Les tribulations identitaires de Franco-Algériens

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Qu'est ce que l'identité nationale ? Qu'est-ce que la nationalité ? Quel est ce sentiment d'appartenance collective, aspect émotionnel, voire passionnel lié à ces notions, que chaque citoyen devrait avoir et, parfois prouver ? Cet ouvrage tente de comprendre comment se construisent les identités, collective nationale et personnelle, lorsqu'elles sont confrontées à d'autres attachements mis en concurrence par des histoires politiques, en l'occurrence française et algérienne.
Publié le : mercredi 1 septembre 2010
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EAN13 : 9782296264298
Nombre de pages : 198
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Les tribulations identitaires de FrancoAlgériens
EDITIONS L’Harmattan COLLECTION « ESPACES INTERCULTURELS » Directeurs de collection : Fabienne RIO et Emmanuel JOVELIN Comité de lecture Michèle VATZLAROUSSI (Université de Sherbrooke, Canada) Tania OGAY (Université de Fribourg, Suisse) Aline GOHARD (Université de Fribourg, Suisse) Claudio BOLZMAN (Haute école de GenèveUniversité de Genève, Suisse) René MOUKONKOLO (Université de Tours, France) Mohammed LAHLOU (Université de Lyon, France) AnneFrançoise DEQUIRE (Université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban) Hédi SAIDI (Université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban) Gina THESEE (Université du Québéc, Canada) Emmanuel JOVELIN (université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban, France) Mourad KAHLOULA (Université d’Oran, Algérie) Fabienne RIO (Université Paris 8, IME, France) Aissa KADRI (Université de Tours) Ana ELIA (Université de Calabria, Italie) Reinaldo FLEURI (Université Fédéral de Santa Catarina, Florianoplois, Brésil) Marie Antoinette HILLY (université de Poitiers, France) Geneviève VERMES (Paris 8, France) Nicole CARIGNAN (Université du Québec, Montréal)
Fabienne RIO Les tribulations identitaires de FrancoAlgériens Représentations et enjeux des nationalités française et algérienne Codes, laïcité, éducation, football
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« Nous faisons partie les uns des autres »  Norbert Elias.La solitude des mourantsA toutes les personnes qui ont participé à l'enquête A mes amies Nora et Irène, Françaises, nées étrangères A Rémy et ses amis Ali, Allan, David, Dylan, Ismaël, Rama, Ziyad
1 IntroductionDe l’usage des notions d’« identité » et de « nation » « Toute vie sociale est régie par des logiques de différentiation permettant au groupe de se nommer, de s'affilier et de se différencier par le biais des relations qui l'engage. Les sciences sociales se sont attachées à montrer que ces différentiations sont une production sociale. Ainsi les hommes se différencient selon ce qu'ils croient être leur race. Terme dont le contenu est, lui aussi, historiquement construit ; au point d'édifier entre eux d'infranchissables frontières. Les groupes dominants disposent de la capacité de prescrire des assignations identitaires aux groupes dominés. Les logiques de 2 différenciations et de domination sont sans cesse articulées » . Ce n'est pas à la déconstruction de la notion de race que je vais m'attacher mais à celle de nation et de ses corollaires. Qu'est-ce alors que l'identité nationale ? Qu'est-ce que la nationalité ? Qui les définit ? Quel est ce sentiment d'appartenance collective, aspect émotionnel voire passionnel lié à ces notions que chaque citoyen devrait avoir, et parfois prouver ? Quand, comment, pourquoi, à quelles conditions apparaît-il, se manifeste-t-il ? Quel rôle fait-on jouer à cette identité aujourd'hui ? Pourquoi l'immigration y est-elle négativement associée ?Les deux premières questions ont inlassablement été l’objetème de vifs débats depuis le XIX siècle et jusqu'à ces vingt-cinq dernières années, que ce soit à l’oduccasion de réformes successives code de la nationalité française, de la construction européenne ou, le plus souvent, dans le cadre de polémiques récurrentes sur l’immigration toujours traitée comme un problème menaçant.Ainsi, dès le début des années 80 réapparaissait dans les discours d'extrême droite l'idée que la nationalité française était accordée trop facilement non seulement aux « immigrés » mais aussi à leurs enfants pourtant nés et/ou socialisés en France. Ils représentaient donc un danger pour « l'identité française ». A l'approche des élections législatives de 1986 la droite reprenait à son compte cette idée et élaborait un projet de réforme prévoyant un net renforcement du « droit du sang » qui attribue, telle un marqueur génétique, la 1 Ce texte est issu d'une thèse soutenue à l'université Denis Diderot en 1997. Elle a été remaniée afin de prendre en compte l'actualité récurrente sur le sujet. 2 A. Réa et Maryse Tripier.Sociologie de l'immigration. La Découverte, 2005. Coll. Repères 364. 7
nationalité française à la naissance si au moins l'un des parents est Français. Ceci au détriment du « droit du sol » par la suppression de l'article 44 qui donne aux enfants nés en France de parents étrangers, la nationalité française à leur majorité. La suppression du « double droit du sol » (art.23) - qui permet aux enfants d'Algériens nés en France d'être Français de naissance - était prévue mais, pour des raisons « techniques », ne fut pas retenue. L'acquisition de la nationalité française n'était plus un droit mais devenait une faveur accordée de manière discrétionnaire par le gouvernement. Cependant, fin 1986, face à un climat d'agitation sociale et politique importantes, le projet fut retiré. Ne renonçant pas pour autant à une réforme du code de la nationalité une Commission dite « des Sages », composée d'historiens, de sociologues, de philosophes, de représentants d'associations des droits de l'Homme, de clubs d'opinion, de personnalités devenues françaises tels la philosophe Hélène Carrère d'Encausse ou le cinéaste Henri Verneuil, fut nommée par le Premier Ministre, Jacques Chirac, le 22 juin 1987. Présidée par Marceau Long, vice-président du Conseil d'Etat, elle était chargée « d'apporter une réponse claire et sereine à la question d'une éventuelle réforme du code de la nationalité... » Un rapport fut rédigé dont les conclusions 3 devaient servir de fondement à un nouveau code . Les élections présidentielles de 1988 voient revenir la gauche au pouvoir et il n'est plus question de réforme. En 1993 une nouvelle cohabitation la remet immédiatement à l'ordre du jour. La loi « Méhaignerie », du nom du ministre de la Justice et garde des Sceaux, abroge le code de la nationalité existant depuis 1889 et réintègre, en le modifiant, cet élément du statut personnel dans de Code civil. Cette réforme, dont la vertu principale était de résoudre, comme par miracle, la crise de l'intégration et de « l'identité française » prétendument causée par les vagues d'immigration non européenne et non chrétienne, oblige les jeunes concernés à rendre consciente, par une démarche volontaire auprès des tribunaux, leur allégeance à la France. Cette manifestation de volonté trouve sa légitimité dans la conférence de E.Renan, Qu’est-ce qu’une nation?, rappelée avec insistance par le philosophe Alain Finkelkraut lors de son exposé devant la commission de la nationalité en 1987.En
3 Ce rapport a été publié sous le titreEtre Français aujourd'hui et demain. La documentation française, 1988, coll. 10/18. 8
parallèle les lois « Pasqua », alors ministre de l'Intérieur, visent à limiter l'immigration légale et à réprimer l'immigration clandestine.Si, depuis ces débats houleux, une dernière réforme de la nationalité - la loi Guigou de 1998 - annule cette démarche volontaire, il n’en reste pas moins que ces jeunes, nés et/ou socialisés en France, sont toujours considérés dans les représentations sociales comme étrangères de par leur « origine » culturelle, souvent liée à la religion musulmane, décrétée incompatible avec la laïcité et le paysage français (affaires de voile, oppositions à la construction de mosquées).D'autres faits, soigneusement mis en scène par les médias, viennent conforter ces représentations manichéennes de la réalité. Les attentats du 11 septembre 2001 à New York ont été analysés en s'appuyant sur la thèse de Samuel Huntington selon laquelle le monde est divisé en civilisations ontologiquement incompatibles entre elles, vouées à l'affrontement, faisant fi de la complexité des rapports de forces, des manipulations de toute sorte et de part et d'autres. Peu après, en octobre 2001 le match de football - vecteur populaire par excellence de la passion nationale - entre la France et l'Algérie a été présenté comme un symbole de réconciliation entre ces deux pays. Mais avant même le début du match, la « Marseillaise » fut conspuée. Puis, devant le score en faveur de la France (4-1), des supporters ème enroulés dans le drapeau algérien envahirent le terrain à la 76 minute, mettant fin prématurément au match. Ces actes ont été présentés comme le résultat de l'échec de l'intégration des Français d’origine algérienne qui seraient inéluctablement déchirés entre deux cultures, deux identités non reconnues, inconciliables, là aussi en perpétuel conflit. En 2004, sur fond de guerre en Irak, les affaires de voile, récurrentes depuis 1989, ont abouti à la loi sur le port des signes ostensibles avec pour effet de renforcer la stigmatisation des musulmans dans leur ensemble. En novembre 2005, des « émeutes » ont été déclenchées dans des banlieues populaires dans le nord-est de la région parisienne à la suite de la mort de deux jeunes garçons qui s'étaient réfugiés dans un transformateur électrique pour échapper à la police. Ces évènements ont été analysés par certains politiques de manière ethnicisante, expliquant la délinquance de nombreux jeunes par la polygamie ou par lesmanœuvresd'intégristes, minimisant les problèmes économiques et sociaux concentrés dans certaines villes de Seine-Saint-Denis ou des
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Yvelines. La réponse a été essentiellement sécuritaire : le retour à l’ordre public a été imposé par l’instauration de l’état d’urgence même s'il s'est accompagné d'une prise de conscience des difficultés économiques et sociales de ces villes ou quartiers perçus et vécus comme des lieux de relégation, faute d'une présence « républicaine » effective. En parallèle, s'est développée une polémique autour de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 incitant fortement les enseignants d'histoire à mettre en avant les bienfaits de la colonisation dans l'ancien empire colonial français. Cet article a suscité des réactions de certains historiens qui n'ont pas accepté qu'une loi leur impose le contenu de leur enseignement. Il les a ainsi renvoyés devant leurs responsabilités face à l'histoire coloniale qui souffre d'une grande méconnaissance, propice aux représentations négatives des ex-colonisés et aux discriminations. Ce fut le début de débats, de polémiques et nombreuses publications suscités par les réactions épidermiques provoquées par ces questions de mémoires dignes ou indignes 4 d'histoire . En mai 2005 la ratification à la constitution européenne génère un questionnement sur l'identité de l'Europe des 25. La dimension économique primant sur les dimensions culturelles et sociales trop abstraites, les Français exprimèrent leur refus de la constitution européenne. En mars 2007, en pleine campagne pour les élections présidentielles le candidat de l'UMP, N. Sarkozy, propose la création d'un ministère de « l'immigration et de l'identité nationale ». Il conforte alors la contradiction entre les deux notions et comble les attentes de Jean-Marie Le Pen, président du Front national, pour qui l'immigration est une menace constante pour cette identité en mettant 5 en avant le spectre du « communautarisme » . Et aux autres candidats
4 Cf. Catherine Coquery-Vidrovitch.Les enjeux politiques de l'histoire coloniale. Agone, Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire, 2009. 5 Cette notion politique et polémique renvoie dans son sens premier, né aux Etats Unis,à l’idée que l’individu n’existe pas indépendamment de ses appartenances culturelles, ethniques, religieuses ou sociales. En France il renvoie plutôt à des revendications culturelles et politiques de groupes minoritaires visant à promouvoir un projet socio-politique et à soumettre leurs membres supposés aux normes supposées propres de ces groupes respectifs, bref à contrôler leurs opinions, leurs croyances, leurs comportements.. Selon Pierre-André Taguieff il fonctionne aussi comme un opérateur d’illégitimation de revendications légitimes. Cf. C. Halpern. 10
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