Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 22,88 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Les vacances et l'animation

De
326 pages
Après une exploration de la notion de vacances d'un point de vue historique, sociologique et économique, l'analyse aborde des thèmes tels que la démocratisation des vacances, la "colonie" comme lieu emblématique, les vacances en tant que pratiques sociales territorialisées, l'encadrement des vacances, et par là même la formation des animateurs qui l'assurent. Voici une vision panoramique de l'animation dans le champ vacancier.
Voir plus Voir moins

LesVacancesetl’Animation
Espaces de pratiques et représentations sociales???? ?? ????????? ??
LucGREFFIER
LESVACANCES
ETL’ANIMATION
Espaces de pratiques
et représentations socialesDessindecouverture
« Représentations vacancières » réalisé par les étudiants de l’IUT Michel de
Montaigne, ?lière «Animation des Territoirespar les Loisirs »
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54740-7
EAN : 9782296547407Sommaire
LESAUTEURS......................................................................................................11
AVANT-PROPOS..................................................................................................15
ENGUISED?OUVERTURE.UNEAPPROCHESENSIBLEDES
VACANCES............................................................................................................17
Luc GREFFIER
1°PARTIE:EXPLORERLANOTIONDEVACANCES
DESVACANCESPOURRENOUERLELIENSOCIAL.................................35
AndréRAUCH
COMPRENDREPOURANIMERLESVACANCES.PERSPECTIVES
QUEBECOISES.....................................................................................................47
Jean-Marie LAFORTUNE
APPROCHESOCIOLOGIQUE DUBONHEURVACANCIER.....................59
PierrePERIER
LESVACANCESDESFRANÇAIS:UNEANALYSESOCIO-
ECONOMIQUE.....................................................................................................69
GillesCAIRE
2°PARTIE:LESVACANCES,UNEDIMENSIONPOLITIQUEANEPAS
OUBLIER
LADIMENSIONSOCIALEDESVACANCESPASSEEAUCRIBLEDES
POLITIQUESPUBLIQUES.................................................................................87
Ludovic FALAIX
LESVACANCESDESENFANTSETDESJEUNES:UNENJEUPUBLIC
OUUNEAFFAIREFAMILIALE?...................................................................101
Isabelle MONFORTE
HISTORIQUEDESPOLITIQUESVACANCESDESCAFDONTLACAF
DELAGIRONDE................................................................................................113
DominiqueCORNUet AnnickBERSIHAND
VERSUNEREORGANISATIONDESACTEURSDUSOUTIENAUX
VACANCESSURLESTERRITOIRES............................................................119
ValérieDULIN3°PARTIE:LACOLONIE,UNLIEUSYMBOLIQUEDESVACANCES
D?ENFANTSETDEJEUNES
DELACOLONIE«POLITIQUE»ALACOLONIE«EDUCATIVE»:LE
CASDELACOLONIECOMMUNISTED?IVRY-SUR-SEINE,1925-1960
................................................................................................................................131
Laura LeeDOWNS
LESCOLONIESDEVACANCES:QUELAVENIRPOURCESESPACES
COMPLEMENTAIRESDEL?ECOLE.............................................................145
EtienneSALIN
«TOUCHEPAS»AMONINTIMITE!...........................................................151
AnneLAUGAAetDidier LAUGAA
LESCOLOS,UNESPACEEDUCATIFAPARTENTIERE:PAROLESDE
JEUNES.................................................................................................................163
Jean-Yves L?HELGOUALC?Het Dominique LOUVEL
4°PARTIE:LESVACANCES,DESPROJETSDETERRITOIRES
ANIMATION ETTERRITOIRETOURISTIQUE: DELARESSOURCE
TERRITORIALEAUPROJETDETERRITOIRE.........................................173
AlainESCADAFALetJean-LucBOULIN
LES«AILESDESAISON»SONT-ELLESDESIRABLESPOURLE
TERRITOIREETL?ANIMATIONCULTURELLE?....................................183
FrançoisPOUTHIER
DESPOLITIQUESEDUCATIVESLOCALESCONSTRUITESSURLA
DIMENSION«VACANCES»............................................................................197
MichelCASSE
5°PARTIE:LESVACANCESETLESANIMATEURS,FORMATIONET
REPRESENTATIONS
LESVACANCESDETOURISMEETTRAVAIL,EDUCATIONOU
CONSOMMATION?..........................................................................................205
SylvainPATTIEU
VACANCEDESVACANCESDANSLESFORMATIONSA
L?ANIMATION?.................................................................................................217
Jean-Luc RICHELLEL?ANIMATIONVOLONTAIRE,ELEMENTFONDAMENTALDES
ACCUEILSCOLLECTIFS DEMINEURS(ACM).........................................229
VincentCHAVAROCHEetAlainGHENO
REPRESENTATIONSETPRATIQUESDESANIMATEURSDANS
DIFFERENTSCONTEXTESDELOISIRS......................................................237
StéphanieCONSTANSetEmmanuèleGARDAIR
FORMATEURS,LEJEUDESREPRESENTATIONSETDESPRATIQUES
................................................................................................................................249
BaptisteBESSE-PATIN
DEL?ANIMATIONAL?ACCOMPAGNEMENTDEPROJETS..................261
KamelTALBI
6°PARTIE:VACANCES,DESUNIVERSADECOUVRIROUAMIEUX
CONNAITRE
LESVACANCESENCHINE,ENTREPETITSETGRANDS
CHANGEMENTS................................................................................................271
EricCATTELAINetWangWEI
QUELQUESREPRESENTATIONSAUTOURDESNOTIONSDE
VACANCESETSITUATIONSDEHANDICAP.............................................289
LaurenceROY
TIEMPODEVACACIONES,TIOMPODEANIMACION:
APROXIMACIONAALGUNESPROPUSTASVIGENTESENARAGON299
Daniel REULA
CONCLUSION
LESVACANCES:QUELQUESREMARQUESETQUESTIONSPOURNE
PASCONCLURE.................................................................................................315
MichelTOZZILesAuteurs
Annick BERSIHAND, Conseillère, Caisse d?Allocations Familiales de
Gironde.
Baptiste BESSE-PATIN, Formateur, membre des Centres d?Entrainement
auxMéthoded?EducationActive(CEMEA).
Jean-Luc BOULIN, Directeur de la Mission des Offices de tourisme et
Pays touristiques d?Aquitaine (MOPA), Professeur associé à l?Institut
d?Aménagement,deTourismeetd?Urbanisme,UniversitédeBordeaux3.
Gilles CAIRE, Maître de conférences HDR de Sciences économiques ?
CRIEF (EA 2249) ? Université de Poitiers, auteur de «Quels modes
d?évaluation de l?utilité sociale ? L?exemple du tourisme associatif »,
Rapport à la Délégation interministérielle à l?économie sociale (DIES),
2005.
Michel CASSE, Délégué national FRANCAS, chargé de la région
Aquitaine.
Eric CATTELAIN, Docteur en linguistique, maître de conférences associé,
IUT MicheldeMontaigne.
Vincent CHAVAROCHE, Département Vacances Loisirs des Centres
d?Entrainement auxMéthodesd?EducationActive(CEMEA).
Stéphanie CONSTANS, Maître de conférences en psychologie, IUT de
Rennes 1, département Carrières Sociales, Laboratoire de psychologie:
éducation,cognition,développement,UniversitédeNantes(EA3259).
Dominique CORNU, Conseillère, Caisse d?Allocations Familiales de
Gironde.
LauraLeeDOWNS, Directrice d'études, Centre de Recherches Historiques,
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, (EHESS), auteur de
«Histoire des colonies de vacances de 1880 à nos jours », éditions Perrin
(2009).
Valérie DULIN, Responsable des appels à projets, association Vacances
Ouvertes.
-11 -Alain ESCADAFAL, Maître de conférences, Institut d?Aménagement, de
Tourisme et d?Urbanisme, Université de Bordeaux 3, Directeur du master
professionnel Aménagement et Gestion des Equipements, Sites et Territoires
touristiques.
LudovicFALAIX,Conseillerd?ÉducationPopulaire etdeJeunessedétaché,
LaboratoireSET-UMR5603,UniversitédePau etdesPaysdel?Adour.
Emmanuèle GARDAIR, Maître de conférences en psychologie, IUT de
Troyes, département Techniques de Commercialisation, Laboratoire de
psychologie: éducation, cognition, développement, Université de Nantes
(EA 3259) et Laboratoire de psychologie appliquée, Université de Reims
(EA4298).
Alain GHENO, Département Vacances Loisirs des Centres d?Entrainement
auxMéthodesd?EducationActive(CEMEA).
Luc GREFFIER, Maître de conférences, coordinateur du pôle carrières
sociales ISIAT, IUT Michel de Montaigne, ADES-CNRS, auteur de
« L?animation des territoires, les villages de vacances du tourisme social »
éditionsdel?Harmattan(2006).
Jean-Marie LAFORTUNE, Professeur, département de communication
sociale et politique, Université du Québec à Montréal, auteur de «
Introduction aux analyses sociologiques du temps hors travail » (PUQ,
2004) et rédacteur en chef de la revue Animation, territoires et pratiques
socioculturelles.
AnneLAUGAA,Psychologueclinicienne,docteurenpsychologie.
Didier LAUGAA, Maître de conférences en Psychologie, IUT Michel de
Montaigne,ADES-CNRS.
Jean-YvesL?HELGOUALC?H, Délégué national de l?association Jeunesse
auPleinAir(JPA).
DominiqueLOUVEL,Psychologue.
Isabelle MONFORTE, Chargée d?études, Observatoire des Vacances et
desLoisirsdesEnfantset desJeunes(OVLEJ).
-12 -Sylvain PATTIEU, Maître de conférences en histoire, Université Paris 8,
auteur de « Tourisme et Travail, de l?éducation populaire au secteur
marchand (1945-1985)»,éditions:lesPressesdesciencesPo(2009).
Pierre PERIER, Professeur de Sciences de l?éducation, Université de
Rennes-2, auteur de « Vacances populaires. Images, pratiques et mémoire »,
éditionsdesPressesUniversitairesdeRennes(2000).
François POUTHIER, Directeur de l?Institut Départemental de
Développement Artistique et Culturel de Gironde (IDDAC), chargé de cours
IEP-UniversitéMontesquieuBordeaux.
André RAUCH, Professeur Emérite, Université de Strasbourg, auteur de
«Vacances en France de 1830 à nos jours », éditions Hachette Pluriel,
2001.
DanielREULA,Institutd?EtudesPolitiqueetSocialed?Aragon.
Jean-Luc RICHELLE, Maître de conférences en géographie, chef du
départementCarrièresSociales del?IUT MicheldeMontaigne,Universitéde
Bordeaux3,ADES-CNRS.
Laurence ROY, Educatrice spécialisée, responsable du pôle culture,
tourisme et loisirs, au Groupement pour l?Insertion des Handicapés
Physiques(GIHP-Aquitaine).
Etienne SALIN, Directeur de l?Association Régionale des ? uvres
Educatives et de Vacances de l?Education Nationale (AROEVEN
Aquitaine).
KamelTALBI,Responsabledeformation, associationVacancesOuvertes.
Michel TOZZI, Professeur émérite, Université de Montpellier 3, expert
auprèsdel?UNESCO.
Wei WANG, ancien étudiant CIRIMM, IUT Michel de Montaigne,
doublebenkeenChine:Anglais -EconomieetCommerceInternational.
-13 -Avant-propos
Cet ouvrage est issu des travaux relatifs au colloque organisé à Bordeaux les
124 et 25 janvier 2011 par l?équipe de l?ISIAT , département carrières
2socialesdel?IUT Michel de Montaigne, l?UMR-ADES n°5185duCNRSet
3leCRAJEP Aquitaine.
Cette manifestation, la vingt-sixième programmée depuis 1979 par le
département carrières sociales, a accueilli plus de 170 personnes et a été
l?occasion d?échanges fructueux autour de la place et des enjeux de
l?animation professionnelle et de son corollaire l?animation volontaire au
seindesespaces-tempsvacanciers.
Neuf conférences plénières et vingt-deux communications présentées dans le
cadre de cinq ateliers-débats ont mobilisé treizechercheurs d?horizon
géographique différent(Bordeaux, Montpellier, Paris, Poitiers, Rennes,
Strasbourg, Troyes, Montréal «Québec ») et dix-huit acteurs de l'Education
Populaire et représentants institutionnels (Conseil Régional d?Aquitaine,
CAF 33, Opérateurs du Gouvernement d?Aragon? ),dans un environnement
animé par la librairie «la Tartinerie de Sarrant » et par les étudiants du
département carrièressociales.
Ces deux journées très denses et studieuses, suivies par un public attentif et
impliqué, ont montré toute la pertinence de la mise en commun des travaux
de recherche et des expériences des praticiens dans une dynamique où les
clivages traditionnels entre théorie et pratique ont laissé place à une
complémentarité dialectiqueentresavoirsetsavoirsd?actions.
Cette approche originale, ardemment défendue par l?équipe de l?ISIAT,
favorise le mouvement de va-et-vient entre le vécu, la pratique et la pensée,
s?inscrit volontairement dans une perspective de reconnaissance partagée et
participeàl?actualitéd?unevéritable«UniversitéPopulaire».
ClotildedeMONTGOLFIER,Directricedel?IUT MicheldeMontaigne.
1InstitutSupérieurd?Ingénieurs-AnimateursTerritoriaux.
2 Unité Mixte de Recherche, Aménagement, Développement, Environnement, Santé Société,
maisondesSuds.
3ComitéRégionaldesAssociationsdeJeunesseetd?EducationPopulaire.
-15 -Enguised?ouverture.Uneapprochesensibledes
vacances
LucGREFFIER
Il faut remonter à plus de 20 ans en arrière dans les intitulés des colloques
organisés par le département carrières sociales de l?IUT Michel de
Montaigne pour retrouver une thématique proche de celle que cet ouvrage se
propose d?explorer. En 1984 nous discutions du « Temps libre, enjeu
économiqueet social », en 1986 des « Nouveaux loisirs d?activités physiques
et sportives», en 1987 des « Tendances et prospectives pour l?animation et
les loisirs », mais depuis, nous n?avions plus investi spécifiquement le
champdestempslibresoudesvacances,peut-être parcequ?ilpeutapparaitre
trop superficiel. Les vacances sont trop souvent regardées de façon légère,
les dimensions ludique et hédoniste qu?elles contiennent débordant alors sur
tout ce qui les côtoie, y compris la recherche. Cela peut entrainer des
glissements du côté de l?approche scientifique qui, comme l?écrit Saskia
Cousin (2010), «exacerbent la dimension auto-ethnographique descultural
studies (? ) au point parfois de réduire l?apport des contributions à
l?examen des pratiques et des sentiments du chercheur en situation
d?interaction touristique ». La recherche sur les vacances se confondrait
ainsi avec les vacances du chercheur, tout l?art de celui-ci étant de
transformersespropres vacancesenterraind?étude.
Considérant les besoins humains selon un modèle hiérarchisé (Maslow,
1943), nous pourrions en déduire que les vacances neseraientque «la cerise
sur le gâteau », qu?elles ne représenteraient comme le dit Gabriel
Wackermann (2001), que l?expression « d?une mobilité humaine et sociale
fondée sur un excédent budgétaire susceptible d?être consacré au temps
libre passé à l?extérieur de sa résidence principale ». Sujet sensible et
ambigu, les vacances sont encore cet objet mal aimé par le Journaliste
américain Ted Stranger (2010), qui, dans son ouvrage intitulé «Sacrées
vacances, une obsession française » montre, en instruisant uniquement à
charge le «procès des vacances », son incapacité d?appréhender dans sa
globalité cette pratique devenue en France et en seulement quelques
décennies (il faut rappeler ici que nous fêtons cette année le soixante-
quinzième anniversaire des congés payés) un phénomène de masse
accessible au plus grand nombre, une «méta-culture partagée » selon
l?expressiondeJeanViard(1998).
-17 -Les vacances demandent pour d?autres un investissement sans mesure, un
4engagement total, sacerdotal presque. Elles peuvent être à ce titre perçues
comme un moment incontournable qui ponctue le cours de la vie, qui
participeàuneréinjectiondesrythmessaisonniersnaturelsdanslequotidien.
L?été, le soleil et la mer, l?hiver, la neige et les sports de glisse, deviennent
ainsi des marqueurs temporels et sociaux distinguant ceux qui partent en
vacances de ceux qui restent chez eux et parmi ceux qui partent, distinguant
égalementles mono-partantsdespluri-partants.
Les vacances peuvent êtreconsidérées comme des temps de ressourcement,
de développement volontaire (Dumazedier, 1962), de récréation ou de re-
création(Knafouetalii,1997).Elles offrentl?opportunitéd?assouvirlestrois
5types de besoins identifiés par David Mc Clelland (1961) : les besoins de
réalisation, qui renvoient ici à l?accomplissement, à l'envie de partir et de
réussir ses vacances; les besoins de pouvoir, qui font référence à la
puissance décisionnaire de l?individu durant cette période où l?on est plus
particulièrement maître de son destin ; les besoins d'affiliation, qui se
traduisent par le renforcement et la diversification des relations sociales, tant
familialesqu?extra-familiales.
Comme le narre l?écrivain Finlandais Arto Paasilinna (2003) à propos d?un
groupe de personnes à l?esprit suicidaire voyageant en autobus «le long
voyage en compagnie de camarades d?infortune leur avait redonné envie de
vivre. (? ) Sortir de leur univers étriqué leur avait ouvert de nouveaux
horizons. (? ) L?avenir s?annonçait bien plus radieux qu?on aurait pu
l?imaginer au début de l?été. » Ainsi, la parenthèse générée par le voyage, le
séjour vacances, serait un puissant vecteur de transformation. Cette
perspective transformatrice des vacances n?est pas sans rappeler les
processus ou rites de passage, au sens où les anthropologues les définissent à
partir du triptyque (préparation ? séparation ? réintégration), le rite devant
êtreicirégulièrementrenouvelé.
Pouruneépistémèsensibledesvacances
Afin d?éviter de sombrer dans la banalité racontée des vacances, véritable
mot «valise» qui transporte les outils de l?expériencevacancière : le sac à
dos, le guide touristique avec sa carte, et l?appareil photo (Ladwein, 2002),
et considérant la réalité vacancière comme fabriquée à travers des pratiques
spatiales au nombre desquelles on peut compter l?expérience sensorielle,
4 Michèle LACRANQUETTE, colloque des Départements Carrières Sociales, Rennes,
octobre2010.
5 Dans une étude qui fait ressortir trois types de besoins faisant motivation (il est vrai) au
travail. » cf. Sylviane FRITZ, Moi et le management ? Être l'acteur de son développement
personnel,DeBoeckUniversité,p. 67.
-18 -celle du marcheur qui actualise l?espace au cours de sa déambulation (de
Certeau, 1990), nous nous proposons de papillonner sur une poétique
vacancière. Acceptezici, comme une invitation à voyager dans le monde des
cultures et des représentations vacancières, à arpenter, à la manière de David
Lebreton, «la planète des sens qui donne à entendre la relativité de nos
univers sensoriels ». Nous nous proposons d?arpenter les territoires du goût,
de l?odorat, de la vue, du toucher et de l?ouïe. Peut-être, nous risquerons
nous même à poursuivrel?explorationdespaysagessensoriels vacancierspar
l?évocationd?unsixièmesens!
Commençonsainsinotrepérégrinationsensibleparlegoût.
Legoûtdesvacances
Le goût des vacances est influencé par la saisonnalité de celles-ci. Du point
de vue de l?alimentation, l?arrivée de l?été et de la hausse des températures
concomitante avec celle des fruits et légumes de saison sur les étals des
marchés, invitent le vacancier à consommer des nourritures colorées et
parfumées. En été, la cuisine des vacances est légère, elle se consomme en
plein air, elle est l?occasion d?un exotismeraisonné, on s?y autorise la
nouveauté ou l?expérimentation, on y réinjecte des pratiques et coutumes
locales qui deviennent parfois incontournables au point de faire douter de la
crédibilité de son séjour si le vacanciers ne s?y est pas soumis. Cette
dimension culturelle de l?alimentation vacancière est aussi perceptible dans
les régimes hivernaux, qui nous autorisent, sous prétextes de résister aux
frimas et à la dépense énergétique engendrée par nos activités physiques, à
oublierlesv? uxde mesurequenousfaisonslorsdelanouvelleannée.
Du pointde vue de la pratique, le goût des vacances a débuté de façon
fugitive, tout en douceur. Jusque dans les années trente, les vacanciers
étaient quelques rares privilégiés qui avaient les moyens d?interrompre
librement leurs activités régulières. La promulgation de la loi sur les congés
payés en 1936 a institutionnalisé pour l?ensemble des salariés un temps de
liberté face aux contraintes du travail et c?est réellement à partir des années
cinquante que s?est affirmé le développement des pratiques de départ en
vacances.
Le goût des vacances s?estpris et appris très vite. Comme l?a écrit François
Simon (2010) « il commence probablement à l?école. Aux derniers jours de
l?année, lorsqu?on revenait lentement après la classe. C?était sans doute la
première leçon, celle de désapprendre, de n?avoir rien à faire. Les vacances,
ce pourrait être ce rythmeinsolent dans son indolence. L?oisiveté est le vice
detouteslesmers. »
En quelques dizaines d?années, le tourismede classe est devenu tourisme de
masse. L?effet de nombre sous-entendu par cette dernière appellation s?est
traduit dans les faits par une évolution des pratiques que l?on peut structurer
endeuxétapes:
-19 -- la première étape (1950 - 1995) a été celle de la démocratisation de
l?accèsauxloisirset aux vacances.Letaux dedépartrégulier,évalué
aux alentours de 15% en 1950 et de 40% en 1961, a évolué d?après
les données de l?INSEE selon une fonction croissante pour atteindre
662%en1994 ;
- la seconde étape (de 1995 à nos jours) a été celle de la superposition
des usages vacanciers et de temps libre mais également celle de
l?émergence d?une culture de liberté individuelle. La tendance
marquante de cette période (quelles que soient les sources
7statistiques observées) est celle de la diminution des taux de départ,
comme « si les évolutions des modes de vie offraient d?autres
possibilités deloisirs qui ne sont pas liées àla nécessité duvoyage »
(Viard, 2002), de sorte que le niveau record de 68,7% de partants
(base d?enquête CREDOC) réalisé au cours de l?année 1996, semble
aujourd?huiinégalable.
75
Source :SDT(direction
du Tourisme,TNS
Sofres)Français de 1570
ans etplus uniquement
Source :SDT(direction
65
du Tourisme,TNS
Sofres)Résidents de 15
ans etplus
60
Source :DGCIS-INSEE,
enquête SDT,Résidents
55 de 15 ans etplus
Source :CREDOC,50
ensemble de la
population
45
Source :INSEE(1964-
1994),ensemble
40 population française
années deréférence
Evolutioncomparéedes tauxdedépart en vacancesselonles donnéesdisponibles,Luc
Greffier, novembre2010.
Le goût des vacances est pour certains de nos contemporains un goût amer.
Etre en vacances ou partir en vacances ne sont pas synonymes pour tout le
6 Fin de la série statistique concernant l?ensemble de la population française dont les
déplacementstouristiquescomportentquatrenuitsetplus endehorsdudomicileprincipal.
7 Quatre chronologies de données sont aujourd?huidisponibles : CREDOC, ensemble de la
population française(1985-2009); SDT (directiondu Tourisme, TNS Sofres) Français de 15
ans et plus uniquement (1993-2004);SDT (direction du Tourisme, TNS Sofres) Résidents de
15 ans etplus(2004-2007) ; DGCIS-INSEE, enquête SDT, Résidents de15 ans etplus (2005-
2008).
-20 -
1950
1964
1975
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2003
2005
2007
2009
taux dedépartmonde: ce sont les cadres et professions intellectuelles supérieures qui
8partent le plus (90%) , les ouvriers et les agriculteurs qui partent le moins
(respectivement48%et38%).
Ainsi, chaque année, une vingtaine de millions de personnes ne partent pas
et ceux qui partent le moins, on peutaisément le comprendre, sont ceux qui
ontlesrevenuslesplusfaibles.
L?odeurdesvacances
L?odeur des vacances est avant tout une odeur de maison familiale, une
odeur de «chez soi » ou de «chez ses amis », plus de 70% des séjours en
France sontréalisés dans ce contexte familial ou amical, c?est-à-dire sans
passer par des prestataires professionnels d?hébergement (hôtellerie,
camping,villages de vacances? ). Ces pratiques concernent 55% des
Françaisqui voyagent enFrance et35% deceuxqui voyagent àl?étranger.
L?odeur des vacances, celle tout au moins des vacances estivales, est
9massivement celle des effluves marins. En 1999 36% des français passaient
leurs vacances en bord de mer, 24% à la campagne, 18% à la montagne, et
14% en espace urbain. Mais les pratiques évoluent, les odeurs dominantes se
transforment. En 2009, la hiérarchie des espaces touristiques semble avoir
10changée : 33,3% des nuitées touristiques ont été passées en espacelittoral
qui reste celui privilégié des français, 31,4 % se sont déroulées à la
campagne, 21,3% en ville et 14,0% à la montagne qui ne représente plus que
laquatrièmedestination.
Si les français «abandonnent » les odeurs de leur ville résidentielle pour
partir en vacances (les taux de départ augmentent en fonction de la taille de
l?agglomération de résidence) ceux-ci ne fuient pas pour autant les espaces
urbains.
En effet, une analyse plus fine des localisations vacancières dans les quatre
espaces touristiques précités montre que le «littoral urbain»et les «stations
de montagne » accueillent l?un comme l?autre une part importante des
nuitées (39% des nuitées réalisées sur le littoral le sont en littoral urbain,
47% des nuitées réalisées en montagne le sont dans les stations).
L?agrégation (sûrement risquée) de ces données (urbain, littoral urbain,
stations de montagne) laisserait penser que 40,8% des nuitées de vacances
sont réalisées dans des environnements urbains, ce qui positionnerait en fait
cetespace aupremierrangdesdestinationstouristiques.
8Selonl?INSEE(annéederéférence2004).
9Selonl?INSEE(enquêtesur les conditionsdeviedesménages).
10Source:enquêteSDT(DGCIS) publiéedansleschiffresclésdu tourisme2010.
-21 -LesespacestouristiquesfréquentésparlesFrançais.
Source: leschiffres clésdu tourisme, édition 2010
Lavuedesvacances
La vue des vacances est celle d?un ciel ensoleillé filtré par des lunettes à
verres teintés. La vue des vacances est aussi celle qui est mise en scène par
le cinéma. Depuis le film de Jacques Tati «Les Vacances de monsieur
Hulot » sorti en 1953, qui montre l?inconsistance des vacances à une époque
où celles-ci deviennent un rite annuel, jusqu?à «Fais-moi des vacances » de
Didier Bivel sorti en 2002 où l?on entend le jeune Lucien dire à son copain
Adama: « Y?en a marre d?être ici, moi ce qui m?énerve le plus, c?est que
tout le monde part en vacances et que nous on reste ici. Bin ça, ça fait
comme si j?étais jaloux », on ne compte plus les films qui font l?éloge ou
plus souvent la critique des pratiques vacancières à l?instar de la trilogie de
Patrice Leconte, dont le premier opus «Les bronzés » (1978) estdevenu un
classiqueducinémapopulaire.
La vue des vacances est aussi celle des images publicitaires incontournables
danslespaysagesurbainsetquinousdonnentàvoir:
- tantôt les trois éléments au c? ur des représentations vacancières
estivales: la mer, le sable et le soleil, surf wayof life californien des
années soixante; triptyque vacancier détourné en 1977 par Serge
Gainsbourg qui substituait alors au sable une variable humaine en
chantant «Sea, sex and sun - le soleil au zénith (? ) petite, je
ressuscite»;
- tantôt les trois éléments des représentations hivernales : le soleil, la
neigeetleski.
-22 -Si cette dernière représentation fonctionne «Cet hiver oubliez tout, prenez
de l?altitude? » nous annonce une campagne publicitaire pour la «Savoie
11Mont-Blanc» , elle reste majoritairement déconnectée de la réalité des
12pratiques, puisque seulement moins de 9 % de la population française
fréquentelessportsd?hiver.
A l?opposé des apparences distinctives des équipements vestimentaires
hivernaux, les visions vacancières sont également celles des corps qui se
dévoilent. Mais pour certains, cette exposition dépasse les limites. Voulant
réagir à l?envahissement des plages par des corps féminins dévoilés,
l?Observatore Romano (Lejournal du Vatican), proclamait en 1951 : «les
13Chevaliers de l?Apocalypse apparaitront sans doute en bikini » . Plus
récemment en 2003, le maire d?Agde (la première commune touristique
14française par sa capacité d'accueil évaluée à 175 000 lits) a pris un arrêté
stipulant que « le simple port d?une tenue de bain ou le torse nu est
formellement interdit sur les quais (du port de plaisance de la station du Cap
d?Agde) du 1°juillet au 31août dechaqueannée.»
La vue des vacances est aussi celle des longues files d?attentes, résultats
d?une extrême concentration des flux dans le temps (l?été ne dure que
quelques semaines) et dans l?espace. Cette concentration spatialeest
perceptible à différentes échelles, celle des espaces touristiques (la France
dispose de moins de 2000 km de côtes sableuses), celle des voies de
circulation(les entréesetsortiesde ville,les stations de péage des autoroutes
ne peuvent être calibrées pour absorber totalement les sur-fréquentations
vacancières), celle enfin plus précise concernantles accès aux activités
touristiques (musées, parcs de loisirs, espaces de spectacles, etc.) où les
longues files d?attente génèrent parfois des bouffées d?impatience (plus de 8
millions d?entrées au musée du Louvre, plus de 15 millions d?entrées à
DysneylandParis,selonAtoutFrance).
La vue des vacances est enfin celle de l?envers du décor, ou de l?enfer du
décor. C?est celle de l?univers qu?il ne faut ni généraliser ni ignorer des
salariés mal payés, soumis à des contraintes de travail discutables, hébergés
dans des conditions parfois exécrables. Sur ce dernier point, on peut noter la
multiplication des expérimentations (telles que maisons des saisonniers,
régies de gestion, groupement d?employeurs? ) qui se donnent pour
objectifsdetrouver dessolutionsàcesproblèmesd?hébergement.
11 Destination touristique composée des deux départements alpins « Savoie et Haute-Savoie »
réunisau seindel'Assembléedes PaysdeSavoie.
12 Enquête INSEE (2004) réalisée dans le cadre du dispositif permanentes sur les conditions
deviedesménages(EPCV), sourceStat-Info, n°06-06,août2006.
13PatrickALAC(2002) LagrandehistoireduBikini, éditionParkstone.
14n°2003-525
-23 -Letoucherdesvacances
Le «toucher» des vacances est celui de la douceur du drap de bain, de la
fraicheur ressentie à l?entrée dans l?eau de baignade. Mais le contact est
aussi social, c?est celui des autres. Dans une société marquée par des
phénomènes de distinction entre les riches et les pauvres, les espaces
vacanciers peuvent parfois devenir des espaces de mixité sociale. Pour Jean-
Didier Urbain (1994) «hors des turbulences et des conflits de la vie
courante» la plage devient un lieu idéal « pour rejouer des scènes sociales
heureuses, restaurer des liens défaits, en établir de nouveaux ou encore
recouvrerunesensation devoisinage et defamiliaritéperdueen ville. »
Le sens du toucher des vacances est aussi celui relatif à la fabrication des
souvenirs vacanciers. Car les vacancesfont appel aux histoires, aux mots qui
engendrent tout un univers de paysages, de parfums, d?ambiances? Elles
sont à la fois récits et images, le contact des vacances, c?est celui du doigt
posé sur le déclencheur de l?appareil photographique, puis ensuite, sur le
clavier de l?ordinateur pour réaliser le carnet souvenir remis au goût du jour.
Les carnétistes d?aujourd?hui (terme entrée dans le petit Robert en 2009),
15qu?ils soient édités, à l?image du navigateur Titouan Lamazou , autoédités
16comme l?architecte baroudeur Pierre Croux , ou qu?ils restent dans
l?anonymat des productions familiales, perpétuent des pratiques initiées par
les romantiques tels Eugène Delacroix ou William Turner, enrichies par les
impressionnistes comme Paul Gauguin, tous porteur d?une vision
ethnographiquedel?ailleurs,nousditPascaleArgod(2010).
L?ouïedesvacances
L?ouïe des vacances fait écho au cri strident des mouettes. C?est celle des
halls de gare, des terminaux d?aéroport, avec leurs voix d?annonce calibrées.
C?est celle aussi des sonorités répétitives des chansons de l?été, de plus en
plustraitées comme des produits commerciauxet déclarées «tubes del?été»
avant même que l?été ne soit là. Ce sont bien sûr les bruits de la fête, qu?elle
soit foraine, traditionnelle, votive, qu?elle s?exprime sous forme dansée,
rythmée,oudefaçon plussage.
C?est également, le bruit des «tiroirs caisse », des flux monétaires générés
par ce que certains appellent l?industrie du tourisme. En 2009, il a été
17comptabilisé en France 76,8 millions arrivées de touristes et 115,7 millions
15Femmesdu Monde,Gallimard Loisirs,2007.
16 Voir la collection composée de plus de vingt carnets de voyages «Croquis du Monde »,
association «Artsen Voyage »,Lourmarin.
17 Sur les 76,8 millions d?arrivées de touristes venant de l?étranger, 35,3 millions (46 %)
concernent des courts séjours (inférieurs à 4 nuits) et 19,2 millions (24,5 %) des séjours de 8
nuits ou plus. Source : enquête EVE (DGCIS, Banque de France). L?enquête auprès des
-24 -arrivéesd?excursionnistes,de visiteursàlajournée.Cesflux correspondentà
une recette de 35,4 milliards d?Euros (soit 49,4 M$), ce qui place la France
au rang de troisième pays en termes de recettes liées au tourisme
international, loin derrière les Etats-Unis (93,9 M$) et juste après l?Espagne
(53,2M$).
Ces arrivées de touristes étrangers cumulées à l?activité touristique des
français génèrent à l?échelle de notre pays plus de 800 000 emplois salariés
privés, ce qui représente 5,2 % de l?emploi salarié privé total (données au 31
décembre2009).
Mais l?économie des vacances est aussi celle de ceux qui doivent faire des
économies pour partir en vacances. «On suçait des glaces à l'eau. Les
18palaces, les restaurants. On n'faisait que passer d'vant » chantait Michel
Jonazen1975.
Ainsi l?économie du tourisme peut également être analysée au regard des
dispositifs d?accompagnement mis en ? uvre par l?Etat pour solvabiliser la
demande touristique de certaines catégories de populations. Suite à la
publication en1971d?unrapportdu Conseiléconomique et social soulignant
«la nécessité de se préoccuper des touristes à faibles revenus et
d?encourager l?institution d?un système de pécule vacances »,François
Mitterand, candidat à l?élection présidentielle, prononçait en 1981 au Vieux
Boucau, un discours dans lequel il s?engageait, s?il était élu, «à créer le
Chèque-Vacances, un système d?aide à la personne, pour les plus
défavorisés.» Ainsi est née 1982, sur l?impulsion de André Henry, alors
19ministre du temps libre , l?Agence Nationale pour le Chèque-Vacances.
Celle-ci dispose aujourd?hui de deux outils d?intervention complémentaires :
les Chèques-Vacances pour les salariés et des programmes d?action sociale
pour les publics en difficulté. Concernant les chèques vacances, la courbe
d?évolution du chiffre d?affaires de l?agence illustre en soitout l?intérêt de la
démarche.
visiteurs venant de l?étranger (EVE) est réalisée auprès des touristes et des excursionnistes à
leur sortie du territoire métropolitain. 80 000 personnes sont interrogées chaque année, par
vaguetrimestrielle.
18 Les vacances au bord de la mer : «On allait au bord de la mer - Avec mon père, ma s? ur,
ma mère - On regardait les autres gens - Comme ils dépensaient leur argent. - Nous il fallait
faire attention - Quand on avait payé - Le prix d'une location- Il ne nous restait pas grand-
chose. - Alors on regardait les bateaux - On suçait des glaces à l'eau - Les palaces, les
restaurants-Onn'faisait quepasserd'vant - Et on regardaitlesbateaux? »
19 Dans le gouvernement de Pierre MAUROY (1) mai 1981 ? juin 1981 et (2) juin 1981 ?
mars1983.
-25 -1400
1200
1000
800
600
400
200
0
années
Evolution des chiffres d?affaires du Chèque-Vacances,
graphiqueréaliséà partirdesdonnées de l?ANCV.
Lesixième sensdesvacances
Ce sixième sens,pour ne pas l?oublier, est celui peut-être de l?aventure, de
l?expérience inédite, de la rencontre inespérée ou impromptue. « Quand rien
n?est prévu, tout est possible » déclare le journaliste globe-trotter Antoine de
Maximy. C?est le temps du rêve, cette recomposition du lendemain (Nathan,
2011) qui s?extrait de la meute desjours ordinaires, untemps ou tout devient
plus facile, un temps de liberté. Mais comme l?exprime le chanteur
américain de country Garth Brooks «tu sais, les rêves sont comme des
rivières, toujours changeant comme leur flux, et le rêveur est seulement un
vaisseau, qui doit suivre le cours de l?eau.»
L?art des vacances s?apprend nous dit Catherine Bertho-Lavenir- dans son
ouvrage «La roue et le stylo, comment nous sommes devenus touristes ».
L?avènement des vacances est un moment historique essentiel qui passe
inaperçu peut-être parce qu?il est un fait qui avant d?interroger l?histoire fait
d?abordréférenceàlamémoire.
Nos grands-parents ont découvert les congés payés, nos parents ont appris à
partir en vacances et nous ont entrainés dans cette aventure qu?à notre tour
nousfaisonspartagerànosenfants? Cette culturedesvacances,cessavoirs,
se transmettent par la pratique familiale répétée. Mais « la maitrise
technique n?est rien, si l?on n?a pas un ange à côté de soi » disait Salvador
Dali, et cette quête de vacances réussies participe déjà, dans le cadre de la
préparation au départ, aux vacances elles-mêmes. Se joue ici une forme
d?initiationoùl?onacquiertpourlapremièrefoisledroit departir«seul »en
vacances, le seul étant ici moins synonyme de solitude que la traduction de
«sanssesparents ».
-26 -
1983
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2003
2005
2007
2009
Chiffre d'affaires en milions d'?Enfin, vivre le plaisir « d?être en vacances, de n?avoir rien à faire, et avoir
toutelajournée pourlefaire »(RobertOrban).
20Mais, si comme l?écrit Corinna Coulmas , «tout ce que nous éprouvons est
le résultat d'un ensemble de sensations qui implique tous nos sens, (? ) la
sensation demande impérativement à être réfléchie, à être dépassée en se
transformant en connaissance.» Connaissance des vacances, du tourisme et
del?animationquenoussouhaitonsaborderdansnotresecondepartie.
Desvacances,dutourismeetdel?animation
Avant d?aller plus loin, prenons le temps de nous entendre autour de
quelquesdéfinitions:
- l?Encyclopédie Universalis définit les vacances comme une
«période régulière et légale d'arrêt de travail des salariés et des
scolaires »;
- de son côté, l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) définit les
vacances comme « l'ensemble des déplacements d'agrément
comportant au moins quatre nuits consécutives hors du domicile
principal » définition proche de celle de l?INSEE, qui les considère
comme « les séjours de plus de trois nuits et de moins d?un an pour
motifsdeloisirs,de détenteet devisitesà desparentset amis ».
La notion de vacances (recentrée sur les motivations « d?agrément ») ne
recouvre donc pas complètement celle courante de tourisme qui intègre les
déplacements professionnels, les voyages d'études, les pèlerinages, les
activitésscolaires.
D?un point de vue statistique, le concept générique utilisé pour définir les
voyageurs qui intéressent le tourisme, pour circonscrire ceux que Michel
Dewailly(2006)nommelespérégrins,estceluide «visiteurs.»
Ceux-ciserépartissentendeuxcatégoriesdebase:
- lesexcursionnistes,quireprésentent les visiteursdelajournée ;
- etles touristes. Cette seconde catégorie est elle-même segmentée
selonladuréedesséjoursendeuxsous-ensembles:
o celui qui rassemble les «courts séjours» dont la durée est
compriseentreuneettroisnuitées;
o celui où l?on retrouve les « vacanciers», qui concerne les
longs séjours dont la durée est supérieure à trois nuitées et
inférieureà unan.
20 Métaphores des cinq sens dans l'imaginaire occidental (site internet: http://www.corinna-
coulmas.eu/metaphores-des-cinq-sens-dans-l-imaginaire-occidental.html, consulté au mois de
janvier2011)
-27 -Nous l?avons dit, les vacances et le tourisme sont des objets socialement
construits paradoxaux: ils peuvent être d?une part considérés de façon
positive, mais ils peuvent être à l?opposé, accusés de tous les maux de la
société. Les touristes sont parfois perçus comme des envahisseurs, des
grossiers personnages incapables d?entretenir des relations authentiques avec
les autochtones qu?ils rencontrent et respectueuses des régions qu?ils
visitent. L?argument n?est pas récent, Jules Payot dans un ouvrage intitulé
«Les Alpes éducatrices, mon Chamonix» illustrait déjà au début des années
trente la puissance transformatrice du tourisme en écrivant « Les touristes
qui n?ont pas connu Chamonix avant l?arrivée du chemin de fer et surtout
l?invasion des automobiles, auront quelque peine à comprendre la pensée de
Ruskin quand il parle de « la grande paix qui descend des neiges
éternelles ».»L?argumentaire decetancienrecteurhonoraire del?Université
d?Aix-Marseille devient plus radical lorsqu?il affirme, quelques pages plus
loin dans son ouvrage, que « Chamonix était délicieux avant l?invasion des
barbares.» Appellation qu?il justifie par analogie : « D?ailleurs, l?excitation
passagère que les barbares d?autrefois cherchaient dans l?alcool et les
combats, nos nouveaux barbares la cherchent dans la succession rapide et
superficielle des sensations, dans le mouvement et l?agitation fébriles.»
Ainsi, Jules Payot s?inscrit très tôt dans une pensée critique du tourisme qui
sera alimentée plus tardycompris par des chercheurs en sciences humaines
etsociales:
- Pierre Aisner (1983) considère que le tourisme défigure, colonise,
détruit,folklorise,larbinise,corrompt (p.13);
- pourMarcAugé (1997) le tourismeest la forme achevée de la
guerre(p.8);
- Pierre Sansot (1998) estime que le tourisme participe de la fébrilité
denotresociété (p.22).
Dans ce contexte on peut comprendre que le tourisme soitparfois perçu
comme l?exacerbation d?un consumérisme érigé comme une finalité
d?action, ce qui faisait déjà dire à Claude Lévi-Strauss en 1955, toute son
horreur de la civilisation industrielle des vacances : «ce que vous nous
montrez, voyages, c?est notre ordure lancée au visage de l?humanité ».
L?animation socioculturelle peut-elle être porteuse de sens dans cet univers
vacancier ? Comment peut-elle articuler son héritage traversé par l?histoire
de l?Education Populaire et par l?invention des premières «Colonies de
vacances» avec un univers où les projets de nombreux opérateurs se
concentrent sur la mise en ? uvre d?un processus de séduction, dans l?unique
perspectived?optimiserla consommation ?
Mais tout d?abord, qu?est-ce que l?animation ? Jean-Claude Gillet (2006) en
page 121 de son ouvrage « Des animateurs parlent, militance, technique,
médiaction» - écrit qu?il est désormais possible pour lui de donner une
-28 -définition de l?animation professionnelle : elle «vise à réaliser une action
réfléchie, c?est-à-dire une praxis pédagogique qui, à partir d?activités
sociales, éducatives ou culturelles liées à un espace institutionnel ou à un
territoire géographique, recherche (? ) l?approfondissement et
l?élargissement d?une démocratie émancipatrice (? ) pour la construction
permanente d?une société plus solidaire entre tous et plus épanouissante
pour chacun. » Quelle belle ambition pour évoquer les relations qui se
tissent entre l?animation et les vacances, très tôt identifiées comme des
temps potentiels de développement de cette praxis pédagogique. Ainsi des
opérateurs historiques, que l?on qualifierait aujourd?hui comme parties
prenantes du système d?animation, ont très vite investi les espaces et les
activités associés au secteur des vacances. Organisations confessionnelles ou
laïques, municipalités progressistes, associations regroupées au sein de
l?UnionNationaledesAssociationsdeTourismeetdeplein air(UNAT créée
en1910),delaJeunesseauPleinAir(JPAcréeàlafindesannéestrente),ou
encore dans le cadre des activités sociales des comités d?entreprise (créés à
la libération), ces acteurs ont agi pour faciliter le départ en vacances et
défendrele«droitauxvacances »pourtous.
Que reste-t-il aujourd?hui des projets humanistes qui ont conduit, des
femmes et des hommes, militant dans le cadre de mouvements,
d?associations, de fédérations de jeunesse, à organiser pour les enfants et les
jeunes des activités récréatives, éducatives et sportives exercées
collectivement et hors du cadre familial ? Que reste-t-il encore des projets
centrés sur les vacances familiales qui avaient pour intention
d?accompagner, d?un point de vue culturel, matériel ou
financier,l?organisation descongésdesouvriersetdes salariés?
èmeDe fait, si l?idéologie des vacances a subi à la fin du XX siècle les effets
de la massification et de la marchandisation des pratiques qui se traduisent
par une sorte de dilution du tourisme associatif et social dans le champ
èmegénéraldu tourisme, ellesubitégalement audébut duXXI siècleles effets
d'unedécenniede mutationsinduitesparl'essordelaculturenumériqueet de
l'internet.
Les nouvelles formes d'accès en ligne aux services vacanciers transforment
les rapports entre producteurs et consommateurs tout en accentuant
paradoxalement la dimension consumériste des pratiques mais aussi en
facilitant l?autoproduction de celles-ci: tout un chacun pouvant devenir ainsi
son propre «Agent de voyage ». Cela se traduit par une diversification et
superposition des activités. Le même vacancier peut au cours de la même
journée, fréquenter un hébergement traditionnel, visiter un musée, déjeuner
dans une chaîne de «fast-food», parcourir un sentier d?interprétation,
assister à une soirée spectacle ou festive, et reproduire autant de diversité
tout au long de son séjour. Autrement dit, le champ des vacances est labouré
de façon croisée: certains y creusent des sillons selon un axe qui privilégie
-29 -les principes de réponse à la demande des vacanciers, d?autre s?orientent sur
un axe qui valorise la dimension éducative, qui mobilise avant tout des
logiques de développement, d?apprentissage, d?expérimentation et de
découverte.
Les relations entre les vacanceset l?animation socioculturelle sont traversées
par des tensions multiples, nous y avons identifié trois types d?enjeux
sociétaux:
- le premier de ces enjeux, qui fait référence à«la théorie dela classe
de loisir» (Veblen, 1899), inscrit les vacances dans le patrimoine
distinctifs et la culture des classes dominantes. Celles-ci induisent,
par un phénomène d?adhésion, des effets d?entraînement des classes
sociales populaires, qui reproduisent en les transformant des
activités exogènes. Ce raisonnement peut permettre de comprendre
le processus d?acculturation aux vacances qui se traduit par le
passage d?unepratiqueréservée à uneélite sociale versdes pratiques
de masse, il peut aussi permettre d?analysercertainesévolutions plus
récentes telles l?émergence de nouvelles destinations vacancières ou
la montée en gamme de la demande de qualité relative à
l?hébergement touristique. Cette représentation élitiste des vacances
se traduit également dans les discours de tous ceux qui remettent en
question les programmes qui ont pour objectif d?aider les personnes
défavorisées à tenter l?expérience des vacances, au titre de la
frustration que cela pourrait induire, lorsqu?à leur retour, elles
réaliseront toutes leurs difficultés à reproduire, sans ces aides, cette
expérience;
- le deuxième de ces enjeux est relatif à l?hégémonie des industries
qui produisent des biens et services de consommation de loisir. Il se
joue ici d?une forme d?asservissement volontaire des vacanciers à
ces industries, de soumission des vacances aux initiatives des
entreprises privées (tours opérateurs, parcs de loisirs et autres
prestataires commerciaux) qui se traduit par des formes de
médiatisation sophistiquée. Ces prestations de plus en plus
complexes, complètes et performantes induisent une diminution de
l?autonomie des pratiquants, réduisent les capacités d?auto-
organisationdesactivités vacancières;
- le troisième enjeu interroge quant à lui la capacité des individus à
maitriser leurs temps de vacances. Selon cette logique, les pratiques
glisseraient d?une consommation d?objets vers un usage du temps
libre. On passe ici de la simple maîtrise du temps à la maîtrise de
l?usage du temps, on quitte, en référence à la philosophie
aristotélicienne, la dimension fléchée du temps qui passe,
«chronos», pour accéder à celle plus profonde de l?occasion
-30 -opportune, «kairos », glissement quinoussemble êtreuneambition
extrêmementlouablepourl?animationsocioculturelle.
Dans un environnement culturel où l?«on peut tout rater, mais pas ses
21
vacances» , il reste permis de penser l?animation socioculturelle comme
tendue vers la recherche d?une société où les vacances ne seraient pas
uniquement des temps de consommation et de réparation, mais aussi des
tempsdeconstruction,d?éducation, de promotion.
C?est dans cette perspective réflexive, pour que les vacances soient des
espaces temps partagés par le plus grand nombre, propices au « vivre-
ensemble»,pour qu?elles agissent, dans leur articulation avec le quotidien,
dans la transition qu?elles opèrent avec le temps et l?espace ordinaire à
l?image de cette pensée du philosophe chinois Chuang Tsé «ce que la
chenille appelle la fin du monde, le maître l?appelle un papillon »,que
praticiens et chercheurs ont collaboré à cet ouvrageet nous livrentleurs
réflexionsetinterrogations.
Bibliographie:
AISNER P., PLÜSS C., (1983) La ruée vers le soleil: le tourisme à
destination du Tiers-Monde,Ed.L?Harmattan,Paris,203p.
ARGOD P., (2010) Carnets de géographes, n°1, octobre 2010. «Le carnet
devoyage:approchehistoriqueetsémiologique »
AUGE M., (1997) L?impossible voyage. Le tourisme et ses images, Ed.Payot & Rivages,
Paris,184p.
BERTHO-LAVENIR C. (1999) La roue et le stylo. Comment nous sommes devenus touristes,
Ed. OdilesJacob,Paris, 438p.
BRUNELS., (2006) Laplanètedisneylandisée. Chroniquesd?un tourdu monde, Ed. Sciences
Humaines,Paris
COUSIN S., (2010) Le tourisme à l?épreuve de l?enquête, à moins que cela
nesoitl?inverse, RevueEspace et Temps.net
De CERTEAU M., (1990), L?invention du quotidien, arts de faire, Ed.
Gallimard,Paris.
DEWAILLY M., (2006) Tourisme et géographie, entre pérégrinité et chaos,
Ed.L?Harmattan, collectiontourismeetsociété,Paris,221p.
21 Tel que l?affirmait haut et fort une agence de voyage lors des élections présidentielles
d?avril 2002.
-31 -DUMAZEDIER J., (1962) Vers une civilisation du loisir ?, Editions du
Seuil,Paris,309 p.
GILLET. JC., (2006) Des animateurs parlent,militance, technique,
médiaction,Ed. deL?Harmattan,coll.Animation etTerritoires,Paris,226p.
KNAFOU Rémy et alii (1997) Une approche géographique du tourisme,
L?Espace Géographique,n°3,pp.193-204.
KORCZAK J., (1928) Le droit de l?enfant au respect, réédition Ed. Fabert
2009),Paris,133p.
LADWEIN R., (2002) Les modalités de l?appropriation de l?expérience de
consommation : le cas du tourisme urbain, Les Cahiers de la Recherche,
Centre Lillois d?Analyse et de Recherche sur l?Evolution des Entreprises,
UPRESACNRS8020.
LEVI-STRAUSS C., (1955) Tristes tropiques, réédition Pocket (2001),
collection«Terrehumaine»
MASLOW A., (1943) ATheory of Human Motivation, publication originale
in PsychologicalReview,n°50,pp.370-396.
NATHAN T., (2011) La nouvelle interprétation des rêves, Ed. Odile Jacob,
Paris.
PAASILINNA A., (1990) Petits suicides entre amis, WSOY Helsinki, Ed.
Denoël(2003)pourlatraductionfrançaise,Folio,267p.
PAYOT J.,(1933) Les Alpes éducatrices, mon Chamonix, par Jules Payot,
recteur honoraire de l?Université d?Aix-Marseille, Ed. originale à compte
d?auteur,Aix-en-Provence,264p.
SANSOT P.,(2000) Dubon usage delalenteur,Ed.Payot&Rivages,Paris,
203p.
SIMONF.,(2010)AirFranceMagazinedu moisd?août,pp. 70-75.
STRANGER T., (2010) Sacrées vacances ! Une obsession française, Ed.
Flammarion,Paris,183p.
URBAIN J-D., (1994) Sur la plage. M? urs et Coutumes balnéaires (XIXe-
XXe siècles), Ed. Payot et Rivages, Coll. La petitebibliothèque Payot, Paris,
376p.
VEBLEN, T. (1970, c1899), Théorie de la classe de loisir, Paris, Ed.
Gallimard.
VIARD J., (dir.), (1998) Réinventer les vacances, la nouvellegalaxie du
tourisme,Ed.delaDocumentationFrançaise,Paris,335p.
VIARD J., (dir.), (2002) La France des temps libres et des vacances, Ed. de
l'Aube -Datar,LaTourd'Aigues,228p.
WACKERMANN G., (2001) «Tourisme, prise de vue », in Encyclopédie
Electronique Universalis, version7.
-32 -