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Les tsiganes (Tome I)

De
208 pages
Les Tsiganes, perçus comme l'incarnation absolue de l'altérité, sont rarement considérés pour eux-mêmes. "C'est à peine si on les regarde. On se regarde en eux." Le propos de cet ouvrage vise à déterminer, à travers cet exemple, les logiques qui consistent à assigner des individus à une identité déterminée, de démontrer que les personnes ne s'y laissent jamais totalement enfermer, et quant à parler d'identité de groupe, en chercher la teneur dans les réactions mêmes de ces acteurs.
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© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13758-5 EAN : 9782296137585
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Mathieu Plésiat
LESTSIGANES
EN ATION ET
TOMEI
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LHarmattan
ÉAGTION
Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des pra ticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collectionLogiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théori que aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions  Eric DACHEUX (dir.),Vivre ensemble aujourd'hui : Le lien social dans les démocraties pluriculturelles, 2010. Martine ABROUS,Se réaliser. Les intermittents du R.M.I, entre activités, emplois, chômage et assistance, 2010. Roland GUILLON,Harmonie, rythme et sociétés. Genèse de l'Art contemporain, 2010. Angela XAVIER DE BRITO,L'influence française dans la socialisation des élites féminines brésiliennes, 2010. Barbara LUCAS et Thanh-Huyen BALLMER-CAO (sous la direction de),Frontières du genre. La division public-privé enLes Nouvelles question, 2010. Chrystelle GRENIER-TORRES (dir.),L'identité genrée au cœur des transformations, 2010. Xavier DUNEZAT, Jacqueline HEINEN, Helena HIRATA, Roland PFEFFERKORN (coord.),Travail et rapports sociaux de sexe. Rencontres autour de Danièle Kergoat, 2010. Alain BERGER, Pascal CHEVALIER, Geneviève CORTES, Marc DEDEIRE,héritages et développement rural en EuropePatrimoines, , 2010. Jacques GOLDBERG (dir.),Ethologie et sciences sociales, 2010. M. DENDANI,La gestion du travail scolaire. Etude auprès de lycéens et d'étudiants, 2010. Françoise CHASSAGNAC,Les sans-abri à La Rochelle de nos jours, 2010.
SOMMAIRE
Introduction Du sujet « tsigane » à lobjet détude ..............................................9 Chapitre I La « question tsigane » ..................................................................37 1. Létude des dispositions institutionnelles ............................39 2. La politique dexclusion ......................................................46 3. Les politiques dinclusion ....................................................53 4. Sédentarisation et déportation pendant la Seconde Guerre mondiale .................................................................................64 5. La politique de conversion...................................................82 Chapitre II Le champ de la « question tsigane » ..............................................99 1. Le « discours nationaliste rom » ........................................102 2. La réception du discours nationaliste rom .........................115 3. Le champ de la « question tsigane »........................................133 Chapitre III Lidentité sous langle de laltérité ..............................................149 1. Lautre à lextérieur de lÉtat-nation : lanthropologie et les fondements modernes de laltérité..........................................152 2. Lautre dans lÉtat-nation : la sociologie et le paradigme de lintégration ............................................................................167 Conclusion ...................................................................................189
ICDTUIROONNT
DU SUJET«TSIGANE»À LOBJET DÉTUDE
À lévocation du mot « tsigane » est associé spontanément un ensemble de représentations dans lequel se mêlent des indices didentification clairs généralement partagés par tous. Et pourtant rien nest plus obscur que ce sujet qui se donne si facilement à voir et qui échappe à chaque fois que lon tente de le saisir. Sur ce point, les tentatives de quantification pointent des contradictions éloquentes. Il arrive, constate Jean-Pierre Liégeois qu«entre les données officielles, fondées sur les recensements et les évaluations établies selon dautres sources, le nombre de Roms varie de 1 à 5»1. Rappelons aussi la variété des dénominations : « Tsigane », « Rom », « Gens du voyage », « Gitan », « Bohémien », « Nomade », etc., supposées désigner un même groupe. Pour nous en tenir à celles de « Tsigane » et de « Rom », elles signifient selon lemploi de lune ou de lautre des points de vue différents : soit lon met laccent sur le processus de catégorisation extérieure dont des groupes de personnes ont fait lobjet dans lhistoire et qui les caractérise désormais en tant que tels (les « Tsiganes »), soit lon insiste sur lappartenance de ces personnes à une unité nationale dont les fondements politiques sont relativement récents (les « Roms »). Sagissant des apories de la quantification, évoquons à titre dexemple quelques résultats : en Bulgarie le nombre des membres                                                      1Jean-Pierre Liégeois, « Les Roms au cur de lEurope », inMinorités à lEst.  Variations sur la reconnaissance identitaire, Le courrier des pays de lEst, n° 1052, nov.-déc. 2005, La documentation française, Paris, p. 20.
INTRODUCTION
de la population tsigane est passé de 148 000 en 1965 à 313 000 en 1992 ; en Hongrie, entre 1971 et 1993, le nombre de Tsiganes a augmenté de 50 % ; en Roumanie, le nombre de Tsiganes augmenta de 80 % entre 1977 et 1992 ; en Tchécoslovaquie, cependant, le nombre de Tsiganes baissa de 62 % entre 1980 et 19922. Selon Alain Desrosières, quantifier consiste à «exprimer et faire exister sous une forme numérique ce qui, auparavant, était exprimé seulement par des mots et non par des nombres»3. Sagissant de catégorie « ethnique », le passage dune représentation littérale à une représentation numérique peut être réalisé par lintermédiaire de deux méthodes : la catégorisation des personnes par des enquêteurs, ou lauto-identification des personnes elles-mêmes à une catégorie. Ces deux méthodes néanmoins naboutissent pas aux mêmes résultats. Dans le premier cas, les critères « objectifs » didentification permettant dinférer lexistence dun groupe ethnique font, dans le cas des Tsiganes, cruellement défaut. Ainsi, lors dun recensement effectué en 1993 en Roumanie les chercheurs se servirent à la fois des listes électorales et des critères considérés comme « objectifs » tel que «le style de vie traditionnel»4. Dans les recensements hongrois effectués par lOffice central de la statistique en 1993 et par un groupe de chercheurs en 1993-1994, le « style de vie » fut également utilisé comme critère didentification5. Dans le cas dun recensement effectué en 1995 en Bulgarie, un échantillon a été établi à partir du nombre dindividus identifiés comme
                                                     2Chiffres rapportés par le Rapport de la réunion « Roma and Statistics », Project on Ethnic Relations, Strasbourg, 22-23 may 2000,htt:pww//pew.r-usa.org/reports/PERStrasbourg.pdf, p. 21. 3Alain Desrosières, Sandrine Kott, « Quantifier », inQuantifier, Genèses, n° 58, Éditions Belin, Paris, Mars 2005, p. 2. 4E. Zamfir et C. Zamfir, « The romany population. Socio-economic situation and coordinates of a support Programme », Centre of economic, Information and documentation, Bucharest, 1993, cité dans « Roma and Statistics », op. cit., p. 20. 5 WhoJ. Ladanyi et I. Szelenyi, « is Rom? », Kritika, Mars 12, 1997, cité dans « Roma and Statistics »,Ibidem, p. 20.
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