux.

Le cœur… comme sa mère, Izambour, et avant elle, le père d’Izambour. Fille unique, la même angoisse existentielle en non-lieu, depuis, d’une génération à l’autre. C’est ça qui les a tués. Il m’avait assez dit que je ressemblais à sa mère. Presqu’étonnée donc maintenant d’avoir un cancer comme la mère de la mienne.

Et si je ne meurs pas de ce cancer, ce sera donc le cœur ? Et si je glisse sur une peau de banane ? Et si je me suicide avant ? Est-ce que Dieu le sait ?

Il faut que je laisse faire, que j’accepte mon inconnue, et qu’à l’intérieur de cette inconnue, je me retrouve, moi. Je suis seule à ne rien savoir, et pourtant tout me semble de plus en plus cohérent au fil du temps.

Tout le monde vit en sursis permanent. Personne ne sait vraiment. Je suis comme tout le monde. Je suis dans le monde. J’essaie de me persuader que je ne suis pas seule au monde. Qu’il y en a plein qui quittent leur corps justement maintenant, à cet instant, ce matin pendant que je te parle, Maître Thomas. Pourtant cela n’a rien de rassurant. Personne n’a pensé à la mort comme Papa, tous les jours et...

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