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Les Tsiganes en Roumanie : des citoyens à part entière ?

De
144 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 220
EAN13 : 9782296306981
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Les Tsiganes en Roumanie: des citoyens à part entière?

Emmanuelle PONS

LES TSIGANES EN ROUMANIE:
DES CITOYENS À PART ENTIÈRE ?

Éditions L'harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Collection IIPays de l'Estll dirigée par Bernard Chavance

Roland, Economie politique du système soviétique, 1989. - Wladimir Andreff (ed.), Réforme et échanges extérieurs dans les pays de l'Est, 1990. - Pierre Dubois, Jeno Koltay, Csaba Mako, Xavier Richet (eds.), Innovation et emploi à l'Est et à l'Ouest: les entreprises hongroises et françaises face à la modernisation, 1990. - Jacques Sapir (ed.), L'URSS au tournant. Une économie en transition, 1990. - François Bafoil, Entreprises et syndicats en RDA: une histoire de l'émulation socialiste, 1991. - Commission des Communautés Européennes, La situation économique et les réformes en Union Soviétique: Stabilisation, libéralisation et dévolution de compétences, 1991. - Catherine Locatelli, La question énergétique en Europe de l'Est,

- Gérard

1992.
- Michel Roux (ed.), Nations, Etat et territoire en Europe de l'Est et en URSS, 1992. - Krystyna Vinaver (ed.), La crise de l'environnement à l'Est: Pays en transition et expérience française d'une économie mixte, 1993. - Elisabeth R. Najder, Une histoire de la monnaie polonaise, 1918-1992. Contrôle des changes et convertibilité, 1993. - Marie-Claude Maurel, La transition post-collectiviste. Mutations agraires en Europe centrale, 1994. - Frédéric Wehrlé, Le divorce tchéco-slovaque. Vie et mort de la Tchécoslovaquie, 1918-1992, 1994. - Bernard Chavance, Lafin des systèmes socialistes. Crise, réforme et transformation, 1994.

q;:; L'Harmattan, 1995 Isbn: 2-7384-3516-5

En mémoire d'un martyr oublié, "Un chant d'Auschwitz Muj suko jakha kale vust sudre achipen Ho chindo bi ogesqo bi lavesqo nanaj ni roipen" (Bouche sèche/yeux clos/lèvres cousues! silence/cœur brisé/sans douleur!sans parole! sans aucune plainte)

SOMMAIRE
INTRODUCTION I) De l'esclavage à l'assimilation I) Les origines de l'esclavage 2)La situation des Tsiganes en Transylvanie, Moldavie et Valachie 3)La fin de l'esclavage II)Les Tsiganes pendant la p~riode communiste I) Quel statut pour les Tsiganes? 2) Une politique d'assimilation 3) Les résultats de cette politique III) Une marginalisation économique et sociale croissante depuis 1989 ... 1) Les conséquences de l'économie de marché: une montée dramatique du chômage 2) Les activités liées au commerce. 3) Les risques d'identification d'une ethnie à une classe sociale IV) Quelle reconnaissance pour les Tsiganes? I ) Après 1989, la reconnaissance du statut de minorité nationale 2) Le rejet des Tsiganes en Roumanie 3) La politique des pouvoirs publics face aux Tsiganes 4) La montée de l'émigration vers l'Europe de l'Ouest CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE ANNEXES Annexe I Les principales minorités en Roumanie (1956-1992) Annexe 2 La population rom dans les pays d'Europe centrale et orientale Annexe 3 Situation de la parution des manuels élaborés dans les langues des minorités nationales Annexe 4 La part de la population rom dans la population totale par judete (recensement 1992) 9 13 15 19 27 31 33 .4 .4 55 57 69 75 85 87 99 115 123 131 135 139 139 140 141

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INTRODUCTION

De tous les pays européens, la Roumanie est sans doute celui qui abrite le plus de Tsiganes. Les chiffres disponibles diffèrent selon qu'ils émanent des associations tsiganes, des médias ou des recensements officiels. Le dernier en date Uanvier 1992) comptabilise 409.723 Tsiganes, soit 1,8% de la population roumaine, ce qui fait de la minorité tsigane la seconde minorité du pays après les Hongrois qui représentent 7,1 % de la population. Si ces chiffres, de l'avis même des autorités, sont très en dessous de la réalité, les estimations comprises entre 3 et 5 millions qu'avancent certains militants tsiganes semblent au contraire exagérer l'importance des Tsiganes en Roumanie. De manière plus raisonnable, la Fédération Ethnique des Roms de Roumanie pense que les Tsiganes seraient au nombre de 2,5 millions, soit 10% de la population totale, et pour d'autres observateurs, le chiffre peut encore être revu à la baisse: entre 1 et 1,5 millions. Ainsi dans l'étude qu'ils ont menée sur les Tsiganes de Roumanie l, Elena et CataIin Zamfir estiment le nombre de Tsiganes ayant encore un mode de vie traditionnel ou proche de la tradition à 1.010.000, c'est-à-dire 4,6% de la population roumaine. La fourchette est donc large lorsqu'il s'agit d'évaluer la population tsigane de Roumanie et ces écarts mettent d'emblée en évidence la difficulté de déterminer qui est Tsigane. Les Allemands les appellent zigeuner, signifie intouchable. les Roumains Tsigani, et les Hongrois Czigany. Tous ces mots dérivent eux-mêmes du grec Atinganoi qui

Elena et Catalin Zamfir, Tiganii: între ignorare si îngrijorare. Bucarest, Editura Alternative, 1993.

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Il s'utilise surtout dans les pays d'Europe de l'est, et n'est employé la plupart du temps que par les personnes qui n'appartiennent pas au groupe. Parce que le terme est souvent entouré de connotations péjoratives, les Tsiganes prétèrent l'appellation Rom, qui signifie dans le langage d'origine sanskrite, le romani, "homme", "homme marié" et dans un sens plus général, "personne qui appartient à notre groupe", "nous", par opposition au terme de "Gadzo", "Gadze", qui veut dire "eux", entendez par là les non Roms. Dans cet ouvrage, nous emploierons indifféremment les termes de Tsigane et de Rom. Cette étude terminologique est révélatrice à bien des égards des rapports complexes qu'entretiennent les Roms avec les communautés environnantes. Les Roms vivent dans des états dispersés et chaque communauté a greffé des éléments empruntés au pays, tout en gardant un mode de vie spécifique. Mais cette identité n'est pas toujours bien acceptée et l'histoire est jalonnée d'exemples de rejet et d'exclusion à l'encontre des Roms. En Roumanie, les Tsiganes (de Moldavie et Valachie) ont été réduits à l'esclavage jusqu'au siècle dernier et pendant la seconde guerre mondiale, l'idéologie nazie les a qualifiés de criminels irrécupérables et les a envoyés dans des camps de concentration. Aujourd'hui encore, la presse fait grand lieu des violences exercées contre les Roms, tout particulièrement en Roumanie, allant même jusqu'à parler de véritables pogroms. De tels termes peuvent paraître anachroniques depuis l'effondrement du régime de Ceausescu en 1989. Le nouveau gouvernement s'est en effet engagé dans une voie de démocratisation du pays et comme les états voisins, il est entré dans une période de transition économique synonyme d'une baisse importante du niveau de vie pour une grande partie des Roumains. Dans ce nouveau paysage, les Tsiganes occupent une place toute particulière. Ils sont à la fois le miroir grossissant des difficultés que traversent une société en voie de transition mais font en même temps l'expérience de problèmes tout à fait spécifiques qui s'inscrivent dans un long processus historique de marginalisation.

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Les chemins de la démocratie vont-ils enfin profiter aux Tsiganes et l'engouement suscité au lendemain de la chute du Conducator est-il toujours aussi vivace? Afin de comprendre leur place actuelle dans la société roumaine et les changements qui s'opèrent depuis l'effondrement du socialisme à l'est, il nous faudra au préalable s'arrêter sur deux moments importants de l'histoire qui structurent aujourd'hui encore la communauté tsigane: il s'agit d'une part des politiques assimilationniste (Transylvanie) et esclavagiste (Moldavie et Valachie) qui ont été menées jusqu'au milieu du siècle dernier, et d'autre part, de la situation des Tsiganes sous le régime communiste. A partir de là, il nous sera plus facile d'étudier leur situation économique et sociale depuis 1989 et d'apprécier les limites de la reconnaissance fraîchement acquise du statut de minorité nationale.

Il

Il DE L'ESCLAVAGE

A L'ASSIMILATION