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Les secrets de la petite boîte en fer

De
259 pages


Marie 95 ans, atteinte de la maladie Alzheimer entre en EHPAD. Elle apprend à vivre en communauté et au rythme des soins de l’institution. Elle se prend d’affection pour deux soignantes, Claire et Assya à qui au fil des jours, elle confie l’histoire de sa vie parsemée de tragédie dont la perte de son fiancé Charles en 1940 lors de la guerre, la disparition de son fils de 3 ans et demi et son mariage avec Henri après la guerre...


Un roman plein de tolérance et d'attention, de la part du soignant qui recueille des morceaux de vie de pensionnaires qui ont encore énormément de choses à dire.

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Isabelle Flückiger Jachym Les secrets de la petite boîte en Fer Illustration: Néro Publié dans laCollection Electrons Libres,
Dirigée parAmélia Varin
©Evidence Editions2017
Préambule 14 h30 : Me voilà arrivée, je suis fatiguée. Deux ambulancie rs m’entourent. L’un me prend le bras pour me guider vers un fauteuil dans le hall d’entrée et l’autre se charge de mes deux petites valises. Ça y est, ils partent… Ils m’ont d it d’attendre là. Une dame doit venir me chercher pour m’accompagner dans « ma chambre ». Ma chambre ? Cela me parait bizarre, je n’ai pas l’impression de vivre ici. En fait, je ne sais plus grand-chose, parfois je sais et parfois je ne sais plus… Je suis perdue.Je suis si âgée. Je le ressens dans tous les membres de mon corps. Bizarrement, j’ai aussi parfois la sensation d’être redevenu un tout petit enfant et d’avoir tout à réapprendre. Un mot résonne dans ma tête, un mot qu e j’entends tellement souvent, ce mot que je ne comprends pas vraiment, si vague… Alzheimer…
Chapitre 1 Ma dernière demeure 15 h00 : Une jeune femme en tenue bleue et blanche s’avance, une aide-soignante. Elle va procéder à l’admission de la nouvelle résidente. Da ns sa main, elle tient un dossier où l’essentiel de la vie de la vieille dame sera consigné : ses pathologies, ses habitudes de vie. Elle est souriante, calme. Sa voix se veut ras surante afin de mettre en confiance la nouvelle venue qui vivra dans ce lieu jusqu’à son dernier jour. Mais qui est-elle ? Est-ce que je la connais ? Sa voix est douce, légèrement ferme. Elle plonge dans mon regard comme pour y trouver des réponses. Je m’accroche à ses yeux comme on s’accroche à une bouée de sauvetage et mes pas tremblants s’emboîtent aux siens. Un ascenseur …. J’ai peur…. Je lui tiens le bras un peu plus fort. La porte s’ouvre, laissant place à un long couloir, si long … des portes avec des numéros, des photos, toutes les mêmes, de la même couleur. Comment s’y retrouver, tout est pareil… Je ne peux que me laisser guider par el le… elle, elle sait… moi, je ne sais plus… Elles traversent les couloirs... La professionnelle ressent l’angoisse de la nonagén aire quand sa main se fait plus ferme sur son bras. Sa peur est légitime. Elle fera le nécessaire pour la mettre en sécurité. C’est son métier. Elle lui décrit les lieux, lui présente déjà certains pensionnaires, présents sur leur passage et qui feront partie de son quotidien. — Nous y voilà, chambre n°256. Comme vous le voyez vos nom et prénom sont déjà affichés et d’ici quelques jours, il y aura votre photo, me dit-elle. La porte s’ouvre sur un décor très succinct : un li t, une table, une penderie. Une éphéméride est accrochée au mur pour redonner aux résidents les repères sur les jours, mois, les saisons, les années aussi. J’essaie d’emmagasiner toutes les informations qu’elle me donne mais il y en a trop. Elle s’appelle Laurence, c’est un joli prénom. « Moi, je m’appelle Marie ». Je ne sais pas vraiment d’où je viens. J’ai vécu la guerre et j’en tends encore les bombardements dans ma tête, ma tête qui me fait mal. Ma tête, un trou noir au fond de l’univers. Je crois que j’ai vingt ans, oui j’ai vingt ans Mademoiselle et mon f iancé m’attend, alors je dois partir. Il s’appelle Charles, il est si beau dans son uniforme. — Désolée Mademoiselle lui dis-je, mais il est l’heure, je ne dois pas manquer le train qui m’emporte vers lui pour lui dire au revoir avan t qu’il ne parte pour le front. J’ai tellement peur de ne jamais le revoir. Je vous en prie, laissez-moi partir… Je vous en prie,
je veux le revoir… Ne me dites pas qu’il est trop tard. D'un coup violent, la maladie telle une vague, déferle dans la pièce. Elle apporte avec elle l’oubli du temps, l’oubli du présent. Un retour au passé qui semble si réel pour la vielle femme qu’il donne l’impression d’envahir l’atmosphè re. Cette maladie vous frappe tout entier par moment, sans aucune raison. La structure qui accueille la nouvelle pensionnaire est adaptée pour que la maladie lui soit la moins p énible possible. Le personnel médical est formé pour aider les personnes atteintes de ce type de comportement dû à cette pathologie. La jeune femme enveloppe Marie d’un reg ard protecteur, lui parle à voix basse, la rassure. Puis, petit à petit, la soignante déballe les affaires qui se trouvent dans les valises et étale avec précaution le contenu sur le lit tout en continuant de la regarder et de lui parler. Tous ses effets personnels seront ré pertoriés dans l’inventaire. Le linge d’abord. Les robes, jupes, manteaux sont pendus sur des cintres, le reste est rangé dans les tiroirs. Le nécessaire à toilette trouvera naturellement sa place dans la salle de bains attenante à la chambre. Les autres objets sont placés dans le tiroir de la table de chevet ou du bureau. Il reste cette petite boite en fer. La jeune femme a un moment d’hésitation. Où la mettre? Un éclair soudain transperce ma mémoire et mon cœur. Est-ce moi cette vieille femme aux traits si ridés dans le miroir? Mais oui c’est moi, je me souviens. Je dois avoir pas loin de 100 ans peut-être. Je suis dans une chambre dans une maison de retraite et cette jeune personne est là pour m’aider. Elle va m’aider , elle et ses collègues tous les jours mais… jusqu’à quand? Sûrement jusqu’à la fin qui me semble si proche. Elle tient dans sa main, la boite qui contient le paquet de lettres et les photos de Charles, mon fiancé tant aimé, les photos de toute ma vie. Je ne suis qu’une vieille femme sans amour, sans enfant, avec juste le merveilleux souvenir de mon C harles, tombé au combat. Cet amour sera pour toujours le seul de ma vie. Que me reste- t-il? Rien…. J’ai perdu ma famille après la guerre. Mes parents sont morts, il y a si longtemps. J’avais une sœur… elle était si jolie ma petite sœur… voilà que je ne me souviens plus de son prénom. Je vois que la petite dame essaie de me calmer. Je soupire, je me tais et je fixe le mur blanc, ma nouvelle prison. J’entends des bruits dans le coulo ir, des pas hésitants, des personnes âgées qui parlent…Qui sont ces gens, Mademoiselle, je ne les connais pas…. Les questions élémentaires s’enchaînent dans un contexte convivial pour connaître les habitudes de vie de Marie. Le personnel s’informe s ur ses préférences culinaires, ses désirs, ce qu’elle aime ou pas, ce qu’elle aimerait faire, ce qu’elle est capable encore d’entreprendre, les animations auxquelles elle souh aiterait participer. On lui demande si elle porte des appareils dentaires, auditifs, si elle peut faire sa toilette seule ou avec une aide, si elle dort bien, si elle a besoin d’aide au x transferts pour se lever, se coucher ou s’asseoir par exemple, s’habiller, se lever et si e lle a des douleurs particulières, si elle prend des médicaments etc… J’écoute avec la plus grande attention possible tout ce qu’elle me dit. Elle me pose des questions sur ce que je souhaite au petit déjeuner. Des biscottes beurrées, ah oui, ça j’aime, trempées dans un gros bol de café au lait fumant. Cela me rappelle les dimanches matin en famille, ju ste avant d’aller à la messe, ma
sœur et moi, dans nos belles robes que nous ne mett ions que pour cette occasion… Après, j’ai du mal de lui répondre, la télé, la lecture, les sorties, je ne sais pas. Mon ancien métier? Dentellière et petite main dans une grande maison de couture. Pour moi, de toute façon, la vie s’est arrêtée il y a déjà si longtemps avec le décès de Charles. Mon corps et mon esprit meurtris sont rest és sur notre bonne terre mais mon âme est partie avec lui. Au bout d’une demi-heure, l’essentiel du protocole d’admission est finalisé. Marie s’est laissée guider au fil des questions avec gentillesse et application. Cependant une lueur de tristesse dans son regard n’a pas échappé à l’aide-soignante. Évidemment, elle comprend le désarroi et l’anxiété de la vieille femme. Elle va devoir vivre dans un nouvel environnement. Il faudra s’y habituer. Cela se fera , petit à petit, jour après jour. La soignante prit la main de Marie dans la sienne en lui répétant que tout se passerait bien et que l’équipe entière était là pour l’aider. Je lis tellement de bonté dans les yeux de cette jeune femme. Son regard m’apaise, ses gestes me rassurent, j’ai confiance. Comme un autom ate, je la laisse me guider ici et là, m’expliquer le déroulement de mes futures journées, le futur… quel futur me reste-t-il? Mes pensées sont comme un calendrier auquel on arrache une feuille tous les jours. Ma mémoire s’envole avec elles dans un passé que je ne comprends plus, qui n’existe plus. Tout n’est plus que cases qui se vident les unes après les autres. — Oh excusez-moi, mais j’ai envie de rester seule e t de me reposer, je suis si lasse, tellement lasse. Tout se chamboule dans ma tête, une fois encore. Des flashes qui crépitent dans la nuit de ma vie qui arrive au point final, je le sais, je le sens. Des jours encore, des semaines, des mois, peu t-être même encore quelques années à attendre…. Attendre quoi??? Je n’en ai aucune idée. — Laissez-moi m’assoupir un peu à présent s’il vous plait et fermez la porte derrière vous, merci Mademoiselle. La nuit tombe…. L’équipe de nuit succède l’équipe de l’après-midi. La vieille dame peu à peu s’endort dans son nouvel univers confiné, blo ttie sous sa couverture pour ne pas avoir trop froid, pour se sentir en sécurité. L’aub e automnale apportera dans quelques heures, son lot de fraîcheur et de soleil qui, au fil des jours, se montrera plus pâle.
Chapitre2 Charles Je me réveille tout doucement, les muscles endoloris par le poids des saisons. Comme chaque matin, je pense à Charles. J’avais fait sa c onnaissance, le 14 juillet 1938, à la kermesse du village. Le bal populaire clôturait les festivités de la journée. Une de mes tantes m’avait servi de chaperon. Ce fut avec un agréable étonnement que j’avais aperçu ce beau jeune homme aux cheveux bruns légèrement cu ivrés, me sourire à la fin de la messe. Je ne l’avais encore jamais vu. Peut-être ha bitait-il un des villages voisins? Je n’avais cessé de le chercher du regard tout au long de la journée l’apercevant ici et là, parfois seul, parfois plongé dans une discussion animée avec ses amis. Les premières notes du bal diffusaient un air de ga ieté sur la place du village. Sagement assises, nous sirotions une limonade à une petite table légèrement à l’écart quand, je le vis s’avancer vers moi avec assurance. Je sentis, soudain, mon cœur qui tapait, qui tapait, si fort que je crus qu’il allait s’arrêter de battre. Avec un sourire ravageur et bienveillant, de sa voix suave et posée, il me demanda si je voulais bien lui accorder la prochaine danse. Intim idée, je n’osais répondre attendant l’approbation de ma tante. En acceptant, elle prit bien soin de nous faire part des recommandations d’usage. À peine eut-elle fini sa p hrase que déjà Charles m’emportait dans un tourbillon de valses, de javas…. Ma robe blanche tournait au rythme de ses pas. Il était si grand et moi si petite dans ses bras. Je sentais mon visage rougir à chaque fois qu’il plongeait ses beaux yeux verts dans le bleu des miens… Nous avons dansé jusqu’au bout la nuit… me semble-t-il… du moins jusqu’à minuit, l’heure autorisée par mon père. C’est avec regret que je dus quitter les bras de Ch arles après une dernière « valse brune… des chevaliers de la lune ». Avant de partir il me demanda si j’acceptais de le revoir très prochainement. Ce fut pour moi, une évidence. J’entends encore dans ma tête l’accordéon à tue-tête et les paroles qui sortent de ma voix, aujourd’hui fatiguée… Comme j’aimerais encore danser cette valse brune avec toi, Charles……… Un halo de lumière sous ma porte me ramène à la réa lité, des voix, des pas dans le couloir… une longue journée, très longue, trop longue journée va commencer… Ilest7 h 30. Le travail des soignants de l’équipe du matin va pouvoir commencer. Les transmissions auprès de l’équipe de nuit ont été pr ises et l’infirmière a donné les instructions importantes pour la journée. Chacun va s’organiser dans son secteur en fonction des priorités. Déjà, veiller à ce que tout le monde aille bien. Chaque porte doit être ouverte avec délicatesse pour ne pas réveiller ceux qui dorment encore. Sinon, on dit bonjour à ceux qui sont déjà debout et on ouvre les volets s’ils le désirent. Tout est réglé
comme du papier à musique. On connaît les habitudes de tous les pensionnaires à la longue, les lève-tôt, les lève-tard, ceux au réveil facile, ceux qui l’ont un peu moins, ceux qui préfèrent petit déjeuner au lit, ceux qui désirent se rendre à la salle à manger et hélas, ceux, entièrement dépendants et qui ne peuvent pas ou plus choisir. La professionnelle ouvre la porte de la chambre de Marie et lui adresse un rapide bonjour. — Bonjour madame, je ne sais pas vraiment l’heure q u’il est et ce que je dois faire, Dois-je me coucher, me lever? Je n’ai pas de repères, je suis perdue dans cette chambre. Suis-je prisonnière? Qu’ai-je donc fait de mal? Nous connaissons nous? S’il vous plait, aidez-moi, je suis une vieille femme qui perd la mé moire et cette sensation d’être impuissante me fait très peur. La soignante fit un pas en sa direction et lui prit la main avec un grand sourire ce qui apaisa Marie aussitôt. Elle lui expliqua qu’il étai t 7 h 45 et qu’elle allait l’aider pour sa toilette, s’habiller et l’emmener en salle à manger pour le petit déjeuner. La pensionnaire acquiesça d’un mouvement de tête et suivit la jeune femme jusqu’à la salle de bains. Celle-ci la guiderait dans ses gestes et à enfiler ses vêtements, si nécessaire. Marie est très coquette. Elle avait envie de mettre sa robe avec des petites fleurs lilas ainsi que son châle parme. Marie avait préféré faire sa toilette seule. La soignante avait surveillé discrètement sa démarche, tout en faisant le lit et en rangeant succinctement la chambre. Une petite goutte d’eau de Cologne à la lavande et voilà, elle était prête. Elle se laissa conduire jusqu’à la salle à manger. Il y avait déjà quelques personnes en train de déjeuner et d’autres, en train d’attendre. Il y avait du bruit. Marie s’installa à la même table qu’une dame et un monsieur d’à peu près son âge. Elle leur dit « bonjour » avec amabilité. Seul, le monsieur lui répondit. L’autre dame était « ailleurs ». Un agent de soins s’installa près de cette résidente et commenç a à lui donner à manger et à boire comme on donne à manger à un petit enfant, par petites cuillères et par petites gorgées. Marie ne se sentait pas très à son aise entourée de cette majorité de personnes dépendantes. Beaucoup d’entres elles se déplaçaient en fauteuil roulant. Dieu merci, pensa Marie, moi, je peux encore marcher avec ma canne. Je n’ai qu’une envie, c’est de retourner dans ma chambre. Il me tarde que mon plateau avec mes biscottes soit prêt pour que je puisse me rassasier et sortir de cet endroit. Je pose ma serviette sur mes genoux. Je vais essayer de ne pas en renverser sur ma robe. Certains pensionnaires portent des sortes de bavettes. Tout me parait si bizarre. Je vais avoir du mal à m’acclimater ici. Je soupire… J’ai connu pire, je le sais mais j’étais jeune, en pleine possession de mes moyens. Aujourd’hui, je ne le suis plus. Je vois bien que la jeune fille qui donne à manger à la dame en face de moi, me regarde. Je sens dans ses réactions qu’elle a remarqué mon désarroi. Elle me sourit. Cela me fait du bien. Ah tiens, voilà mes biscottes. Ce n’est pas aussi bon que dans mes souvenirs. Le café au lait est juste tiède. Il faut dire qu’il y a tellement de petits déjeuners à servir. Les agents de service s’affairent comme des petites abeilles autour de nous, les unes accompagnant les résidents, les autres en desservant et lavant la table avant qu’un nouveau convive s’y
installe. Et le bruit… C’est ce qui me gêne le plus , le bruit… les fauteuils, les déambulateurs qui grincent, les personnes âgées qui parlent fort, les soignants, les infirmières qui discutent. Par contre, j’aime beaucoup écouter le personnel en train de papoter. On s’aperçoit alors que la vie continue. L’une raconte sa dispute avec son petit copain avec tous les détails, l’autre fait part de ses inquiétudes pour les études de ses enfants. Je souris intérieurement. Les femmes ont tellement besoin de parler. Madame s’il vous plait, j’aimerais retourner dans ma chambre, est-ce possible? — Oui bien sûr, me répond-elle, prenez à gauche et vous verrez une porte avec votre nom. D’accord. Je me dirige dans le couloir. Je m’approche des portes pour lire les noms et au bout de quelques minutes, je me retrouve devant la mienne. Il va falloir que j’apprenne à me repérer. Là, c’est un bon début, j’ai pu le faire toute seule. Je sais que cela ne sera pas toujours le cas. Il y aura des jours où ma mémo ire travaillera et d’autres où je serai entièrement démunie. Je soupire, je me dirige près de la fenêtre pour m’asseoir dans le fauteuil bien moelleux et je pourrai laisser vagabo nder mon esprit. La pièce est paisible. Je me sens mieux. Les semaines passèrent les unes après les autres. L ’automne se mit à perdre ses couleurs chaleureuses et le gris d’un hiver vigoure ux s’installa. Marie, s’était doucement habituée aux rituels de la maison ainsi qu’au perso nnel soignant qui change selon les roulements de service. Elle avait ses préférences, c’était naturel. Certaines étaient plus douces que d’autres, certaines plus strictes, d’autres plus rigolotes, de tous les âges : de la jeune fille à peine majeure à la femme mûre à l’ approche de la retraite. Parfois, elle ressentait aussi la fatigue qui s’emparait du personnel. Les sourires étaient moins francs, leur patience était mise à rude épreuve. Comme de nombreux résidents, elle ressentait le manque de personnel, le manque de moyens ici comme ailleurs. Le week-end surtout. Tout allait « plus vite ». Elle aurait aimé pouvoir faire quelque chose mais elle se sentait impuissante. C’est la société qui veut ça, pensa-t-elle. Alors avec ses peu de moyens, elle essayait d’être la plus complaisante possible. Elle admirait ses femmes et ses hommes qui faisaient ce métier très difficile. Souvent, elle entendait des personnes âgées qui criaient lors de la toilette ou qui refusaient d’aller mange r. Elle ressentait l’impuissance et la lassitude dans les gestes et les regards des soignants. Rien n’est simple, l’être humain est tellement complexe. Même si les professionnels rest aient discrets en ce qui concernait leurs résidents, Marie et certaines autres personne s se rendaient bien compte combien leur travail était éprouvant avec certains pensionn aires plus dépendants, très invalides physiquement et mentalement. Ces personnes-là leur prenaient tellement d’énergie qu’ils devaient, hélas, accorder moins de leur temps à d’a utres résidents. Ceux-ci, cependant auraient aimé, également, passer un peu plus de tem ps en leur compagnie mais parfois, cela était très difficile. Il y a des jours, où rien n’allait, où Marie était murée dans un vide quasi sidéral, où dans sa tête ronronnait une spirale infernale. Elle ne reconnaissait plus rien ni personne. Cependant, elle avait accepté de faire partie de la chorale de la maison. Chanter restait
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