Les syndicats agricoles en Europe

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EAN13 : 9782296273610
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LES SYNDICATS AGRICOLES EN EUROPE

LES SYNDICATS AGRICOLES EN EUROPE
sous la direction de Bertrand HERVIEU et Rose-Marie LAGRA VE

R .. EUROPA
RÉSEAU EUROPÉEN SUR lES ORGANISATIONS DE RECHERCHE AGRICOlES

PROFESSIONNELLES

EDmONS L'HARMATfAN 5-7 RUE DE L'ECOLE POLYfECHNIQUE 75005 PARIS

Dans la collection" Alternatives rurales" Dirigée par Dominique Desjeux Dernières parutions: Jean-Paul Billaud, Marais poitevins. Rencontres de la terre et de l'eau. Rémi Mangeard, Paysall.f africaills. Des Africains s'unissent pour améliorer leurs villages au Togo. Philippe Bernardet, Association agriculture-élevage en Afrique. Les Peuls semitranshumants de Côte d'ivoire. François Beslay, Les Réguibats. De la paix française au front Polisario. Adrian Adams, Sénégal. La terre et les gens du fleuve. Jalons, balises. Anne-Marie Hochet, Afrique de l'Ouest. Les paysans, ces "ignorants efficaces". Jean-Pierre Darré, La parole et la technique. L'univers de pensée des éleveurs du Temois. Pierre Vallin, Paysal/.f rouges du Limousin. Dominique Desjeux (sous la direction de), L'Eau. Quels enjeux pour les sociétés rurales? Jean-Claude Guesdon, Parlons vaches... Lait et viande en France. Aspects économiques et régionaux. David Sheridan, L'irrigation. Promesse.f et dangers. L'eau contre la faim? Nicole Eizner, Les paradoxes de l'agriculturefrançaise. Lloyd Timberlake, L'Afrique en crise. La banqueroute de l'environnement. Anne Cadoret (sous la direction de), Protection de la nature: histoire et idéologie. De la nature à l'environnement. Etienne Beaudoux, Marc Nieuwerk, Groupements paysans d'Afrique. Dossier pour l'action. P. Maclouf (textes réunis par), La pauvreté dans le monde rural. Jean Clément, Sylvain StraSfogel, Disparition de laforêt. Quelles solutions à la crise du bois de feu? R. Verdier, A. Rochegude (sous la direction de), Systèmes fonciers el la ville et au village. Afrique noire francophone. H. Lamarche (Sous la coordination de), L'Agriculture fallliliale T.I. VI/(' réalité polym0l7Jhe. B. Hervieu (Etudes rassemblées par), Les agriculteur.f français aux urnes.

@ L'Harmattan, ISBN:

1992 2-7384-1677-2

ONT COLLABORÉ À CET OUVRAGE:
Confcoltivatori, Rome, Italie INFIS, Berlin, Allemagne Coldiretti, Rome, Italie Université Waikato, Nouvelle-Zélande Université de Hull, Royaume-Uni Université Agronomique, Wageningen Pays-Bas Dimitris GOUSSIOS Université de Thessalie, Volos, Grèce Université Blaise-Pascal, ClermontAndré GUESllN Ferrand,France Centre d'étude de la vie politique Bertrand HERVIEU française, CNRS-FNSP, Paris, France Maria Adosinda HENRIQUES Centre d'Etudes Sociales, Université de Coimbra, Portugal Université de Leiden, Pays-Bas Bernard HOETJES Université Paris X- Nanterre, France Ronald HUBSCHER Sydjysk Universitetscenter, Esbjerg, Flemming JUST Danemark Gloria de la FUENTEBlANCO Université de Madrid, Espagne Rose-Marie LAGRAVB Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, France Philip LOWE Université de Newcastle, Royaume-Uni Fondation Universitaire LuxembourMarc MORMONT geoise, Arlon, Belgique Conseil Supérieur de la Recherche Eduardo MOYANO Scienûfique,Cordoue,Espagne INFIS, Berlin, Allemagne Rainer RIEHLE Centre d'Etudes Sociales, Université de José RBIS Coimbra, Portugal Université d' Avignon, France YvesRINAUDO Universitéde Dublin,Irlande . Louis F.F. SMITH Bogdan VAN OONINCK Service de Programmation de la Recherche Scientifique, Bruxelles, BeJgiq~ ..
Francesco ALBANESE Beate BRUGGEMANN Enrico CAPO Mark CLEARY Andrew FLYNN Jaap FROUWS Ersi ZACOPOULOU

Universitéde Patras,GrèCe'

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A VANT PROPOS

Ecrire un livre collectif sur les modes d'organisation des agriculteurs en Europe, a constitué pour nous tous, un véritable défi.
Un premier défi d'abord, dans notre volonté de combler un vide, car aucune synthèse n'existe sur ce sujet, en sorte qu'on pourrait croire que l'Europe agricole s'est faite sans les agriculteurs. Or, on n'aurait garde de l'oublier, l'Europe agricole a constitué le socle de l'Europe politique. Ce n'est pas un des moindres paradoxes que l'Europe ait choisi comme banc d'essai, l'agriculture et les agriculteurs, pourtant réputés individualistes. Après les échecs de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier, après bien des heurts et des malheurs, le premier marché commun aura été agricole, mais dans cette construction qui a fait couler beaucoup d'encre, les grands absents ont été les agriculteurs eux-mêmes. Il fallait leur redonner leur place, rien que leur place, mais toute leur place; ce livre, modestement, entend y contribuer. On verra, ainsi, que les agriculteurs ont été des acteurs de l'Europe, eux qu'on croyait les moins disposés et les moins enclins à se mobiliser pour des desseins supra-nationaux, eux qu'on disait enfermés dans l'horizon de leurs terroirs. Les agriculteurs ont dessiné, pour leur part, le destin de l'Europe en traçant pour nous un chemin où les échecs et les réussites balisent la voie et préfigurent cette longue marche vers une Europe unie. Le pragmatisme de leur démarche est à la mesure de l'absence de modèle en ce domaine. Par tâtonnements et remises en cause successifs, en utilisant leurs organisations professionnelles, en créant d'autres regroupements, en restant constamment vigilants à l'égard des décisions bruxelloises, les agriculteurs ont appris, souvent à leurs dépends, que le chemin vers la communauté européenne est un chemin semé d'embûches. Ils ont joué le jeu, contraints et forcés, enthousiastes ou sceptiques, mais toujours partie prenante d'un processus qu'ils entendent maîtriser. Donner leur place aux agriculteurs, c'était logiquement êtrè conduit à privilégier le passé sur le futur. Ce regard rétrospectiCêt certes peu prospectif, est, en effet, nécessaire pour comprendr~ l'état des forces professionnelles en présence et l'impact des$tratégies utilisées pour peser sur les bureaucraties européennes. Ledétout par l'histoire permet, en outre, aux acteurs de l'Europe efSlrigulièrement aux agriculteurs, de se réapproprier leur part d'action et d'invention, et 7

partant, de se situer par rapport à un passé pour continuer à préfigurer l'avenir. Un syndicalisme agricole proprement européen est-il déjà à l'œuvre, en germe, ou demeure-toil improbable? Aucune réponse tenue pour certaine n'est, ici, donnée, car l'heure est aux négociations entre syndicats et si certains le souhaitent, gageons que la création d'un syndicalisme agricole à vocation européenne sera le résultat d'un rapport de forces sensible aux turbulences des conjonctures politiques internationales. Le second défi est d'ordre scientifique. Dans l'Europe politique en train de se faire, l'Europe scientifique se met en place, elle aussi. Nombre de réseaux européens de recherche se sont constitués; certains sont morts-nés, d'autres travaillent à jeter des ponts entre les universités et les centres de recherches pour construire un dialogue entre chercheurs européens. Peu d'entre eux, toutefois, comme le réseau EUROPA, sont parvenus à travailler collectivement avec des chercheurs des douze pays de la Communauté. La progression du travail au sein de ce réseau qui, très vite, a été également un réseau d'amitiés, est pleine d'enseignements sur les difficultés rencontrées et les mentionner ici, c'est participer à une meilleure connaissance des conditions sociales qui président au dialogue scientifique. Retracer cet itinéraire commun, c'est décrire le pragmatisme et le bricolage ingénieux dont ont fait preuve les membres du réseau. En l'absence de structure et de financement institutionnels adéquats, il a fallu rechercher toutes les opportunités. Les congrès mondiaux ou européens de sociologie rurale ont constitué autant d'occasions de structurer peu à peu les échanges, mais très vite, ces colloques n'y ont pas suffi. Deux fois par an, les membres du réseau se sont réunis dans un pays différent pour faire le point sur l'avancée des recherches. Bologne, Paris, Larissa, Esbjerg, Madrid, tels sont quelques-uns des lieux de mémoire de notre entreprise commune. Il faudrait, d'ailleurs, faire l'anthropologie de ces r~ncontres où le réseau se cimentait peu à peu par le travail commun, 'mais aussi par l'esprit des lieux, autant de ressorts pour une meilleure compréhension des différences de langage, de perception, d'IWPtéhension. Loin que le temps hors travail soit du temps perdu, comméilest fréquemment écrit à propos des colloques, ce temps à côté .était là, .tout au contraire, la garantie d'une réception amicale et ouvertedés.différentes conceptions et oppositions de la recherche et par la recberche, où chacun était confronté à de multiples difficultés. . ... .' 8

Aux difficultés proprement linguistiques, s'est ajoutée la pluralité du sens donné à des notions ou à des concepts qui, extraits de leur contexte culturel et historique, perdaient de leur pertinence descriptive. Tel est le cas, par exemple, du terme syndicat ou de celui de paysan. Mais le consensus ou le désaccord sur les termes sont bien souvent fonction des logiques à l'œuvre. Ainsi, des logiques dialectiques, des logiques inductives et déductives se croisent, s'affrontent qui, confrontées, de surcroît, à des réalités empiriques et historiques différentes, dessinent des configurations étranges, de sorte que, parfois, on avait l'impression d'une tour de Babel. Pourtant, le but de l'entreprise commune a toujours été plus fort que les découragements et chacun a su surmonter le difficulté à comprendre la logique de l'autre, à respecter une approche différente. Tel à été notre choix, il aurait pu être autre. En effet, deux logiques de travail semblent présider aux pratiques intellectuelles des réseaux européens. Certains réseaux travaillent à partir d'un canevas de questions problématisées par un chercheur ou un pays; d'autres, au contraire, intègrent la diversité des points de vue, sans imposer une problématique commune. Nous avons choisi la seconde option, persuadés que le respect de la pluralité serait le garant même d'un questionnement commun. Cenes, nous y avons perdu en cohérence et en capacité explicative, et les textes présentés, s'ils ont parfois des parentés, exposent d'une façon évidente leur relative autonomie. Mais, à l'inverse, plaquer au préalable un canevas pré-établi aurait, sans nul doute, dessiné une Europe des organisations professionnelles agricoles à panir d'un modèle ethnocentré sur un seul pays et aurait eu pour effet d'en déformer le dessein. Un lecteur averti verra dans cette diversité des approches, la réplique inversée de la volonté unitaire des organisations professionnelles nationales. A la tendance toujours réaffirmée, sinon réalisée, des Organisations Professionnelles Agricoles à l'unité, on a répondu par une volonté tout aussi affirmée de privilégier la pluralité des approches. Ainsi, l'Europe des modes d'actions collectifs des agriculteurs se présente-t-elle comme une socœ, de patchwork, avec toutefois des tendances communes que le dernier chapitre s'emploie à mettre en relief pour en dégager les convergence~'. et les divergences. Si aucun paradigme intellectuel commun ne préside, à cet ouvrage, reste que l'ordonnancement des histoires naûonâleset des faits, jusque-là méconnus, pose sans cesse des questions 'qui sourdent çà et là dans le texte. La reconstruction dans l'U.f:1olll'autre champ théorique est laissée au lecteur, invité lui aussi,à'âpl'Prter' son
point de vue. " '. '," .

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Cette recherche n'aurait pu être menée à son terme sans le soutien du Bureau Français des Communautés Economiques Européennes, du Ministère chargé de la recherche, du CNRS, d'AGRAL, de l'EHESS et du Centre d'étude de la vie politique française. Anne LE NAELOU, avec la collaboration de Noêl BOUITIER, a assuré la traduction et la saisie des textes. Raymonde SCAFARTOa réalisé la mise en page. Que tous ici soient vivement remerciés de leur aide
persévérante.

Cet ouvrage est également publié en espagnol, sous la direction d'Eduardo MOYANO sous le titre "Organizaciones profesionales agrarias y représentacion de intereses en la Europa de las Doce", (Servicio de Publicaciones dei Ministerio de Agricultura, Pesca y alimentacion, Serie Estudios - Madrid). Une édition en langue anglaise est en préparation sous la direction de Mark CLEARYet de Philip LOWE. La traduction italienne ainsi qu'une publication en grec sont à l'étude.

Bertrand HERVIEU CNRS-CEVIPOF

Rose-Marie LAGRA VE EHESS

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Chapitre I ALLEMAGNE Un nouveau paysage syndical

Beate BROOOEMANN et Rainer RIEHLE

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L'analyse du développement des modes d'organisation des agriculteurs de l'après-guerre jusqu'à nos jours constitue l'objet de ce texte. Cette contribution comporte trois points: le premier s'attache à retracer la genèse de la Deutscher Bauernverband (Confédération des agriculteurs allemands, DBV), le ~econd retrace l'émergence de l'Arbeitsgruppe Bauerliche iandwirtschaft (Groupe de travail agriculture-paysannat, ABL) et un troisième point évoque la création, l'évolution et la fin des Landwirtschaftliche Produktionsgenossenschaften (Coopératives agricoles de production, LPG) en RDA. Quelques remarques concernant les effets des évolutions politiques de ces deux dernières années (la réunification de la RFA et de la RDA) seront proposées en conclusion.

Une situation (DRV)

de pouvoir:

la Deutscher

Bauernverband

Fondée en 1948, la DBV est constituée de 15 fédérations régionales, chacune d'entre elles regroupant des représentants des communes, des cantons, des arrondissements et des "Lander". Le pouvoir de ces 15 fédérations étant proportionnel au montant des cotisations annuelles, les fédérations des régions de grande propriété s'imposent comme les plus influentes. Les autres membres de la DBV sont le "Deutscher Landfrauenverband" (Union des agricultrices allemandes, DL V), le "Bund Deutscher Landjugend" (Union de la jeunesse rurale allemande, BDL), l'association "Raiffeisen", l'association des étudiants en agriculture et enfin 42 groupements professionnels associés, dont, par exemple, ceux des betteraviers, des éleveurs, des viticulteurs, des apiculteurs etc... Le "Landvolkprinzip" (principe du peuple rural) mis en place pendant le IIIème Reich est encore en vigueur pour cinq des fédérations régionales, l'Union des Femmes et celle des Jeunes. Selon ce principe, toute personne travaillant dans le secteur agricole doit. y êire, représentée, y compris les non-exploitants, lesouvriêrsagricoles~lles enseignants des collèges agricoles. Les autres fédérations onta1x;>lLce .

principe et admettent uniquementles exploitantsagricoles.

.

Les agriculteurs ne sont pas membres à titre individuel de la DBV, seules les fédérations régionales le SOnLLeS;.greupements professionoels sont membres associés, ils peuyel1t ~cqu~riI'.1èstatut de 13

membre actif. La structure interne est très hiérarchisée; les présidents des organismes locaux élisent les responsables du canton, qui à leur tour choisissent les responsables d'arrondissement, lesquels élisent enfin les responsables des Uinder. Ces derniers composent le praesidium qui élit le président de la DBV. Depuis 1969,la présidence est assurée par Constantin Freiherr Heeremann von Zuydtwyck. Baron,

propriétaire d'une exploitation agricole de 2000 hectares, C.
Heeremann a été également membre du Bundestag tandis que sa soeur était présidente de la DLV. En situation de crise, le président est seul responsable. L'assemblée générale a plutôt un rôle de conseil, elle est l'organe d'élection du président L'opinion des agriculteurs ne peut être entendue qu'au niveau des organismes locaux 1. La DBV représente plus de 80% des agriculteurs. Toutefois, de grandes disparités existent selon les régions, selon la taille et la structure des exploitations. Moins d'un tiers des cultivateurs à temps partiel y est, par exemple, représenté. Ce pourcentage élevé de participation des agriculteurs masque en réalité une sous-représentation des petits cultivateurs et des agriculteurs à temps partiel parmi les responsables de la DBV. En effet, ces derniers sont presque exclusivement de gros exploitants et parmi les présidents des 42 fédérations associées, 12 sont nobles. Sur le plan politique, les responsables de la DBV adhèrent en grande majorité aux valeurs des partis chrétiens-conservateurs. Ainsi 70% environ des députés des zones rurales du Bundestag appartiennent au parti chrétien-démocrate (CDU) ou au parti chrétien-social en Bavière (CSV). Jusqu'à présent, presque tous les ministres de l'agriculture sont issus de la DBV, fondement de la forte influence de cette organisation sur la politique du ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et des Forêts; la DBV en parle d'ailleurs comme de "son" ministère. Voyons à présent les lignes générales de la politique de la DBV, organisation agricole dominante en RFA. L'ascendant de la DBV sur la politique agraire de l'Etat s'accompagne de l'existence de relations étroites entre les coopératives et les industries concernées, tant au niveau institutionnel que personnel. Les petits cultivateurs et les semi-professionnels n'ont qu'une influence mineure sur la DBV, bien qu'elle ait réussi, jusqu'à présent, à rester leur principal représentant. Son mot d'ordre est le CQrporatisme : "la Confédération des Agriculteurs allemands représente lesèxploitations de toute taille, de toute forme de propriété, de toute contrée, de toute orientation politique et de toute confession. Nous ne voulons pas de.division, nous voulons la coopération." Concrètement,
1. Cf. en annexe l'Qrgiliigramme de la DBV. " 14

la DBV se comporte comme le lobby de la grande industrie: le Bundesverband der Deutschen Industrie (Union Fédérale de l'industrie allemande), et bien que prétendant représenter les intérêts de tous les agriculteurs, elle sert avant tout ceux des grandes exploitations. Une permanence s'impose donc depuis près d'un siècle. La politique agricole et le mode d'organisation des agriculteurs profitent essentiellement aux grandes exploitations, au détriment des petites et des moyennes. La politique agricole de l'Etat est influencée par le mode de défense des intérêts de la DBV et, en retour, l'Etat protège l'agriculture des effets des changements politiques et économiques par une politique de subventions et de prix garantis. L'intervention de l'Etat et un fort attachement à la liberté de la propriété sont traditionnellement compatibles en Allemagne; l'évolution du système collectif de la RDA, après la guerre, a eu pour effet de réactiver cette combinaison en termes idéologiques. La mise en place et l'extension du marché agricole européen n'a rien modifié. Au contraire, le recours aux subventions nationales et aux mesures compensatoires en faveur des agriculteurs allemands s'est accru. Simultanément, la DBV en tant que puissant groupe de pression national a recherché des alliés au sein de la Communauté Européenne, par exemple, dans le Comité des Organisations Professionnelles Agricoles (dont le président actuel est C. Heeremann). En résumé, la situation en RFA est caractérisée par l'existence d'une puissante confédération unitaire, traditionnellement portée à représenter les intérêts des grandes exploitations et par la collaboration étroite avec l'Etat qui, jusqu'à présent, parvenait à conduire ce genre de politique. Toutefois, une opposition se fait jour parmi les petits et moyens agriculteurs qui considèrent que leurs intérêts ne sont pas pris en compte alors même qu'ils sont confrontés plus que les autres aux "politiques d'ajustement structurel de l'agriculture." Cette opposition traduit à la fois un sentiment de mécontentement et d'inquiétude. Ce n'est pas la première fois qu'une opposition s'organise au sein de la DBV, mais, à l'exception de l'ABL (dont il sera question ultérieurement), les autres mouvements n'ont jamais entraîné de scissions. Entre 1949 et 1960, trois tentatives d'opposition peuvent être distinguées. En 1949, fut fondé le "Schleswig~HolsteinischerJ3atJ(~mverband" (Organisme représentatif des agriculteurs duSchleswigHolstein) d'orientation social-démocrate. En 1956, Hs'estasSüCié .à divers petits groupes pour former le "Deutsche Bauernschaft", mais il est dissous en 1960.

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. ,.

Dans les années 1960, après la mise en place de la Politique Agricole Commune, les grands agriculteurs conservateurs fondaient les "Notgemeinschaften" (communautés de solidarité) dans le but de défendre leur statut et leurs intérêts. En 1963, l'ensemble de ces communautés se réunit dans la "Notgemeinschaft Deutscher Bauern" (Communauté de solidarité des agriculteurs allemands). Dans un premier temps, la DB V justifia ces groupements pour démontrer que les agriculteurs étaient prêts à se battre. Mais la radicalisation des "Notgemeinschaften" et leur orientation de plus en plus conservatrice entraînèrent leur exclusion de la DB V en 1964. Dès lors, la Notgemeinschaft rechercha le contact direct avec le parti d'extrême droite, le NPD, mais, de plus en plus isolée, elle ne put subsister plus longtemps. Enfin, en 1964, les agriculteurs à temps partiel, qui ne s'étaient jamais réellement sentis représentés par la DBV, fondaient dans la Sarre, la "Verband der Landwirte im Nebenberuf' (l'Association des agriculteurs à temps partiel). Nombre de ses membres étaient issus de régions de petites exploitations situées notamment dans le sud de la RFA. En 1972, fut fondée la "Deutscher Bundesverband der Landwirte im Nebenberuf' (Association fédérale des agriculteurs à temps partiel). La DBV réagit violemment à la fondation de cette association et dénonça, notamment, son attitude sectaire et de lutte de classes. En 1969, la DBV fondait de son côté une commission pour l'agriculture à temps partiel afin d'absorber l'association dissidente. L'opposition agricole actuelle: Bauerliche Landwirtschaft) l'ABL (Arbeitskreis

Un quatrième groupe d'opposition est encore aujourd'hui actif. Il s'est formé au début des années 1970 dans le Bade-Wurtemberg. Ce groupement est une des seules organisations agricoles d'opposition significatives actuellement en RFA. Primitivement constitué sous la forme d'un groupe de travail spécifique au sein de la DBV du Bade-Wurtemberg, ce groupe se structure en 1973 en "Arbeitskreis Bauerliche Landwirtschaft" (Groupe d~ travail agriculture- paysannerie) et s'organise au niveau national en 1983.. Depuis la fin de l'année 1987, plusieurs petits groupes dissidents ainsi que l'Association pour la protection des animaux et des oiseaux se sont regroupés pour former le "Dachverband der deutschen Agraropposition", organisation leader de l'opposition agricole. L'ÀBLs?attache essentiellement à la défense des intérêts des petits et ttloyensagqqulteurs ainsi que des ruraux. A la différence de la ., . '.. 16

DBV, l'ABL distingue très clairement les intérêts communs des agriculteurs et des consommateurs, des intérêts de l'industrie, des banques et des coopératives agricoles. "Aujourd'hui les agriculteurs doivent payer pour que les coopératives agricoles continuent à fonctionner". L'ABL reproche ainsi à la DBV d'opérer un amalgame entre les intérêts agricoles et les intérêts industriels qui se traduit notamment par le cumul de fonctions de la part des représentants de la DBV. L'assemblée générale de l'ABL est l'instance de décision au sein de laquelle chaque membre dispose d'une voix. A la différence de la DBV, l'ABL favorise la prise de décision par la base. L'ABL reproche à la DB V d'avoir accepté le changement structurel de l'agriculture et de gérer une politique ne laissant, à son avis, aucune perspective d'avenir aux petits exploitants. L'ABL veut non seulement résister à la structure organisationnelle et à la politique interne de la DBV, mais elle entend également manifester publiquement son opposition à une politique agricole qui exclut les petits agriculteurs. "Le chemin de la résistance politique doit être poursuivi mais cela ne suffit pas. On doit trouver des formes autogestionnaires." Ainsi, l'ABL se définit comme une organisation qui fait revivre le principe des anciennes coopératives agricoles sans toutefois en conserver les structures. Un de ses buts est plutôt de créer une nouvelle coalition entre agriculteurs et consommateurs et de renforcer la coopération des agriculteurs au niveau régional. Les principaux objectifs de l'ABL sont la mise en place d'une politique de vente directe des produits qui exclurait les intermédiaires, la promotion d'aliments de qualité produits de manière écologique, une régulation des prix à la consommation afin d'assurer des conditions de vie acceptables pour les petits et moyens agriculteurs et la création de groupes d'utilisation commune de matériel au niveau local. L'ABL exige une Politique Agricole Commune poursuivant les mêmes buts. S'opposant à une politique de subventions qui ne bénéficie pas aux agriculteurs et qui favorise des grandes exploitations et l'industrie, l'ABL veut une politique de prix qui prenne en compte les conditions structurelles régionales de la production, et soutienne, par là même, les petites exploitations. L'ABL exige enfin l'arrêt des politiques d'ajustement structurel. . de l'agriculture, le renforcement de la coopération internationlll~et l'élaboration de nouvelles coalitions politiques. De 1948 à 1970, la DBV a toujours su manoeuvrer face aux mouvements dissidents. De fait, l'unité de la représeotatiol) agricole, caractéristique de la réalité allemande n'aj~upais.été.!é~llement . ... 17

menacée. Toutefois, après 1970, cette situation a évolué, car depuis vingt ans, une opposition à la DBV continue d'exister. L'importance quantitative de cette opposition reste faible, mais une telle comparaison n'est pas significative. En effet, jusqu'à présent, être membre de la DBV est ressenti pour un agriculteur allemand comme une "normalité sociale" ; les organisations de la DBV proposent à leurs membres des services de consultations multiples qu'on ne peut pas obtenir ailleurs. En revanche, devenir membre de l'opposition agraire signifie, pour un agriculteur individuel, une coupure radicale, compte tenu des données historiques et culturelles en Allemagne. L'agriculteur qui décide volontairement d'être membre de l'opposition connaît bien les conflits potentiels auxquels il s'expose à l'intérieur de son village. Malgré ces difficultés le chiffre des membres de l'ABL augmente continuellement. Plus significatif que l'aspect quantitatif est le rôle politique tenue par l'opposition agricole. Contrairement à la DBV dont les partenaires sont les chrétiens-conservateurs, l'ABL se tourne vers les sociaux-démocrates et les verts. Il semble que depuis quelques années la peur traditionnelle des agriculteurs de nouer un contact avec des partis non-conservateurs va en diminuant. Ainsi, le maintien de l'opposition agricole datant des années 70 révèle un changement de conscience politique de la part de nombreux agriculteurs, notamment chez les jeunes. On peut se demander si l'existence de l'ABL est symptomatique d'un sentiment de malaise devant un avenir sombre de la part des petits propriétaires ou bien si l'on se trouve en face de l'émergence d'un modèle de production agricole alternatif. Cette question ne concerne d'ailleurs pas seulement la situation allemande.

L'ex-RDA et les LPG: vers de nouveaux problèmes et une modification de la représentation agricole?
La réunification allemande en novembre 1989 a bouleversé le paysage agricole, la surface exploitable ayant augmenté d'un tiers. Aux 12 millions d'ha de la RFA (représentant 665 ()()()exploitations) se sont ajoutés les 6 millions d'ha de la RDA (regroupant plus de 800 000 travailleurs). Derrière ces chiffres se cachent deux histoires et deux structures agricoles tout à fait différentes. . 1949) (mieux connue sous l'appellation "Junkerland in Bauernhand"), poursuivait plusieurs objectifs: la création de grandes exploitations collectives,l'homogénéisation des conditions de vie et de travail entre

La réforme agraire de la zone d'occupation soviétique (1945-

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le milieu rural et le milieu urbain et l'autosuffisance alimentaire2. Les propriétaires d'exploitations de plus de 100 hectares ainsi que ceux possédant moins de 100 hectares ayant été reconnus comme criminels de guerre ou nazis actifs ont été expropriés. Les titres de propriété de ces terres vacantes ont été délivrés à des travailleurs agricoles et à des paysans pauvres venant des régions de l'est (anciens territoires du IIIème Reich), qui ont pu ainsi organiser une nouvelle existence. Le régime foncier issu de cette réforme agraire a été validé par la constitution de la RDA en 1949. En 1952, débute la seconde étape de la "préparation du socialisme en milieu rural". La collectivisation des terres agricoles (1952-1969) s'accompagne d'une mise en place de coopératives agricoles de production (LPG) auxquelles presque tous les agriculteurs étaient obligés d'adhérer même s'ils restaient propriétaires. Par la suite, un tiers des surfaces exploitables est devenu "propriété du peuple", les deux tiers restants devenant propriété des agriculteurs des coopératives. Les coopératives agricoles de production ne regroupaient pas seulement les agriculteurs des coopératives mais aussi des artisans (maçons, mécaniciens, conducteurs, personnel de cuisine et de jardin d'enfants). Chaque LPG organisait sa production indépendamment de celle des autres. Les orientations des LPG n'émanaient pas des propriétaires, mais de directives étatiques sous forme de planification des prix, de quotas de production et de règlements d'utilisation des machines agricoles. Seule la mise en oeuvre des plans pouvait être discutée lors des assemblées générales des LPG. Les responsabilités étaient définies d'une manière très hiérarchique, mais pour les adhérents, la sécurité en matière sociale, était assurée. Les horaires de travail et les vacances, par exemple, étaient garantis tout en étant très réglementés. La spécialisation du travail a été extrêmement poussée et l'approvisionnement matériel et technique était planifié par une quinzaine d'organismes régionaux L'industrialisation agricole, de 1960 à 1980, a entraîné le développement de grandes exploitations de monocultures très spécialisées. Les 3855 LPG ont été réparties selon le clivage production animale ou production végétale. Les LPG fournissaient 95% des produits végétaux et 75% de la production animale nationale et possédaient la part la plus importante de la surface exploitable de la RDA (85%). La taille moyenne d'une LPG en production végétale était de 4500 hectares et s'étendait sur plusieurs villages. Une LPG. en
2. Dans les zones de l'ouest de l'Allemagne, il y eut égale~ent. en 1945 des propositions de réforme agraire mais elles ont. été rapidement . "oubliées", 19

production végétale approvisionnait trois LPG en production animale et employait en moyenne 240 personnes. Une LPG en production animale employait environ 110 personnes. L'Etat, à travers ses 465 domaines, exploitait environ 7% de la surface agricole exploitable. Le reste était partagé entre l'Eglise et 3000 agriculteurs indépendants et membres des LPG dont la taille moyenne des exploitations était 0,5 hectares de surface exploitable. A titre de comparaison nous livrons quelques chiffres concernant la RFA. Environ 12 millions d'hectares de surface exploitable sont comptabilisés regroupant quelques 650 000 exploitations ayant une surface moyenne de 18 hectares et 6500 exploitations atteignant plus de 100 hectares. Très peu d'exploitations comptent plus de 1000 hectares. Les agriculteurs à temps plein possèdent, en moyenne, des exploitations de 28 hectares. Là où on comptait 7 personnes à temps plein en RFA, il y en avait 14 en RDA. En général la productivité des LPG était plus basse que celle des exploitations ouest-allemandes: lorsqu'un agriculteur à temps plein en RFA réussissait à produire 75 tonnes de céréales, un travailleur à temps plein en RDA ne produisait que 24 tonnes. En moyenne, la productivité était deux fois moins élevée qu'en RFA, alors que les dépenses pour la production étaient doubles. En RDA, l'utilisation des pesticides, par exemple, a été deux fois plus importante qu'en RFA. On pourrait continuer d'énumérer de tels exemples. L'obligation de respecter les directives étatiques ("Kommandowirtschaft"), la taille immense des exploitations impliquant des problèmes de transport et d'environnement, la volonté de chaque LPG d'être autonome et la logique de l'approvisionnement ont rendu ces coopératives peu dynamiques, repliées sur elles-mêmes, et en quelque sorte "aveugles" à la réalité. Ces tendances ont été renforcées par une politique étatique de subventions fixes pour toutes les exploitations agricoles et beaucoup plus élevées que celles pratiquées dans les pays de la CEE. Une discussion sur une politique agricole responsable ou même écologique ne semblait pas nécessaire. A l'heure où les prix tendent à baisser pour atteindre le niveau
.

de ceux des autres pays occidentaux, une étude du mois de mai 1990,
déterminait que seuls 10 à 20% des exploitations seraient rentables. Au .début de l'année 1991, 200 000 personnes issues de l'agriculture étaient sans emploi et 10% de la surface agricole exploitable était en friche. Seules 3000 demandes de création d'exploitation familiales avaient été déposées. L'agriculture en ex-RDA est en ruine; sa
réorganisation et son avenir restent une question en suspens.

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Les perspectives pour la plupart des agriculteurs sont aujourd'hui le chômage et la pauvreté. Les premières manifestations d'agriculteurs et de travailleurs agricoles sont apparues dès le mois d'août 1990. En tant que travailleurs spécialisés, ils ont acquis, au cours des quarante années passées, une expérience professionnelle spécifique qui n'est pas adaptée pour gérer, de manière autonome, une petite exploitation agricole familiale sur le mode ouest-allemand. Les bouleversements politiques et sociaux récents ont entraîné, comme ailleurs dans d'autres pays de la CEE, de nouveaux conflits sociaux et notamment de nouveaux conflits agricoles. L'enjeu est la lutte pour le pouvoir entre les grandes exploitations est-allemandes et les petites exploitations de l'ouest. L'issue que prendra cette bataille peut modifier de manière radicale la structure agraire et l'espace agricole en Europe. Depuis début 1991, quelquesLPG sont devenues des partenaires économiques privilégiés de grandes chaînes commerciales et de l'industrie agro-alimentaire. L'objectif de ces nouvelles alliances n'est pas la création de grandes exploitations sous la forme de coopératives mais le développement de sociétés d'exploitations agricoles sous la forme de Société à Responsabilité Limitée (SARL) ou de Société Anonyme (SA), qui pourront s'approprier les matières premières, le sol et les moyens de production. Ces alliances visent l'extension de l'industrie agro-alimentaire non plus sous une forme étatique mais sous une forme privée. Ceci est également vrai pour les propriétaires des grandes exploitations de la RFA ainsi que pour les agriculteurs des Pays Bas. Simultanément, ces derniers reçoivent des subventions pour abandonner leurs terres tout en louant à bas prix d'immenses surfaces pouvant aller jusqu'à 6000 hectares, dans l'ex-RDA. L'opposition agraire (l'ABL) revendiquant de petites unités agricoles et la promotion d'une production écologique à échelle régionale et locale se trouve ici mise à rude épreuve. L'évolution de l'ex-RDA n'est pas terminée et il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. L'incertitude domine sur les questions de l'évolution des structures et de la distribution des propriétés, sur l'évolution de l'organisation du travail en l'agriculture, sur la question de l'emploi et plus généralement sur la situation sociale en milieu rural. La question d'une future politique agricole tant au niveaU. national qu'à l'échelle européenne est à l'ordre du jour. Assiste-t-Qna une renaissance du pays des hobereaux remodelé au g()ûtdêla Politique Agricole Commune? Selon la DBV: "L'agricultlIreenexRDA est obligée de suivre la PAC et le préSident Heetemanrifavorise la création d'exploitations beaucoup plus grandesqu'çIl~sneil'étaient
en ex-RDA." 21 ,,: :" :.

D'un point de vue syndical, social et politique, un problème central domine toutes les prospectives qu'elles soient d'origine nationale ou européenne, il s'agit du clivage ouest-est. Jusqu'au mois de novembre 1989 tout laissait penser qu'en RFA il n'existait pas réellement de syndicats agricoles mais plutôt "un groupe de pression" très influent qui représentait surtout les intérêts des grandes exploitations orientées vers les marchés européens et internationaux. Or dans le même temps, en dehors de ce lobby, on assiste à une organisation des petits et moyens agriculteurs qui luttent pour maintenir leur activité et leur existence gravement menacées par les politiques agricoles nationale et européenne. Ces agriculteurs sont à la recherche d'alliés au niveau national et européen. Il semble aujourd'hui qu'en Allemagne, depuis la réunification, et qu'en Europe, les grandes exploitations de l'ouest et de l'est ont toutes les chances de s'allier et d'articuler leurs intérêts afin d'influer de façon de plus en plus importante sur le paysage syndical agricole dans une communauté européenne élargie.

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Eléments de bibliographie

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Rhedaim

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im politischen

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23

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Group.s

L.s 42 fédérations associé.s

de Iravail de-Ex - RDA

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Chapitre II BELGIQUE L'hégémonie du Boerenbond

Marc MORMONT et Bogdan VAN DONINCK

L'analyse de l'évolution des organisations agricoles en Belgique se heurte d'abord à la faiblesse de la bibliographie sur le sujet. Ce silence des sciences sociales est dû en grande partie au fait que les questions agricoles ne constituent pas, en Belgique, une question politique importante. Depuis la dernière guerre surtout, les problèmes agricoles sont affaires de spécialistes - du ministère de l'Agriculture et des organisations - et font rarement l'objet de débats au Parlement; ils sont peu traités par la presse. Cette absence de l'agriculture dans le débat social - qui explique en bonne partie le peu d'attention accordé par l'histoire, la sociologie ou la science politique constitue une première spécificité de la représentation des agriculteurs en Belgique. Cependant, cette situation est surprenante au regard de la représentation non unifiée des agriculteurs, en cela divergente des autres pays du nord de l'Europe. Bien que dominée par une organisation majoritaire, cette représentation est pluraliste, diversifiée, dans un rapport complexe avec les clivages traditionnels de la politique belge. La diversité des organisations ne peut se comprendre en dehors des clivages régionaux, religieux ou socio-économiques, mais elle ne s'y réduit cependant pas. La troisième spécificité concerne l'organisation majoritaire: le Boerenbond. On ne peut en traiter comme une organisation syndicale de représentation: c'est une organisation complexe, dont les fonctions vont au-delà de celles du modèle syndical connu en Europe.

Des réactions

"corporatistes"

Le Boerenbond ou - Ligue des Agriculteurs - fut créé en 1890 dans le double contexte d'un courant idéologique et d'une situation socio-économique particulière à la Flandre. Ses buts sont clairs: il s'agit à la fois de sauvegarder la vie rurale contre la menace libérale et socialiste anticléricale, et de défendre l'agriculture en crise par un protectionnisme et par une organisation des paysans. Dans une Belgique libérale, l'option de défense catholique est renforcée, à .cette époque, par les tensions autour du thème de l'enseignement et par la montée du Parti ouvrier belge. L'option idéologique d~s fondateurs du Boerenbond est clairement corporatiste: l'un d'entr~ eux est membre de l'union de Fribourg, société secrète qui prOfllXUOe\corporatisme 27 -,.

comme modèle de société. Ce corporatisme catholique est largement appuyé par le haut clergé, ce qui donne au Boerenbond un caractère clérical encore plus affirmé que son modèle organisationnel incarné par le Rheinische Bauemverein en Allemagne. Cette option corporatiste conduisant à organiser tous les groupes agricoles et ruraux sur le plan économique, culturel, politique et religieux, trouve dans nombre de régions flamandes un terrain particulièrement propice. Une partie importante de la population agricole, qui vit sur de petites exploitations, est en effet gravement affectée par la crise agricole. Dans une région surpeuplée, la coopération locale apparaît aux paysans comme une chance, d'autant qu'ils sont soudés par des sentiments religieux forts et un bas clergé très présent, dont le militantisme est renforcé par son sentiment d'être minoritaire dans un Etat libéral et francophone. Le corporatisme des origines du Boerenbond est donc un corporatisme avant tout idéologique, ruraliste et agricole. Il s'agit de sauvegarder la campagne comme refuge des valeurs morales et sociales, et de défendre les petits exploitants agricoles représentant l'idéal moral de la famille et du travail. L'origine du Boerenbond n'est donc pas comparable à celle d'un mouvement social, mais doit se comprendre comme l'ajustement d'une offre idéologique (sans concurrence, il est vrai) à une situation de crise sociale rurale et agricole. Cette rencontre est dynamisée par le rôle moteur du clergé dans le développement de l'organisation. Le modèle organisationnel du Boerenbond reflète son idéologie fondatrice. Dès l'origine, en effet, le Boerenbond s'organise en guildes locales qui ont comme spécificité d'être autant rurales qu'agricoles, autant religieuses et culturelles qu'économiques et sociales. Sous l'autorité des curés de campagne, elles prolifèrent rapidement sous la forme de sociétés d'entraide et de secours. Se créeront ensuite des organisations pour les jeunes et pour les femmes qui formeront, avec les guildes, le volet social du Boerenbond. Méfiant à l'égard des coopératives, celui-ci se lance parallèlement dans la création d'activités économiques pour l'achat groupé d'engrais, pour l'épargne et le crédit, pour l'assurance de ses membres. Ces initiatives constitueront progressivement le volet économique du Boerenbond, composé d'une série d'entreprises très actives et dynamiques. Dans une Wallonie très tôt industrialisée et laïcisée, le mouvement ouvrier se développe avant les organisations agricoles. Sesariitnateurs sont d'abord les propriétaires terriens du centre du pays, région agricole relativement riche, où les notables créent en 1919 les Unions Prof~ssionnelles Agricoles. Avec le slogan "la ferme aux fermiers",eIJesdéfetldent des objectifs plus économiques et strictement ,', 28

agricoles. Moins engagées idéologiquement, elles gardent leur distance avec les organisations catholiques. Dans les régions plus pauvres (surtout l'Ardenne) où dominent les petites exploitations familiales, se créeront des organisations agricoles locales proches de l'Eglise et du Boerenbond. Elles ne se fédéreront réellement que dans les années 1930, sous la protection du Boerenbond, et elles lui permettront d'étendre en Wallonie l'activité de tous ses services commerciaux destinés aux agriculteurs. Le paysage des organisations agricoles wallonnes restera ainsi morcelé et divisé, reflétant l'hétérogénéité des structures agricoles et ses divisions politiques. En Wallonie, où le monde agricole est déjà minoritaire et où la religion ne domine plus la vie politique, les organisations agricoles passent directement d'un corporatisme de notables agraires à un corporatisme plus syndical qui défend la spécificité du métier et de l'exploitation agricole. Ainsi, la Fédération des Unions Professionnelles Agricoles (UPA) s'affiche comme une organisation neutre, mais elle est surtout présente dans des régions plus prospères, dont certaines sont très marquées parle libéralisme. Ses statuts se réfèrent, cependant, à la doctrine sociale catholique, et elle trouvera parfois des appuis, au moins locaux, dans des milieux socialistes. Par ailleurs, le mouvement ruraliste wallon, qui se développe à partir de 1930 et culmine dans l'après-guerre sous l'impulsion de l'Action Catholique, a la spécificité de se développer parallèlement et indépendamment des organisations agricoles auxquelles il fournira des cadres dynamiques, mais non une idéologie ruraliste, ni des organisations socioéconomiques (MOUGENOTC., MORMONTM., 1989). L'unité des organisations agricoles belges se révèlera historiquement impossible. La divergence des orientations idéologicopolitiques du Boerenbond d'une part, et des Unions Professionnelles Agricoles d'autre part, se maintient ensuite tout au long du vingtième siècle, et se renforce même lors des poussées de régionalisme de part et d'autre. Ces divergences politiques se maintiennent aussi du fait d'une évolution également opposée des structures agricoles dans les deux régions. Le corporatisme est, sans doute, une caractéristique historique, commune aux organisations agricoles jusqu'à la seconde guerre. En revanche, ses possibilités d'expression ont radicalement divergé selon les régions et les clivages politiques. En FlaIldre seulement, le monde rural - pauvre et culturellement homogène, contraint à des formes de coopération souscrira aux propositions volontaristes d'un système politique dominé par un Parti catholique. Tout se passe comme si une forte représentatioQ' desllgnculteurs ,. ' 29

-

nécessitait une adhésion contrainte des paysans à une organisation qui les protège et les prend en charge au nom d'une vision du monde
construite en réaction au développement industriel et urbain moderne.

Un système organisationnel

unique en son genre

Le Boerenbond connaît au cours du vingtième siècle un développement extraordinaire; il est devenu un énorme système organisationnel aux ramifications multiples. Le décrire, c'est aussi décrire la spécificité de la représentation des agriculteurs tant dans leur rapport à l'organisation qu'à la politique et à l'Etal Même si on associe le plus souvent le nom de la fondation du Boerenbond à celui d'un curé de campagne (l'abbé Mellaerts), le Boerenbond s'allie solidement et rapidement à une organisation politique et à des intérêts économiques. En effet, après quelques années, le Boerenbond commence à créer des entreprises: assurances, achat et vente groupés, caisse d'épargne. Parallèlement il s'impose très vite comme une des composantes du parti catholique qui, jusqu'en 1968, est en principe organisé en "standen" (états). La forme de son organisation assure au mouvement ouvrier (organisations sociales et syndicales) et aux classes moyennes (artisans, commerçants et professions libérales) une représentation stable en son sein. En dépit d'une crise grave dans les années trente, le Boerenbond n'a cessé de développer ses activités économiques et ses entreprises fmancièrement interdépendantes, qui constituent aujourd'hui une réelle puissance économique dans le secteur agro-alimentaire, mais aussi dans d'autres secteurs. Ces entreprises contrôlent une part très importante du commerce des aliments pour le bétail et des engrais, de la commercialisation de la viande ou des produits horticoles. Le Boerenbond possède, en outre, une banque qui contrôle la majorité du crédit accordé aux agriculteurs et qui s'adresse aussi aux secteurs non agricoles (petites entreprises et particuliers). Sa société d'assurances est

l'une des premières du pays. Construit pour répondre à tous les besoins du fermier, cet empire économique s'est toujours allié à certaines fractions de la bourgeoisieflamande ascendante,et il est l'un des actionnaires les plus importants du grand holding financier Almanij, de la banque Kredietbank et de nombreuses entreprises
industrielles ou de services. Le Boerenbond doit eette foree économique à sa capacité idéologique à enrôler les agriculteurs flamands mais aussi tous les ruraux à travers ses organisations qui répondent aux besoins de l'exploitation et de la famille. Sans doute doit-il également sa puissance à.son insertion dans un mouvement de promotion et de

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défense de la Flandre qui a longtemps soudé les composantes de toutes les classes sociales (RÉMY J. et al., 1980). Renforcée par son poids économique, la force technique et organisationnelle du Boerenbond lui a permis de se substituer à l'action de l'Etat dans les domaines du crédit aux agriculteurs, de la vulgarisation ou de l'expertise socio-économique. Sur ces terrains, le Boerenbond est souvent plus actif et plus efficace que les services étatiques. Juste après la première guerre, il s'était imposé comme le maître d'oeuvre de la reconstruction de la région du front de l'Yser, en préfinançant les investissements agricoles d'une région que l'Etat voulait reboiser. Son administration centrale compte actuellement plus de cent cinquante spécialistes universitaires alors que l'Institut économique agricole (le centre d'études de l'Administration) compte moins de vingt cadres. Ses représentants sont présents dans toutes les instances consultatives sur l'aménagement du territoire et la recherche agricole notamment alimentaire. Cela n'a évidemment été possible que par l'action politique du Boerenbond qui entretient, depuis ses origines, des liens étroits avec le parti catholique. Ces liens s'appuient sur la capacité de mobilisation du Boerenbond qui, à travers ses guildes locales, ses mouvements de femmes et de jeunes, a longtemps contrôlé toute la vie dans les campagnes. Sur un plan moral et religieux, l'affiliation au Boerenbond était quasiment obligatoire. Il demeure le représentant de fractions très larges du monde rural flamand. La grande majorité des ministres de l'Agriculture étaient non seulement catholiques et flamands, mais également des anciens dirigeants du Boerenbond. Avec un système politique belge où les trois familles libérale, chrétienne et socialiste - chacunerelayée par des organisations sociales, culturelles, scolaires - se partagent l'influence dans tous les rouages de l'Etat, l'administration agricole est largement imprégnée des options et des intérêts du Boerenbond. Et cette force politique se maintient en dépit du déclin numérique de la population active agricole: à l'intérieur du parti catholique flamand, la part des élus représentant le Boerenbond ne passe, entre 1946 et 1985, que de 19 à 17 % alors que la part de la population agricole dans la population active est réduite de 13 à 2,5 %. "Om te dienen, moet u ook verdienen" ("Si tu veux servir, tu dois gagner"). Cette expression flamande, reprise par le Présidentdu Boerenbond pour illustrer l'action. de son organisation, traduit. asse.z bien la conception de l'organisation dominante. Celle-ci se définit sur le double plan de ses rapports à l'agriculteur et au 1110ndeextra~ agricole. Sur le premier plan, l'objectif est de garantir l'indépendance de la profession et des agriculteurS. Pour cela, ilJautmettreàJeur

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service les meilleures structures d'encadrement possibles. Sur le plan du rapport à l'univers extra-agricole, il s'agit de conquérir une puissance économique, politique, financière et technique, suffisante pour peser sur les marchés autant que sur les décisions politiques. Un exemple de cette capacité d'action est fourni lors de l'adoption par la Commission des Communautés du programme de gel de terres. Les organisations agricoles belges ont nettement pris position contre ce programme. L'administration de l'agriculture n'a pas enfreint ce qui apparaissait comme un veto, et elle n'a rien fait pour appliquer ce programme. Si bien que ses résultats ont été dérisoires en Belgique. Un autre exemple est donné par l'épidémie de peste porcine en Flandre.

Constitué par le ministre de l'Agriculture, un comité de crise
regroupait des représentants des industries liées à l'élevage porcin (dont les principales entreprises du Boerenbond), mais pas de représentants de l'organisation syndicale. Le Boerenbond rassemble environ 60 % des agriculteurs et horticulteurs affiliés à une organisation: ce chiffre s'explique par le grand nombre d'exploitations en Flandre, mais aussi au taux de syndicalisation plus élevé qu'en Wallonie. Il constitue ainsi en Flandre une puissance à la fois sociale et syndicale, économique et financière, une composante politique et idéologique d'un parti fort et un partenaire obligé de l'Etat. Le Boerenbond apparaît moins comme une organisation syndicale que comme une organisation qui protège les agriculteurs et les enrôle dans une dynamique de développement de l'agriculture qu'elle ne remet jamais en cause. Sa puissance économique et financière l'a nécessairement conduit à encourager tout au long du siècle une modernisation agricole et rurale qu'il peut contrôler et organiser grâce à sa force politique et organisationnelle. Du même coup, le Boerenbond accepte un mode de développement agricole dont les crises alimentent en bonne partie la genèse des organisations minoritaires et concurrentes qui complètent le paysage de la représentation des
agriculteurs belges.

Développement minoritaires

agricole,

crises

et

organisations

L'évolution de l'agriculture belge se distingue par l'apparition précoce de .certaines caractéristiques. Ainsi sous l'impact conjugué d'une inQustrialisation précoce (surtout en Wallonie) et d'une idéologie corporative chrétienne, l'agriculture belge a rapidement acquis ses traits actuet~ : une agriculture principalement familiale, une spécialisation . .. "", . ."
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