Les sociologues dans la cité

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Comment les identités professionnelles se construisent-elles face à la discontinuité des trajectoires individuelles ? Comment les professionnels, responsables de la régulation sociale des déviances, se saisissent-ils de leur métier ? Cet ouvrage sur le thème du travail rassemble les recherches de neuf doctorants, les auteurs privilégient l'appréhension du travail par ses discontinuités, ses antagonismes, ou encore ses marges.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782296212879
Nombre de pages : 113
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Préface
Pierre-MarieCHAUVIN, Président deVocation Sociologue

Pour la deuxième année consécutive, l’associationVocation Sociologuea
organisé une journée de réflexions autour de travaux de doctorants et de jeunes
docteurs en sociologie.Cette journée annuelle permetd’échanger autour de
thématiques sociales fortes en confrontantexpériences de recherches etregards
de professionnels associatifs, administratifs etéconomiques locaux. Après avoir
abordé lathématique du« Territlors de la précédenoire »te édition,Vocation
Sociologuea proposé en2007lethème du« Travinail »,terrogé à partir de
terrains d’enquêtevariés, le plus souventsitués dans la région Aquitaine.

Le défi pour les membres de l’association consiste à présenter aux
acteurs locauxdestravauxaccomplis aucours d’un doctoratde sociologie,
achevé ouenvoie d’achèvement. Aussi, les communicants cherchentà répondre
àune double exigence :restituer le plus précisémentpossible les
problématiques, les méthodes etles résultats adoptés aucours de leurs
recherches,touten favorisantl’accessibilité des communications pour des non
sociologues. À cette double exigence à l’égard des communications, correspond
un double objectif pour l’associationVocation Sociologue: donner de la
visibilité auxrecherches de jeunes chercheurs au-delà duseul monde
académique etfavoriser les échanges avec des professionnels oudes citoyens
curieuxdes enjeuxsociaux, ce qui en retour ne peutqu’enrichir les recherches
présentées. Nous cherchons à promouvl’ooir «uverture »des recherches en
sciences sociales sur les mondes qu’elles étudient, en les considérantnon
seulementcomme des objets etdes cibles de communication, mais aussi comme
des sources de réflexions etde critiques. C’estainsi qu’il fautcomprendre le
titre de l’événementLes sociolog, «ues dans la citl’immersion desé » :
sociologues dans le monde social ne concerne pas simplementletemps de
l’enquête, elle peutégalementintervenir aumomentde la restitution des
résultats, lequel permetauxsociologues de mettre leurstravauxà l’épreuve de
la discussion collective.

Nous espérons que lesversions écrites de ces interventions satisferontà
la fois les attentes dusociologue averti etcelles des lecteurs non nécessairement
familiers dulangage etdes raisonnements sociologiques. Nous espérons surtout
que ces communications réunies offriront un regard inéditsur les questions
associées à lathématique du travail, pour aumoins deuxraisons : d’une part, la
dimension informative à l’égard deterrains originaux; d’autre part, àun niveau
plusthéorique etméthodologique, le parti pris adopté par l’ensemble des
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communications qui est d’aborder
antagonismes ou encore ses marges.

le

travail

par

ses

discontinuités,

ses

La première partie, intitulée «Le travail par intermittence», est
consacrée auxdiscontinuités temporellesde l’emploi dans les univers
intellectuels et artistiques.Chloé Langeard interroge la façon dontles
intermittents duspectacleviventl’incertitude de leur situation d’emploi. Loin
d’unevision solipsiste du technicien oude l’artiste intermittent, elle montre
commentles compétences, l’autonomie, la flexibilité etle réseauconstituent
autantde ressources activées par les intermittents pour répondre auxexigences
croissantes ducapitalisme contemporain. Judith Martin prolonge cette analyse
des processus d’adaptation à l’incertitude, en montrantcommentla
« disjonction statutfréqaire »,uente chezlestravailleurs intellectuels précaires,
estpropice à la création de nouvelles formes detrajectoires professionnelles et
de statuts d’emploi.

Les discontinuités dans lestrajectoires individuelles créentdonc de
nouveauxrapports au temps chezlestravailleurs contemporains. Mais ces
trajectoires ne doiventpas faire oublier les mutations des collectifs detravail,
mis à l’épreuve deconflits sociauxinternes etexternes auxentreprises. La
deuxième partie propose ainsi deuxcontributions :une étude des mutations du
dialogue social chezGaz de Bordeaux, et un examen de la responsabilité
managériale face à la contestation sociale à l’égard des pesticidesGauchoet
Régent. Dans les deuxcas, celui de la déréglementation dumarché de l’énergie
étudié par Maël Dif-Pradalier, etcelui de l’usage duprincipe de précaution dans
les rhétoriques écologiques chezAlexandre Delanoë, on comprend commentle
contexte normatif etpolitique oriente les processus de négociation interne etde
communication externe des entreprises.

Le poids ducontexte politique etnormatif joue égalementsur le rapport
au travail de certaines catégories detravailleurs, notammentcelles responsables
de gérer, réprimer ourésoudre les déviances. Latroisième partie, intitulée
«Travail et déviance», se penche ainsi sur lestravailleurs sociaux, les
gendarmes etles détenus envoie de réinsertion professionnelle. Mélina Éloi
reconstruitla dynamique d’apparition de la notion «d’enfant maltraité» entre
1960et 2000, en expliquantcommentde faitdivers exceptionnel la maltraitance
à enfants estdevenueun problème social majeur. Géraldine Bouchard metau
jour le développementd’un problème à la fois professionnel etsocial :les
gendarmes, formés pour leszones rurales, doiventde plus en plus faire face à la
délinquanceurbaine en raison de l’extension des périphéries desvilles.
L’exemple de l’agglomération bordelaisetémoigne de l’urgence qu’ilya à
redéfinir clairementle rôle dugendarme en milieupériurbaintantpour son
efficacité que pour sa reconnaissance professionnelle. Enfin, Olivier Claverie
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déporte le regard vers la sortie de l’institution carcérale en montrant comment le
travail peut être vécu comme un support d’insertion par les anciens détenus. La
reconstruction de trois histoires de vie permet de montrer que le travail est
luimême inséré dans un système plus complexe de relations sociales.Certes le
travail peutêtre considéré commeun mode d’insertion, mais il n’estjamaisun
domaine complètementisolé des relations sociales, ses «vertus »morales et
identitaires étantétroitementliées à la façon dontlesvies professionnelles des
anciens détenus s’articulentà leurs relations conjugales etfamiliales.

La quatrième etdernière partie s’intéresse auxprémices du travail
rémunéré, en interrogeantlesvoies deprofessionnalisationetles conditions
d’accès à des positions professionnellesvalorisantes. David Saint-Marc meten
évidence la façon dontles étudiants en médecine intériorisent un certain nombre
de normes etdevaleurs pour acquérir leur identité professionnelle. Mais celle-ci
n’estpas à concevoir commeune entité stable etdéfinitive, la socialisation
professionnelle des étudiantsva consister aucontraire enun constant va-et-vient
entre leur idéal etleurs expériences concrètes. Benjamin Castets-Fontaine
montre que l’accès auxGrandes Écoles pour les élèves issus de milieux
populaires répond égalementà des processus pragmatiques à la fois relationnels,
informatifs etculturels. Il s’agitd’analyser cestrajectoires atypiques comme le
fruitd’« engagementdans des «s »de bons élècarrières »ves dontil faut
restituer les dynamiquestemporelles, plutôtque de les appréhender commeune
anomalie d’un système éducatif et/ousocial foncièrementdéterministe. Cette
étude des chemins de professionnalisation participe d’une approche
sociologiquetournéevers les périphéries, les décalages, lestensionsduetau
travail pour mieuxen saisir le centre. L’étude destemporalités accidentées, des
dynamiques agonistiques, des normes jouées etévolutives, permettront, nous
l’espérons, de rendre compte de la complexité des enjeuxsociauxrelatifs aux
processus professionnels dans les sociétés contemporaines.

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PARTIE 1 :LE TRAVAIL PAR INTERMITTENCE

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