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Les services aux entreprises dans la problématique du développement

De
208 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1994
Lecture(s) : 242
EAN13 : 9782296282209
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LES SERVICES AUX ENTREPRISES DANS LA PROBLÉMATIQUE DU DÉVELOPPEMENT

Collection "Logiques Economiques" Dirigée par Gérard Duthil

BARET Serge, Monnaie, finance et dépendance aux Antilles françaises. DUMEZ Hervé et JEUNEMAITRE Alain, Diriger l'économie: l'Etat des prix en France (1936-1986). DU TERTRE Christian, Technologie, flexibilité, emploi: une approche sectorielle du post-taylorisme. DUTHIL Gérard, Les entreprisesface à l'encadrement du crédit. GRaU Pierre, Les multinationales socialistes. LE BOLLOC'H-PUGES Chantal, La politique industriellefrançaise dans l'électronique. MARCO Luc, La montée des faillites en France. MIGNOT-LEFEBVRE Yvonne, LEFEBVRE Michel, La société combinatoire. Réseaux et pouvoir dallS une économie en . mutation.
PINARDON François, La rentabilité, une affaire de points de

vue.
VATIN François, L'industrie du lait. Essai d'histoire économique. ZARIFIAN Philippe, PALLOIS Christian, La société post-économique : esquisse d'une société alternative.

Didactique des Logiques économiques
.

HECKL Y Ch., Eléments d'Economie appliquées à l'économie

pratique.

DUTHIL G., VANHAECKE D.; Les statistiques descriptives
de l'entreprise.

@ L'Hannattan, 1993 ISBN: 2-7384-2130-X

Florence JANY-CATRICE

LES SERVICES AUX ENTREPRISES DANS LA PROBLÉMATIQUE DU DÉVELOPPEMENT

Ouvrage publié avec l'aide de l'IFRESI-CNRS

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École Polytechnique 75005 Paris

INTRODUCTION

La problématique du développement économique est vaste. Dans cet ouvrage, nous avons choisi d'aborder un aspect bien spécifique de la dynamique du développement. économique, celui des interrelations entre les services et l'industrie, en soulignant l'existence de services stratégiques pour le développement et parmi eux, l'importance des services impliquant un transfert de connaissances.
I. INTERDEPENDANCES DES ECONOMIES

Les interdépendances économiques croissantes qui lient au niveau mondial les Etats entre eux se manifestent sur plusieurs plans. Elles concernent autant les systèmes nationaux et leurs relations macro-économiques que l'internationalisation des processus de production [L.A.R.E.A.-C.E.R.E.M.; 1986]: - d'une part, Ie volume des échanges au niveau international s'est accru sensiblement pendant ces vingt dernières années. Ainsi, le taux annuel moyen de croissance des exportations des pays en voie de développement (P.Y.D.) a été de 3,1% entre 1960 et 1985, et de 7,5% pour les économies développées. Ce même taux pour les importations s'est élevé à 5,3% pour les P.Y.D. et à 6,7% pour les pays développés sur la même période [Banque Mondiale; 1987]1. - d'autre part, le nombre et le volume des investissements directs effectués à un niveau interrégional et mondial, augmentent à un rythme élevé [Oman; 1984]. Ces deux tendances sont observées pour les transactions au sein du groupe des pays développés, mais également entre ces pays et les économies en voie de développement, même si dans ces dernières existent des
1 Données à prix constants.

7

différences notables en fonction des secteurs et des degrés de développement des pays (les investissements directs se sont accrus vers les pays que nous désignerons comme étant "en voie d'industrialisation" et ils ont diminué vers les pays les moins avancés). La problématique du développement des pays du Tiers Monde s'inscrit dans ce double mouvement d'internationalisation des économies nationales et des agents économiques. Les interdépendances économiques qui en découlent affectent l'évolution et le niveau d'industrialisation des pays en voie de développement, en ce sens que, le plus souvent, les productions des pays en voie de développement (P.V.D.) profitent peu d'une valorisation locale. Ils sont en effet pris en charge par des circuits d'intermédiation internationaux [De Bandt; Hugon; 1988], ou par des relations internes aux entreprises. Ces interdépendances économiques décrites cidessus ne concernent pas uniquement la production et les échanges de biens industriels, mais également ceux des services [C.S.I.; 1989, Brender, Oliveira-Martins; 1986]. Dans Ie contexte nouveau de croissance de la place des services dans la production et les échanges, et sous l'initiative des Etats-Unis, les négociations des accords multilatéraux du G.A.T.T. ont mis à l'ordre du jour, lors de l'Uruguay Round2 l'éventualité d'une libéralisation des échanges de services. La réticence de certains pays en voie de développement (Inde, Brésil, Mexique), la difficulté pour trouver un consensus général, la mobilisation des moyens mis en oeuvre par certains pays (notamment les pays développés) pour parvenir à cette libéralisation, sont autant de signes que les enjeux s'avèrent importants pour l'ensemble des parties concernées. La multiplication des échanges de services trouve son origine d'une part, dans l'échangeabilité des services, d'autre part, dans l'utilisation de services comme inputs des processus de production industriels [Mazza, Schott; 1986]: - l'échangeabilité des services Traditionnellement, les services sont caractérisés par leur non stockabilité et leur non échangeabilité: la
2 Qui a débuté en 1987.

8

prestation de service "typique" doit être consommée à l'endroit et au moment de sa production. Bien que cette caractéristique demeure très importante, l'introduction de nouvelles technologies, notamment des technologies de l'information dans la production et dans les transactions de services, modifie en partie cet aspect du commerce international puisque, de plus en plus, les services peuvent, d'un point de vue technique, être fournis à distance3. L'appréciation de ce phénomène est néanmoins complexe et, alors que certaines thèses développent l'idée selon laquelle les nouvelles technologies conduisent à un développement des échanges de services [Sapir, Lutz, 1981; Bhagwati; 1986, 1987], d'autres auteurs les considèrent plutôt comme un facteur permissif [Noyelle; 1986, Bressand, Nicolaïdis; 1988,]. Les nouvelles infrastructures informationnelles ne jouent pas un simple rôle de transport ou de support d'un flux entre deux points. Elles modifient également les données qu'elles déplacent: transfert et traitement sont deux fonctions de plus en plus interdépendantes. Ceci rend fondamental l'enjeu des échanges et notamment celui de la propriété des nouveaux moyens de transport des biens. Certains services interviennent comme consommation intermédiaire des industries manufacturières, ou d'autres secteurs. C'est le cas de services traditionnels tels que les services d'assurance, financiers, de transport et télécommunications, mais aussi (et de plus en plus) de services aux entreprises à composante d'expertise, que nous classerons en services "d'administration" (management, services à dimension réglementaire), services techniques (conception, ingénierie, maintenance), services liés au marché (prospection, publicité), services informatiques et services de formation professionnelle. Ces services fournissent, avant tout, des connaissances. Or, cette connaissance, son transfert et sa maîtrise par les pays en voie de développement sont des phénomènes centraux de la "complémentarité" entre les services et le reste du système productif. On sait encore peu de choses dans ce domaine qui pourtant concerne l'ensemble du
3 Cela ne signifie pas qu'au niveau de l'organisation dans l'espace, les nouvelles technologies de l'information conduisent inéluctablement à une centralisation de la valeur ajoutée créée [Noyelle, Dutka; 1987]. 9

système productif. Les services à forte intensité en connaissances seront donc privilégiés dans ce livre. Les pays en voie de développement ont déjà leur place dans les échanges de certaines catégories de services, y compris ceux dont il vient d'être question, le plus souvent en tant qu'agents importateurs4, mais aussi en tant qu'exportateurs. On cite fréquemment des pays tels que l'Inde ou le Brésil comme nouveaux exportateurs de ce type de services [Noyelle, Dutka; 1987]. II. PROBLEMATIQUE 2.1. Les services: économies développées? DES SERVICES nouveau paradigme des

Les servicesS apparaissent comme une réalité nouvelle des économies développées. Ils nourrissent aujourd'hui une grande partie de la littérature, non seulement des économistes de l'emploi, ou des économistes du commerce international, mais également des théories de l'organisation, ainsi que des sociologues6. La mutation des économies développées vers des sociétés dominées par les services est largement reconnue même si les interprétations, les facteurs de causalité invoqués, et les conséquences annoncées diffèrent. La plupart des auteurs s'accordent à penser qu'une double dynamique des services s'instaure au sens où elle fait intervenir

4 "(...) de nouvelles formes d'internationalisation du capital s'intensifient sur la base de services d'ingénierie, des ventes de technologie, de la coopération industrielle, de la sous-traitance internationale et de contrats d'équipements notamment dans les P.V.D." [AndreU; 1980]. 5 Une définition intéressante des services et s'éloignant des traditionnelles conceptions du "tertiaire-résidu", est celle que propose T.P. Hill [1977], qui indique que "le service peut être défini comme une transformation dans la condition d'une personne, ou d'un bien appartenant à une unité économique"(p.318). Dans cette définition, la prestation est conçue comme un véritable processus, qui s'inscrit dans la durée. Le service nécessite souvent une confrontation, ou une certaine interaction entre le prestataire et l'utilisateur du service. 6 voir F. Jany-Catrice [1991a] pour les références bibliographiques précises. 10

à la fois la sphère de la consommation finale (et les services aux ménages) et celle de la production (et les services aux entreprises). Elle est issue des transformations du produit social lui-même [Singelmann; 1978, Brender, Oliviera-Martins; 1986] et des transformations dans la manière de produire [Stanback; 1980]. L'analyse développée dans ce livre part du même constat selon lequel les services, et notamment les services rendus aux entreprises, occupent une place prépondérante dans les économies développées, que l'on considère le pourcentage des grands agrégats économique [O.T.A; 1987, C.N.V.C.E.D.; 1988] ou le rôle stratégique joué par certains services sur le niveau de la concurrence, de la productivité et de la qualité. 2.2. développement l'hypertrophie? Le tertiaire des pays est-il inéluctablement en voie voué de à

Selon certains économistes, de nombreux pays en voie de développement souffrent d'une structure sectorielle déséquilibrée. Il leur est reproché de ne pas avoir développé une base industrielle suffisante et d'avoir laissé proliférer un secteur tertiaire jugé hypertrophié et coûteux pour leur économie. Il faut néanmoins examiner si de telles thèses n'assimilent pas trop rapidement, d'un côté, la bureaucratisation de certaines organisations administratives des pays en voie de développement, souvent issue de l'organisation coloniale, et qui s'est développée démesurément [Amin; 1973] et de l'autre, l'ensemble du secteur tertiaire. L'exemple de l'inadéquation des services publics administratifs dans les pays d'Afrique est souvent donné à titre de justification de ces thèses. Or, la question qui se pose est de savoir dans quelle mesure le tertiaire des P.V.D. relève dans son ensemble de ce type d'hypertrophie ou si l'on peut y identifier des branches de services plus dynamiques, jouant au contraire un rôle favorable à l'industrialisation des P.V.D.. Afin d'examiner cette question, nous avons centré l'essentiel du livre sur une partie seulement des pays en voie de développement: les pays en voie d'industrialisation.

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2.3. Les pays en voie d'industrialisation A la suite d'un classement réalisé à partir de critères quantitatifs préalablement définis (Produit National Brut per capita et part de l'activité industrielle dans le Produit Intérieur Brut), trois types de pays en voie de développement seront distingués: * les nouveaux pays industrialisés, * les pays en voie d'industrialisation, * les pays moins avancés. Cette classification permettra d'identifier les économies pour lesquelles le processus d'industrialisation est un phénomène amorcé et qui seraient, en conséquence, susceptibles de recourir à certaines catégories de services pour le développement de ce processus. Ce sont les pays en voie d'industrialisation qui intéresseront notre analyse des services rendus aux entreprises à forte intensité en connaissances, même si pour ces pays aussi, l'industrialisation est en grande partie induite de l'extérieur [Caire; 1988]. Il ne semblait pas pertinent de s'intéresser à des pays du Tiers Monde confrontés à un problème quotidien de survie de leurs habitants et pour qui les 'services aux entreprises' n'auraient, dans leurs relations à l'industrie, pas de réalité majeure. Cette identification permettra d'apporter des éléments de réflexion relatifs à la question de la participation des pays en voie d'industrialisation, souvent vulnérables et fortement dépendants du reste du monde, à l'internationalisation croissante des services, en examinant les conditions sous lesquelles ils seraient à même de dégager une part croissante de valeur ajoutée. Il s'agira de s'intéresser au rôle que jouent actuellement ces services dans la problématique de 'malindustrialisation' [De Bandt, Hugon; 1988].

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2.4. Les services rendus aux entreprises comme enjeu du développement? L'opposition traditionnelle entre industrie et services ne nous semble pas pertinente si on qualifie la première de productive et les seconds d'improductifs et de freins au "décollage". Le tertiaire n'est pas uniquement composé, y compris dans ces pays, de branches parasitaires. Ainsi certains pays en voie d'industrialisation ont su édifier des branches de services d'ingénierie, de traitement des données informatiques, de services financiers, compétitifs localement et sur le marché international ou sur certaines zones de ce marché [Noyelle, Dutka; 1987, Noyelle; 1989]. Les services sont susceptibles par ailleurs de favoriser des complémentarités indispensables pour l'amélioration des performances du secteur industriel lui-même [Freyssinet; 1980]. Les services rendus aux entreprises (mais cette tendance vaut également pour les services complémentaires tels que les banques, les assurances, les services de distribution et de communication) deviennent alors un élément central de la discussion puisque l'insertion d'une industrie moderne sur un secteur de services aux entreprises archaïque ou extrêmement peu développé a peu de chances d'aboutir: dans de telles conditions, il conviendra d'évaluer la façon dont le secteur manufacturier peut faire face à son besoin de services (en liaison ou non avec l'extérieur) et quels effets moteurs, ou quel renforcement de la désarticulation de l'économie locale du pays en voie d'industrialisation pourront être escomptés [Martinelli; 1986]. Certaines catégories de services s'avèrent vitaux, en amont ou en aval du processus de production, parce que la complexité et la diversité croissante des techniques à maîtriser [Judet, Perrin; 1975, 1977] requièrent de plus en plus de services, et parce que les interdépendances économiques et la situation imposée par la concurrence internationale exigent des modifications sensibles dans la manière de produire. C'est le cas par exemple de la maintenance dont les déficiences constituent un facteur de sous-utilisation des capacités de production existantes [Perrin; 1980, 1985].

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L'analyse sera, pour une part au moins, sectorielle, en ce sens qu'elle s'intéressera en particulier à l'offre et à la demande de services aux entreprises à forte intensité en connaissances. Cependant on tentera d'adopter une approche multisectorielle puisque seront identifiés et estimés, de façon plus large, les liens qui peuvent exister entre le tertiaire, ou une partie substantielle de ce secteur, et l'industrie7. a. Offre et demande de services aux entreprises, quelles adéquations, quelles inadéquations? L'analyse de travaux antérieurs8 nous invite à estimer que l'offre et la demande se développent, même si elles sont encore relativement limitées: on trouve de plus en plus de services informatiques dans les P.Y.D.. Les services de publicité, même s'ils sont fortement réglementés, émergent dans des contextes qui diffèrent selon les pays; les bureaux d'études et d'ingénierie développent des capacités surprenantes dans des domaines où les débouchés à l'exportation sont parfois élevés [Noyelle; 1989, Bonamy, Catrice; 1989]. Cependant les inadéquations de l'offre et de la demande qu'il faudra mettre en évidence9 puis dépasser, sont importantes. La demande locale semble peu concerner l'industrie mais provient plutôt du secteur tertiaire lui-même. L'offre, par contre, est souvent placée sous la responsabilité de firmes multinationales, par le biais d'investissements directs ou de partenariats étroits avec des prestataires locaux. L'une des grandes questions que nous nous poserons est de savoir si cette offre étrangère, qui canalise, sous ces diverses formes, les flux d'informations et de
7 Un des prolongements de ce travail consisterait d'ailleurs à s'intéresser aux liens intersectoriels entre ces services et le secteur agricole des pays en voie de développement. On constate par exemple que les services sont de plus en plus utilisés par certains pays en voie de développement pour améliorer les rendements agricoles (utilisation de services satellites pour l'amélioration des données de météorologie) ou pour valoriser la production agricole (services commerciaux restructurés, services financiers et d'assurance plus adaptés aux besoins des agriculteurs et des paysans) [Keppler, Mund, Seeba; 1986]. 8 voir références dans F. Jany-Catrice [1991]. 9 sans pour autant considérer que le seul objectif à réaliser dans la définition d'orientations de politique économique, soit relatif aux services. 14

connaissances, a plutôt des effets "régressifs" sur la maîtrise du développement ou si, sous certaines conditions, elle peut être un point d'appui et constituer un recours avantageux à long

terme (un élément de "learningprocess").
b. Les limites du rôle des services aux entreprises dans les P. V.D.. Les services aux entreprises jouent encore un rôle relativement étroit et il sera nécessaire d'analyser les différents facteurs qui expliquent ces limites. D'une part, les relations de services que l'on trouve dans ces pays, tendent à privilégier la prestation matérielle, l'assistance plutôt que le conseil, et le transfert à sens unique plutôt qu'une véritable co-production ou un processus d'apprentissage réciproque indispensable à une véritable diffusion des connaissances [Delpierre; 1988]. D'autre part, le mode de gestion des entreprises apparaîtra également comme une limite au développement de l'utilisation des services, et comme un facteur d'internalisation de ces services. Enfin, les liens historiques et économiques qui lient les pays en voie de développement aux économies occidentales conduisent les "pays du Nord" à fournir un certain nombre de services aux pays en voie d'industrialisation. L'époque de la recherche de systèmes intégrés de production (contrats clé-en-main) qui a suivi la période de colonisation, a exclu les agents locaux de la maîtrise de nombreux services par les agents locaux: conception, ingénierie, maintenance, achats, stratégies d'organisation [Perrin; 1980, 1985]. Aujourd'hui, ces aspects de politique industrielle et commerciale sont, dans la plupart des pays considérés, en refonte totale, et l'exigence de la maîtrise, au moins partielle, des savoir-faire transférés se profile comme l'élément clé des négociations de contrats de la part des pays en voie d'industrialisation. Cependant, les contrats de transferts de technologie et de transferts de savoir-faire ont des conséquences parfois contradictoires pour les pays en voie de développement. On décèlera ainsi des conséquences à court terme positives: la création d'emplois et la formation du personnel à certains outils techniques et d'organisation internes à la firme sont des avantages indéniables. Des conséquences à long terme peuvent néanmoins s'avérer plus néfastes. Certaines 15

.

clauses ou pratiques des contrats s'orientent dans le sens d'une plus grande dépendance du pays receveur à l'égard du pays émetteur: dépendance vis-à-vis d'une maintenance préventive ou vis-à-vis de l'approvisionnement en pièces détachées, dépendance en terme d'endettement (coût pour les pays du Sud venant parfois grever la balance des invisibles [Hugon, Madeuf; 1988]). Cette nouvelle forme d"'extraversion" peut compromettre le développement économique équilibré du pays en voie d'industrialisation [Lipietz; 1982]. Dans ce contexte, le rôle des firmes multinationales sera abordé sous différents angles, chacun correspondant partiellement au type d'investissement direct réalisé dans le pays receveur: un premier type d'investissement de substitution aux importations correspond en grande partie à la "filiale-relais". Un second type d'investissement direct vise à la réexportation de l'output et s'identifie davantage aux "filiales-ateliers" qui s'inscrivent dans la logique de redistribution des tâches industrielles [Delapierre, Michalet; 1976]. Les premiers sont généralement mieux intégrés à l'économie du pays en voie d'industrialisation, les seconds plus dépendants du groupe multinational. Deux situations polaires émergent alors. Dans certaines conditions, la firme multinationale exacerbe le dualisme entre, d'un côté, un secteur manufacturier artisanal aux méthodes de production "archaïques" et un secteur de production moderne, implanté par les pays occidentaux ou avec leur aide, et qui développe des liens de services étroits avec l'étranger, essentiellement dans des activités à forte intensité en connaissances. Dans ce cas, les économies en voie de développement courent le risque d'être progressivement "satellisées" en ce sens qu'elles seraient rendues de plus en plus intellectuellement dépendantes des sièges du Nord, ces liens de dépendance concernant en premier lieu des services à caractère stratégique. Dans d'autres cas, la contribution des firmes multinationales à la formation et à certaines formes de transfert de technologie ne peut être exclue et dans ce système mondial d'interdépendance économique, certains bénéfices peuvent être escomptés de la création de liens de partenariat avec les firmes multinationales. Tout dépend, en fait, du degré selon lequel la firme multinationale

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est amenée à mettre en place un processus d'apprentissage et d'interaction avec les différents acteurs locaux. L'objectif essentiel sera de montrer que l'on ne peut se limiter à parler du tertiaire comme d'un concept homogène. La diversité des services permet de déceler, parmi eux, un ensemble d'activités stratégiques pour le développement, ou pour l'industrialisation. Dans ce livre, on cherche donc en priorité à apprécier la place des services dans les pays en voie d'industrialisation et dans leur processus de développement (cf. graphique n01). Graphique recherche: n01: Le champ d'analyse de la

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Le livre est organisé en six chapitres. Les chapitres 1 et 2 proposent une première vue statistique relative au niveau de développement de leur secteur tertiaire, ainsi qu'une analyse de la littérature qui s'est penchée sur cette question. Les chapitres 3 à 6 s'attachent à montrer, en prenant notamment 17

appui sur des avancées théoriques dans le domaine de l'analyse des services dans les pays développés, que la maîtrise des services stratégiques, à forte intensité en connaissances, et consommés par les entreprises dans leur processus de production, devient un facteur clé de l'industrialisation. On s'interrogera sur la nature de ces services dans les P.V.I. (chapitre 3), et sur les modalités des transferts de connaissances correspondants (chapitre 4). Ces transferts de connaissances peuvent également être conditionnés par le mode de recours aux services: une pratique dominante de l'internalisation des services n'a pas les mêmes conséquences, en matière de transfert de connaissances, qu'une pratique de recours externe. On verra que certains facteurs traditionnels tels que la taille ou le secteur d'appartenance expliquent, en partie, les différents niveaux de recours aux services des entreprises des pays en voie d'industrialisation (chapitre 5). Enfin, la domination de formes a-typiques des prestations de services concernent les firmes multinationales implantées dans les P.V.I. (maisonmère, fournisseur de biens d'équipement, donneur d'ordre à un sous-traitant) et rendent ambigu un véritable transfert de connaissances. C'est ce que nous nous proposerons de montrer dans le dernier chapitre.

18

CHAPITRE

1

LES SERVICES DANS LES PAYS EN VOIE DE DEVEWPPEMENT: UNE CROISSANCE EN PARTIE DECONNECTEE DE L'INDUSTRIALISATION.

INTRODUCTION

Les doubles contraintes d'information relatives aux économies en développement et aux activités de services, rendent délicate une analyse comparative internationale ou temporelle, fondée sur les données quantitatives publiées par des organismes internationauxl. Cette mise en garde invite à une certaine prudence dans la lecture des agrégats, mais elle ne nous conduit pas au refus de leur examen: une présentation de ces données, utilisées par de nombreux auteurs, demeure essentielle pour tenter de confirmer ou d'infirmer certaines hypothèses et résultats sur la place qu'occupe le secteur tertiaire dans le développement économique. Parmi les analyses de l'évolution et de la mutation des économies développées, on trouve de plus en plus fréquemment des arguments portant sur la montée des services dans l'activité économique de ces pays au cours des dernières décennies. La plupart des auteurs reconnaissent, statistiques à l'appui, que les grands agrégats économiques (P.I.B., emploi, investissement immatériel et transactions internationales) indiquent une tertiarisation croissante des économies développées. Elles sont donc toutes, dans des mesures diverses [Singelmann; 1978], passées d'économies industrielles à des économies où le tertiaire occupe désormais une place prééminente. Dans ce premier chapitre,
1 voir F. Jany-Catrice contraintes. [199la] pour un développement sur la nature de ces

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nous nous poserons la question de savoir dans quelle mesure le tertiaire des pays en voie de développement occupe une place comparable ou non à celle des économies de marché développées et dans quelle mesure il suit l'industrialisation naissante de ces économies. Nous avons pour cela construit ce chapitre en quatre temps. Une première partie analyse de manière globale les structures sectorielles2 des pays en voie de développement, afin de rendre compte du profil sectoriel des grandes catégories de pays en voie de développement. Dans les trois parties suivantes, on examine les rapports susceptibles de lier le niveau de revenu par tête et le poids de chaque secteur des économies en voie de développement. On se penchera d'abord sur l'analyse des secteurs de l'agriculture et de l'industrie, sur leurs liens éventuels, et les interprétations théoriques correspondantes. Le poids des services dans les économies observées étant souvent majoritaire, on privilégiera ensuite l'analyse du tertiaire. On entreprendra une analyse statistique liant le revenu par tête, d'une part au poids du secteur des services dans le P.I.B., d'autre part au poids de ce même secteur dans l'emploi total. I. LE POIDS DES TROIS SECTEURS DANS LES PAYS EN VOIE DE DEVEWPPEMENT: UNE PREMIERE ANALYSE PAR CATEGORIE DE P.V.D. Dans cette première étape de la réflexion, la question qui nous préoccupe est d'évaluer dans quelle mesure le poids du secteur tertiaire est comparable dans les pays en voie de développement et dans les économies de marché développées (E. M. D.). Nous tenterons ensuite de vérifier les hypothèses traditionnelles de croissance du tertiaire dans le contexte du développement économique. Nos données indiquent en premier lieu que la répartition en trois secteurs de l'activité économique (agriculture, industrie, services) des pays en voie de développement diffère sensiblement du profil sectoriel des économies occidentales, quels que soient les agrégats économiques retenus (valeur ajoutée et emploi).
2 On emploie ici l'adjectif "sectoriel" par référence aux trois grands secteurs: l'agriculture, l'industrie (y compris les industries d'extraction) et les services. 20