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Les sans-logis face à l'ethnocentrisme médical

De
162 pages
Pour les soignants les sans-logis persistent dans leurs comportements à risque : ils ne font rien pour se maintenir en bonne santé et lorsqu'ils tombent malades, ils s'entêtent à refuser les solutions thérapeutiques qu'on leur propose. L'auteur traite de notre regard à tous et à chacun sur "l'autre" à travers trois figures de l'Autre qui sont emblématiques du discours ethnocentriste. L'autre comme enfant, comme fou et enfin comme sauvage.
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Les sans-logis face à l'ethnocentrisme

médical

Du même auteur

Sans-logis de Paris à Nanterre. Ethnographie Éditions L'Harmattan, 2009.

d'une domination

ordinaire,

Crédit des photographies: Yann Benoist. Les personnes présentées dans cet ouvrage l'auteur leur autorisation d'y figurer. Formatage de l'ouvrage: Groupe Dapoya

ont

exprimé

à

L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005

@

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-08412-4 EAN : 9782296084124

Yann BENOIST

Les sans-logis face à l'ethnocentrisme
Approche ethnographique dJun !)lstème de soins

médical

L'Harmattan

Collection TERRAIN: récits & fictions dirigée par Bernard Lacombe

La collection « TERRAIN: récits et fictions» prend en compte l'ambition des sciences sociales, sciences du récit par excellence, d'intégrer l'ensemble des formes d'écriture. Ajustant la forme de l'écrit au sens du terrain, explicitant ainsi l'expérience qu'ils ont vécue, les auteurs de cette collection interrogent, par leurs textes, le sens du récit dans les sciences sociales et le poids de la fiction dans le discours scientifique.

Le logo de la collection est dessiné par Chantal Pairaud-Lacombe. Il représente un serpent bwaba du Burkina Faso.

A la mémoire de Dominique, dont l'amitié m'a grandi. Je crois que la mienne fut agréée jusqu'à sa fin brutale, qui est trop le lot de nos amis des rues.

Cet ouvrage s'inspire d'une thèse soutenue en Sorbonne en Décembre 2008 - avec pour directeur le ProRichard POTIIER.

La graphie de certains noms de lieux posait des difficultés, nous avons adopté le nom complet avec majuscules des lieux connus comme Gare de Nord, Région Parisienne...

Conformément à l'usage, j'ai modifié les noms et prénoms des personnes qui ont fait l'objet de cette enquête afin de préserver leur anonymat. Dans le texte, je les désigne de la manière dont elles-mêmes souhaitaient être appelées: selon les cas, soit par leur prénom seul, soit par leur nom de famille précédé de Monsieur ou Madame. En ce qui concerne les médecins et infirmiers, j'ai dû parfois recourir au même procédé. Les personnes figurant en photographie dans cet ouvrage ont exprimé à l'auteur leur autorisation.

Sommaire
Sigles et acronymes Introduction
Représentations et comportements de soins des usagers du CASH Les comportements de soins Image de soi et représentation de la maladie Motivations et représentations des soignants Les motivations des saignants Contraintes institutionnelles et financières Les usagers vus par les saignants Conclusion

11 13 41 46 79 105 106 116 129 141 151 157 158

Bibliographie Filmographie Photographies et encadrés

Sigles et acronymes
AME: ASH: BAPSA : CASH: CHAPSA : CHRS: CHRS LD : CHU:
Aide médicale d'Etat Assistant de soins hospitaliers. Brigade d'assistance aux personnes sans-abri Centre d'accueil et de Centre d'hébergement sans-abri Centre d'hébergement Centre d'hébergement longue durée Centres d'hébergement soins hospitaliers et d'accueil des personnes et de réinsertion sociale et de réinsertion sociale de d'urgence

Cette abréviation désigne également les Centres hospitaliers universitaires. Je ne l'emploierais ici que pour désigner les Centres d'Hébergement d'Urgence. CMU : Couverture médicale universelle CMUC : Couverture médicale universelle complémentaire CREDES : Centre de recherche, d'étude et de documentation en économie de la santé INED : Institut nationale des études démographiques INSEE: Institut national de la statistique et des études économiques

ORL: PSG: RATP: RER: RMI: SAMU: SDF:

Oto- Rhino- Laryngologiste Paris Saint Germain Régie autonome de transport parisien Réseau express régional Revenu minimum d'insertion Service d'aide médicale urgente Sans domicile fixe

1'-

Le

CHAPSA

Le CRRS LD ~

Introduction
Cœur léger cœur changeant cœur lourd Le temps de rêver est bien cour Que faut-il faire de mes jours Que faut-il faire de mes nuits Je n'avais amours ni demeure Nul part ou je vive ou meurt Je passais comme la rumeur Je m'endormais comme le bruit {,,] Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent,
Louis ARAGON

J'ai fait la connaissance de Pedro, un jour de juillet 2006, au CHAPSA, le CHU de Nanterre (Hauts-de-Seine) qui accueille quotidiennement 250 SDF (Cf. encadrés p. 15 et 17). Il avait 53 sa casquette à visière et ans mais sa petite taille, sa maigreur,

l'écouteur de son baladeur toujours fixé aux oreilles lui donnaient la silhouette d'un adolescent. A venant et souriant, il était bavard, surtout lorsque la discussion portait sur le PSG, son club de football favori ou sur les Gipsy King, son groupe de musique préféré. Depuis toujours, le sport et la musique le passionnaient. Il regardait, lorsqu'il le pouvait, tous les matchs diffusés à la télévision et écoutait continuellement des CD sur son baladeur, il disait être lui-même musicien. Il était assez peu loquace sur les détails de sa biographie. Lorsqu'on l'interrogeait Malgré sur sa vie, il détournait sa réserve, j'ai pu sans cesse la reconstruire conversation.

sommairement sa trajectoire. Il était français d'origine espagnole. Depuis vingt-trois ans, il vivait dans la rue. Il avait longtemps travaillé comme imprimeur, avec un salaire de 8 300 Francs par mois. A cette époque-là, il était locataire d'un appartement où il vivait avec sa femme et ses enfants. Par la suite il avait dû placer ces derniers en foyer, puis, souffrant d'une dépression, s'était inscrit à une agence d'intérim. il avait tout laissé tomber. Il avait alors vécu dans un studio à Paris et On lui avait promis de l'embauche, ce qui lui avait redonné confiance. Ces promesses étant resté vaines, Pedro, découragé, avait tout abandonné encore une fois et c'est ainsi qu'il était devenu, selon ses propres termes, voyageur, c'est-à-dire SDF. En 2006, quinzaine mendicité. percussions de jours il touchait le RMI qu'il épuisait en une à la

et il complétait

ses revenus

grâce

Il était également bénéficiaire

de la CMU et de la

CMUC, qui lui assuraient la gratuité des soins. Il disait jouer des dans un groupe composé d'amis de la rue. Il se sympathisé avec la patronne d'un café qui les et qui félicitait d'avoir

laissait jouer et faire la manche devant son établissement, refusait habituellement l'enfermement

gardait leurs instruments de musique à l'abri des voleurs. Pedro à l'hôpital ou la proximité des autres SDF dans les foyers (terme qu'il utilisait pour désigner les CHU). Il disait avoir peur de s'y faire voler ou agresser. Il jugeait en effet les autres sans-abri potentiellement Toutefois, Pedro connaissait bien le CHAPSA. dangereux. Il y était venu

dans le passé. Il était d'ailleurs bien connu du personnel du centre d'hébergement qui appréciait sa discrétion et sa gentillesse. Selon les soignants auxquels j'ai parlé de Pedro, il arrivait parfois très sale et surtout très ivre, mais il ne posait jamais de problème. Il

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est gentil et très poli, pourtant, je l'ai vu arriver dans des états pas possible, me confia une fois un ASH. Mais comme beaucoup de sans-abri, Pedro n'appréciait guère le centre. Il gardait un très mauvais souvenir de l'ancien CHAPSA, c'est-à-dire le CHAPSA tel qu'il était avant sa rénovation en juin 2000 et, plus encore, tel qu'il fonctionnait du temps des ramassages forcés qu'on pratiquait avant la suppression du Délit de vagabondage en 1993.
Le CASH (Cf Benoist, 2009)
Cette description vaut pour la période de l'enquête, entre 2005 et 2008.

Le CASH de Nanterre. ancien dépôt de mendicité, est un établissement public. En son sein, cohabitent des structures d'accueil et des structures hospitalières. Plusieurs de ses services sont strictement destinés à recevoir des personnes en situation de détresse sociale. Ce sont le SAD, le CHRS, le CHRS LD, le CHAPSA et le CADA. L'hôpital Max Fourestier, qui est intégré au CASH, est un hôpital de proximité; la population qui le fréquente demeure dans les quartiers proches de la structure qui sont, pour la plupart, des quartiers défavorisés. Je ne reviens ici que sur les trois structures étudiées: Le CHAPSA, le CHRS LD et la maison de retraite.

Très marqué par ce souvenir, Pedro assimilait le fonctionnement actuel à l'ancien, si bien que les agents de la BAPSA, qui déposent une partie des SDF au foyer, restaient, à ses yeux, les 'bleus', appellation que les SDF donnaient et donnent encore souvent aux agents de la BAPSA qui, naguère, conduisaient 'manu militari' les sans-logis à Nanterre. Dans la rue également il avait peur. Il s'était fait agresser plusieurs fois, ce qui lui avait valu, affirmait-il, des problèmes de poumons et neuf jours d'hospitalisation à l'hôpital Foch où il avait passé des radiographies. Il n'y a que dans son 'abri', une voiture
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abandonnée, qu'il se sentait en sécurité. Il y dormait donc toutes les nuits. Pour comprendre la manière dont il voyait le CHAPSA et ce qu'il ressentait lorsqu'il avait à s'y rendre, accompagnons-le ce matin de juillet où je l'ai rencontré pour la première fois. Ce jour-là, m'explique-t-il, il n'avait d'autres choix que d'aller à Nanterre. En outre, son ami Dédé l'avait forcé à venir consulter les soignants du centre. Dédé n'en est pas à son coup d'essai. Il a maintes fois tenté, mais en vain, de convaincre son ami de se faire soigner. Dédé est préoccupé par l'état de santé de Pedro qui ne fait qu'empirer de jour en jour: se plaignant de douleurs, Pedro maigrit à vue d'œil et s'affaiblit au point de ne plus quitter sa voiture; il me dira plus tard qu'il y a plus d'un mois qu'il n'a pas mangé et que sans Dédé, il serait déjà mort. Il a pris, m'explique-t-il, le car du Recueil social de la RATP, un autre service qui conduit les SDF au CHAPSA. Ce jour-là, son état de santé est très préoccupant; il est très fatigué et ne s'est pas lavé depuis longtemps. A l'issue d'une matinée de voyage dans un car du Recueil social, Pedro est arrivé à Nanterre à 11H00. Du véhicule, il a pu observer l'aspect extérieur si austère du CASH, grande institution qui regroupe l'hôpital Max Fourestier et plusieurs structures d'accueil et d'aide sociale. Le véhicule l'a déposé à proximité d'un bâtiment isolé qui, bien souvent, est l'unique institution du CASH connue des SDF : le CHAPSA. Après avoir rapidement traversé la cour extérieure et le 'sas' à l'entrée du bâtiment, Pedro traverse le hall principal et il est directement conduit, accompagné de Dédé et d'agents de la RATP, aux douches où lui sont prodigués les premiers soins. Les soignants jugent immédiatement son état physique critique. Il semble être très sale, et effectivement il avoue ne s'être pas lavé depuis plusieurs 16