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Les temps des travailleurs contraintes et aménagements

De
248 pages
Non seulement, les destructurations/restructurations des collectivités modifient les capacités d'action des travailleurs, mais les variations rapides de la géométrie des entreprises brouillent les repères. Financiarisation et mondialisation de l'économie transforment le cadre de travail dans l'entreprise en réseau. A partir de terrains différents et de points de vue des travailleurs, les auteurs décortiquent l'inventivité managériale et mettent à jour les formes nouvelles de l'action collective des salariés.
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L 'homme et la société
Revue internationale
de recherches et de synthèses en sciences sociales
Les Temps des travailleurs
contraintes et aménagements
Coordonné par
Jean-Pierre Durand et Pierre Rolle
Publié avec le concours du CNL et du CNRS
L'HarmattanL 'homme et la société
Revue internationale
de recherches et de synthèses en sciences sociales
Fondateurs
Serge JONAS et Jean PRO NTEAU t
Directeurs
Michel KAIL et Numa MURARD
Comité scientifique
Michel ADAM, Pierre ANSART, Elsa ASSIDON, Solange BARBEROUSSE,
Denis BERGER, Alain BIHR, Monique CHEMILLIER-GENDREAU, Catherine
COLLIOT-THÉLÈNE, Catherine COQUERY -VIDROVITCH, René GALLISSOT,
Michel GIRAUD, Gabriel GOSSELIN, Madeleine GRA WITZ, Colette
GUILLAUMIN, Serge JONAS, Georges LABICA, Serge LATOUCHE, Jürgen
LINK, Richard MARIENSTRAS, Sami NAÏR, Gérard NAMER, Gérard RAULET,
Robert SAYRE, Benjamin STORA, Nicolas TERTULIAN
Comité de rédaction
Nicole BEAURAIN, Marc BESSIN, Sylvain BOULOUQUE, Hamit
BOZARSLAN, Patrick CINGOLANI, Christophe DAUM, Jean-Claude
DELAUNAY, Christine DELPHY, Véronique DE RUDDER, Claude DIDRY, Elsa
DORLIN, Pascal DUPUY, Jean-Pierre DURAND, Jean-Paul GAUDILLIERE,
Willy GIANINAZZI, Bernard HOURS, Michel KAIL, Pierre LANTZ, Martine
LEIBOVICI, Michael LOWY, Margaret MANALE, Louis MOREAU DE
BELLAING, Numa MURARD, Nia PERIVOLAROPOULOU, Larry PORTIS,
Thierry POUCH, Pierre ROLLE, Laurence ROULLEAU-BERGER, Monique
SELIM, Richard SOBEL, Christelle TARAUD, Etienne TASSIN, Sophie
WAHNICH, Claudie WEILL
Secrétariat de rédaction
Jean-Jacques DELDYCK
<9L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion. harmattan @wanadoo.fr
harmattanl
ISBN: 978-2-296-05049-5
EAN : 9782296050495L 'homme et la société
Revue internationale
de recherches et de synthèses en sciences sociales
2007/1-2N° 163-164
Michel Kail et Richard Sobel
Édi torial. En hommage à André Gorz. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 5
***
LES TEMPS DES TRA VAILLEURS
CONTRAINTES ET AMENAGEMENTS
Jean-Pierre Durand et Pierre Rolle
Maturité des sciences du travail et approche plurielle... Il
Florence Jany-Catrice
La dévalorisation des services « relationnels»
dans les pratiques et les conventions dominantes 15
William Gasparini et Lilian Pichot
Régulation des relations de travail et culture sportive
L'exemple des entreprises de la distribution d'articles
de sport. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 35
Elvire Bornand
La définition du travail dans le secteur public
à l'épreuve de nouveaux principes managériaux. . . . . . . . . . . . . . . . .. 59
Laurence Le Douarin
« C'est personnel! » L'usage des TIC par les cadres dans
l'articulation des temps sociaux: vers une évolution de la
rationalisation au travail? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Claude Didry
De la restructuration de l'entreprise à la restructuration des
relations professionnelles: le cas de Canal Plus. ...... . .... .. 95
Giuliana Commisso
Subjectivité au travail. Une analyse de la résistance
ouvrière dans l'Usine Intégrée de la Fiat en Italie 125Tang Jun
« En haut, il n'y a plus de ciel, en bas, plus de terre! »
La logique de l'action collective ouvrière
dans la Chine contemporaine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .155
* * *
HORS DOSSIER
Paul Jorion
Misère de l'État-Providence aux États-Unis:
l'exemple de la politique américaine du logement... 181
* * *
DEBATS ET CONTROVERSES
Jean-Pierre Garnier
Ethniciser la question sociale? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 205
Pierre Lantz
Pluralismeet citoyenneté... ... 217
COMPTES RENDUS. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .223
RésuméslAbstracts. . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . .. .237
Appel à contributions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 245
* * *
Toute la correspondance - manuscrits (trois exemplaires dactylographiés
double interligne, 35 000 signes maximum pour les articles, 4 200 pour
les comptes rendus), livres, périodiques - doit être adressée à la
Rédaction: L'homme et la société - Jean-Jacques Deldyck
Université Paris 7 - Boîte courrier 7027
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Editorial
En hommage à André Gorz
Nous écrivons cet éditorial au moment où la « Loi relative aux libertés
et responsabilités des universités» est contestée par une partie des étu-
diants et des universitaires qui choisissent de la dénoncer comme la « Loi
sur l'autonomie des universités ». Cette dernière appellation est devenue
courante, légitimée àcederniertitre par l'usage (le mésusage) qu'en fait le
monde médiatique, qui fonctionne décidément de plus en plus sur le mode
de la rumeur.
Si nous étions hégéliens, nous ne manquerions de voir dans cette uti-
lisation un effet de l'ironie de l'histoire, puisqu'aussi bien 1'« autonomie»
déserte le discours critique pour servir à disqualifier le projet gouverne-
mental dans sa prétention à vouloir organiser 1'« autonomie» des univer-
sités. La notion d'« autonomie» ne serait donc plus un ressort du projet
critique, ne viendrait plus le stimuler et le nourrir, mais se voit ranger
sous la catégorie du critiquable. Confusion d'autant plus grande que la loi
présentée par Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et
de la Recherche, n'octroie ou ne consolide nulle autonomie mais renforce
bien plutôt des pouvoirs, celui notamment des présidents d'université, et
celui de l'injonction sociale et culturelle selon laquelle la tâche urgente de
l'université devrait être la professionnalisation de son enseignement.
Il nous semble indispensable de nous livrer à un (trop rapide) exercice
de salubrité conceptuelle et redonner quelque lustre mélioratif à la notion
d'« autonomie ». Occasion pour nous de rendre un hommage à André
Gorz.
«Puisque l'œuvre d'art crie à tous vents le nom de l'artiste, ce grand
mort qui a décidé de tout, Le Traître n'est pas une œuvre d'art: c'est un
événement, une brusque précipitation, un désordre de mots qui s'ordon-
nent; un ouvrage en train de créer son auteur », écrit Sartre dans l'avant-
propos qu'il rédige pour accompagner la publication du premier ouvrage
L'homme et la société, n° 163-164, janvier-juin 20076 Éditorial
d'André Gorz 1.Ce que le texte même de ce dernier appelait: «C'est pour
ça aussi, je crois, que je n'ai pas eu la patience de fabriquer une œuvre
d'art. J'aurais pu, il y a dix ans. Aujourd'hui ils sont pour moi l'Autre
Bord ceux qui mettent la beauté au-dessus de tout: bord de ceux qui
croient au fait de posséder, de jouir, de manger, de commander, de se
sauver tout seuls. Ce livre est à bien des égards la négation de l'art, une
œuvre d'art qui cherche à se dépasser au moment même où elle se fait, et
refuse d'être une fin en elle-même; c'est pourquoi ce n'est pas une œuvre
d'art.2 ». Par son « exigence subjective de libération », la création artis-
tique, à la fois nécessaire et insuffisante, n'a pas d'autre public que celui
qui la transforme en alibi pour faire l'économie de la libération réelle.
D'où cette écriture initiatique, une écriture qui fait sortir d'elle-même,
parce qu'elle invite dans le même mouvement à retenir la leçon de
l'œuvre d'art, « qui conteste l'identité que la Société fait venir au pour-
soi », et à la mettre en œuvre hors du champ d~ l'art. Parce que l'homme
ne doit pas se laisser faire, au sens strict, mais se faire, André Gorz
affiche d'emblée l'ambition de l'autonomie comme devant être au centre
du programme social et politique.
Dans la première partie de cet ouvrage, notre auteur intitule un cha-
3pitre, « Pour commencer, Marx ». Jamais, il n'interrompra ce dialogue
avec Marx. Sans doute parce que ce dernier lui a appris que l'analyse
rigoureuse, scientifique, de la réalité sociale exige l'aune d'une utopie,
d'une exigence, en l'occurrence l'hypothèse communiste, qui ouvre la
voie à une critique de l'économie politique dans la mesure où elle com-
mande à Marx une critique sociale du capitalisme. Dans le champ du dis-
cours scientifique social et politique, l'hypothèse c'est l'utopie. Renoncer
à ce principe épistémologique, c'est admettre que le social et le politique
sont de l'ordre de l'être donné. Présupposé auquel André Gorz oppose le
parti pris anthropologique et ontologique, qu'il partage avec Sartre, selon
lequel l'être humain est à faire; précisons, à se faire. Il est entendu que
c'est parti pris contre parti pris, celui de l'être donné ou celui de l'être qui
n'est que d'avoir à être. Ce qui en décide et en décidera, c'est la richesse
des analyses que l'un ou l'autre autorise. Il est facile de reconnaître dans
ces partis pris respectivement l'option naturaliste, qui s'accommode aussi
bien d'un traitement spiritualiste que matérialiste (déterministe), et l' op-
tion anti-naturaliste, qui ne donne sa pleine mesure qu'en intégrant les
1. André GORZ, Le Traître, Avant-propos de Jean-Paul SARTRE,«Des rats et des
hommes », Paris, Le Seuil, 1978 [1958], p. 16.
2. Ibidem, p. 312.
3. Ibid., p. 64-68.En hommage à André Gorz 7
exigences émancipatrices du matérialisme 4. Les sages recommandations
expérimentalistes nous enjoignent de formuler une hypothèse que l'expé-
rimentation a la charge de vérifier ou d'infirmer. Dans la perspective de
l'être donné, l'hypothèse anticipe l'état futur d'un système qui contient
déjà tous ses états; prédictive, l'hypothèse n'en est pas moins soumise au
verdict d'un réel éternellement présent, toujours déjà là, selon une expres-
sion maintenant consacrée. Dans la perspective ouverte par l'anti-natura-
lisme, l'hypothèse se doit d'être une utopie pour éclairer le présent, puis-
qu'elle infère un possible qui non seulement n'est pas encore mais n'a
encore jamais été. Si l'être est à faire, et qu'il se fait donc, il déroule un
processus que faute de mieux nous qualifierons de cumulatif, qui fait que
toutes choses ne sont jamais égales. Il y a donc quelque naïveté de croire
que l'on peut, par exemple, tirer des leçons du passé en établissant une
comparaison entre une situation présente et une situation passée, alors que
la situation présente est précisément lestée de son passé.
Il doit être clair que ce possible auquel nous venons de faire allusion
ne saurait être inscrit dans une «philosophie de 1'histoire », laquelle a pour
effet de rapporter l'être qui a à être à l'être donné. Il s'affirme lorsqu'une
activité autonome est déclenchée; activité autonome que Gorz définit
comme praxis, comme activité qui est à elle-même sa propre fin, en oppo-
sition à l'activité hétéronome, notion qui regroupe «l'ensemble des acti-
vités spécialisées que les individus ont à accomplir comme des fonctions
coordonnées de l'extérieur par une organisation préétablie. Au sein de
cette sphère de l'hétéronomie, la nature et le contenu de ces tâches ainsi
que leurs rapports sont hétérodéterminés de manière à faire fonctionner les
individus et les collectifs eux-mêmes complexes comme des rouages d'une
grande machine (industrielle, bureaucratique, militaire) ou, ce qui revient
au même, de leur faire accomplir à l'insu des uns et des autres les tâches
spécialisées qu'exige une machine qui, en raison de ses dimensions et du
nombre des servants requis, enlève à son personnel toute possibilité d'ac-
corder ses activités par des procédures de coopération autorégulées (par
5
l'autogestion) ».
Les problèmes posés par la production et la reproduction des condi-
tions d'existence ne peuvent être résolus définitivement, quelle que soit la
forme d'organisation sociale, aussi serait-il illusoire de prétendre instaurer
le règne de la subjectivité libre dégagée de toute forme d'hétéronomie.
4. Nous renvoyons sur ce point à l'ensemble d'un numéro précédent de la revue,
L'homme et la société, «Au risque du matérialisme », n° 150/151, où cette option est
mise à l'épreuve.
5. André GORZ,Métamorphoses du travail. Quête du sens, Paris, Galilée, 1988, p. 49.Éditorial8
Illusion que Gorz voit poindre dans l'hypothèse communiste telle qu'elle
est formulée par Marx, ouvrant la possibilité d'un enfermement dans une
«fuite communautaire », qui pousserait l'individu à poursuivre le rêve
d'une transparence intersubjective sans résidu hétéronome. Le libre déve-
loppement de sa subjectivité viendrait alors coïncider avec son être social
tandis que cet être social intègrerait toutes les dimensions de l'existence
individuelle. «Il faut [...] que l'utopie communiste garantisse aux ouvriers
non seulement l'existence matérielle mais aussi l'autonomie et la dignité
dont la rationalisation du capitalisme a dépouillé le travail. L'autonomie
et la dignité du travail ne doivent cependant pas être restaurées au nom
d'une exigence éthique, individuelle et subjective, opposée à la rationalité
économique. Il faut montrer au contraire que la rationalité capitaliste n'est
qu'une rationalité limitée qui, inévitablement, produit des effets globaux
contraires à ses buts et qu'elle est incapable de maîtriser. La rationalité
véritable, elle, consiste à transformer le travail en activité personnelle,
mais à un niveau supérieur où l'union volontaire des individus mettra la
collaboration volontaire à la place de la division capitaliste du travail et
soumettra le processus social de production au contrôle des producteurs
associés. Chaque individu sera en tant qu'individu, par la médiation de la
collaboration volontaire, maître de la totalité des forces productives, son
6travail deviendra son activité autonomed'individu total. »
Du point de vue d'une intersubjectivité éprise de transparence, l'hété-
ronomie, même déconnectée de toute logique d'oppression, ne manque
pas de dessiner une zone d'ombre menaçante. Gorz n'en reste pas moins
convaincu qu'il convient de faire sa place à l'hétéronomie, à cette incon-
tournable dimension d'aliénation que comporte toute vie en société, celle-
ci n'ayant pas été et ne pouvant pas être produite et reconnue par chacun
et chacune comme l'œuvre qu'il ou elle a créée librement en toute trans-
parence avec les autres. Dans cette indépassable portion d'hétéronomie, il
s'agira en revanche d'être attentif à la réduction du temps que chaque
individu devra y consacrer et à la détermination de normes permettant d'y
travailler le plus librement possible. «La libération du travail [doit con-
duire] à la libération dans le travail, sans pour autant transformer celui-ci
(comme l'imaginait Marx), en libre activité personnelle posant ses propres
buts. L'hétéronomie ne peut, dans une société complexe, être complète-
ment supprimée au profit de l'autonomie. Mais à l'intérieur de la sphère
de I'hétéronomie, les tâches, sans cesser d'être nécessairement spécialisées
et fonctionnelles, peuvent être requalifiées, recomposées, diversifiées, de
manière à offrir une plus grande autonomie au sein de l'hétéronomie, en
6. Ibid., p. 42.En hommage à André Gorz 9
particulier (mais pas seulement) grâce à l'autogestion du temps de travail.
Il ne faut donc pas imaginer une opposition tranchée entre activités auto-
nomes et travail hétéronome, sphère de la liberté et sphère de la nécessité.
7
»Celle-là retentit sur celle-ci mais sans jamais pouvoir la résorber.
Soucieux d'articuler une analyse rigoureuse, André Gorz ouvre son
analyse par et sur une utopie, organisée autour de la valeur de l'auto-
nomie ; soucieux de cohérence politique, il adosse la revendication uto-
pique sur un pragmatisme exigeant, prévenant le risque de fuite dans le
communautaire qui menace toute pensée de l'émancipation sociale.
Michel KAIL et Richard SOBEL
7. Ibid., p. 120.MIGRATIONS SOCIETE
La revue bimestrielle d'analyse et de débat
sur les migrations en France et en Europe
SOMMAIRE
ÉDITORIAL: Se tailler un costume de président dans la chair du migrant Vincent Geisser
ARTICLES . Genre et réseaux migratoires. Jalons pour une approche
institutionna liste des nouvelles mig rations chinoises Carine Pina-Guerassimoff. Jeunes militaires français d'origine étrangère. De la
différenciation entre co-membres: à propos de quelques
parcours de outsiders. Premiers témoignages, premiers
en se ignem ents Saïd Haddad. Les quotas dans la politique d'immigration européenne.. Du sommet de Tampere au programme de La Haye FrécJérieCoste. La partance féminine vers l'occident marocain. l'attractivité
ambivalente d'une ville-monde: le cas de Casablanca Brahim Labari
DOSSIER: De la chanson populaire maghrébine au rap des cités: un
parcours migratoire (coordonné par Yvon Gastaut)
. Introd uction Yvon Gastaut
. Chansons et chanteurs maghrébins en France (1920..1986) Yvon Gastaut. les scopitones maghrébins, LI1 reflet de rmnigration maghrébine en
France' Jean..C harles Seo 9 netti. l'expression musicale des enfants de l'immigration algérienne,
1980-1 988 Naïma Yahi
. Genèse du hip-hop et rapports sociaux dans les cités. le cas de
City Force à Toulouse Sami Zegnani
. Bibiiog ra ph ie sélective.. Christine Pelloquin
NOTE DE LECTURE
Immigrants, Who are you' Research on Immigrants in Slovenia (de Moieo
Painik, Petra Lesiak- Tusek , Marta Gregoreie) Mirjana Morokvasie
DOCUMENTATI0 N ... ChristinePelloquin
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France: 42 € Étranger: 52 € Soutien: 70 € Ce numéro: Il €Maturité des sciences du travail
et approche plurielle
L'un des grands changements des dernières décennies réside dans le
bouleversement des modalités de l'action collective. Non seulement les
déstructurations/restructurations des collectifs modifient leurs capacités
d'action, mais les variations rapides de la géométrie des entreprises
brouillent les repères. Financiarisation et mondialisation de l'économie
transforment le cadre de travail, autant dans les relations professionnelles
que dans les rapports aux clients ou aux fournisseurs. L'entreprise réticu-
laire ne fonctionne que parce qu'elle compense l'extensivité de ses rap-
ports internes par l'intégration toujours plus forte de son système infor-
mationnel et de ses normes. L'éclatement des collectifs de travail et les
mosaïques syndicales doivent faire face à une internationalisation mana-
gériale qui tend à unifier le commandement. En même temps, les formes
d'emploi et les modes de rémunération se diversifient, accroissant les
différenciations entre salariés, dans les vieux pays industrialisés comme
dans les nouveaux mondes. Les services à haute valeur ajoutée, en géné-
ral restés dans I'hémisphère Nord, sont eux aussi traversés par ces forces
centrifuges qui produisent les nouveaux prolétariats à la périphérie.
Ces approches macro-sociales, indispensables à la compréhension et à
l'interprétation des bouleversements présents, convergent avec d'autres
approches qui partent des préoccupations des acteurs. Les deux premiers
articles partent de terrains très différents (les services à la personne d'une
part et les vendeurs dans des magasins d'articles de sport d'autre part) pour
articuler au plus prés les trajectoires individuelles des salariés et les cons-
tructions sociales de leur catégorie, qu'ils intériorisent bon gré mal gré. Le
développement de l'emploi non qualifié des employés des services à la
personne, majoritairement femmes, conduit Florence Jany-Catrice au con-
cept de servitude sexuée pour mieux faire voir la disponibilité temporelle
et bien souvent affective. Ce qui signifie l'urgence de re-penser à la fois
les régulations publiques et les conventions comptables afin de mettre en
évidence les mécanismes d'invisibilisation des compétences dans les acti-
vités de services aux personnes. C'est donc bien de nouveaux outils dont
L'homme et la société, n° 163-164, janvier-juin 200712 Jean-Pierre DURAND et Pierre ROLLE
nous avons besoin pour penser ces emplois et approcher leurs contenus, en
particulier pour faire valoir la dimension qualitative du travail effectué.
Toujours en partant du terrain, William Gasparini et Lilian Pichot mon-
trent comment le recrutement des vendeurs et leur identification au travail
passe par la constitution de normes de groupes plus ou moins visibles mais
bien réelles: dans les magasins d'articles de sport, la valorisation de l' acti-
vité sporti ve des vendeurs construit une « communauté» entre l'entreprise,
le vendeur et le client. L'engagement sportif participe alors largement à la
régulation des relations de travail. Ce qui peut apparaître comme la cons-
truction d'une norme de recrutement favorisant l'intérêt au travail peut
aussi être analysé d'un point de vue rationnel et utilitaire pour feutrer les
relations professionnelles; si d'aucuns y voient un bénéfice de type ga-
gnant-gagnant, les auteurs en doutent, affirmant que le système normatif
s'impose aux salariés qui s'acculturent aux règles de l'entreprise plus
qu'ils ne prennent intérêt au travail.
Les deux articles suivants portent sur des outils managériaux invisibles
ou cachés, ou ayant des effets non publiés. En traitant du New Public Ma-
nagement, Elvire Bomand montre comment ces nouveaux outils ne sont
pas du tout questionnés, y compris par ceux qui les subissent, car ils se dé-
veloppent au nom de la modernité. Certains d'entre eux conduisent à des
transformations radicales du sens de l'action: dans les PLIE (Plans locaux
pour l'insertion et l'emploi), il ne s'agit plus de construire un projet profes-
sionnel avec les intéressés, mais d'atteindre des objectifs de placement des
chômeurs. D'où des formations d'assistantes de vie qui ne correspondent
pas aux souhaits des intéressées, mais qui permettent d'obtenir les perfor-
mances attendues parce que le secteur d'emploi est en tension. Ce glis-
sement d'objectifs, à peine perceptible au début et parfaitement rationnel,
augmente les contraintes et transforme radicalement le sens du travail.
Pour Laurence Le Douarin, le renouvellement des pratiques managé-
riales prend appui sur la gestion du temps des salariés et sur les technolo-
gies. L'interpénétration des temps sociaux s'intensifie: le temps de travail
rémunéré, le temps de travail non rémunéré et les temps de loisirs et de
plaisirs ne sont plus dissociés. Grâce en particulier à l'informatique et aux
télécom, les préoccupations domestiques occupent une partie non négli-
geable du temps de travail: peu à peu, le domestique pousse aux arran-
gements avec le travail et les bornes bougent au gré des exigences, avec
de nouvelles tensions dans le travail et dans l'espace domestique autour
des possibles ou des impossibilités que le père ou la mère doivent justifier
face à l'autre. À l'opposé et par compensation, le travail envahit les temps
domestiques grâce aux technologies, bien souvent de façon inégalitaire iciMaturité des sciences du travail et approche plurielle 13
aussi. Et chacun de s'interroger sur l'interpénétration des temps comme
nouvelle forme de rationalisation du travail, en particulier intellectuel.
C'est bien parce que l'organisation des temps sociaux change, avec des
effets différenciés sur la valorisation symbolique des activités pour les in-
téressés eux-mêmes, que des sociologues, des historiens et des gestion-
naires sont conduits à re-penser leur approche des politiques managériales.
Les trois derniers articles de ce dossier questionnent l'action collective
et ses transformations dans des situations diversifiées: dans une chaîne de
téléyision privée en France, dans l'industrie automobile italienne et dans
des entreprises nationales en Chine.
Pour traiter d'un conflit à Canal Plus, Claude Didry adopte une position
résolument wébérienne au sens où « la sociologie se définit comme une
science qui se propose de comprendre par interprétation l'activité sociale
et par là d'expliquer causalement son déroulement et ses effets ». Au-delà
de la coproduction (syndicats et actionnaires) des modifications structu-
relles de la société et de l'entreprise, c'est le changement dans les procé-
dures qui retient l'attention: l'accord de méthode institue des consultations
ouvrant ce que l'auteur dénomme des délibérations conflictuelles. Il s'agit
d'éviter les conflits en les traitant en amont: la méthode l' emportera-t-elle
sur le fond? De nouvelles questions émergeront nécessairement ici.
Pour Giuliana Commisso, les syndicats de la Fiat à Melfi (Italie du
Sud) ayant été «normalisés », le management les a modelés selon ses pro-
pres besoins: ce n'est donc pas à proprement parler d'action collective
dont il s'agit mais plutôt de résistance dans le travail, au quotidien. Les
ouvriers et les ouvrières résistent avec leur corps, dans la mesure du pos-
sible, quelquefois jusqu'à l'usure: ils entrent en colère et en résistance
face aux contraintes du flux tendu. Les témoignages recueillis par l'auteur
sont poignants, y compris parce qu'ils mettent en exergue la construction
sociale de la subjectivité des travailleurs. C'est l'occasion pour Giuliana
Commisso de revenir sur le débat entre marxistes et foucaldiens dans la
Labour Process Theory anglo-saxonne: si les foucaldiens disposent de la
dimension constitutive et subjective de la résistance que les marxistes or-
thodoxes sous-estiment, ils finissent par perdre de vue la raison d'être de
la reproduction de la force de travail, à savoir l'exploitation capitaliste.
Quelle place reste-t-il à l'action collective dans la nouvelle Chine, avec
ses réformes du régime de propriété (quel doux euphémisme !) qui con-
fisquent la parole ouvrière au bénéfice des nouveaux managers ou affai-
ristes chinois? Le travail de terrain de Tang lun montre la détérioration
des conditions de vie des ouvriers dans une usine rachetée-revendue, mais
surtout souligne les pertes en capital symbolique des ouvriers durant les14 Jean-Pierre DURAND et Pierre ROLLE
deux dernières décennies. La résistance et l'action collective se déroulent
dans le cadre de bureaucraties omnipotentes qu'il faut vaincre pour récu-
pérer les biens de production. D'où cet appel au retour de la propriété pu-
blique qui leur garantissait hier les conditions de production et des revenus
stables. Alors, reviennent des interrogations qui n'ont plus guère cours ail-
leurs aujourd'hui, sur les rapports entre la société et l'État: qu'est-ce que
l'État?
Ces deux numéros de L'homme et la société sur le travail illustrent
assez bien la situation présente des sciences du travail en France: d'une
part, la puissance de recherche ne cesse d'augmenter avec la croissance du
nombre de jeunes chercheurs en particulier. D'autre part, ce phénomène
- qui n'a pas cours dans la plupart des pays voisins - conduit à la mul-
tiplication des objets de recherche et à leur très forte différenciation. Ain-
si, ce qui peut apparaître comme une fragmentation ou un éclatement du
champ Travail, voire une crise pour certains, doit être lu comme un formi-
dable développement en cours - en particulier si l'on compare avec les
années quatre-vingt-dix où il était difficile, voire impossible, de trouver
un candidat sur l'objet travail pour l'Université française.
Cette multiplication des recherches, des objets et des démarches ne
saurait conduire à exiger de re-penser le travail à partir d'un paradigme
unique, fut-il nouveau. Bien au contraire, c'est le foisonnement des débats
qu'il nous faut souhaiter en évitant deux écueils: l'innovation pour l'inno-
vation qui signifie trop souvent le camouflage des vieilles lunes dans des
enveloppes ou des formes nouvelles, avec des expressions ou une concep-
tualisation modernes voire post-modernes : telle est la tentation face au
marché des idées. Le second écueil réside dans la domination sans par-
tage d'un faisceau de paradigmes qui, d'une certaine manière, n'en font
qu'un et interdisent l'expression des autres. N'en sommes-nous pas là si
l'on regarde la tendance à l'uniformisation des objets et des démarches
dans les thèses, par exemple?
L'un des objectifs prioritaires des spécialistes du travail est de veiller
à la diversité des travaux scientifiques, en privilégiant les approches qui
ne s'enferment pas dans une seule ligne de recherche: pas de théorie sans
lien étroit au terrain, pas de travaux au niveau micro sans référence au
contexte ni de travaux macro négligeant l'autonomie des acteurs. Le déve-
loppement et la maturation des sciences du travail imposent de nouvelles
exigences de rigueur que nous ne saurions contourner.
Jean-Pierre DURAND et Pierre ROLLELa dévalorisation des services
« relationnels » dans les pratiques
et les conventions dominantes
Rarenee JANY -CA TRICE
Rares sont les analyses des marchés du travail qui interprètent les
transformations du système capitaliste par sa tertiarisation. Quand il est
évoqué, ce processus de mutation intersectorielle intervient le plus souvent
comme une mise en contextualisation. Les activités de services sont plus
rarement analysées en tant qu'objet. Quand les sociétés postindustrielles
sont envisagées sous l'angle de sociétés de services, ce sont souvent les
productions d'informations ou de connaissances qui sont généreusement
1, pour lesquelles les emplois hautement qualifiés d'ingé-mises en avant
nieurs, d'informaticiens ou de consultants, sont centraux. Moins fréquents
sont les travaux qui placent au centre de leur analyse les emplois de ser-
vices relationnels.
Or, projeter les modifications du capitalisme contemporain dans la
sphère de l'économie cognitive ou dans celle de l'économie relationnelle
n'a pas les mêmes vertus heuristiques. Poser la focale sur l'économie des
services relationnels, ce que nous souhaitons faire ici, invite à la fois à
s'intéresser à la question de qui porte les emplois de cette économie;
comment l'emploi et le travail y sont organisés; mais ils interrogent aussi
la valeur donnée à ces emplois et à leur produit.
Dans cet article, nous souhaitons montrer que la plupart des créations
d'emplois des deux dernières décennies l'ont été dans les métiers du ter-
tiaire féminin, aux caractéristiques bien particulières, qui renvoient assez
bien aux modèles de domesticité tels qu'ils ont été développés par André
1. Manuel CASTELLS, L'Ère de l'Information, vol. l : « La société en réseaux », Fayard,
1998.
L' homme et la société, n° 163-164, janvier-juin 200716 Florence JANY-CATRICE
Gorz 2. Dans ces modèles, en effet, « être au service de » renvoie à la dé-
pendance d'un maître et de son domestique, dont les conséquences vont
au-delà du rapport classique de subordination du contrat de travail. Les
«métamorphoses du Travail» et le regain annoncé de la « société de servi-
teurs» créent des conditions de servitude pour une partie des classes so-
ciales au travail: chez les salariés de services à la personne, nos travaux
empiriques montrent que les servitudes prennent de nouvelles formes: au
travers de la qualité des relations de travail, par une forte disponibilité tem-
porelle, mais aussi par le développement de relations contractuelles de
plus en plus individualisées.
Toutes les conditions sont alors réunies pour donner ainsi aux transfor-
mations sectorielles qui se poursuivent, un caractère de servitude sexuée.
La première partie de cet article présente les principales transforma-
tions de l'emploi en insistant sur les conditions d'emploi et de travail d'une
catégorie d'emplois en forte progression: les peu qualifiés du tertiaire.
C'est ici une dévalorisation pratique des métiers relationnels qui est cons-
tatée. La seconde partie propose une interprétation de la faible valorisation
(sociale, économique) de ces emplois à forte intensité relationnelle. Ce
qui est ici suggéré est que cette dévalorisation résulte de la conjonction de
facteurs institutionnels et conventionnels: politiques publiques, conven-
tions comptables et mécanismes quasi cognitifs d'invisibilité des compé-
tences mobilisées.
Les éléments empiriques que nous utilisons dans le cadre de cet article
sont issus, pour l'essentiel, d'une recherche réalisée pour la DARES entre
2001 et 2003, au cours de laquelle de nombreux entretiens avaient été réa-
lisés auprès de salariés non qualifiés des services (hôtellerie, restauration,
commerce de détail, aide à domicile), d'employeurs et de syndicats 3.
I. Les emplois de services:
de plus en plus d'emplois «faiblement qualifiés»
I. 1 État des lieux quantitatif
Les transformations de l'emploi en France sont caractérisées par un
double mouvement: d'une part, une baisse continue des ouvriers non qua-
lifiés, qui aboutit à ce que dès le début des années quatre-vingt-dix, la
2. André GORZ,Métamorphoses du travait, Quête du sens, critique de la raison éco-
nomique, éd. Galilée, coll. «Débats »,1991,303 p.
3. Nicole GADREY,Florence JANY -CATRICEet Martine PERNOD,« Les enjeux de la
qualification des employés. Conditions de travail et compétences des" non qualifiés" »,
Rapport pour le ministère de l'Emploi et de la Solidarité - DARES, juin 2003, 230 p.La dévalorisation des services « relationnels »... 17
majorité des non qualifiés sont employés et non plus ouvriers. Le second
mouvement identifie une progression importante de la non-qualification
depuis le milieu des années quatre-vingt-dix. Construite, certes, à partir de
classifications des emplois pouvant être discutées (voir encadré 1), cette
4.croissance marquée est peu sensible aux choix de nomenclatures
Encadré 1 Les non qualifiés du tertiaire
Dans les grandes enquêtes statistiques, c'est le salaire et le diplôme qui sont le
plus souvent utilisés comme mesure de la qualification. On manque en effet d'élé-
ments concernant la mise en œuvre par les salariés des savoirs et des savoir-faire
dans une situation de travail bien délimitée. Un tel choix ne pose pas de problème
majeur tant que les trois dimensions de la qualification (individuelle, salariale, de
5 indiquent quel'emploi) sont fortement corrélées. Guillaume Burnod et Alain Chenu
« l'identification du travail qualifié est aisée lorsqu'il y a congruence entre les trois
sommets du triangle de la qualification », c'est-à-dire quand un salarié, doté de titres
reconnus, ou d'une expérience équivalente, exerce des fonctions spécifiques moyen-
nant un salaire explicitement en rapport avec ses titres et fonctions. Or, la recompo-
sition des emplois non qualifiés multiplie le nombre de professions et de secteurs
d'activité où se manifeste une discordance croissante entre les trois pôles du triangle
6,de la qualification en particulier pour les employés du secteur tertiaire. Les déca-
lages peuvent être importants entre le niveau de formation initiale et le montant des
rémunérations en particulier. dans le secteur du commerce, mais aussi entre les com-
pétences requises dans les situations de travail et le niveau des salaires 7.
Sur la dernière décennie, l'augmentation de près de 25 % des non qua-
lifiés en France résulte quasi exclusivement d'une explosion des employés
non qualifiés (+35 %), soit une croissance de près de 900000 emplois 8.
En 2004, 5,7 millions d'emplois sont faiblement qualifiés. Les deux tiers
d'entre eux sont des emplois d'employés.
4. Islem GAFSI, Yannick L'HORTY et Ferhat MIHOUBI, « Allègement du coût du travail
et emploi peu qualifié: une réévaluation », in Dominique MEDA et Francis VENNAT (dirs.),
Le travail non qualifié. Permanence et paradoxes, éd. La Découverte, coll. «Recherches »,
2004, 425 p.
5. Guillaume BURNOD et Alain CHENU, « Employés qualifiés et non qualifiés: une
proposition d'aménagement de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles »,
86, DARES, Avri12001.Travail et Emploi, n°
6. José ROSE, «Travail sans qualité, ou travail réputé non qualifié? », in Dominique
MEDA et Francis VENNAT (éds), Le Travail non qualifié, permanences et paradoxes, op.
cit.
7. Nicole GADREY, Rorence JANY -CATRICE et Martine PERNOD, « En 2002, près des
deux tiers des non qualifies sont des employés», Premières Informations Premières
Synthèses, DARES, 2004, n° 49-1.
8. La forte hausse des années 2002-2004 peut résulter de plusieurs facteurs cumu-
latifs: changement de nomenclature des professions (en 2003), changement de collecte de
l'information dans l'enquête emploi (en continue depuis 2003), ne facilitant pas les com-
paraisons diachroniques.18 Florence JANY-CATRICE
Graphique 1
Evolution de la non qualification des actifs occupés en France:
1984-2004
160
150
140
130
120
110
100
90
80
70
60
50
1994 1999 20041984 1989
source: Enquêtes Emploi
Source: Enquêtes emploi, Insee; traitements personnels
Le passage d'une prédominance des ouvriers non qualifiés à celle des
employés s'accompagne de mutations profondes 9: les employés non qua-
lifiés (ENQ) sont très majoritairement des femmes (près de 80 % d'entre
eux en 2004), ce qui n'a jamais été le cas des ouvriers non qualifiés; les
employés non qualifiés sont concentrés pour près des trois quarts (71 %)
dans seulement quatre secteurs d'activité: commerce, hôtels et restaurant,
services à la personne, santé et action sociale. Dans ces secteurs, la non-
qualification est d'ailleurs essentiellement le fait des femmes: 63 % des
non qualifiés de l'hôtellerie-restauration sont des femmes, mais aussi (et
surtout) 96 % des non qualifiés des services personnels et domestiques:
non-qualification tertiaire se conjugue donc très nettement au féminin. Les
métiers concrets dont il est question sont, de plus, réalisés très majoritaire-
ment en interface avec les clients ou les usagers et, en conséquence, carac-
térisent une part croissante de ces économies tertiaires.
9. Nicole GADREY, Florence JANY-CATRICE et Martine Pemod, « Emplois non qua-
lifiés féminins et égalité professionnelle », in colloque CLERSE, « Égalité professionnelle
hommes-femmes», 23-24 novembre 2006 :
http://\v\v\V .univ-
lilIe 1.[riclerse/ site clerse/pages/ A ctuali tesEtColI oquesfT ravai IEmpI oi Fonnati on/fr/pdf/Ga
drey Jany PerIlod VF%2002JM.pdfLa dévalorisation des services « relationnels »... 19
Il n'est donc pas désuet d'étudier cette nouvelle «figure» en raison à
la fois de cette progression passée, mais également parce qu'elle se situe
au cœur des nouvelles politiques d'emploi, familiale et sociale réunies
(loi de cohésion sociale d'avril 2006), comme si les transformations du
régime d'emploi du capitalisme post-fordien se fondaient sur l'apogée de
cette catégorie de salariés. Au-delà des justifications quantitatives, ce sont
évidemment les interrogations qu'elle suscite en termes de conditions de
travail et d'emploi, et, en filigrane, d'inégalités, qui nous préoccuperont
dans ce qui suit: quelles sont les conditions de travail de ces emplois de
services à la personne? Comment les situer par rapport à celles des ou-
vriers ?
1.2 Conditions d'emploi et de travail des employés non qualifiés
Lorsqu'ils prennent le temps de ne pas masquer l'hétérogénéité de l'ar-
10,chipel des employés les travaux qui portent sur les niveaux de salaires
des employés non qualifiés montrent que ces derniers ont des rémuné-
rations très faibles, au regard de toutes les autres catégories d'emplois, y
compris au regard des ouvriers non qualifiés, alors même que la part des
diplômés y est relativement élevée et que les compétences mobilisées au
travail sont loin d'être négligeables. Les employés non qualifiés bénéfi-
cient-ils, alors, de conditions de travail relativement favorables, permettant
de « compenser» en partie leurs mauvaises rémunérations?
Dans un contexte de transformation du marché du travail et de ter-
tiarisation, la comparaison des conditions de travail des ouvriers et des
employés non qualifiés est éclairante. Chez les ouvriers, les tâches rou-
tinières, la séparation de la conception et de l'exécution et le contrôle
permanent de la hiérarchie caractérisent des situations fréquemment rele-
vées. Les conditions de travail, en particulier l'intensité, la pénibilité et
l'environnement de travail, y sont dures mais certaines formes de recon-
naissance existent. Ainsi, pendant la période des Trente Glorieuses, les
mauvaises conditions de travail des ouvriers ont été progressivement
compensées, au moins en partie, par un positionnement plus élevé dans
les grilles de classification grâce au jeu des négociations et des rapports
de force. C'est ce que l'on retrouve dans les données: les conditions de
travail semblent, à leur lecture, plus difficiles pour les ouvriers qualifiés
que pour les ouvriers non qualifiés (voir tableau 1 infra).
Chez les employés non qualifiés, ce sont surtout la disponibilité tem-
porelle et les relations de travail qui sont au cœur de la question des
10. Alain CHENU, Sociologie des employés, La Découverte, coll. « Repères »,2005.20 Florence JANY-CATRICE
conditions de travail, en particulier pour les employés de services qui sont
Il. Or, ces dimensionsen contact direct avec des clients ou des usagers
des conditions de travail sont plus rarement présentées comme des « indi-
cateurs» de pénibilité au travail, souvent par manque d'objectivation. De
plus, les formes de compensation des mauvaises conditions de travail chez
les employés n'interviennent pas - ou plus - dans l'appréhension et la
mesure de la qualification: les conditions de travail sont comparables pour
les employés qualifiés et non qualifiés, et même généralement plus mau-
vaises pour ces derniers.
Encadré2 Éléments méthodologiques
-Notre approche des conditions de travail s'est appuyée sur deux types de
matériaux: une exploitation secondaire des données de l'enquête « Conditions de
travail» de 1998, et une enquête qualitative auprès de trois branches du secteur
tertiaire qui recourent le plus au travail non qualifié. Ces trois (commerce
de détail, hôtellerie-restauration, services personnels et domestiques) regroupent
des services où les contacts avec le public sont une caractéristique essentielle, mais
insuffisamment étudiée, des conditions de travail.
Les dimensions retenues pour l'étude des conditions de travail sont construites
à partir d'une démarche inductive utilisant les entretiens recueillis dans l'enquête
qualitative. Elles ne coïncident donc que partiellement avec les classements usuels,
souvent fondés sur des représentations industrialistes des conditions de travail.
- Les indicateurs synthétiques sont une moyenne non pondérée des principales
variables de mesure disponibles sur une dimension.
La forme de chaque indice est la suivante:
n
ISj = aiCi
~
Où ISj est l'indicateur synthétique de la dimension j des conditions de travail
Ci est le composant i de la dimension
ai le poids attribué à chaque composant de l'indice synthétique
et n =le nombre de composants de chaque dimension de l'indice des condi-
tions de travail. Ce nombre est compris, en fonction des questions disponibles
12.dans l'enquête, entre 9 et 22
Au total, 69 questions de l'enquête ont été traitées et regroupées sous quatre
dimensions: environnement du travail, relations de travail, intensité du travail,
disponibilité temporelle, pour former quatre indicateurs synthétiques. Variant de 0
à 100, plus la valeur de l'indicateur synthétique s'approche de 100, plus les con-
ditions de travail sont considérées comme mauvaises du point de vue des salariés.
Il. Nicole GUIGNON et Sylvie HAMON-CHOLET, «Au contact avec le public, des con-
ditions de travail particulières », Premières Informations et Premières Synthèses, na 09/3,
DARES, février 2003.
12. Nicole GADREY,Florence JANY-CATRICE et Martine PERNOD,juin 2003, op. cit.,
p. 39-40.La dévalorisation des services « relationnels »... 21
Tableau 1
Conditions de travail des employés et ouvriers qualifiés et non qualifiés
Indicateurs synthétiques
Différence Différence
EQ ENQ OQ ONQTous secteurs Ensemble
ENQ-EQ ONQ-OQ
Environnement
15 18 36 313 -5 22
du travail
Relations de
36 38 2 29 23 35-6
travail
Intensité du
25 24 36 33 27-1 -3
travail
Disponibilité
2930 32 2 30 -1 33
temporelle
Lecture des données: l'indicateur synthétique de l'environnement de travail
pour les employés qualifiés est de 15, sur une échelle variant de 0 à 100. Plus la
valeur de l'indice s'approche de 100, plus les conditions de travail sont considé-
rées comme mauvaises du point de vue des salariés. Les données sont issues de
la dernière enquête « Conditions de travail» disponible (1998).
Source: Nicole Gadrey, Florence Jany-Catrice et Martine Pernod (2003)
Reprenons chacune de ces dimensions
- L'intensité physique et la pénibilité qui l'accompagne sont des notions
13.complexes délicates à définir et mesurer Le lien entre l'intensité du tra-
vail et la dégradation des conditions de travail n'est d'ailleurs pas systé-
matique, mais les catégories peu qualifiées n'ont pas nécessairement les
ressources nécessaires pour faire face à cette intensité en y «trouvant du
14plaisir ». Au contraire, les situations fréquentes de travail dans l'urgence
(restauration rapide), ou dans des situations où autonomie et incertitude
sont intimement mêlées (aide à domicile, vente, etc.) obligent les salariés
à « construire eux-mêmes de bons compromis entre exigences de la pro-
15
duction et préservation de leur santé ». Cette gestion très individuelle des
conditions de travail est d'ailleurs un frein à l'expression et la reconnais-
sance de la souffrance au travail.
13. Damien CARTRON et Michel GOLLAC, « Intensité et conditions de travail », in
Quatre Pages, Centre d'Études de l'Emploi, n° 58, juillet 2003.
14. Christian BAUDELqT et Michel GOLLAC, Travailler pour être heureux? Le bon-
heur et le travail en France, éd. Fayard, 2002.
15. Damien CARTRON et Michel GOLLAC, op. cit., p. 2.22 Florence JANY-CATRICE
Dans les activités de service étudiées, plusieurs formes d'intensité au
travail ont été distinguées: intensité de type industriel (rencontrée dans le
cas de la restauration rapide et contrôlée par des ratios de productivité in-
dustrielle) ; intensité par polyvalence (notamment par polyvalence appau-
vrissante des tâches) ; intensité par réduction des temps morts, par gestion
de l'urgence et la charge mentale qui l'accompagne (rencontrée plus parti-
culièrement chez les aides à domicile et dans I'hôtellerie-restauration). La
pénibilité physique n'a pas disparu de ces emplois tertiaires: liée à la
manutention des objets, parfois lourds, elle est évoquée par les employés
libre-service mais également par les hôtesses de caisse, ou encore les aides
à domicile et les agents de service des hôpitaux. Dans I'hôtellerie-restau-
ration, ce sont plutôt des pénibilités liées à la posture qui sont mises en
avant.
L'analyse empirique montre enfin que c'est lorsque les «discordances»
entre les trois pôles de la qualification (diplôme, poste, rémunération) sont
les plus fortes que la souffrance au travail est exacerbée:
« le niveau de qualification, de fonnation, n'est, en règle générale, pas suffisant
par rapport aux aspirations. La souffrance commence quand l'évolution de ce rap-
16port est bloquée. »
- L'environnement physique du travail regroupe des inconvénients liés
à la saleté, au bruit, aux conditions d'hygiène, etc., ou à des problèmes
de sécurité physique: risques de chutes, de brûlures, de respiration de fu-
mées, etc. Bien que de nature industrielle, ce type de contexte se retrouve
17.fréquemment dans des environnements ou métiers tertiaires Dans les en-
tretiens réalisés, tous ces risques sont évoqués: les salariés expriment la
dureté liée à la fois au grand froid, par des passages fréquents à l'extérieur
dans des tenues vestimentaires imposées et inappropriées, aux fortes cha-
leurs dans le cas d'un service prolongé devant un grill, mais aussi à la
saleté dans toutes ses composantes. La pénibilité liée aux conditions d'hy-
giène, renvoyant aux difficultés rencontrées devant le nettoyage des toi-
lettes publiques, exemple récurrent dans le discours de nombreux salariés
du tertiaire, relève autant de dimensions physiques que morales. Mais
l'étude empirique que nous avons menée a conduit à ce qu'une notion
plus élargie que celle de l'environnement physique soit mobilisée, afin de
mieux tenir compte des environnements tertiaires: les employés non qua-
16. ChristopheDEJoURS, Travail, usure mentale, essai de psychopathologie du Travail,
éd. Bayard, 2000.
17. Michel CEZARD et Sylvie HAMON-CHOLET, «Travail et charge mentale », Pre-
mières Informations Premières Synthèses, 1999,99 - n° 27.1, DARES.La dévalorisation des services « relationnels »... 23
lifiés font ainsi référence à des situations d'exposition permanente au
public, sans possibilité de s'isoler ne serait-ce qu'un instant.
- Les relations de travail constituent la troisième dimension des con-
ditions de travail. Ces relations de travail sont complexes et ambivalentes.
Dans une économie où 70 % des emplois sont dans le secteur tertiaire, le
« rapport aux autres» change de nature. Il ne s'agit plus uniquement de
percevoir le rapport à la hiérarchie et aux pairs, mais aussi de gérer le
rapport au public et la « relation de service ». La part des emplois en rela-
tion directe avec la clientèle ne cesse d'ailleurs de croître, y compris chez
les non qualifiés: 81 % des employés non qualifiés affirment être en con-
18.tact direct avec le public Cette relation de service peut, dans certains
cas, être source de satisfaction et «valorisante» comme le soulignent
19,Christian Baudelot et Michel Gollac mais elle engendre également de
fortes contraintes et servitudes, en particulier chez les ENQ.
Dans leurs relations de service avec les clients, les cadences adoptées
relèvent davantage des exigences du public et sont entretenues par l'ingé-
nierie des employeurs (selon des logiques de «juste à temps» décrites par
20).Jean-Pierre Durand Mais les relations de travail (avec les pairs ou la
hiérarchie) sont également un facteur essentiel dans la structuration ou au
contraire la déstructuration du sentiment de pénibilité au travail. Tellement
structurant qu'il en devient constitutif.
« Le travail peut être aussi valorisé à travers la résistance à son exploitation, à
la souffrance qu'il cause: c'est" l'ambiance ", le fait de "rigoler avec les
.
copains", le vol d'un instant de temps libre, qui font supporter les conditions de
21
»travail industriel, et qui, du même coup, y attachent.
Ce «moteur de l'engagement au travail» peut aussi, à l'inverse, se
révéler extrêmement destructeur quand les relations de travail sont mau-
vaises ou inexistantes, conduisant, dans le premier cas, à des humiliations
18. Soit 5 points de plus qu'en 1998, selon la dernière enquête Insee sur les conditions
de travail (2005).
19. «La source la plus fréquente de plaisir au travail provient du contact, de la
rencontre ou de la relation à autrui », in Christian BAUDELOT et Michel GOLLAC, 2002, op.
cit., p. 171.
20. Jean-Pierre DURAND,La chaîne invisible: travailler aujourd'hui: flux tendu et
servitude volontaire, Seuil, coll. « Économie humaine », 2004, 386 p.
21. Michel GOLLACet Serge VOLKOFF, Les conditions de travail, éd. La Découverte,
coll. « Repères », 2000, p. 37.24 Florence JANY-CATRICE
douloureuses (rencontrées en restauration), et dans le second, à des senti-
ments d'isolement tout aussi pénibles (cas rencontrés chez les aides à do-
22.micile et dans le commerce de détail)
- La disponibilité temporelle.
Dans les secteurs fortement féminisés, la question de la disponibilité
temporelle est centrale pour les employés non qualifiés, en particulier pour
ceux qui travaillent à temps partiel. Ce sont, dans les métiers non qualifiés
observés, les salariés à temps partiel qui subissent les formes les plus con-
traignantes de cette disponibilité temporelle.
D'abord parce que le travail à temps partiel est souvent, chez les ENQ,
un « emploi partiel» à l'initiative des employeurs, pour reprendre la dis-
23.tinction élaborée par Margaret Maruani et Emmanuelle Reynaud Les
contraintes liées à cette disponibilité temporelle sont fortement présentes
dans I'hôtellerie-restauration où la flexibilité des temps est contractua-
24,lisée mais plus encore dans le commercede détail où le temps partiel et
plus généralement les horaires « définissent» l' individu. Il n'est pas rare
d'entendre un responsable des ressources humaines indiquer qu'il recrute
des « temps partiels courts », ou encore des « 28 heures ».
Ensuite, parce que la flexibilité des temps se traduit par des horaires
décalés, des coupures et une imprévisibilité fréquente des emplois du
25.temps Qu'il s'agisse de disponibilité potentielle, de travail morcelé,
d'imprévisibilité extrême, de travail non rémunéré, voire de temps non
rémunéré et bénévolat, la temporelle sert, pour les employés
en contact direct avec le public comme pour leurs employeurs, d'indi-
cateur de l'implication, de la motivation au travail, du « dévouement» éga-
lement. Au fond, dans les discours comme dans les pratiques, flexibilité,
26.disponibilitéet dévouementfinissentpar s'imbriquerintimement La dis-
22. «Lors de la conception du questionnaire, nous avions sous-estimé la solitude
comme facteur d'insatisfaction au travail », in Christian BAUDELOT et Michel GOLLAC,
2002, op. cit., p. 79.
23. Margaret MARUANI et Emmanuelle REYNAUD, Sociologie de l'emploi, La Décou-
verte, 1993.
24. Christian BESSY,« La diversité des contrats de travail », in La qualité de l'emploi,
éd. La Découverte, coll. « Repères », 2006.
25. Nicole GADREY, Florence JANY-CATRICE et Martine PERNOD, «The working con-
ditions of blue-collar and white collar workers in France compared: a question of time »,
in Jean-Yves BOULIN, Michel LALLEMENT, John MESSENGER et François MICHON (eds.),
Decent working time, new trends, new issues, ILü, Geneva, 2006.
26. Dans une recherche portant sur les recrutements de facteurs à La Poste, Marie
Cartier fait des constats très convergents: cf. Marie CARTIER, « Nouvelles exigences dans
les emplois d'exécution des services publics », Genèses, n° 42, mars 2001, p. 72- 91.