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Les Rochelais à Terre-Neuve

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139 pages

S’il est admis que le véritable découvreur d’une terre et d’un monde nouveau soit l’explorateur qui est allé à sa recherche, sans autre but que celui de la découverte, l’honneur, en ce qui concerne le nord de l’Amérique, en appartiendra incontestablement à Jean et à Sébastien Cabot. C’est le 24 juin 1497 qu’atterrirent, à l’île de Terre-Neuve, sur la côte Est de la longue presqu’île terminée au Nord par le cap Bauld, à proximité de White-Bay, à environ 90 milles au Sud du cap Bauld, ces deux grands navigateurs partis de Bristol, dans ce but, au commencement de mai 1497.

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Georges Musset

Les Rochelais à Terre-Neuve

1500-1789

La question de Terre-Neuve vient de reprendre depuis quelques jours une importance nouvelle. Les difficultés qui avaient été suscitées depuis un certain nombre d’années à nos compatriotes par les habitants de cette île de l’Amérique, semblaient sommeiller depuis quelque temps. Elles revivent tout à coup, se mêlant on ne sait comment, à la question de Fashoda et à toutes celles qui semblent donner prétexte à des conflits entre l’Angleterre et la France. Le bruit qui a été fait autour de cette affaire dans les semaines qui viennent de s’écouler, semble réellement exagéré. Il a donné lieu cependant dans la presse à des opinions bien diverses. Les uns semblent faire bon marché de l’intérêt que nous pouvons avoir à conserver sur le French-Shore des droits séculaires. Les autres font remarquer avec raison que si nos pêcheurs n’ont pas actuellement à suivre sur la côte même de Terre-Neuve des bancs de morue qui ont quitté ces parages pour fréquenter des points éloignés, notamment le Grand-Banc, nul ne peut dire s’il en sera toujours ainsi ; nul ne sait, en effet, si la morue ne reviendra pas aux lieux où elle vivait jadis en grande abondance. Nul ne sait davantage si nos Terre-Neuviers n’auront pas intérêt à retrouver un jour sur cette même côte de l’île l’appât, connu sous le nom de boëtte, qui y fut longtemps préparé par nos pêcheurs. Il est enfin intéressant de ne pas sacrifier ces établissements que nos compatriotes ont pu créer sur la côte de Terre-Neuve pour la préparation des homards qui se pèchent en grande abondance dans ces parages.

M. Denys Cochin, M. Ribot et M. le ministre des affaires étrangères viennent dans les séances du 23 et du 24 janvier dernier, à la Chambre des députés, dans des discours éloquents et justement. applaudis, de défendre les droits de nos populations maritimes.

Il importe donc pour la sauvegarde des intérêts français, de déterminer l’étendue de ces droits, et de chercher l’interprétation des traités, soit dans les termes mêmes de ces traités, soit dans la situation acquise par les Français dans la région de Terre-Neuve.

La première question que nous nous poserons, est donc relative aux traités qui ont réglé la question en litige, et de voir quelle est la nature des conflits qui existent aujourd’hui.

Le traité de paix et d’amitié, conclu en 1713, à Utrecht, entre la France et la Grande-Bretagne, enlevait l’ile de Terre-Neuve à la France. Désormais, les sujets du roi de France n’avaient plus la liberté d’établir dans l’ile aucune habitation ayant un caractère permanent, à l’exception des établissements, cabanes ou échafauds destinés au séchage du poisson, sous la condition que ce serait pendant le temps de la pêche seulement. La pêche et la préparation « des poissonneries » n’étaient permises que sur une bande nettement déterminée du littoral, du cap Bona-Visa à la Pointe Riche, c’est-à-dire sur la côte Nord-est et sur une partie de la côte Nord-ouest de l’ile, et ce, du 5 avril au 5 octobre.

Lors du traité de Paris de 1763, la France recouvrait quelques-uns de ses droits antérieurs. On lui restituait Saint-Pierre et Miquelon.

Par la déclaration du 3 septembre 1783, le roi de la Grande-Bretagne, désirant mettre fin aux querelles incessantes qui se produisaient entre pêcheurs français et anglais, prévenait ses sujets d’avoir à ne troubler en aucune manière par leur concurrence, la pêche des Français pendant l’exercice temporaire de leurs droits sur les côtes de Terre-Neuve, leur enjoignait de retirer leurs établissements sédentaires qui se seraient fondés sur la côte française, et renouvelait aux pêcheurs l’autorisation de couper le bois nécessaire à la réparation de leurs échafaudages, cabanes et bâtiments de pêche.

Telles sont les dispositions des traités qui règlent d’une façon générale les rapports des pêcheurs anglais et français dans la région de Terre-Neuve. Tout ce qui a été fait ou promulgué depuis lors, n’a eu qu’un seul but, réglementer ou confirmer les dispositions antérieures. Nous allons passer en revue cette législation moderne.

1814. L’article XII du traité de Paris, du 30 mai 1814, était ainsi conçu : « Quant au droit de pèche des Français sur le grand banc de Terre-Neuve, sur les côtes de L’île de ce nom et des îles adjacentes et dans le golfe Saint-Laurent, tout sera remis sur le même pied qu’en 1792. »

1815. Dans son article XI, le traité de Paris confirme purement et simplement toutes les dispositions qui n’étaient pas modifiées audit traité ; et l’article XII du traité de 1814 n’est pas compris dans ces dernières.

1857. La convention faite en cette année a trait à l’achat de la boëtte, nom donné à l’appât, hareng ou capelan, qui était garanti aux pêcheurs, quelle que fût leur nationalité.

Mais, entre temps, l’île de Terre-Neuve s’était peuplée. Elle compte aujourd’hui cent quatre-vingt mille habitants, la plupart d’origine écossaise ou irlandaise. Quelques Français y ont fait souche.

Des conflits s’étaient élevés entre les régionaux et les Français ; pour les prévenir, il avait été stipulé que les Français auraient droit à une réserve, sur le rivage, jusqu’à la distance d’un tiers de mille anglais (616 mètres) à l’intérieur, de plus, la coupe du bois dont les Français avaient besoin pour rétablissement de leurs places ou sècheries, était soumise à l’autorisation préalable des propriétaires, si elle avait eu lieu sur un terrain privé.

1882. Malgré ces réglementations, les rapports entre régionaux et pêcheurs deviennent si aigus, qu’en cette année, une Commission des gouvernements anglais et français est nommée pour trouver une solution conforme au droit et aux intérêts de chacun.

Le 26 avril 1884, cette Commission composée de quatre membres, deux anglais et deux français, libelle un arrangement destiné à rétablir la paix. Les établissements sédentaires établis sur la côte française sont maintenus. La création d’établissements analogues, sur cette côte, même quand ils seraient destinés à une industrie autre que la pêche, est autorisée.

Néanmoins, les privilèges concédés par les traités aux pêcheurs français, soit pour la préparation de la pêche, soit pour la coupe du bois, sont rigoureusement conservés.

Mais le parlement de Terre-Neuve n’accepta pas celte convention quand elle lui fut soumise par le gouvernement britannique. Et, alors que les navires de guerre français et anglais employaient leur soin à la faire respecter, le parlement de Terre-Neuve favorisait la fraude ou la résistance, ou tout au moins fermait les yeux sur les contraventions qu’Il aurait dû réprimer.

De plus, le gouvernement de Terre-Neuve cherchait à nuire à la pêche française en interdisant la vente de la boëtte.

Il est bon de rappeler ici que depuis 1832, Terre-Neuve est dans ses rapports avec la métropole dans une situation semi-indépendante, et possède une constitution et un gouvernement. Depuis 1855, le gouvernement terre-neuvien est responsable.

Une question intéressante surgissait en outre et nécessitait une interprétation du traité d’Utrecht. La pêche de Terre-Neuve avait pris, dans ces dernières années, une nouvelle direction. A la pêche de la morue, les pêcheurs avaient jugé avantageux de joindre la création de homarderies et la chasse aux phoques, qui créaient de nouvelles branches d’industrie. Des homarderies furent établies par les Français et des industriels de nationalité anglaise sur la côte française. Il s’agissait donc de savoir si la légitimité de ces industries pouvait découler de l’interprétation de l’article XIII du traité d’Utrecht qui semblait muet sur ces diverses questions.

M. Ribot, à ce propos, rappelle plaisamment, dans la séance du 23 janvier, qu’on a discuté la fameuse question de savoir si le homard est un poisson. « On en rit beaucoup en Angleterre, après dîner, et on dit que nous ignorons l’histoire naturelle parce que nous en sommes à confondre le homard avec un poisson. On n’oublie qu’une chose, c’est que l’histoire naturelle a fait des progrès dans notre siècle, comme toutes les sciences, et quand on a la curiosité de lire les traités d’histoire naturelle publiés vers 1713, on voit que le homard était rangé dans la catégorie des poissons1. C’est une grande querelle qui peut faire verser beaucoup d’encre, mais qui, je crois, ne peut pas déchaîner la guerre, ni motiver le ton qu’on prend quelquefois de l’autre côté du détroit. »

Cette question devait contribuer toutefois à accentuer les conflits et menaça même de se terminer par une scission entre le gouvernement britannique et le Parlement de Terre-Neuve.

En 1891, M. Ribot, alors ministre des affaires étrangères, fit signer une convention avec lord Salisbury, pour soumettre à des arbitres qui avaient été choisis, la question des homarderies et toutes autres questions que les deux gouvernements jugeraient convenable de faire juger par ces arbitres.

M. Ribot ajoute que l’arbitrage n’eut pas lieu et qu’il est encore attendu. L’honorable député en donne cette raison bien simple que le gouvernement anglais avait reçu la visite des délégués de Terre-Neuve qui avaient émis une prétention étrange : « Nous voulons bien, disaient-ils, exécuter la sentence arbitrale pendant un an, deux ans si vous nous pressez beaucoup, mais nous ne dépasserons pas un délai de trois ans », et après ils demandaient que toutes les contestations entre Français et Terre-Neuviens fussent jugées par les tribunaux de Terre-Neuve !

La question est donc toujours pendante.

Dans ces conditions, chacun, dans la mesure de ses forces, doit donc s’employer à faire la lumière autour de ces questions qui intéressent à un si haut point notre population maritime, sinon pour le présent, du moins pour l’avenir. En prenant la plume, et en réimprimant, avec quelques nouvelles indications, une étude que nous avions publiée dans le Bulletin de géographie historique et descriptive du Ministère, au moment de la convention de 1891, nous n’avons pas la prétention de résoudre à nous seul le problème. Nous avons cependant la conviction que les documents que nous invoquerons et les arguments que nous produirons, auront un résultat : celui de démontrer que les droits des Français, dans la région de Terre-Neuve, étaient sans limite, incontestables et incontestés jusqu’au traité d’Utrecht ; — que l’insertion de l’article XIII, dans ce traité, n’a été qu’une restitution du droit de pêche, sans restriction d’aucune sorte, sur la côte française ; et que les distinctions byzantines invoquées maintenant ne sont dans le passé justifiées par aucun fait.

Ire PARTIE

La pêche de Terre-Neuve à ses débuts

La découverte

S’il est admis que le véritable découvreur d’une terre et d’un monde nouveau soit l’explorateur qui est allé à sa recherche, sans autre but que celui de la découverte, l’honneur, en ce qui concerne le nord de l’Amérique, en appartiendra incontestablement à Jean et à Sébastien Cabot. C’est le 24 juin 1497 qu’atterrirent, à l’île de Terre-Neuve, sur la côte Est de la longue presqu’île terminée au Nord par le cap Bauld, à proximité de White-Bay, à environ 90 milles au Sud du cap Bauld1, ces deux grands navigateurs partis de Bristol, dans ce but, au commencement de mai 1497.

Cette découverte fut suivie d’un certain nombre d’expéditions organisées soit par l’Angleterre, soit par le Portugal, séparément, soit par l’Angleterre et le Portugal d’un commun accord.

A côté de Cabot, nous retrouvons, dans ces voyages de découvertes, le nom des Cortereal, Miguel et Gaspar, illustres navigateurs qui y trouvèrent la mort. Quelle fut l’étendue des découvertes de ces explorateurs, il est difficile de le savoir ? Ce qu’il y a de certain, c’est que l’île de Terre-Neuve fut très imparfaitement connue et qu’on fut longtemps convaincu que cette partie de l’Amérique du Nord faisait corps avec le continent.

Mais alors que les Anglais et les Portugais s’efforçaient de prendre possession de ces terres et les concédaient par avance aux navigateurs qu’ils y expédiaient, il n’est pas douteux que nos pêcheurs français en prenaient, même sans brevet du roi, une possession effective.

Dès 1504, la présence de Bretons y est signalée2. Il est même vraisemblable que ces hardis marins n’en étaient pas à leur premier voyage. Il est en effet à noter, que dans leurs premiers projets d’expédition vers ces contrées, les Espagnols imposaient à leurs capitaines l’adjonction de pilotes bretons. Sur les cartes portugaises ou lusitano-portugaises les plus anciennes, on trouve des mentions telles que celles-ci : c. do bretaos, et tierra de los bretones, ou encore terra q. foy descubierta por

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