Les territoires productifs en question(s)

Le renouveau des politiques de développement local coïncide paradoxalement avec l’internationalisation des entreprises et des économies. Le débat actuel sur les politiques de pôles de compétitivité incarne cette recherche de modèles territoriaux susceptibles d’agglomérer des ressources productives et de construire un potentiel local d’innovation technologique. Toutefois, ce débat ne doit pas occulter la complexité et la singularité de la territorialisation des activités productives. Les trajectoires croisées de territoires productifs émergents et de territoires productifs en crise en témoignent. Les études réunies dans Les territoires productifs en question(s). Transformations occidentales et situations maghrébines s’attachent à questionner la permanence et la transférabilité des modèles territoriaux à la lumière d’une approche pluridisciplinaire. Leur contextualisation historique et institutionnelle conduit ainsi à relativiser toute vision normative du développement local. Cette orientation méthodologique est adoptée pour spécifier des logiques territoriales dans le contexte maghrébin.


Publié le : jeudi 18 décembre 2014
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EAN13 : 9782821850507
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Les territoires productifs en question(s)

Transformations occidentales et situations maghrébines

Mihoub Mezouaghi (dir.)
  • Éditeur : Institut de recherche sur le Maghreb contemporain
  • Année d'édition : 2006
  • Date de mise en ligne : 18 décembre 2014
  • Collection : Maghreb et sciences sociales
  • ISBN électronique : 9782821850507

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http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • ISBN : 9782706819902
  • Nombre de pages : 267
 
Référence électronique

MEZOUAGHI, Mihoub (dir.). Les territoires productifs en question(s) : Transformations occidentales et situations maghrébines. Nouvelle édition [en ligne]. Rabat : Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, 2006 (généré le 04 novembre 2015). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/irmc/657>. ISBN : 9782821850507.

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Le renouveau des politiques de développement local coïncide paradoxalement avec l’internationalisation des entreprises et des économies. Le débat actuel sur les politiques de pôles de compétitivité incarne cette recherche de modèles territoriaux susceptibles d’agglomérer des ressources productives et de construire un potentiel local d’innovation technologique. Toutefois, ce débat ne doit pas occulter la complexité et la singularité de la territorialisation des activités productives. Les trajectoires croisées de territoires productifs émergents et de territoires productifs en crise en témoignent. Les études réunies dans Les territoires productifs en question(s). Transformations occidentales et situations maghrébines s’attachent à questionner la permanence et la transférabilité des modèles territoriaux à la lumière d’une approche pluridisciplinaire. Leur contextualisation historique et institutionnelle conduit ainsi à relativiser toute vision normative du développement local. Cette orientation méthodologique est adoptée pour spécifier des logiques territoriales dans le contexte maghrébin.

Sommaire
  1. Liste des auteurs

  2. Éditorial. Les nouvelles figures du territoire

    Pierre Robert Baduel
  3. Les territoires productifs en question(s). Transformations occidentales et situations maghrébines

    1. La problématique des territoires productifs et son application au Maghreb

      Introduction

      Mihoub Mezouaghi
      1. Conceptualiser les territoires productifs
      2. La recherche de figures de développement local au Maghreb
    2. L’économie de proximité

      Principes théoriques et études de cas

      Jean-Pierre Gilly
      1. 1. Proximités et territoire
      2. 2. La gouvernance territoriale
      3. Études de cas
      4. Conclusion. Une approche transposable au Maghreb ?
    1. Développement local et gouvernance territoriale

      Plasticité des concepts ou transférabilité des modèles entre économies occidentales et économies maghrébines ?

      Catherine Baron et Malika Hattab-Christmann
      1. 1. Plasticité de concepts situés
      2. 2. Transférabilité des modèles : le « SPL » comme instrument de politique de développement territorial
      3. Conclusion
    2. Investissement direct étranger et concentration industrielle

      Le cas de la Tunisie

      Zouhour Karray et Slim Driss
      1. 1. Attractivité des territoires et déterminants des IDE en Tunisie
      2. 2. La localisation géographique des activités industrielles
      3. 3. La mesure des concentrations géographique et sectorielle
      4. Conclusion
    3. L’impact du Programme d’ajustement structurel sur le développement local en Algérie

      Cas des communes du versant nord du massif des Babor-Biban (wilaya de Bejaïa)

      Youghourta Bellache
      1. 1. D’un développement local centralement planifié à un développement local “autonome” ?
      2. 2. Les effets du PAS sur les dépenses et les investissements publics locaux
      3. 3. Évolution de l’offre des principaux services publics
      4. 4. L’impact de l’ajustement structurel sur l’activité des entreprises et de l’emploi
      5. Conclusion
      6. Annexe 2
      7. Annexe 3
      8. Annexe 4
    4. Entreprises artisanales et dynamiques locales dans les médinas de Fès (Maroc) et de Sfax (Tunisie)

    1. Améziane Ferguene
      1. 1. Deux espaces urbains anciens aux évolutions contrastées.
      2. 2. Le système socio-économique de la médina : une dynamique positive reposant sur la main-d’œuvre et ses savoir-faire traditionnels
      3. 3. Le système socio-économique de la médina : une logique d’enracinement territorial, mais aussi d’ouverture sur l’extérieur et d’évolution technologique
      4. Conclusion
    2. Du Sénégal au Maroc

      Pertinence et impertinence des territoires productifs

      Jean-Luc Piermay et Alain Piveteau
      1. 1. La polysémie d’un concept transdisciplinaire
      2. 2. Maroc et Sénégal : les territoires productifs, un donné rare
      3. 3. Pourtant, une intense production territoriale
      4. Conclusion. Pour une approche de la métamorphose des territoires
    3. Des Systèmes productifs localisés aux Pôles de compétitivité

      Enseignements des nouvelles politiques publiques françaises

      Jacques Perrat
      1. 1. Innovation, industrie et territoire : les nouvelles logiques de l’intervention publique en France
      2. 2. Axes d’approfondissement et enseignements pour les pays émergents
    4. Trajectoires de développement, innovation et territoires

      « Ville diffuse » et/ou polarisation urbaine

      Gilles Puel et Valérie Fautrero
      1. 1. Le cadre théorique
      2. 2. Les outils d’une étude de cas
      3. 3. Les critères de localisation des entreprises de contenu ou le poids du métasystème
      4. 4. Typologie d’entreprises de contenus et territoires
      5. Conclusion
  1. Études

    1. Dissidence affirmée ou rejet codifié de la Umma

      Badawî et ‘arab dans les Nawâzil Mâzûna

      Élise Voguet
      1. Hadara et bâdiya dans les représentations juridiques de la société
      2. Les a‘râb, des groupes rejetés de la Umma
      3. Les a‘râb, auxiliaires du pouvoir sultanien mais péril pour la centralisation étatique
      4. L’Islam dans la bâdiya : organisation autonome et repentir
      5. Conclusion
    1. De la cour à la maison

      L’étude des entourages princiers entre domaines occidentaux et ottomans

      M’hamed Oualdi
      1. Retours de cour
      2. Les rationalités du sérail
      3. Dans et hors des « maisons »
      4. Les « sociétés à maison »
      5. Conclusion
    2. Pour une approche anthropologique de l’archéologie

      L’expérience de Jules Toutain en Tunisie à la fin du xixe siècle

      Clémentine Gutron
      1. Une colonisation archéologique : jeux institutionnels et souvenirs de Rome
      2. L’archéologie tunisienne : une mosaïque bariolée
      3. Un archéologue au quotidien : Jules Toutain sur un chantier de fouille
      4. Enjeux scientifiques : objectifs et conservation du matériel de fouille
      5. Conclusion
    3. La législation patrimoniale tunisienne au début du protectorat

      Le décret du 7 mars 1886 : entre innovation et obsolescence

      Myriam Bacha
      1. Le décret du 7 mars 1886 : un texte novateur
      2. Du monument aux ensembles historiques et naturels
      3. Remise en question du décret du 7 mars 1886
      4. L’intégration du patrimoine islamique tunisien
      5. Conclusion
    4. La tribu en pratique

      Le rituel de la mûdâwala chez les Awlâd Sîd Ahmad Majdûb (Algérie)

      Yazid Ben Hounet
      1. Les pratiques de la mûdâwala (ou b‘âîl)
      2. La mûdâwala : une forme de don / contre-don ?
      3. L’analyse des rapports entre les membres de la fraction et les fonctions de la mûdâwala
      4. Conclusion
    1. Les peintres professionnels de Tunisie

      Un processus de construction d’un pouvoir

      Hamdi Ounaïna
      1. L’utilisation des conflits par les artistes professionnels de Tunisie (1934-1945)
      2. Inscription institutionnelle et prépondérance d’un “goût” artistique
      3. Les stratégies d’exclusion du marché de l’art
      4. Conclusion
    2. Les villes nouvelles d’Égypte entre plans et réalités

      Le cas particulier du Grand Caire

      Bouziane Semmoud et Hisham Hafez
      1. Sur le contexte et la planification des villes nouvelles
      2. Le mode de planification des villes nouvelles appelle quelques remarques critiques
      3. Plans et réalités
      4. Quelques éléments essentiels d’explication
      5. Conclusion : au-delà de l’exemple égyptien…
    3. L’enseignement supérieur privé en Tunisie

      La mise en place étatique d’un secteur universitaire privé

      Sylvie Mazzella
      1. Une diversification des acteurs de l’enseignement supérieur privé
      2. Vers quelle légitimation des établissements privés de l’enseignement supérieur ?
      3. Vers un espace euro-africain de l’enseignement supérieur privé ?
      4. Conclusion
    4. Entre les mémoires et les lois, l’écriture de l’histoire

      Benjamin Stora
      1. Des “lois mémorielles” en débat
      2. Changement d'époque, acteurs et victimes
      3. La mémoire, une revendication à l'échelle mondiale
      4. Le poids de la guerre d'Algérie dans la mémoire française
      5. La concurrence mémorielle
      6. La fin de “lois mémorielles”?
  1. Résumés

    1. Résumés

      Les territoires productifs en question(s). Transformations occidentales et situation maghrébines

    2. Abstracts

      Questionning productive territories. Transformations in the West and situations in the Maghreb

    3. ظخبمى المثالات

      الأقاليم المنتجة محنآ تساؤل رتساؤلات،ام. التحذلات الغربية والأوضاع المغاربيةميهوب المزواغي — إشكالية "الأقاليم المنتجة" وتطييقهافي بلدان المغرب*٠ مفدمة ٠

Liste des auteurs

Thème

1Catherine Baron, maître de conférences en sciences économiques, Université de Toulouse II membre du Laboratoire d’études et de recherche sur l’économie, les politiques et les systèmes sociaux (Lereps), Université de Toulouse I-Sciences sociales.

2Youghourta Bellache, maître-assistant en sciences économiques, Université Aberrahmane-Mira, Béjaïa.

3Slim Driss, maître-assistant en sciences économiques, École supérieure des sciences économiques et commerciales (Esec), Tunis.

4Valérie Fautrero, doctorante en sciences de gestion, Telecom-Paris, Attachée temporaire d’enseignement et de recherche (Ater) à l’Université de Toulouse II-le Mirail.

5Améziane Ferguene, maître de conférences en sciences économiques, Institut de l’Espace Europe-Pôle d’études des politiques sociales et économiques, Université Pierre Mendès-France- Grenoble II.

6Jean-Pierre Gilly, professeur des universités en économie, membre du Laboratoire d’études et de recherche sur l’économie, les politiques et les systèmes sociaux (Lereps), Université de Toulouse I-Sciences sociales.

7Malika Hattab-Christmann, maître de conférences en sciences économiques à l’Université de Toulouse III, membre du Laboratoire d’études et de recherche sur l’économie, les politiques et les systèmes sociaux (Lereps), Toulouse I-Sciences sociales.

8Zouhour Karray, maître-assistante en économie à la Faculté des sciences économiques et de gestion, Nabeul.

9Mihoub Mezouaghi, chargé de recherche en économie, Irmc, Tunis (2002-2006), économiste à l’Agence française de développement (Afd), Paris.

10Jacques Perrat, économiste, ADEES Rhônes-Alpes, Lyon.

11Jean-Luc Piermay, professeur des universités en géographie, Université Louis-Pasteur (Ird-UR023), Strasbourg.

12Alain Piveteau, chargé de recherche en économie à l’Institut de recherche pour le développement (Ird-UR023), Bordeaux.

13Gilles Puel, maître de conférences en géographie-aménagement à l’Université de Toulouse II-Le Mirail-département de sciences économiques et de gestion, membre du Laboratoire d’études et de recherche sur l’économie, les politiques et les systèmes sociaux (Lereps), Université de Toulouse I-Sciences sociales.

Études

14Myriam Bacha, chargée de recherche en histoire de l’art, Irmc, Tunis.

15Yazid Ben Hounet, docteur en anthropologie, boursier d’aide à la recherche, Irmc, Tunis (2004-2006), Ater à l’Université de Paris 8-Vincennes-Saint-Denis.

16Clémentine Gutron, doctorante en anthropologie historique, Ehess, Paris, boursière d’aide à la recherche, Irmc, Tunis.

17Hisham Hafez, maître de conférences en géographie auprès de la Faculté de planification urbaine et régionale, Guizah, Le Caire.

18Sylvie Mazzella, chargée de recherche en sociologie au Cnrs, Irmc, Tunis.

19M’hamed Oualdi, agrégé de l’université en histoire, Attaché temporaire d’enseignement et de recherche (Ater) à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne.

20Hamdi Ounaïna, doctorant en sociologie, Université Paris 3-Sorbonne nouvelle, Paris.

21Bouziane Semmoud, professeur des universités en géographie auprès de l’Université de Paris 8-Vincennes-Saint-Denis, membre du Laboratoire « Dynamiques sociales et recompositions des espaces (Ladyss) », Paris.

22Benjamin Stora, professeur des universités en histoire contemporaine du Maghreb, Inalco, Paris.

23Élise Voguet, docteur en histoire de l’Islam médiéval, Irht Paris.

Éditorial. Les nouvelles figures du territoire

Pierre Robert Baduel

1En 2004, nous avions choisi d’inaugurer la série ordinaire d’Alfa par un thème, Biographies et récits de vies, se prêtant à une approche pluridisciplinaire et qui, après une longue période de marginalisation dans les écoles dominant l’histoire, a connu un renouveau en rapport avec les avancées d’autres disciplines, anthropologie ou sociologie1. Les études réunies ont questionné les relations entre individus et sociétés relevant de cultures différentes (plus individualistes d’un côté, plus holistes de l’autre), traitant de cas variés, individus – personnalités « charismatiques » (religieuses comme le prophète Mohammed, politiques comme le président Bourguiba), « publiques » (des notables) ou « ordinaires » –, groupes (militants, employés de banque) ou communautés (émigrés).

2Pour Alfa 2006, nous avons pris comme thème un sujet aux enjeux plus strictement contemporains et mobilisant d’autres sciences humaines et sociales, mais en rapport – comme précédemment – avec les compétences disponibles dans l’équipe de recherche de l’IRMC. Mihoub Mezouaghi, à qui ont été confiées la problématisation et la responsabilité scientifique du thème, venait de clôturer un premier programme collectif (2002-2005) portant sur l’« Insertion des Technologies de l’information et de la communication au Maghreb : une approche socio-économique », qui lui avait permis de travailler en particulier sur des technopoles de ce domaine en Tunisie et au Maroc (M. Mezouaghi, 2005 et 2007). Dans la suite de ce programme, un autre chantier collectif fut alors ouvert : « Dynamiques d’agglomération des activités productives et gouvernance territoriale ». C’est plus particulièrement en rapport avec ce programme-ci et comme en prolégomènes qu’a été lancée la présente réflexion sur « les territoires productifs ».

3L’intérêt pour cette question résulte d’une interpellation par l’actualité économique tant en Occident que dans les pays du Maghreb : l’intérêt pour ce que la littérature économique, géographique ou historique, nomme – selon les pays et les périodes – « districts industriels », « clusters », « systèmes productifs locaux », « systèmes industriels localisés », « milieux novateurs », voire « région intelligente », et qui dans les actions publiques d’aujourd’hui correspond aux projets de « technopoles », de « pôles de compétitivité », ….

4Pour mieux situer conjoncturellement l’intérêt de la question des « systèmes productifs locaux » et saisir les novations de l’action publique que cela représente aussi bien en Occident qu’au Maghreb, il est bon d’inscrire la réflexion sur la durée.

5Pendant une longue période en effet, dans une vision jacobine de la construction de l’État moderne national et territorial, la conception dominante du développement économique et social avait écarté comme archaïsmes particularistes les systèmes sociaux et productifs locaux.

6En France par exemple, dans différents ordres, de l’économique au linguistique2, la République poursuivit jusqu’à ses ultimes conséquences l’œuvre pluriséculaire de la Monarchie en cherchant à éradiquer les derniers corps intermédiaires et à intégrer les périphéries au centre. Tandis que l’historien Eugen Weber (1970) montrait que l’entreprise de modernisation de la France des années 1870-1914 avait produit « la fin des terroirs » au profit de l’émergence d’un espace homogène, le territoire national, le sociologue Henri Mendras (1967) décrivait « la fin des paysans », catégorie sociale porteuse d’une civilisation millénaire, au profit d’une nouvelle configuration sociale, celle des agriculteurs-producteurs introduisant dans leur activité une forte plus-value technologique et branchés sur le marché. Dans la suite de Mendras, le politologue Pierre Muller (1984 ; avec B. Jobert, 1987) montrait comment, dans les débuts de la Ve République, l’initiative corporative (syndicale) d’une nouvelle génération conjuguée avec le réformisme de l’État permit la création du secteur agro-industriel comme « filière de production et non plus comme un ensemble de territoires3 » (1987, 80). S’intéressant tout particulièrement aux transformations de l’action de l’État, P. Muller et B. Jobert concluaient de l’étude de ce cas et de nombreux autres au passage du référentiel territorial (relations centre/périphéries4) au référentiel « global-sectoriel » (1987, 18). Secteurs versus Territoires ? « Les secteurs apparaissent comme des totalités sociales qui vont, à la fois, organiser et structurer les rôles sociaux autour d’une logique de reproduction aterritoriale5 et conférer aux individus de nouvelles identités : les identités professionnelles, qui se substituent elles aussi aux identités locales » (id., 19). En conséquence il appartenait désormais aux « politiques sectorielles » de « maintenir ou restaurer au sein de la sectorialité un minimum de cohésion sociale qui était autrefois assurée par la territorialité » (id., 19).

7Ce modèle de construction de l’État national et territorial fut largement repris par les pouvoirs des pays anciennement colonisés par la France au lendemain de l’acquisition de leur indépendance6. Tandis que sur le plan idéologique, pour parfaire les indépendances, certains penseurs radicaux proclamaient la nécessité de l’avènement d’un « homme nouveau » (Frantz Fanon), sur un plan économique, dans la ligne des idéologies développementistes d’alors, les pouvoirs s’efforçaient de promouvoir un espace économique homogène à travers les plans d’aménagement volontaristes et tous azimuts du territoire7.

8Ces politiques ne furent pas mises en place sans résistances diverses. Dans le domaine culturel, voire nationalitaire d’abord : ce fut en Europe la résurgence des revendications sociétoterritoriales, régionalistes ou autonomistes8, qui ont trouvé des réponses variées (de la décentralisation à la « provincialisation » en politique « intérieure », par la subsidiarité en politique « européenne ») ; au lendemain des décolonisations en Afrique, au-delà des guerres sécessionnistes abouties (Érythrée) ou inabouties (Katanga, Biaffra, Touaregs, …), ce furent en Afrique du Nord les conflits liés à la « politique de la langue » – en l’occurrence l’arabe – autour du statut accordé aux « autres » langues, négro-africaines en Mauritanie, berbère en Algérie (Tafsut, Printemps berbère, des années 1980).

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