Les Temps Modernes N° 664 N° 664

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Soulèvements arabes :
Laurent Jeanpierre - Patrice Maniglier, Avant-propos [à 'Soulèvements arabes']
Choukri Hmed, 'Si le peuple un jour aspire à vivre, le destin se doit de répondre' : Apprendre à devenir révolutionnaire en Tunisie
Antoine Hatzenberger, L'hiver à Tunis et le printemps
Sylvie Camet, Journal de la Tunisie en révolte. Sousse, janvier 2011
Assia Boutaleb, L'enjeu égyptien : protestataires, opposants et ruse de la raison autoritaire
Claire-Gabrielle Talon, Al Jazeera, objet médiatique original. Une critique des normes journalistiques occidentales
Laurent Jeanpierre, Points d'inflexion des révoltes arabes
Claude Lanzmann, Lybie, la pensée arrêtée
Patrice Maniglier, Un autre savoir est possible
Emmanuel Levinas :
T. M., Emmanuel Levinas
Alain David, Levinas et la phénoménologie. L'enjeu de la sainteté
Jacob Rogozinski, De la caresse à la blessure. Outrance de Levinas
Gérard Bensussan, Sartre, Levinas et les juifs. Phénoménologie de l'antisémitisme et ontologie du judaïsme
Joëlle Hansel, Éthique et enseignement : la figure du maître dans Totalité et Infini
Joseph Cohen - Stéphane Habib - Raphael Zagury-Orly, Emmanuel Levinas : la métaphysique radicale
Chroniques :
François Matheron - Yoshihiko Ichida, Althusser, un 'typapart', une bibliothèque à part?
Anaïs Frantz, Lignes d'écriture et points de vie : de la consolation
Jean-Michel Frodon, La trace, l'archive, l'imaginaire
Robert Redeker, Or Hachem ou Le livre-monde du judaïsme espagnol
Micheline B. Servin, De Corée et d'ailleurs, bonne âme et Célestine
Publié le : mercredi 28 janvier 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072443152
Nombre de pages : 272
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Les Temps Modernes
n° 664, 2011/3

Soulèvements arabes / Emmanuel Levinas

Table des matières

  • Soulèvements arabes
    • Avant-propos(Laurent Jeanpierre et Patrice Maniglier)
    • « Si le peuple un jour aspire à vivre, le destin se doit de répondre   ». Apprendre à devenir révolutionnaire en Tunisie(Choukri Hmed)
      • La socialisation par l’événement
      • Redéfinition des frontières du politique
    • L’hiver à Tunis et le printemps(Antoine Hatzenberger)
    • Journal de la Tunisie en révolte(Sylvie Camet)
    • L’enjeu égyptien : protestataires, opposants et ruse de la raison autoritaire(Assia Boutaleb)
    • Al Jazeera, objet médiatique original(Claire-Gabrielle Talon)
    • Points d’inflexion des révoltes arabes(Laurent Jeanpierre)
    • Libye, la pensée arrêtée(Claude Lanzmann)
    • Un autre savoir est possible(Patrice Maniglier)
  • Emmanuel Levinas
    • Emmanuel Levinas(T. M.)
    • Levinas et la phénoménologie(Alain David)
    • De la caresse à la blessure outrance de Levinas(Jacob Rogozinski)
    • Sartre, Levinas et les juifs(Gérard Bensussan)
    • Éthique et enseignement : la figure du maître dans Totalité et Infini(Joëlle Hansel)
      • Transcendance et enseignement
      • L’infini et le sacré
      • L’enseignement comme « accueil » d’autrui
      • Enseignement et transmission
    • Emmanuel Levinas : la métaphysique radicale(Joseph Cohen, Stéphane Habib et Raphael Zagury-Orly)
  • Chroniques
    • Althusser, un « typapart » une bibliothèque à part ?  (François Matheron et Yoshihiko Ichida)
    • Lignes d’écriture et points de vie : de la consolation(Anaïs Frantz)
      • Un « dire inqualifiable »
      • Une phrase inachevable
      • Une mémoire vive
    • La trace, l’archive, l’imaginaire(Jean-Michel Frodon)
    • Or Hachem, ou le livre-monde du judaïsme espagnol  (Robert Redeker)
    • De Corée et d’ailleurs, bonne âme et Célestine(Micheline B. Servin)

Soulèvements arabes

Avant-propos

Laurent Jeanpierre
Patrice Maniglier

Au Dictionnaire des idées reçues, il faudrait ajouter la ligne suivante : « Révolution : on l’attend longtemps, mais elle surprend toujours. » Devant l’irruption soudaine de la contestation partie de Tunisie, et plus encore devant son efficacité inattendue, on s’étonne de s’étonner : « Comment ne l’avions-nous pas prévue ? Comment avons-nous pu nous laisser ainsi endormir » ? Cette réaction est sans doute inévitable. Mais, au regard de l’événement révolutionnaire, elle ne représente qu’une lapalissade : le propre d’une révolution est précisément de ne pas être prévue, sans quoi elle ne serait pas une révolution, et sans doute, d’ailleurs, n’aboutirait jamais, car ceux qui la craignent sauraient l’éviter à temps. Certes, cette tautologie est aussi profonde que celle qui rendit célèbre le bon Monsieur de La Palice. Elle dit le défi que l’événement révolutionnaire représente pour le savoir. Comment, en effet, produire une connaissance sur ce type d’événement, sans en émousser précisément la pointe paradoxale ? Comment même en parler, comment en donner une certaine intelligence, s’il se dérobe à toute explication ? Comment se tenir à égale distance entre, d’un côté, le regard blasé qui arase les grandes ruptures historiques, rétablit toujours des continuités secrètes et nous fait croire que tout était déjà là et, de l’autre, le regard enchanté qui crie au miracle et parfois sombre activement dans l’obscurantisme, c’est-à-dire dans le refus du savoir ? Peut-on risquer une vérité sur ces situations, une vérité qui soit aussi instable, presque aussi événementielle, que ce sur quoi elle porte ? Tel est l’enjeu des quelques textes qui suivent.

Ils n’ont pas l’ambition de « faire le point » sur les « révolutions arabes ». Cela exigerait d’abord d’être sûr qu’il s’agit bien de révolutions, ensuite que ces révolutions sont arabes, par ailleurs qu’on peut être exhaustif en la matière, faire le tour du processus en cours, enfin qu’il y a un intérêt à prendre une vue de surplomb sur de telles situations. Les articles ici réunis ne partagent aucun de ces présupposés. Leur ambition est plutôt de problématiser l’événement, de mettre l’accent sur les incertitudes de la situation, avant que celle-ci ne provoque un changement de régime ou bien après que les dirigeants ont quitté leurs positions de pouvoir. Au lieu de passer d’une certitude (les sociétés arabes sont des sociétés figées) à une autre (les sociétés arabes sont entrées en révolution), tous ont la vertu de mettre en doute le langage des causes, la réduction des événements à des facteurs qui leur préexisteraient et à autonomiser la dynamique intrinsèque des conjonctures de crise politique. Chaque processus révolutionnaire a sa logique propre, et c’est bien ainsi que la pensée peut se tenir à la mesure de ce type d’objet. Il ne s’agit pas là d’un scepticisme de délicats, mais au contraire d’une manière de saluer ceux qui, par leur courage, leur inventivité, leur solidarité, ont su introduire de l’incertitude dans le présent et rouvrir l’histoire. Ne pas la laisser se refermer, tel est notre devoir et nous ne pouvons, au lieu où nous sommes, mieux l’accomplir qu’en prenant la mesure de la nouveauté.

Une question, plus particulièrement, traverse ces textes : révoltes ou révolutions ? On connaît la légende : Louis XVI au soir de la prise de la Bastille interroge le duc de Liancourt venu l’informer des événements : « C’est donc une révolte ? » demande-t-il, et le duc de répondre : « Non, Sire, c’est une Révolution. » Il est facile, rétrospectivement, de trouver le duc visionnaire et le roi ridicule. Mais le fait est qu’une révolution, précisément parce qu’elle est une révolution, se laisse difficilement reconnaître, c’est-à-dire réduire à du connu. L’incertitude sur le statut même de l’événement est un trait caractéristique de la situation révolutionnaire : celle-ci est faite d’avancées brusques, de secousses, de points de rebroussement, d’inflexion, de précipitation. On retrouve ce trait dans les événements qui ont conduit au renversement de Ben Ali en Tunisie, de Moubarak en Egypte, à la guerre civile en Libye et se continuent au Yémen, à Bahreïn, en Syrie et ailleurs. Révoltes ou révolutions ? Le diagnostic n’est pas clair. On est ici d’autant plus démuni pour répondre à cette question qu’on est généralement très ignorant des contextes nationaux. Quel est le rôle joué par l’armée en Egypte ? S’agit-il vraiment d’un renversement de régime ou bien d’une ruse de la raison autoritaire ? Les nouvelles technologies ont-elles eu un rôle décisif dans la structuration de la contestation ? Comment expliquer l’étrange position de la chaîne de télévision Al Jazeera dans ces événements ? De telles questions nous introduisent à la temporalité ouverte caractéristique des situations révolutionnaires. Elles appellent à la vigilance, braquent le regard sur les points de plus grande instabilité de la situation. Ce sont ces questions, notamment, qui sont abordées ici.

On nous a dit que le temps des révolutions était lui-même révolu, que le mot « Révolution » était un mot du XIXe siècle, aussi démodé que les fiacres et la machine à vapeur, que les générations qui ont aujourd’hui moins de cinquante, voire de soixante ans, n’ont aucune idée de l’expérience révolutionnaire. Pourtant, dès qu’on abandonne l’eurocentrisme, on s’aperçoit que la fréquence des ruptures politiques et des processus révolutionnaires est très grande depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces vingt dernières années, nous avons assisté à au moins deux grandes vagues de renversements politiques : celle des Etats sous domination soviétique à la fin des années 1980, puis celle des pays arabes aujourd’hui, à quoi il faudrait ajouter plusieurs changements de régime en Amérique latine. Certes, tous ces processus ne ressemblent pas à ceux qui ont contribué à forger le concept de révolution. C’est peut-être que les formes de la rupture historique elles-mêmes se modifient. Nous ne savons pas à quoi ressembleront les révolutions de l’avenir. Mais nous pouvons et même devons mettre nos idées reçues sur la révolution à l’épreuve des événements qui se déroulent aujourd’hui. Apprendre du présent, telle est la vigilance à laquelle les textes qu’on va lire nous invitent.

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