Les séparations à but thérapeutique

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C'est le processus même de la séparation parents-enfants qui est ici analysé. L'ouvrage ne se limite pas au problème du placement familial mais prend aussi en considération l'internat ou le lieu de vie. Une synthèse théorique et pratique qui renouvelle et approfondit considérablement la réflexion sur ce thème en abordant avec précision les difficultés que rencontrent les divers protagonistes (psychiatres, juges pour enfants, parents).

Nouvelle édition pourvue d'une longue préface bilan de l'auteur. 18 ans après, cet ouvrage demeure le livre de référence par lequel il faut commencer lorsqu'on travaille en protection de l'enfance.
Publié le : mercredi 12 janvier 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782100558803
Nombre de pages : 224
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Introduction
ANT QUILS RESTENTdans leur famille, de nombreux T enfants traités pour des difficultés psychiques ne tirent aucun bénéfice des soins proposés. Cette constatation, tous les « professionnels de l’enfance » l’ont faite. Plus même : ils o nt souvent remarqué que, pour certains enfants, les progrès ob tenus par une séparation de leur famille, accompagnée de soins, so nt balayés pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines , par chaque rencontre entre parents et enfant. Dans ces situatio ns, se pose la question d’une suspension prolongée de ces rencontr es. Cependant, face à la fréquence de ces conjonctures, il est frappant de constater que l’idée d’une séparation plus ou mo ins complète, toujours évoquée alors, n’est que rarement mise e n application. Quels sont les éléments qui, malgré la cliniqu e, la souffrance psychique évidente d’un enfant, empêchent un interve nant adulte, psychanalyste, psychiatre, psychologue, travailleur social, éducateur, juge, etc., de demander ou de décider ce q u’il sait être conforme à la raison ? Pourquoi estil impossible d e penser que la douleur éprouvée par les parents lors de telles décisions n’est pas forcément identique à celle que nous (le s intervenants) ressentirions nousmêmes ? En effet, si ces p ères et mères investissaient leurs enfants de la même façon que no us, leur situation familiale relationnelle et éducative ne ser ait pas aussi problématique. Et pourquoi estil si difficile de mett re la douleur des parents en balance avec l’aspect destructeur po ur
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le psychisme de leur enfant de certaines interactions qu’il s établissent répétitivement ? C’est que, dans de telles situations, il n’est pas question d e raison mais de passion, et de la passion aux deux acceptions du mot : la « crucifixion interne » et la violence des émotions projetées sur autrui. Au mieux, dans la « crucifixion interne », le conflit reste contenu en soi. Je me souviens ainsi du matin où naquit un de mes enfants. Pendant que je le tenais et qu’il observait tranquillement le monde, les yeux grands ouverts, avec l’ét on nante hypervigilance qui existe souvent à ce moment, je me disais qu’il était impossible de séparer un enfant de la mère qui l’avait porté dans son corps et mis au monde à travers sa chair. Personne n’avait le droit de faire cela, ou alors il fa llait être fou. Il était 6 h du matin.À9 h, j’étais dans le bureau d’un juge des enfants et j’obtenais qu’il séparât un enfant de 5 an s de ses parents, en espaçant fortement les rencontres. Je savais que c’était la seule chance qui restait à ce garçon de lui évit er une évolution vers un comportement déficitaire et délinquan t alimenté par les interactions avec la famille. Avec deux ans de recul, l’amélioration importante de cet enfant, y compris l ors des retours chez lui qui sont plus fréquents, a donné raison à ce pari ; mais, pour prendre cette décision, une partie de moi avait dû « sacrifier » l’autre. Au pire, le conflit interne est projeté sur d’autres personne s. Myriam David nous en prévient lorsqu’elle souligne qu’il n’ est rien de tel qu’une conjoncture de séparation parentenfant pour déchaîner des conflits pleins de fureur au sein d’une équipe o u entre deux équipes. Dans l’exemple personnel cité cidessus, on peut remarquer que la séparation a été pensée en termes d’arrachement de l’enfant au corps maternel. Ceci me paraît spécifier les diffi cultés présentes dans ces circonstances : la question du détacheme nt du corps maternel ou familial se fait au détriment de la référen ce au corps de l’enfant petit, dont le vécu est constamment sous estimé. Ce fait n’est pas spécifique aux situations de maltra itance
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physique ou psychique. Ainsi ce n’est que depuis très peu de temps que l’on commence à se soucier de la douleur provoquée par certains examens médicaux et certaines affections chez les nourrissons, et à prendre donc certaines précautions antalgiques. On pourrait penser que ceci est lié au statut de l’infans,l’enfant petit sans parole qui ne peut dire sa souffrance. Cet argumen t n’est pas suffisant. Récemment, un enfant de 9 ans, séparé de sa mère psychotique qui faisait régulièrement des tentatives de suicide, déclara clairement qu’il ne voulait plus aller en v isite chez elle et, même, ne plus la revoir. Il souhaitait obtenir l a même suspension des rencontres que son frère. Il venait d’empêch er sa mère de se jeter hors d’un train en marche qui les transportai t tous deux et ne voulait plus continuer à vivre de manière répétitive des situations de ce genre. La réponse d’un intervenant chargé de la gestion de ce placement fut celleci : « Tu essaies de me manipuler pour obtenir une suspension des visites ». Ce type de réplique inadéquate repose sur le déni de la souffran ce exprimée par l’enfant. Je pourrais donner des centaines d’a utres exemples aussi démonstratifs, ce qui ne présenterait aucun intérêt si ce n’est de me permettre un défoulement cathartique.Àpart certains servicesvitrines de la région parisienne et quel ques autres arbres qui cachent la forêt, règne sur tout le territo ire français une incohérence colossale dans les réponses fourn ies à certaines situations de défaillance parentale par les per sonnes qui travaillent dans les structures s’occupant d’enfants : justice de l’enfance, Sauvegarde de l’enfance, Aide sociale à l’enfance, Éducation nationale, travailleurs sociaux, secteur de psychiatrie adultes, intersecteurs de pédopsychiatrie, etc. S’interroger sur les différentes composantes de ces processus de séparation, ce qui les autorise, ce qui les entrave, les ef fets qu’ils produisent chez l’enfant, etc., me paraît être la seu le manière fructueuse de réfléchir à cette problématique, hors de toute polémique qui risquerait d’éloigner des interrogati ons principales. Ce sera l’axe directeur de cet ouvrage. On constatera alors qu’existent certaines certitudes là où tout Dunod – La photocopie non autorisée est un délit semblait l é à la ubjectivité de chacun, et que persistent d e
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nombreuses incertitudes là où l’on serait en droit d’attend re plus de prévisibilité. On sera aussi confronté à la complexité de s éléments personnels en jeu chez chacun. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais faire quelqu es remarques. On risque de conclure que la façon proposée ici de prendre en compte les besoins d’un enfant équivaut à un bouleversement considérable des modes de pensée et de fonctionnement de certaines structures. Là n’est pas mon intention. Mon interr o gation est uniquement celle d’un psychanalyste d’enfants ; c’est à partir de cette pratique, à partir d’échecs cuisants, épui sants, et dramatiques pour l’avenir des enfants qui furent concernés, que j’ai formulé la seule question qui m’intéresse : quelles con ditions doivent être réunies pour pouvoir penser les difficultés d’u n enfant, avec lui si besoin, et les traiter ? Parmi ces conditions, certaines séparations sont nécessaires, sinon la pensée du psychanalyste, des autres intervenants, de l’enfant, et même parfois celle des parents « rendus fous » pa r le fait d’avoir un enfant (cf.infra), est balayée comme un fétu de paille par la tourmente de la réalité. C’est ce point de vue strictement clinique, à partir de mon implication personne lle de thérapeute, que je soutiendrai dans ces pages, car seule cette position permet d’éviter les mouvements idéologique s 1 simplificateurs et générateurs de trop de passion . Je ne parlerai jamais à partir d’autres perspectives (les droits de l’enfa nt, les droits des parents, les devoirs de la société, etc.). De mon p oint de vue de clinicien, je ne suis « ni pour », « ni contre » la séparat ion
1.D’un point de vue idéologique, l’alternance suivante me semble s’être produite récemment. Jusqu’aux environs de 19551960, quantité de séparations aberrantes ont été effectuées pour des motifs sociaux ou sanitaires (« le bon air »), sans que soit tenu aucun compte des besoins psychiques de l’enfant. Àpartir de 1960 apparaît une tendance inverse, officialisée dans la loi du 4 juin 1970 relative à l’autorité parentale : le maintien dans la famille y est posé comme idéal à poursuivre dans les prises en charge d’un enfant en difficulté. Ce texte m’a souvent été opposé pour justifier des nonséparations aussi aberrantes.
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en général.Une telle formulation est pour moi dépourvue de sens. Pour permettre une communication plus facile avec des lec teurs ayant une culture autre que la mienne (judiciaire, péd a gogique, etc.), j’utiliserai le moins possible la terminol ogie psychanalytique usuelle, qui est très « spécialisée ». Je devrai cependant décrire à certains moments la théorie sur laquell e je fonde mes hypothèses cliniques. Je tâcherai de le faire le pl us simplement possible. Enfin, si ce que je vais exposer maintenant peut aider à comprendre certains problèmes de séparation à l’adolescen ce, je ne traiterai pas ici de cette question qui a de nombreux asp ects spécifiques.
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