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Les telenovelas entre fiction et réalité

De
176 pages
Le feuilleton télévisuel -la telenovela- est un genre très prisé au Brésil. L'auteur cherche à comprendre l'objet de cette fascination en rendant compte d'une lecture sociale, psychologique et historique de ces feuilletons témoins de la société brésilienne et d'un fait historique : l'invisibilité de l'Indien et du Noir au sein de cette société. Les synopsis d'une centaine de feuilletons enrichissent cet ouvrage.
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Erika THOMAS

LES TELENOVELAS ENTRE FICTION ET REALITE

L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-4176-2

à Lena, ma mère chérie, pour sa lumière et sa chaleur, pour tant de rires et de grâce.

INTRODUCTION

1.Brève histoire des débuts de la télévision brésilienne La télévision brésilienne a célébré très récemment ses cinquante ans. En septembre 1950, l'homme d'affaires Assis Chateaubriand - alias Chatô - rachète plus de trente tonnes de matériel nécessaire pour installer une chaîne au Brésil, à l'émetteur américain RCA Victor. Il commande, en contrebande, deux cents postes de télévision: la première transmission de TV Tupi doit être largement partagée. Sur ces deux cents postes, la moitié est fournie aux vitrines des commerçants et le restant à des personnalités et amis du monde des affaires. Une panne technique va être à l'origine du direct et de l'improvisation nécessaire pour mener à bien, ce 18 septembre 1950, la première émission tant annoncée et attendue. L'improvisation a été une des principales caractéristiques des premières années de la télévision brésilienne. Une grande partie des professionnels venait de la radio. Leur passage à l'ère du visuel n'allait pas être sans souci. Ainsi, Ary Rego, séducteur incontournable des radionovelas feuilletons radiophoniques - a vu son succès plus que compromis avec le passage à la télévision et les nouveaux formats fictionnels comme les théâtres télévisés qui allaient consacrer de nouveaux artistes repérés dans ces pièces filmées. A côté de ces adaptations théâtrales, les programmes pour enfants commencent dès 1952 à gagner du terrain grâce aux

nombreuses adaptations des histoires de Monteiro Lobato. Le public de ces émissions est restreint et il est courant de se mettre à la fenêtre du voisin le plus fortuné du quartier pour pouvoir profiter collectivement de cette ouverture sur l'ailleurs. En 1955, quatre-vingt-cinq mille postes de télévision sont produits par l'industrie nationale au moment où les émetteurs commencent à couvrir d'autres régions brésiliennes et où les programmes de Rio et Sào Paulo sont retransmis aux autres états du Brésil. La création d'Embratel - entreprise brésilienne de télécommunications - va être à l'origine, dans les années 70, de l'unification télévisuelle permise par le déploiement de l'infrastructure des services de télécommunications et l'installation de dizaines d'émetteurs de télévision. Avec cette nouvelle donne, on assiste à une explosion du public. La télévision va populariser sa programmation. A cette époque surgissent des figures télévisuelles destinées à devenir extrêmement populaires: Chacrinha, Silvio Santos, Hebe Camargo, Flavio Cavalcante. .. Les festivals de musique populaire brésilienne constituent à cette époque un grand succès télévisuel. En 1965, TV Globo, est créée grâce à l'appui financier du groupe américain Time/Life. Elle va connaître un

succès fulgurant. Le 1er mars 1969, TV Globo présente la
première édition du Jornal Nacional. A cette époque, la telenovela était déjà bien inscrite dans la programmation des grandes chaînes. TV Globo proposait la sienne: Selva de Pedra mettant en scène les amours contrariées de Francisco Cuoco et Regina Duarte; cette telenovela allait atteindre, dit-on, le chiffre incroyable de 100% d'audience! Cette période de l'ascension de TV Globo coïncide avec celle de la dictature militaire et du silence télévisuel sur la situation d'oppression et de torture dans laquelle se trouve le Brésil. 2. Télévision et dictature militaire En 1964, un coup d'Etat instaure une dictature militaire qui va durer jusqu'en 1985. La politique est bannie de la télévision. Deux types de programmes coexistent dans un premier temps 8

sur les chaînes brésiliennes: Les telenovelas et les émissions de musique populaire brésilienne (MPB) dans lesquelles se produisent Chico Buarque, Elis Regina, Caetano Veloso et d'autres chanteurs de la MPB. Lorsqu'en 1968, le Brésil plonge dans ses années de plomb, époque où les disparitions et tortures sont à l'ordre du jour, la censure est à son apogée. La musique populaire brésilienne qui, par le biais de la métaphore laisse transparaître les inquiétudes des artistes, est contrainte, elle aussi, au silence ou à l'exil. Ne restent sur les chaînes brésiliennes que les telenovelas « championnes d'audience. 1» A cette époque, le succès de Selva de Pedra (1973) de Janette Clair va précéder l'euphorie nationale résultant de la victoire pour la troisième fois consécutive de la Seleç[io à la coupe du monde de 1971. Le Brésil est sous censure et sous anesthésie générale. Lorsqu'en 1974 et 1975, certaines telenovelas tentent d'aborder des thèmes plus conflictuels, comme celui de la spéculation immobilière ou de la réforme agraire comme c'est le cas dans 0 Espiao de Dias Gomes ou dans 0 Grito de Jorge Andrade, toutes deux programmées à vingt-deux heures, la censure frappe de plein fouet en décidant de coupures de séquences ou d'épisodes entiers. Sem lenço e sem documento (1978) de Mario Prato, qui aborde en creux le thème des prisonniers politiques, se voit complètement transformée: les protagonistes pauvres au départ deviennent riches et les problèmes politiques quant à eux, n'existent plus. 0 Bem Amado (1973) de Dias Gomes, première telenovela en couleur adaptatée d'une pièce de théâtre du même auteur intitulée Odorico, le bien aimé, abordant le thème de la corruption politique fut censurée, certains mots devinrent tabous: il ne fallait plus parler de « colonel» ou de « capitaine» ou encore de « haine» ou de « vengeance», car décidément, ce personnage prototypique de l'homme politique véreux et démagogue inquiétait les censeurs. Roque Santeiro du même Dias Gomes - qui a pour personnage central un grand
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Slogan de TV Globo. 9

propriétaire terrien jugé trop politiquement incorrect et où il est

question de religion, de mysticisme populaire, de politique

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sera censuré dans son intégralité et ne passera à la télévision qu'en 1985, date du retour à la démocratie. Cette intelligente satire du Brésil va connaître alors un immense succès. Roque Santeiro avait déjà une trentaine d'épisodes enregistrés lorsqu'elle fut annoncée comme censurée le jour même du soir où elle devait être diffusée. Lors des informations télévisuelles du 27 août 1975, le journaliste Cid Moreira lit à l'antenne le veto de censure: «La telenovela contient des offenses à la morale, à l'ordre public, aux coutumes et à l'église. » Pour combler le vide de la tranche horaire de vingt heures laissé par cette censure intégrale, Selva de Pedra, est reprogrammée en version plus courte; soixante-seize épisodes au lieu des deuxcent cinquante originaux. La censure qui s'est renforcée avec la dictature - surtout après 1968 avec la création de l'acte constitutionnel AI-5 donnant tous les pouvoirs aux généraux est progressivement abolie avec l'ouverture politique du président Figueiredo dans les années quatre-vingt et est devenue anticonstitutionnelle depuis 1988. 3. Les grandes étapes des telenovelas Les premières novelas ont débuté à la radio cubaine dans les années trente. Il s'agissait le plus souvent d'adaptations de grands classiques littéraires. Lorsqu'en 1951 TV Tupi adapte et retransmet la première telenovela ayant pour titre Sua Vida me

Pertence - histoire devant durer trois mois - elle ne soupçonnait
pas le succès que ce genre ferait à la télévision brésilienne et par quelles étapes il allait falloir passer pour imposer un genre proprement brésilien. Celui-ci débutera à la fin des années soixante grâce à Beto Rockfeller une telenovela ayant pour thème un joyeux brésilien voyou et débrouillard.

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a) Premième période: un divertissement sans prétention venu de la radio Le 21 décembre 1951, un an après la création de la télévision au Brésil, TV Tupi lance la première telenovela : Sua vida me pertence de Walter Forster. L'enregistrement vidéo n'existait pas encore et c'est en direct que les quinze épisodes du feuilleton furent joués par Tarcisio Meira et Gloria Menezes les mardis et jeudis soirs. Chaque épisode durait une vingtaine de minutes. En 1963, la première telenovela quotidienne 25 499 Ocupado diffusée sur TV Excelsior est l'adaptation d'un scénario argentin. L'année suivante, A moça que vinha de longe, également adaptée d'un scénario argentin par Ivani Ribeiro, va s'imposer dans la tranche horaire de vingt heures et va installer le genre face au public. En 1965, 0 direito de nascer, adaptée de la radio par Talma Oliveira et Texeira Filho du scénario original cubain de Felix Caignet va être le premier grand succès de TV Tupi. Ce succès va être à l'origine de la volonté des différentes chaînes de voir installer des telenovelas au sein de leurs programmations quotidiennes. Le style demeure celui des novelas radiophoniques et du mélodrame latinoaméricain. b) Deuxième période: l'investissement grandissant des chaînes A partir de la seconde moitié des années soixante, les quatre grandes chaînes - TV Excelsior, Tupi, Record et TV Globo - investissent massivement dans ce genre télévisuel réclamé par le public. 0 direito de nascer diffusée de septembre 1964 à août 1965 avait à ce point réjoui le public que lors d'une fête organisée pour célébrer la fin du feuilleton, le Maracanazinho (Rio) et le Ginasium de Ibiapuera (Sao Paulo) accueillaient une foule en délire scandant les noms des personnages principaux: Albertinho Limonta, Mamae Dolores et Maria Helena. Si elle est un réel succès auprès du public brésilien, la telenovela d'alors, ne s'est pas encore libérée de Il

l'influence radiophonique et du style mélodramatique hérités des Mexicains, Argentins et Cubains. Une grande figure règne alors dans la création et l'adaptation de ces telenovelas, celle de la Cubaine Gloria Magadan. On est bien loin des réalités brésiliennes. Les intrigues se déroulent en France, au Maroc, au Japon: c'est l'époque de Eu compro essa mulher, 0 sheik de Agadir, A rainha Louca, 0 santo mestiço, toutes produites par TV Globo. En 1967 TV Globo engage Janette Clair pour collaborer avec Gloria Magadan à l'écriture de Anastasia, a mulher sem destino. Janette Clair, jeune scénariste, allait faire naître l' « esprit Globo» en retenant des quarante personnages de cette histoire proposée par Magadan, cinq personnages principaux autour desquels se jouerait le drame. En 1968, elle écrit Sangue e areia. Pendant ce temps, TV Excelsior diffuse la telenovela la plus longue de l'histoire des telenovelas : RedençG-o de Raimundo Lopes, comprenant cinq cent quatrevingt-seize épisodes s'étalant du 16 mai 1966 au 2 mai 1968. Cette telenovela, qui connaît un immense succès, aborde dans sa première phase la vie d'un médecin débarquant au village de Redençào et l'amour qu'il éveille auprès de trois femmes; et dans sa deuxième phase 1'histoire tourne autour du fils du médecin et des liens entre de nouveaux personnages qui arrivent au village. c) Troisième période: à la recherche d'un langage brésilien A la fin des années soixante, émerge progressivement l'idée de faire de la telenovela un art brésilien en délaissant progressivement le style mélodramatique et théâtral latinoaméricain pour adopter un rythme brésilien, un langage se rapprochant de celui de la rue et en ancrant davantage les histoires dans la réalité brésilienne. C'est TV Tupi qui innove en la matière avec Beto Rockfeller (1969), ayant pour personnage central, un nouveau type de héros: un sujet d'origine modeste, un citadin qui se fait passer pour un millionnaire rêvant d'échapper, grâce à une rencontre 12

amoureuse, à sa condition sociale. TV Globo va également rompre avec le style latino-américain en 1969, lorsque sera diffusée la telenovela écrite par Janete Clair, Véu de noiva. d) Quatrième période: la telenovela acquiert un style bien précis A partir de 1970, TV Globo va dominer le genre en proposant trois nouvelles telenovelas qui vont devenir des succès d'audience: Pigmaliiio 70, Véu de noiva et Veriio vermelho. TV Excelsior ferme ses portes, TV Record investit davantage dans les émissions musicales, seule TV Tupi est en concurrence directe avec Globo. Malgré certains succès de TV Tupi, comme Mulheres de areia (1973), A viagem, (1974), 0 profeta (1976), Vitoria Bonelli (1972), Meu rico Português (1975) ou Eramos seis (1977), la fin des années soixante-dix marque la faillite de cette chaîne et l'entrée de TV Bandeirantes. Mais c'est bel et bien de TV Globo que vont émerger les plus grands succès du genre dans ces années: Irmiios coragem, Selva de pedra, Pecado capital, 0 astro et bien d'autres vont être à l'origine d'un succès de fabrication reconnu, y compris au niveau international. Les raisons d'un tel succès tiennent aux moyens que se donne la chaîne: en 1972, les telenovelas absorbent trente pour cent du budget de TV Globo, en 1975 elles absorbent cinquante-trois pour cent du budget et à la fin des années soixante-dix, pas loin de soixante pour cent. La chaîne mobilise des acteurs maison payés à l'année pour être disponibles ainsi qu'une équipe fixe (script, équipe de recherche.. .). Tous sont mobilisés pour cinq ou six mois. La telenovela devient le principal support de recettes publicitaires de la chaîne. Pas question donc, de laisser les choses au hasard: tous les dix-neuf épisodes, une enquête auprès des spectateurs a pour but de faire le point et d'adapter le déroulement de celle-ci au goût du public. La telenovela-type a environ cent cinquante épisodes; si le public sondé montre sa désaffection, le nombre d'épisodes est réduit; à l'inverse s'il apprécie, le nombre d'épisodes peut largement augmenter. La 13

quête de l'audience rend le public roi. 0 dono do mundo (1991)
de Gilberto Braga et Torre de Babel (1998) de Silvio Abreu, ont ainsi vu leur histoires complètement modifiées à partir d'enquêtes d'intérêts auprès du public. La première racontait l'histoire de Felipe Barreto, un célèbre chirurgien esthétique qui décide de séduire une jeune femme vierge le jour de son mariage. Les téléspectateurs boudent le feuilleton et préfèrent
changer de chaîne. Les auteurs de cette telenovela

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qui avaient

ignoré que le thème de la virginité était encore un tabou de la société brésilienne au début des années quatre-vingt dix doivent alors imaginer toute une série de transformation du feuilleton pour reconquérir le public. Torre de Babel, pariait sur un nouveau style de thèmes abordés par la telenovela. Il y était en effet question de violence (dans un accès de fureur un des personnages principaux tue sa femme adultère), de drogue (un autre des personnages est toxicomane) et d'homosexualité féminine. Pour récupérer le public, le fou furieux devient progressivement gentil, le drogué et les homosexuelles périssent dans l'explosion d'un centre commercial et la telenovela aborde alors des thèmes bien plus classiques. Forte de ses succès, TV Globo diffuse quatre telenovelas par jour à des tranches horaires commandant une spécificité dans les thèmes abordés: en fin d'après midi, vers dix-huit heures, une première telenovela, destinée plutôt aux adolescents draine environ cinquante pour cent de l'audience totale. Nous retrouvons dans ce créneau horaire pas mal d'adaptations littéraires et de reconstitutions historiques. En début de soirée, vers dix-neuf heures, drainant environ soixante-dix pour cent de l'audience totale, une deuxième telenovela en forme de comédie urbaine est diffusée. A vingt heures la grande telenovela, riche en intrigues et rebondissements, draine environ quatre-vingt pour cent de l'audience totale. Enfin, à vingt-deux heures, est diffusée la dernière telenovela, plus psychologique, plus intellectuelle. Elle traite généralement de thèmes sociaux et, dans I'histoire de la censure des telenovelas, c'est souvent celles 14

de cette tranche horaire qui furent censurées. En plus des ces quatre telenovelas, une tranche horaire de l'après-midi (vers quatorze heures) est réservée à la diffusion d'une ancienne telenovela qui a connu un bon succès d'audience. Le soir vers vingt-trois heures très régulièrement dans l'année, des miniséries sont également diffusées. Celles-ci sont des telenovelas n'ayant qu'une cinquantaine d'épisodes. 4. La telenovela, un objet d'étude Face à l'engouement que suscite ce genre télévisuel au Brésil, force est de s'interroger sur son contenu. Outre le fait que certaines telenovelas sont rediffusées dans la tranche horaire réservée au « Vale a pena ver de novo» (<< vaut le ça coup de la revoir ») il est intéressant de noter les remakes dont certaines d'entres ces telenovelas, font l'objet. Comme si, l'émotion qu'elles suscitent se devait d'être revécue sans cesse, comme si le message qu'elles contiennent devait se répéter encore et encore. La telenovela, parce qu'elle s'impose comme lieu de discussion, de débats autour de thèmes politiques et sociaux, parce qu'elle se révèle être productrice de normes et de valeurs sociales, parce qu'elle a été objet de censure, est un genre télévisuel qu'il convient d'étudier. Nous la pensons être en lien intime avec la construction - sans cesse ininterrompue et toujours à advenir - de l'identité collective brésilienne. Nous étudierons cet aspect précis en nous intéressant aux thèmes qu'elle aborde et le lien de ceux-ci à l'histoire et à la place donnée aux Noirs et aux Indiens dans la telenovela, miroir de la société brésilienne. Mais nous commencerons par nous intéresser aux diverses lectures qui peuvent être faites du phénomène et de son succès en discutant l'aspect aliénant qui leur est parfois associé et en nous interrogeant sur la récurrence de certains thèmes avant de conclure brièvement sur les fonctions sociales que remplissent ces telenovelas, au sein de la société brésilienne.

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PREMIERE PARTIE LESTHEMESRECURRENTS OU LES OBSESSIONS DE LA SOCIETE BRESILIENNE

CHAPITRE 1 LECTURE POLITIQUE DES TELENOVELAS : ALIENATION ET PROPAGANDE INAVOUEE
1. Mise en évidence de la structure élitiste de la telenovela: l'étude de Roberto Ramos En 1986, le sociologue brésilien Roberto Ramos (Ramos, 1986), publie un ouvrage entièrement consacré à l'étude des telenovelas de TV Globo. L'auteur ne se contente pas d'affirmer que les telenovelas sont aliénantes parce qu'elles conditionnent soir après soir, la pensée du téléspectateur; il vise également à démontrer comment celles-ci, malgré leur richesse apparente d'univers et d'intrigues, ne possèdent au final, qu'une structure de la réalité assez simple et que cette structure ou vision du réel est celle de l'élite brésilienne, celle de la culture «Zone Sud », c'est-à-dire celle des codes culturels des beaux quartiers de Rio. En dressant méticuleusement la liste des feuilletons brésiliens de ses débuts aux années quatre-vingt, Ramos met en relief quatre données récurrentes autour desquelles se trament les intrigues de ces feuilletons et qui déterminent leurs structures. Ces données sont premièrement, les riches, puis, les nouveaux riches, puis l'héritage et enfin les pauvres. Reprenons ces données telles qu'elles sont explicitées par l'auteur: 1. Les riches: la trame principale tourne touj ours autour d'eux. Les valeurs culturelles et économiques sont conçues dans leur univers qui sert de référence aux autres univers du feuilleton. 2. Les nouveaux riches: c'est le thème plébiscité par excellence, il développe un autre thème, celui de l'ascension sociale possible pour celui qui se donne les moyens grâce au travail et à la persévérance. Il donne l'illusion de l'égalité des