Les"ruralistes" et les études rurales

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Les travaux portant sur le fonctionnement du champ scientifique accordent un rôle important aux associations et sociétés savantes dans le système de production scientifique, dans sa régulation. Cet ouvrage s'intéresse à l'Association des ruralistes français destinée à "promouvoir" les études rurales et cherche à comprendre les enjeux et les usages de ces espaces situés aux limites du champ scientifique.
Publié le : mercredi 1 avril 2009
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EAN13 : 9782296223837
Nombre de pages : 278
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LES« RURALISTES» ET LES ETUDES RURALES

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions

Gérard REGNAULT, Jeunes, seniors, entreprises: regards croisés, 2009. Laurence SIMMAT-DURAND, Grossesses avec drogues, 2009. Hervé TERRAL, Eduquer les pauvres. Former le peuple. Généalogie de l'enseignement professionnel français, 2009. Célestin BOUGLE, Solidarisme et libéralisme. Réflexions sur le mouvement politique et l'éducation morale, 2009. Eguzki URTEAGA, La sociologie en Espagne, 2008. John TOLAN (dir.), L'échange, 2008. Brigitte ALBERO, Monique LINARD, Jean-François ROBIN, Petite Fabrique de l'innovation à l'université, Quatre parcours pionniers, 2008. Françoise DUTHU, Le Maire et la Mosquée, 2008. Jérôme CIHUELO, La dynamique sociale de la confiance au cœur du projet, 2008. Vocation Sociologue, Les sociologues dans la Cité. Face au travail, 2008. Catherine LEJEALLE, Le jeu sur le téléphone portable: usages et sociabilité, 2008. François Etienne TSOPMBENG, Le travail salarié et les instances de régulation sur les hauts plateaux de l'Ouest Cameroun (1916-1972). Corifiguration historique et éléments d'interprétation sociologique, 2008. Michel WARREN, L'école à deux ans en France. Un nouveau mode de gestion de la chose publique éducative, 2008. Philippe LYET, L'institution incertaine du partenariat. Une analyse socio-anthropologique de la gouvernance partenariale dans l'action sociale territoriale, 2008. Roland GUILLON, Essai sur la formation sociale des œuvres d'art, 2008. Michèle PAGÈS, L'amour et ses histoires. Une sociologie des récits de l'expérience amoureuse, 2008.

Josette

DEBROUX

LES « RURALISTES

» ET LES ETUDES RURALES

L'Harmattan

(ÇIL'Harmattan,

2009

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-08194-9 EAN: 9782296081949

Flenaercienaents

La recherche dont cet ouvrage rend compte n'aurait pu être réalisée sans l'accord des membres du comité directeur de l'Association des ruralistes français et de son président, Jean-Luc Mayaud, (comité directeur 1998-2000). Je les remercie d'avoir accepté que leur association et certains de ses membres deviennent objet d'analyse. Je remercie chaleureusement toutes les personnes qui ont pris de leur temps pour répondre au long questionnaire envoyé, celles qui m'ont accordé un entretien approfondi, (parfois deux, pour cinq d'entre elles). Je remercie également Guy Barbichon et JeanClaude Bontron pour l'intérêt manifesté à l'égard de ce travail, pour leur recherche active de traces écrites rendant compte de l'activité de cette association, pour leur grande disponibilité, ainsi que les collègues et amis qui, par leurs remarques, critiques, suggestions, lors de rencontres plus ou moins formelles, m'ont apporté une aide précieuse. Merci à Chantal Debroux, Fernand Karagiannis d'avoir pris en charge la mise en forme de l'ouvrage.

Avant-propos

Les travaux portant sur le fonctionnement du champ scientifique accordent un rôle important aux associations et sociétés savantes dans le système de production scientifique, dans sa régulation. Pour autant, les recherches prenant comme objet ces associations, très diverses dans les ambitions affichées, les publics qu'elles mobilisent, restent peu nombreuses. Si les associations les plus académiques sont volontiers citées, elles servent à conforter les analyses appréhendant l'espace scientifique comme un champ autonome avec ses savants imperméables aux influences externes, celles qui se situent aux frontières du champ scientifique, cherchant à fédérer savants et profanes et dont les actions peuvent contribuer à modifier l'espace scientifique, sont plus souvent ignorées. C'est à l'occasion d'un colloque intitulé les « sciences sociales et le monde rural, omission ou fascination?» que je découvre l'existence de l'Association des ruralistes français, en 19941. Alors que dans ma faculté, les séminaires de sociologie rurale viennent de disparaître dans l'indifférence la plus totale, je suis étonnée d'apprendre que des chercheurs et enseignants-chercheurs mais aussi des chargés de mission, chargés d'études se sont regroupés pour former une association de «ruralistes », organisatrice de colloques sur le « monde rural ».
1 C'est par le biais d'un chargé de mission d'une Direction régionale de l'action culturelle que j'ai eu connaissance de ce colloque. Par la suite, j'ai participé à 3 colloques nationaux entre 1994 et 2000, m'acquittant, à chaque fois, de la cotisation annuelle.

Ce colloque centré sur « la recherche sur le monde rural dans le champ des sciences sociales» confrontant «spécialistes» du domaine et «généralistes» me semble interroger l'identité de ce domaine de recherche, sa légitimité, à la fois scientifique et sociale, sa notoriété dans la cité savante mais également dans la sphère publique. Si ces questions retiennent mon attention, c'est parce que, par le choix de mes terrains, je suis souvent rattachée à la «sociologie rurale ». N'évoluant pas dans un milieu de «ruralistes », j'ai eu maintes fois l'occasion d'apprécier les représentations associées à ce domaine souvent qualifié de « particulier », « à part» et parfois, quand la situation de parole revêt les caractéristiques de la privauté, de «marginal» aussi bien socialement que scientifiquement, ses spécialistes participant de la valeur symbolique qui lui est communément attribuée. Prendre acte de l'existence de ces représentations socialement construites ne signifie pas les légitimer. C'est, peut-être, ce que certains soutiendront, alors même que leur engagement se fonde et se nourrit de la circulation de ces représentations. Qui sont donc ces « ruralistes » qui se préoccupent du statut de ce domaine de recherche, de ses rapports avec les sciences sociales, s'interrogent sur sa pérennisation ? Comment ont-ils été amenés à se rassembler? Quels objectifs poursuit cette association? Comprendre les enjeux d'un tel espace suppose d'analyser ses liens avec le domaine des « études rurales» qui, relativement à d'autres domaines ou champs (comme le champ urbain, celui de l'éducation...), n'a généré que peu de travaux, qu'il s'agisse d'histoire interne ou d'histoire institutionnelle... Les obstacles à une telle entreprise tiennent sans doute à la définition des contours d'un tel domaine qui ne compte que de très rares groupes de recherche spécialisés. Toute tentative d'objectivation, avec la définition de critères pertinents, semble vouée à l'échec. Prenons l'exemple d'une recherche sociologique portant sur l'école en milieu rural. Relève-t-elle de la sociologie de l'éducation, de la sociologie rurale ou des deux? La sociologie rurale possède-t-elle une épistémologie qui lui serait propre au point de la différencier de la sociologie générale? Comment se 10

définit-elle? Doit-on classer la recherche par rapport au sentiment d'appartenance de son auteur? Répondre à ces questions revient à entrer dans le jeu des classements, des délimitations de souschamps, enjeux de luttes et de pouvoirs au sein du champ scientifique. Ces problèmes de délimitation ne sont cependant pas spécifiques aux études rurales et ne suffisent à comprendre la rareté des travaux prenant le domaine comme objet. Ne traduit-elle pas le faible intérêt que représentent les questions épistémologiques pour ses spécialistes, considérant peut-être qu'il y a mieux à faire pour se rendre utile que de se risquer à l'introspection? Les travaux récents portant sur la géographie rurale, l'ethnologie de la France, la sociologie rurale, sur la revue Economie rurale..., l'organisation de colloques, de séminaires sur les sciences sociales et le monde rural tendent à pallier la discrétion de la recherche sur les études rurales. Ce travail, espérons-le, contribuera, par les questions qu'il soulève, par ses insuffisances, à susciter à son tour d'autres travaux pour une meilleure connaissance de certains espaces du champ scientifique et de leur fonctionnement.

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Introduction
Le champ scientifique et ses institutions

Tout un ensemble de structures formelles régule l'activité des chercheurs et contribue à leur socialisation. Aux structures les plus visibles et incontournables que sont les laboratoires, les grands organismes de la recherche et de l'enseignement supérieur, s'ajoutent de multiples espaces plus ou moins formels que fréquentent les chercheurs. Ces espaces se caractérisent par leur extrême hétérogénéité: aux «collèges invisibles », organisations officieuses informelles faiblement structurées et à la composition mouvante2 s'opposent des associations elles-mêmes très diverses en fonction des buts poursuivis et des légitimités recherchées: associations professionnelles, associations disciplinaires nationales ou internationales, sociétés savantes diverses. L'accroissement démographique et institutionnel sans précédent qu'a connu le champ scientifique depuis 1945 s'est accompagné d'une augmentation du nombre d'académies, de sociétés savantes et d'associations. D'après le fichier national du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS)3 qui n'a pas de prétention d'exhaustivité, (bon nombre d'associations disciplinaires nationales ou internationales en sont absentes), elles seraient près de 2000 à afficher comme «vocation» «... la recherche scientifique désintéressée, la diffusion des connaissances, la

2 O. MARTIN, Sociologie des sciences, Paris, Nathan, 2000, p. 62. 3 Ce centre, créé en 1834, a la tutelle des sociétés savantes. Il s'agit aujourd'hui d'un « institut» dépendant le l'Ecole nationale des Chartes. Il est organisé en 9 sections disciplinaires dont la plupart relèvent de l'histoire.

sauvegarde de toutes les formes de patrimoine et le développement de la culture »4 . Si, pour la compréhension du fonctionnement du champ scientifique, on ne peut faire l'économie de l'analyse du rôle des sociétés savantes et associations, on ne peut néanmoins les considérer comme un tout, compte tenu de leur diversité. On peut opposer les associations recrutant leurs membres au sein d'une même discipline aux associations constituées autour d'un domaine de recherche. Les associations disciplinaires se singularisent à leur tour par leur degré de sélectivité. Alors que certaines associations disciplinaires regroupent universitaires, chercheurs et « professionnels» de la discipline comme l'Association française de sociologie, d'autres, plus sélectives, imposent un niveau de diplôme. L'Association internationale de sociologie de langue française en est un exemple: peuvent soumettre leur candidature à titre de membre les sociologues et autres spécialistes en sciences sociales privilégiant un regard sociologique, titulaires d'un doctorat en sciences sociales ou faire état de publications d'un niveau équivalent. Le même critère de sélectivité permet de différencier les associations pluridisciplinaires construites autour d'un domaine de recherche. Les «intérêts communs» affichés suffisent à commander le recrutement. La Société française d'histoire des sciences de l'homme créée en 1986, par exemple, est ainsi présentée: « Volontiers généraliste, la SFHSH privilégie les croisements entre démarches historienne, épistémologique et sociologique. Elle organise des colloques nationaux et internationaux sur des domaines de savoirs particuliers, des thèmes transversaux, des moments historiques, des processus de longue durée.» D'autres associations embrassant un champ plus vaste peuvent recruter des non-universitaires comme la Société des africanistes fondée en 1930 et rattachée au Muséum d'histoire naturelle puis au musée de L'Homme qui, lors de sa création,
4 G. NI GAY, « Sociétés savantes et universités », Bulletin des bibliothèques de France, 1992, na 2, p. 84-87. 14

regroupait les spécialistes de l'Afrique, encore peu nombreux à cette époque, des universitaires comme Marcel Mauss, Paul Rivet, Lucien Lévy-Bruhl, Georges-Henri Rivière... mais aussi des militaires de l'armée coloniale intéressés par l'étude des sociétés africaines. En proposant une cartographie nouvelle de l'espace, en opérant des rapprochements non seulement entre disciplines mais également entre producteurs, commanditaires et usagers des recherches, certaines associations visent à la construction de véritables communautés agrégeant des individus prélevés dans des lieux différents de l'espace social qui néanmoins se rassemblent autour d'un « intérêt commun» qu'elles contribuent à construire et à légitimer. Les formes prises par les associations qui se présentent comme de micro-unités relativement bien délimitées, on peut compter leurs membres, disposer d'archives..., ne résultent pas de la volonté d'individus œuvrant dans un vide social mais d'individus situés dans l'espace scientifique qui tout à la fois subissent cet espace et contribuent à sa structuration. Les pratiques, les manières de penser, se constituent dans des relations d'interdépendance. Les fondateurs et adhérents de ces espaces sont pris dans des réseaux plus ou moins structurés, ils y occupent des places, mettent en œuvre des stratégies dans des contextes sociaux qui favorisent l'action. Ils appartiennent à des disciplines, (qui sont d'incontournables instances d'identification, lieu de concentration du prestige intellectuel notamment), des laboratoires, universités.

L'espace scientifique

comme espace social structuré

Différents modèles ont été proposés par les sociologues s'intéressant au fonctionnement de la science appréhendée comme

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un système socia15. Robert Merton, un des fondateurs du champ de la sociologie des sciences, s'est intéressé moins au savoir en tant que tel (domaine relevant alors de la sociologie de la connaissance et de l'histoire des sciences) qu'à la formation de la « communauté scientifique» et à son fonctionnement6. S'inscrivant dans une perspective structuro-fonctionnaliste, il postule le particularisme de l'activité scientifique, la différenciant des autres activités de connaissance. L'universalisme (les connaissances sont universelles), le communalisme (les connaissances appartiennent à tout le monde), le désintéressement (la quête de la vérité), le scepticisme organisé (les pairs discutent les résultats des recherches) sont, selon lui, les principes qui guident l'activité des chercheurs et l'organisation des institutions scientifiques 7. Sans restituer ici les critiques suscitées par le schéma théorique de Merton qui signent aussi son intérêt, le système décrit fonctionne de manière parfaitement autonome et parfaitement rationnelle, la reconnaissance la plus forte revenant aux savants les plus méritants scientifiquement. En mettant l'accent sur le développement de la science considéré comme un processus discontinu au cours duquel périodes de « science normale» succèdent aux « révolutions », par épuisement du «paradigme », le modèle de Thomas Khun ne remet pas en question l'existence d'une « communauté scientifique» fonctionnant autour de normes acceptées par la majorité des membres.

5 Notre recension des modèles est extrêmement schématique. Sans prendre directement comme objet l'organisation de l'espace scientifique, des travaux s'y réfèrent apportant des inflexions à ces principaux modèles. 6 L'analyse des théories, méthodes et connaissances scientifiques autrement dit le contenu de la connaissance a pendant longtemps été un domaine réservé aux philosophes, historiens, épistémologues. Merton va laisser aux épistémologues l'analyse du contenu cognitif des sciences, de ses transformations. La « nouvelle sociologie des sciences» issue de l'analyse critique de l'approche de Merton va prendre en considération le contenu des sciences en l'analysant à partir de facteurs culturels et sociaux. Cf. T. SHIN, P. RAGOUET, Controverses sur la science. Pour une sociologie transversaliste de l'activité scientifique, Paris, Raisons d'agir,2005. 7 Cf. O. MARTIN, Sociologie des sciences, op. cit., p. 26-28. 16

La question de la construction de la croyance en la valeur d'une « découverte» n'est pas posée, ni celle des investissements. Les normes définies offrent une représentation très idéalisée du fonctionnement de l'espace scientifique. Elles ne suffisent pas à comprendre ce qui fait « courir» le chercheur, les concurrences qui s'instaurent, la tendance à la segmentation de cet espace. Sans remettre en question l'existence de normes acceptées par les savants, un autre principe de régulation que le respect de normes de cet espace sera introduit, celui de marché. Le chercheur échange ses productions contre de la reconnaissance. Norman Storer définit ce système social comme un « ensemble de processus d'interactions organisés autour de l'échange d'un produit (marchandise) unique, guidé par une série de normes communes qui facilitent la circulation de ce produit »8. Il se trouve en concurrence avec d'autres chercheurs dans cette quête de reconnaissance. « Cet esprit de compétition, source d'énergie du système social de la science, débouche sur des conflits et des ruptures et, de ce fait, sur des processus de différenciation et de spécialisation des chercheurs. »9 Ces approches ne prennent pas en compte l'inscription de l'activité scientifique dans un contexte social plus large, elles ne prêtent guère attention aux zones frontières de l'espace scientifique, frontières qui sont sans cesse négociées. En considérant l'espace scientifique comme un champ, Pierre Bourdieu rompt avec la représentation de « science pure» fonctionnant selon une logique interne. Il remet en question l'idée de communauté laissant penser que les savants forment un groupe unifié, homogène, tous les savants collaborant à une même fin. Le modèle de champ est un modèle relationnel dont on peut rappeler les grands principes. Les relations d'interdépendance à l'intérieur d'un champ s'établissent entre des positions hiérarchiquement distinctes et sont le corollaire de rapports de domination. La distribution inégale du capital spécifique génère ces rapports de domination et détermine la structure du champ,
8 Norman Storer, The social system ofscience, cf. O. MARTIN, op. cit., p. 37. 9 Idem, p. 39.

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« ... ce sont les agents, c'est-à-dire les savants isolés, les équipes ou les laboratoires, définis par le volume et la structure du capital spécifique qu'ils possèdent, qui déterminent la structure du champ qui les détermine, c'est-à-dire l'état des forces qui s'exercent sur la production scientifique, sur les pratiques des savants »10. La structure du champ correspond à l'état des rapports de forces, à un moment donné, entre agents, institutions qui composent le champ. Le champ est non seulement un champ de forces mais aussi un champ de luttes. L'enjeu des luttes entre des agents occupant des positions différentes dans le champ est l'appropriation du capital spécifique au champ ici, la compétence scientifique, « ... entendue au sens de capacité de parler et d'agir légitimement (c'est-à-dire de manière autorisée et avec autorité) en matière de science, qui est socialement reconnue à un agent déterminé »llqui permet d'agir sur la structure du champ. Le capital scientifique est le produit de deux espèces de capital, un capital d'autorité proprement scientifique (provenant de la reconnaissance de la fraction la plus consacrée du groupe de pairs) et un capital de « pouvoir temporel» sur le monde scientifique accumulé par des voies qui ne sont pas purement scientifiques12. La structure des positions correspond à la structure des prises de position. La structure du champ scientifique (qui correspond à la distribution du capital spécifique) commande, en fonction de leur position dans le champ, les stratégies des agents. Tous les choix scientifiques, de la discipline au lieu de publication en passant par le choix des objets, des théories sont aussi «des stratégies de placement orientées vers la maximisation du profit spécifique, indissociablement social et scientifique, procuré par le champ »13.

10 P. BOURDIEU, Science de la réjlexivité, Paris, Raisons d'Agir, 2001, p. 69/70. Il P. BOURDIEU, « Le champ scientifique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 2/3, 1976, p. 89. 12 P. BOURDIEU, Science de la réjlexivUé, op. cU., p. 113. 13 Idem, p. 118. 18

Créer une association est toujours un moyen de gagner en visibilité mais on peut supposer que, selon la position dans le champ scientifique des fondateurs donc selon le volume mais aussi la structure de leur capital scientifique, les objectifs, les critères de sélection des membres de l'association varieront. Ainsi, les plus dotés en capital strictement scientifique, ceux dont l'habitus est le plus ajusté aux exigences du champ, donc ceux qui sont en situation de jouer le jeu et croire en l'importance du jeu privilégieront la création d'associations sélectives, homogènes du point de vue du recrutement, s'adressant à leurs pairs et proches concurrents comme le montre l'exemple des durkheimiens. Selon V. Karady, pour faire reconnaître la légitimité de leur discipline, les durkheimiens se sont rapprochés des sociétés savantes universitaires issues de la Sorbonne qui, contrairement aux groupements sociologiques existants, cooptaient leurs membres selon des critères de compétence. Elles étaient extrêmement sélectives, ne faisant pas de prosélytisme. Les durkheimiens refusaient l'isolement particulariste cherchant à renforcer les liens avec les disciplines consacrées et à accéder à leurs espaces de publication14. A contrario, les moins pourvus en capital strictement scientifique (mais pas en capital scientifique d'origine temporelle), relevant de disciplines les moins autonomes donc les plus réceptives aux contraintes externes, seront plus enclins à fonder des « communautés» accueillantes, recrutant leurs membres non seulement au sein mais aussi à l'extérieur du champ scientifique. C'est en mobilisant ce modèle que nous allons chercher à comprendre les ressorts de la création d'une association «ni savante, ni professionnelle» dont le but affiché est «de donner de la visibilité à un domaine» et sa pérennisation. L'Association des ruralistes français créée en 1974 par I. Chiva et H. Mendras s'adresse à tous ceux qui s'intéressent au monde rural. Sa longévité a de quoi surprendre, (elle organise un colloque en 2008), puisque l'on sait qu'un groupe a d'autant moins de chances de perdurer qu'il agrège des individus occupant des positions
14 V. KARADY, « Stratégies de réussite et modes de faire-valoir de la sociologie chez les durkheimiens », Revuefrançaise de sociologie, XX, 1979, p. 14. 19

éloignées dans l'espace social. La consultation rapide des membres du bureau de l'association sur la période (1974/2000) confirme cette hétérogénéité: professeur au collège de France, postdoctorants, chargés d'étude, ingénieurs d'étude et même un agriculteur... ont pu se côtoyer dans le bureau de l'association. Que peuvent partager des individus aussi divers? Quelles sont les solidarités qui se trouvent au principe de ce regroupement? Comment fonctionnent de tels espaces et quels liens entretiennentils avec le champ scientifique? Y transgresse-t-on les normes spécifiques au champ scientifique? Ces lieux favorisent-ils la promotion et la reconnaissance de nouvelles normes en autonomisant un domaine ou restent-ils fortement dépendants du champ scientifique dans leur fonctionnement et leurs objectifs? Dès lors que l'on « descend» au niveau des pratiques effectives, des modes d'inscription dans un espace de ce type, des individus dans leur complexité et non réduits à une position dans l'espace scientifique, toujours difficile à objectiver quand on quitte les cas extrêmes, on peut penser que la recherche de l'augmentation du capital spécifique ne se trouve pas toujours et pour tous au principe des pratiques. C'est à ce niveau que l'on peut considérer la question de l'engagement dans un champ, de «l'illusio» qui conduit à « accorder à un jeu social déterminé que ce y survient a un sens, que ses enjeux sont importants et dignes d'être poursuivis »15, de ses ressorts, de ses variations au cours du temps, de l'ajustement entre dispositions et champ. Nous aurons alors recours à la notion de configuration 16, plus souple puisqu'elle donne à voir des individus en situation d'interdépendance, de relations réciproques dont les rapports ne peuvent être réduits à des stratégies pour l'obtention du capital spécifique du champ: si tous sont pris dans le jeu, il peut y avoir des enjeux différents selon les protagonistes.
15 P. BOURDIEU avec L. WACQUANT, Réponses, Paris, Seuil, 1992, p. 92. 16 Pour une analyse des limites de ce concept voir l-H. DESCHAUX. « Sur le concept de configuration: quelques failles dans la sociologie de Norbert Elias », Cahiers internationaux de sociologie, Vol. 99, 1995, p. 301. 20

Peut-on considérer comme identiques, sans examen, stratégies du « groupe» 17et stratégies individuelles? Si un « collectif» comme un individu peut avoir des stratégies, peut-on glisser sans risque de l'un à l'autre et finalement ratifier le travail politique de construction d'un groupe? L'Association des ruralistes français constitue un terrain privilégié pour analyser les enjeux et usages de ces espaces revendiquant une position charnière entre champ scientifique, champ politique, et « demande sociale ». Plus « cas limite» que « cas modal », son analyse permet d'appréhender, de manière diachronique et synchronique, les rapports entre « spécialisation» et disciplines, entre science et action, entre investissements académiques et politiques. L'engagement dans le jeu concerne des individus complexes qui peuvent adhérer à des valeurs contradictoiresl8, dont les dispositions peuvent entrer en conflit (dispositions scientifiques et dispositions militantes...), pris dans un maillage serré de relations qui rendent possible, freinent ou encouragent l'investissement: « Pour comprendre un individu, il faut savoir quels sont les désirs prédominants qu'il aspire à satisfaire (oo.)Mais ces désirs ne sont pas inscrits en lui avant toute expérience. Ils se constituent à partir de la plus petite enfance sous l'effet de la coexistence avec les autres et ils se fixent sous la forme qui déterminera le cours de la vie progressivement, au fil des années ou parfois très brusquement

à la suite d'une expérience particulièrement marquante

(oo.)

Il ne

dépend pas non plus uniquement d'eux que ces désirs trouvent ou non leur satisfaction, puisque ceux-ci visent toujours les autres et le tissu d'imbrications sociales avec les autres. »19

17 Cf. A. DEWERPE, « La stratégie chez Pierre Bourdieu », Enquête, na 3, 1996. 18 Comme le note H. BECKER, les « valeurs sont de piètres guides pour l'action» et c'est « ... dans les moments de crise (que) nous nous apercevons que nous ne pouvons pas décider entre plusieurs lignes de conduite également prescrites, mais incompatibles entre elles ». Cf. H. BECKER, Outsiders, Paris, Métailé, 1985, p. 153-154. 19 N. ELIAS, Mozart, sociologie d'un génie, Paris, Seuil, 1991, p. 14-15. 21

Nous pourrons aussi montrer certaines limites du modèle de champ dont la construction repose sur l'analyse des ses points centraux, des «visibles », des «pris dans le jeu et dans les enjeux du champ », des «habitus adaptés au champ» renvoyant une grande partie des agents du champ à ses marges. Comprendre ce qui a rendu possible l'idée d'un tel projet, les arguments développés, suppose de replacer cette initiative dans un contexte plus large, celui du développement des sciences sociales, de leur expansion et leur hybridation liés aux interrelations entre sciences sociales, Etat et mouvements sociaux. C'est dans ce contexte d'expansion institutionnelle que se dessine progressivement le domaine des études rurales avec ses principaux organismes, ses associations et ses revues (Partie 1). Les manières de considérer les études rurales par ceux qui ont investi le domaine se sont constituées peu à peu, au cours des années soixante, à partir d'un argumentaire, à la fois administratif, politique et scientifique et c'est dans un contexte favorable que le projet d'organisation du domaine voit le jour (Partie 2). La construction de l'association s'appuie sur un travail d'activation de réseaux, de recherche d'appuis multiples. Nous montrerons comment les deux types de légitimité académique et temporelle recherchés se traduisent dans les activités du groupe et dans sa représentation (Partie 3). Enfin, à partir de l'analyse des propriétés des membres et des rapports qu'ils entretiennent avec le groupe, nous chercherons à mettre au jour les fonctions sociales et cognitives de cette association (Partie 4).

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Remarques

méthodologiques

Pour dresser les grandes lignes du contexte dans lequel s'institutionnalisent peu à peu les études rurales (1 èrepartie), nous avons mobilisé les travaux existants, correspondant au point de vue théorique adopté ici. Nous n'avons pas procédé à une construction méthodique et systématique du domaine en mobilisant la notion de champ ce qui nous aurait conduit, en paraphrasant le programme de recherche établi par Gérard Mauger pour l'analyse du champ sociologique, à évaluer de manière quantitative et qualitative la distribution des chercheurs et des travaux entre les différents souschamps des différentes disciplines, (ce qui est déjà, en soi, tout un problème puisque de manière tautologique, nous pouvons dire que sont considérées comme études ruralistes les études considérées comme telles par leurs auteurs ou par ceux qui élaborent les classements), à prendre en compte l'évolution des postes selon les champs disciplinaires, à évaluer le volume des crédits et les modalités de négociation, à construire les réseaux, les liens avec les revues et plus globalement avec l'édition. Une analyse de la morphologie du champ suppose, bien sûr, l'analyse des trajectoires sociales des savants, de leur recrutement social, de leurs capitaux (scolaire...), de leurs dispositions qui contribuent à la définition du champ20. Plus modestement, donc, il s'agira de donner quelques points saillants du domaine, d'identifier schématiquement les principaux critères de structuration, les personnages influents, en considérant leurs propriétés sociales non pas de manière anecdotique mais comme un trait structurel caractéristique de ce domaine. Un travail bien plus conséquent que celui engagé ici, mobilisant un matériau empirique de première main, permettrait de comprendre les enjeux que représente, à un moment donné, l'affichage ou non d'une spécialisation disciplinaire. En considérant les études rurales

20 Cf. G. MAUGER, « Pour une sociologie de la sociologie », L'Homme et la société, n° 131, 1999, p. 101-119. 23

comme un domaine et non comme un champ, nous signifions parlà que ce travail reste à faire. Si, dans la présentation des spécialisations disciplinaires, nous avons accordé davantage d'attention à l'économie, la sociologie et l'ethnologie qu'à l'histoire et la géographie c'est parce que la spécialisation « rurale» y est institutionnellement marquée dans la période de l'après-guerre aux débuts des années soixante-dix, période qui précède la création de l'association. Par ailleurs, l'initiative de créer une association de « ruralistes » a été prise par un ethnologue et un sociologue. Dans la deuxième partie, nous avons attribué au matériau sur lequel repose l'analyse, (bibliographies, inventaires, tables de la revue Etudes rurales...), un double statut: il est à la fois objet d'analyse et source d'informations. La reconstruction des principaux moments de la fondation de l'association s'appuie sur les archives présentes au secrétariat de l'association, (lettres, comptes rendus de réunions, listes diverses...), les archives personnelles d'un des premiers présidents qui a participé aux réunions du comité directeur pendant de nombreuses années et sur des entretiens réalisés auprès des membres fondateurs et de personnes qui ont été rapidement associées au projet. Les souvenirs livrés dans le cadre d'un entretien résultent d'une négociation complexe entre présent et passé, entre enquêteur et enquêté dont les mécanismes nous échappent en partie. Non seulement il existe des conditions qui empêchent ou favorisent le rappel du souvenir, il faut des cadres sociaux présents qui se prêtent à leur évocation mais ces souvenirs sont aussi déformés toujours contraints à entrer dans les cadres du présent. Sans aucun doute, l'envergure mesurée de l'association a modifié le point de vue des principaux acteurs (point de vue actuel, sur un passé de quelque 30 années). La diversité des sources permet d'asseoir les assertions sur des bases plus solides que les seuls témoignages d'acteurs, pris entre le refoulement d'une partie des origines et d'une histoire « maison ».
La 3èmepartie repose essentiellement sur l'analyse des archives des colloques depuis 1975, de quelques publications qui en sont issues,

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de l'ensemble des bulletins de l'association, des comptes rendus du comité directeur. La base de données de la 4èmepartie a été construite à partir des fichiers de l'association. De 1974 à 1985, les répertoires sur lesquels sont enregistrés les adhérents fournissent, selon les années, les noms prénoms et adresses. Pour les trois premières années, la liste des adhérents, publiée dans deux bulletins de l'association mentionne, presque systématiquement, la profession (le grade) de l'adhérent et, dans de nombreux cas, de manière indirecte la discipline pour ceux qui relèvent du champ scientifique21. Nous disposons également de l'ensemble des bulletins d'adhésion renvoyés à l'association de 1985 à 200122. De 1985 à 1986, le bulletin comporte le nom, prénom, la profession, l'organisme d'affiliation, l'adresse personnelle, l'adresse professionnelle et le domaine d'intérêt scientifique et à partir de 1987, vient s'ajouter la discipline. Le formulaire, par les propriétés demandées, s'adresse prioritairement aux adhérents appartenant au champ scientifique. Les autres composent, rusent et font avec les catégories imposées comme ce directeur d'un office départemental d'action culturelle déclarant comme discipline « action culturelle» ou cet agriculteur se désignant comme «arboriculteur plus philosophe panthéiste» avec comme discipline « autodidacte ». Des recherches biographiques sur les adhérents appartenant au champ scientifique ont permis de compléter le fichier. La variation du nombre d'adhérents, selon les sources utilisées, n'affecte pas l'analyse, l'objectif du sociologue n'étant pas de dénombrer mais d'établir des relations entre des variables23. Elle

21 Si la discipline n'est pas demandée, eIle est souvent spontanément déclarée avec la profession, « assistant de géographie », « chercheur en ethnologie »... 22 Faute d'avoir pu accéder aux archives après 2000, (moment qui correspond à un changement de secrétariat et de mode de fonctionnement de l'association), notre analyse ne porte pas sur la période récente. 23 Ainsi, en 1976, d'après la liste des adhérents publiée dans le buIletin de l'association, le nombre d'adhérents s'élève à 245 (n° 2 de 1977 et le n° 3 de 1978). Les relevés de cotisations, pour la même année, affichent un total de 207 25

rappelle que si, de façon formelle, la définition de l'adhérent est simple, (c'est l'acquittement de la cotisation qui dissocie l'adhérent du non-adhérent), selon les contextes et les enjeux que présente la publicisation du nombre d'adhérents, sa mise en oeuvre peut être l'occasion de manipulations dans le but de jouer sur les effectifs. Ainsi, le principe de reconduction de l'adhésion pour une année, en l'absence de cotisation, lisse les variations et favorise la fidélisation des membres. Une partie de l'analyse porte sur des entretiens réalisés entre 2002 et 2004 auprès des membres les plus actifs et des questionnaires envoyés, le plus souvent par courrier électronique, à une cinquantaine de membres représentant une diversité de rapports à l' association. Les refus d'entretien, jamais explicites, sont rares puisque seule, une personne contactée n'a jamais répondu à nos multiples demandes. L'entretien, supposé respecter la liberté d'autrui, reproduit la forme coutumière de l'échange conversationnel, l'échange entre «collègues ». Il s'adresse ici à des personnes qui ont occupé des positions de représentations, parfois de premiers plans, (notre échantillon compte six anciens présidents), cette position passée de porte-parole les incite moralement à accepter cet exercice. A l'écart des enjeux du moment, ils répondent positivement et certains, avec enthousiasme, à notre demande d'entretien qu'ils considèrent le plus souvent comme un « témoignage », une « discussion )) ou « un échange )), une manière de «manipuler)) la situation, d'en refuser la structure inégalitaire. Rompus à cet exercice, ils sont plus enclins à redire, ce qu'ils ont pu dire ailleurs et se montrent peu diserts sur les éléments plus personnels et biographiques. Le cadre, parfois très formel de l'entretien, (présence d'une secrétaire à qui il est fait appel en cas de défaillance de la mémoire), rappelle le statut de l'interlocuteur et traduit, en acte, le sens donné à l'interaction. Leur nom reste associé, pour la plupart, au domaine des études rurales. Les moins assurés dans leur rôle passé de porte-parole et/ou ceux qui ont pris
adhérents, institutions incluses. En 1990, sur un peu plus de 300 bulletins envoyés, seulement 220 adhérents ont versé leur cotisation.

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de la distance avec le domaine de recherche endossent le rôle de l'enquêté, offrant un discours moins contrôlé ou stéréotypé. Le non-retour d'un questionnaire, lui, est fréquent, (plus de la moitié). Le questionnaire, et celui utilisé ici, s'apparente à ceux que doivent remplir périodiquement les chercheurs et enseignantschercheurs pour rendre compte de leur activité de recherche puisqu'une série de questions portent sur les différentes publications, travaux en cours, financeurs des recherches, etc. Pour certains enquêtés, le recouvrement entre les deux types de demande ne fait pas de doute: ils nous retournent leur CV, ignorant le questionnaire et toute la partie concernant les propriétés sociales. Certains enquêtés, qui affichent une distance au jeu académique, ont proposé de répondre à nos questions mais dans le cadre d'un entretien. Le rapport à l'enquête peut révéler les liens entre l'enquêté et l'association. Tel chercheur ayant vécu une expérience passée malheureuse avec certains membres de l'association, demande « de bavarder un peu» avant de donner son accord. Une autre menace de porter plainte pour violation du secret d'adhésion suite au questionnaire que nous avons envoyé. L'existence de l'enquête, indépendamment de son contenu, constitue une occasion, pour cet adhérent, de manifester son opposition aux représentants du moment. Ne pas se soumettre à l'enquête, c'est finalement faire fi des engagements pris par les représentants d'un groupe et donc contester leur représentativité et leur légitimité. Le fonctionnement de l'association, à ce moment là, (absence de compte rendu du comité directeur, faible participation des membres aux rares réunions), favorise la naissance et la circulation de rumeurs. Les non-répondants aux questionnaires forment néanmoins une catégorie aux propriétés académiques hétérogènes, agrégeant des individus dont les raisons de ne pas répondre sont diverses. Nous avons fait le choix de rendre anonymes les extraits d'entretiens ou de questionnaires cités à l'exception de certains propos des membres fondateurs de l'association. Ces propos ont été tenus publiquement à diverses occasions. Même s'ils sont caractérisés par leur nom propre, c'est à des individus construits (appréhendés à partir d'une série limitée de critères) que nous nous 27

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