//img.uscri.be/pth/57c5e61aeed025fdf8f5f6d43570c79151476a47
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,38 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Les Thomas, une famille nombreuse en milieu rural dans le XXe siècle

De
216 pages
Ce livre raconte l'histoire d'une famille de 15 enfants, en s'appuyant sur la participation et les témoignages croisés de tous les membres de la famille. Cette véritable mémoire collective répercute des traits de l'histoire national et traduit quelque chose comme une ethnographie d'un monde rural aujourd'hui disparu et, notamment, les transitions vers la modernité.
Voir plus Voir moins








































Les Thomas,
une famille nombreuse en milieu
èmerural dans le XX siècle








Du même auteur

2009. L’éducation en famille « très nombreuse », Une école de
la réussite, Ed. L’Harmattan.










© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56454-1
EAN : 9782296564541




Micheline THOMAS-DESPLEBIN




Les Thomas,
une famille nombreuse en milieu
èmerural dans le XX siècle














L’Harmattan



Histoire de Vie et Formation
Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé,
Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la
formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler
"histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets
correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet
anthropologique.
Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant
des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de
vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe
des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme
et en sens.

Dernières parutions

Volet : Formation

Marie-Christine JOSSO, Expériences de vie et formation, 2011.
Jean-Claude GIMONET (dir.), Maison Familiale Rurale de
Férolles, Les clés du devenir, 2011.
Martine LANI-BAYLE (dir.), Philippe Montaireau, Carole
Buffa-Potente, André de Peretti, pédagogue d’exception.
Regards croisés sur l’homme aux mille et un rebondissements,
2011.
Gaston PINEAU, Martine LANI-BAYLE, Catherine
SCHMUTZ (Coord.), Histoires de morts au cours de la vie,
2011.
Christine CAMPINI, Jacques Ardoino, entre éducation et
dialectique, un regard multiréférentiel, 2011.
Pierre LAMY, D’un quartier ouvrier… aux quartiers de la
finance. Itinéraire d’un Montréalais, 1938-1983, 2010.
Marie-France ROTHÉ, Vivre avec le mal de mère ou qu'est-ce
qui fait courir Julie?, 2010.
Muriel DELTAND, Les musiciens enseignants au risque de la
formation : Donner le la, 2009.
Sabine SENE, Trajets de salariés et bilan de compétences.
Quelles trans-formations ?, 2009.




Préface



Le livre ici présent est l'histoire d'une recherche en thèse d'une
femme, qui, une fois la retraite venue et après une carrière de
promotion sociale forte, s'est consacrée entre autres activités
ièmeassociatives importantes à une thèse de 3 cycle en Sciences
de l'éducation pour devenir une auteure et une intellectuelle
travaillant sa propre histoire mais aussi l'histoire de sa famille
dans un objectif de recherche.
C'est donc une aventure tout à fait singulière tant est poussé ici
le désir de produire de la connaissance, de frayer des voies de
recherches impliquées dont le présent travail est exemplaire à
plusieurs niveaux dans la recherche en Sciences humaines. Le
livre, dans sa volonté de rendre explicite le récit, de le présenter,
de se donner à lire au plus grand nombre, y compris à ses sœurs
et frères, à leurs enfants, à leurs amis, ne met pas en avant ce
point. C'est donc en tant que directeur d'une recherche doctorale
dont je suis particulièrement fier que je dessine ici la portée de
ce travail comme contribution importante à la recherche en
éducation.

La dimension la plus originale réside dans le recueil le plus
systématique d'une histoire de vie familiale. Comme spécialiste
des histoires de vie depuis plus de vingt ans je connaissais
plusieurs travaux effectués sur les histoires de vie familiale :
Les Enfants de Sanchez d'Oscar Lewis livre primé qui a tant
marqué Sartre et par la suite Bertaux ou encore Ombres et
lumières de la famille Nour de Catherine Delcroix. Mais jamais,
à ma connaissance, je n'ai vu un travail aussi systématique sur
une histoire de vie familiale. Pourtant je n'ai eu de cesse de
"harceler" Micheline Desplebin sur l'actualisation de la
recherche bibliographique dans ce domaine. Il semble donc bien
que, de ce point de vue, cette thèse constitue un monument rare
dans la continuation d'un Le Play par exemple. Comme



ème témoignage sur l'éducation du XX siècle dans une France
rurale, l'apport de cette thèse peut être considérable même si ces
dimensions ne sont pas travaillées ici.
La deuxième dimension la plus spécifique de ce travail c'est
l'éducation familiale dans une famille nombreuse, voire que l'on
peut qualifier de très nombreuse. Là aussi cette thèse et
l'ouvrage correspondant constituent un apport original et
précieux sur un terrain très peu étudié. Qu'est-ce qui se passe du
côté de la coéducation groupale ? Quels phénomènes sont là à
l'œuvre ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles ce
travail apporte des éléments précieux par l'opération
monographique de description.
La troisième dimension la plus novatrice c'est l'articulation
d'une perspective d'éducation familiale et d'une éducation tout
au long de la vie. A Paris VIII existe un Master dont une des
rares spécificités en France est d'être centré sur l'éducation tout
au long de la vie, master adossé à l'équipe Experice commune à
Paris VIII et Paris XIII.
Dans les Sciences de l'éducation les études longitudinales sur
des périodes longues sont rares : elles sont plus souvent faites
sous le mode individuel, des entretiens au long cours, des
trajectoires par la méthode des histoires de vie mais des
histoires de vie individuelles. L'analyse de la perspective
éducative sur des longues durées (50 ans et plus) d'un groupe
donné est à mon avis un travail exceptionnel et assez rare pour
être souligné.
Le véritable enjeu de l'éducation ne se joue pas seulement
comme l'analysent trop souvent bien des collègues dans le
présent et l'immédiat de tel apprentissage, de telle situation.
Pour l'approcher il faut du recul. Il faut du temps. Trop souvent
l'éducation tout au long de la vie n'est pas prise vraiment au
pied de la lettre et renvoie plus à une adaptation professionnelle,
à une formation des adultes tournée vers le mieux disant
professionnel sur un marché concurrentiel de cadres.
Cette histoire d'une quinzaine de sœurs et frères interroge bien
des constructions théoriques sur l'éducation, sur les théories
sociologiques les plus courantes, notamment sur le lien
statistique entre origine populaire en famille nombreuse et
réussite sociale. Sans entrer dans une nostalgie rétrospective
8


d'un temps antérieur où "tout était mieux" il convient tout de
même de s'interroger sur le caractère anthropologique et les
destins des enfants de famille populaire. Le récit interroge
nombre de présupposés sur les lieux et places des familles
populaires très nombreuses contemporaines qui se situent
actuellement davantage dans l'environnement géographique de
la banlieue avec des familles primo arrivantes que dans le
Bocage deux sévrien.
En ce sens il montre, à la suite du livre "best-seller" Le Cheval
d'Orgueil ou des travaux sur Plozévet en Bretagne, le caractère
non inéluctable anthropologiquement de ce que certains
n'hésitent pas à théoriser comme un "handicap socio familial".
Comment dans certaines contrées rurales il y a eu au cours du
siècle précédent un faisceau de réussites scolaires et sociales en
milieu populaire ? Dans la situation contemporaine actuelle il y
a peut-être là des enseignements pour penser l'éducation
d'aujourd'hui.
Ce livre constitue un moment important dans un itinéraire d'une
chercheuse ultra déterminée et qui a déployé une énergie
considérable à ce travail de longue haleine. C'est très intéressant
de voir qu'un tel travail peut se jouer à plusieurs niveaux de
diffusion. Tout d'abord au sein de la famille Thomas cet
ouvrage joue de toute évidence un rôle rassembleur, même si
l'opération est délicate. Dans la succession des réunions et des
fêtes de famille c'est un événement fondateur au sens fort du
terme engendrant fierté, sentiment identitaire autrement dit
symbolique au sens étymologique "qui rassemble"…
Pour les générations montantes des enfants, petits-enfants c'est
aussi une forme de reconnaissance et de transmission des
valeurs familiales. Pour toute une série de personnes issues,
comme moi, de milieu rural populaire ce témoignage est aussi
en quelque sorte leur histoire et ils peuvent se l'approprier : le
rôle de l'instituteur public, les activités d'éducation populaire
religieuses ou laïques, l'entrée dans le monde du travail et la
promotion sociale, le partage des activités agricoles et
saisonnières en famille... Autant de ce qui fut le quotidien de
beaucoup d'entre nous qui avons traversé l'importante mutation
du milieu rural entre les années 1950 et 2000.

9


Aussi je souhaite bonne chance à ce livre de Micheline
Desplebin, livre qui puisse parler des questions d'aujourd'hui à
travers le récit d'hier.

Jean-Louis Le Grand,
Professeur en Sciences de l'éducation à Paris VIII, Directeur de
l'UFR, Directeur de la revue internationale Pratiques de
formation/Analyses.


10


Introduction



« Il était une fois…….et ils eurent beaucoup d’enfants », c’est
ainsi que commencent et se terminent la plupart des légendes.
Ici, nous sommes dans une histoire réelle, l’histoire d’une
famille de quinze enfants d’origine rurale où chacun des
membres de la fratrie a accepté de s’engager dans cette aventure
périlleuse de revenir sur le passé, sur sa propre trajectoire,
réinterroger ses souvenirs, sa vie, pour réaliser cette histoire
commune.
Cette œuvre collective d’un groupe famille démontre la force de
solidarité possible entre ses membres.

Ce livre a été réalisé à la suite d’un travail de thèse sur
l’éducation dans les familles nombreuses. La méthode
monographique était centrale dans notre recherche, même si
nous avons utilisé d’autres modes d’investigation.
La monographie est une méthode pour approcher le réel, utilisée
dans de nombreuses disciplines, tout particulièrement en
sociologie grâce aux apports de Frédérique Le Play mais aussi
de Max Weber et d’Edgar Morin afin d’étudier un groupe social
donné : une ethnie, un village, une communauté, une famille, un
établissement. C’est un moyen pour étudier un phénomène
restreint. Il permet dans le cas d’une étude sur un groupe
familial de se centrer sur les acteurs dans un contexte social
donné.
La monographie familiale de la famille témoin réalisée présente
un caractère singulier quant aux autres monographies familiales
connues à ce jour. Elle est le résultat des témoignages de
l’ensemble du groupe, y compris le chercheur lui-même qui
apporte sa contribution, à la fois membre de la fratrie-témoin
(membre de l’intérieur) et narrateur qui reconstruit les
biographies individuelles pour aboutir à une mémoire collective
avec le souci constant de ne pas parler à la place des autres. Ce
travail de construction a fait l’objet d’un temps de restitution au
groupe concerné pour la validation et la vérification de



l’authenticité et pour la véracité des propos tenus afin que les
membres restent maître d’œuvre de l’objet réalisé.
Nous avons ainsi délié et relié ensemble chaque histoire
singulière pour mieux appréhender l’histoire plurielle de la
famille.

Notre approche de la trajectoire sociale de la famille à partir de
la monographie conjugue à la fois une approche
ethnographique, historique et psychosociale.
Il s’agit de saisir la vie d’un groupe dans la durée, dans ses
évolutions, ce qui diffère des autres monographies et lui confère
une particularité. Il s’agit de respecter l’originalité du terrain
comme le préconise E. Morin (1967, p. 64) Nous avons ainsi
fait appel à la mémoire de chacun, croisé leurs souvenirs et
nous les avons confrontés à l’histoire.

Nous avons ainsi, à travers les trajectoires sociales de
l’ensemble des membres, saisi ce qui participe de l’avènement
de chacun dans un groupe famille ce qui nous donne l’occasion
de proposer un outil d’historicité, d’effectuer un travail de
l’ordre de la transmission familiale, un travail régénérant qui
s’appuie sur la prise en compte d’une mémoire collective.
Parmi les déterminations de la trajectoire sociale, celles qui
tiennent au milieu familial, culturel et social sont
fondamentales. (V. de Gaulejac, 2000, p.140)
Cette approche renvoie à la conception anthropologique que
nous avons du changement qui s’attache au processus, au travail
du temps sur l’individu, à la manière dont il se saisit de ce qui le
traverse à travers ce qu’il en dit.
Cette histoire familiale peut ainsi être lue selon différents points
de vue, historique et ethnographique, psychosociologique et
éducatif, vécu intime et collectif.

Ce dont on se souvient, c’est ce qui a fait imprégnation d’une
manière particulière qui vient marquer et dire quelque chose de
notre identité.
Les différents témoignages nous font découvrir comment
chacun se construit et parvient à sa propre identité même si
« grandir et trouver son identité au sein d’une fratrie
12


importante représente beaucoup d’efforts et de travail sur soi »
comme le dit l’un des membres, Brigitte.
La construction de l’identité, des identités, relève d’un véritable
métissage.
« La famille est le premier lieu d’apprentissage des
identifications et de l’appropriation des identités multiples ».
(P. Tap, 1998, p.65) Les récits de la fratrie confirment que la
famille constitue pour les individus « le pilier des identités » (H.
Garnier, D. Meda, 2006, p.623-630) et que le travail offre, après
la famille, l’un des composants essentiels de l’identité. Cet
apprentissage, au travers des relations tissées avec les autres,
offre une confrontation à la diversité, au multiple, à la
différence, de manière privilégiée dans une famille nombreuse.
Ce qui constitue l’identité de chacun est à la fois singulier et
collectif, mais aussi celle d’un être corporel, charnel, résultat
d’un ensemble d’influences biologiques, psychologiques,
sociales, individuelles. L’homme, comme le souligne E. Morin,
comporte une double entrée : biophysique et psycho-socio-
culturelle, les deux renvoyant l’une à l’autre ; un double
enracinement, dans le cosmos physique et dans la sphère
vivante. (2001, p. 19, 23, 27)
La famille transmet de multiples héritages : des héritages
culturels, des compétences, des savoir-faire, des chances
sociales et professionnelles, des aspirations, source de projets,
mais aussi des racines, indispensables au devenir de chacun,
influant sur l’avenir de chacun.
La construction de tout individu s’inscrit dans une histoire et
résulte de multiples transactions et interactions avec un
ensemble de phénomènes, de situations, d’événements, de
déterminants de même nature mais elle est aussi fonction de sa
capacité à gérer ses propres transformations dans un
environnement lui-même en évolution. Ainsi, ce que recouvre
l’identité apparaît complexe dans ses limites, son édification,
ses avatars, son implication consciente ou non dans toute notre
vie quotidienne. Le sentiment d’identité n’est qu’un des
éléments de la conscience. C’est une auto connaissance.
« Exister, c’est exister avec d’autres, notre existence devient
une responsabilité envers ces autres » nous dit J-M Rugira.
(2003, p. 25) Chaque récit rend compte, de l’existence de
13


chacun comme de l’existence du collectif-famille. Chacun des
membres possède une partie de la trajectoire de vie des parents,
des frères et soeurs mais aucun ne détient à lui seul la
connaissance de l’ensemble de la famille.

Dans cette famille, les enfants sont, très tôt, mis à contribution.
Pour la plupart, cela représente un plaisir, un jeu pour certains,
l’occasion de faire des farces. Les moments agréables de cette
période se rapportent au vécu familial, aux liens qui unissent la
fratrie, aux souvenirs de l’école, à la qualité des relations entre
voisins, à l’insouciance de l’enfance, à la place des jeux ou des
plaisanteries, au mode de vie dans ces villages.
Le groupe est unanime. En reconsidérant le passé, il est
admiratif de ce que leurs parents ont pu réaliser à travers leurs
multiples enfants malgré leurs faibles moyens. Ils leur ont
permis de grandir et devenir des adultes responsables avec des
réussites heureuses pour la majorité d’entre eux.


Ainsi, la vie de ce groupe familial - parents et enfants - balaie
èmel’ensemble du 20 siècle, et reflète un mode de vie de type
rural.
Elle répercute des traits de l’histoire nationale - guerre,
scolarisation, santé, statut de la femme, etc. Elle traduit quelque
chose comme une ethnographie d’un monde rural aujourd’hui
pratiquement disparu et, notamment, les transitions vers la
modernité.
Elle fait apparaître, sur le plan de l’éducation, un jeu complexe
d’interactions qui dessinent les ébauches et le contour de la
construction identitaire de chacun. Elle met en lumière le rôle
exercé par l’ensemble des membres du groupe famille dans
l’histoire de chacun.





14












Chapitre I.

Contexte socio-historique de l’histoire
familiale






La famille Thomas est une famille nucléaire, de type patriarcal,
qui a grandi, marquée par les évolutions et les mutations
èmeprofondes qui ont touché le XX siècle et, en particulier
l’après seconde guerre mondiale où « la France a changé,
beaucoup changé, plus peut-être que dans les deux ou trois
siècles précédents ». (R. Remond, 1996, p. 87)
Les transformations touchent tous les secteurs d’activité, que ce
soit le domaine de l’économie, du culturel, des transports, de la
scolarisation vers un processus de démocratisation de la
scolarité, un développement de l’enseignement secondaire et de
sa gratuité (progressivement à partir de1930) et une obligation
progressive de la scolarisation jusqu’à 16 ans en 1959.
Nous assistons à l’augmentation du confort des ménages et à
une modification profonde de la famille liée à l’émancipation
féminine et aux multiples effets qui en découlent que ce soit par
rapport à la scolarisation des femmes, à leur emploi et aux
rapports nouveaux hommes-femmes qu’elle engage. Ce n’est
que depuis 1966 que la femme peut exercer une activité
professionnelle sans l’autorisation de son mari.
Dans la famille Thomas, où la majorité des enfants sont des
filles : douze sur seize et douze sur quinze vivants, cette
évolution va particulièrement influencer le devenir de chacune,
surtout à partir du moment où la culture de masse se développe.
En dehors des deux premiers enfants, toutes les filles vont faire
le choix d’avoir un exercice professionnel leur permettant de
s’assumer seules et de s’épanouir dans leur milieu de travail,
dans la recherche constante de la reconnaissance de leur
capacité à être responsables.
Les parents sont nés respectivement en 1903 et 1909 et sont
décédés en 1989 et 1996. Les enfants qui témoignent ont de 74
à 47 ans. Le premier enfant est né en 1929 et le dernier en
1956, soit des naissances étalées sur 28 ans.
Cette famille, présentée comme hors normes au départ, l’est
aussi par sa force de vie. Celle-ci n’est pas touchée par la
mortalité infantile qui sévit au sortir de la guerre. Le seul enfant
décédé meurt accidentellement quelques mois après sa
naissance, étouffé.
ème La première moitié du XX siècle bénéficie d’une politique en
faveur de la famille (gouvernement Daladier et suivants) et d’un



encouragement à la natalité. Ces différents modes d’aide
(assurances sociales mars 1928, sécurité sociale en 1945), de
prestations (Allocations familiales, allocation de mère au foyer
1942) vont faciliter la vie de la famille. Cette dernière, au
moment où ces lois deviennent efficientes, compte déjà 10
enfants. Si cette politique vient améliorer le confort de la
famille, elle va susciter des remarques désagréables à l’égard de
ces familles, entendues et perçues comme telles par les enfants.
Dans la famille Thomas, la majorité des enfants est née quand
les lois s’appliquent. Par ailleurs, l’apport financier ne peut
jamais justifier les lourdes responsabilités, les prises de risques
que représente l’éducation d’enfants.
Recevoir un certain nombre de quolibets sous des formes
différentes en lien avec la question du nombre des enfants se
retrouve dans le discours de la plupart des enfants et influe dans
l’histoire de chacun. Le second des garçons, de nature
pacifique, manifeste que les bagarres mémorables auxquelles il
a participé avaient comme élément déclencheur ce rapport à la
famille très nombreuse.
Ce sont les deux premières filles qui ont le plus d’enfants,
reconnaissant l’une et l’autre que c’est parce que la
contraception n’était pas possible. Le décret d’application de la
loi Neurwith de 1967 autorisant la contraception ne paraît qu’en
1971.
Cette famille a également été concernée par le fléau social qui a
fait l’objet de lutte sur le plan sanitaire : la tuberculose car cinq
enfants ont été touchés, soit un tiers du groupe familial.
La population française est confrontée à une période de pénurie
importante de 1939 à 1949 ce qui rend difficile la vie des
familles et, en particulier quand elles sont très nombreuses. La
famille Thomas est au nombre de treize personnes en 1949
vivant sous le même toit : deux parents, onze enfants sur les
treize enfants nés (un enfant s’est marié en 1947, un enfant est
décédé en 1944). Cette famille a pu faire face à la situation car
les parents ont décidé de vivre à la campagne en prenant une
ferme en métairie de 1943 à 1949. Lorsque les parents décident
de quitter leur maison en 1943, à la suite de l’arrivée des
Allemands dans la ville de proximité où ils habitent, en 1942,
les enfants sont au nombre de neuf, le plus âgé a 14 ans et le
18


dernier est juste né. Le père est ouvrier gantier, élève quelques
animaux domestiques et entretient un très grand jardin afin de
subvenir aux besoins de la famille. La situation des paysans
n’était pas des plus florissantes mais, les ressources de la terre,
de l’élevage, ont été appréciées pendant la guerre.
Quatre des enfants ont des souvenirs très présents de l’arrivée
de l’armée allemande dans le village puis des Américains.

A travers les souvenirs rapportés par chacun nous voyageons
dans le temps. Cette fratrie nous invite à découvrir ce qui a
marqué leur enfance et leur trajectoire sociale. Les aînés, nés
pendant la période de crise économique des années 30,
rapportent leur vécu de la deuxième guerre mondiale, ceux nés
pendant la guerre vont vivre la période difficile de
reconstruction du pays et les derniers permettent d’assister au
développement du pays en pleine expansion.

19








Mariage des parents