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LES VALEURS DES JEUNES

De
240 pages
Y a t il aujourd'hui une crise des valeurs chez les jeunes ? Quelles sont leurs valeurs et comment ont-elles évolué au cours des dernières années en France ? Pour répondre à ces questions, ce livre s'appuie sur les résultats, relatifs aux 18-29 ans, d'une grande enquête sur les valeurs des Français. Résultat d'un travail d'équipe, l'ouvrage étudie l'ensemble des valeurs (famille, sociabilité, travail, politique…), qui sont autant de domaines de l'existence qui permettent de brosser un panorama complet de la jeunesse française.
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LES VALEURS DES JEUNES
Tendances en France depuis 20 ans Collection Débats Jeunesses
dirigée par Bernard Roudet
Institut national de la Jeunesse
et de l'Éducation populaire
La collection Débats Jeunesses a été créée en appui à
AGORA Débats Jeunesses, revue de l'Institut national de la Jeu-
nesse et de l'Éducation populaire, éditée par l'Harmattan. Le
comité de rédaction de la revue constitue le comité éditorial de la
collection. La revue trimestrielle AGORA et la collection Débats
Jeunesses s'intéressent de manière ouverte à tous les problèmes
de société construisant la trame des questions de jeunesse. En se
situant à la croisée des questionnements professionnels et de la
recherche, la revue comme la collection se proposent « de créer
du débat » et d'être un véritable outil de réflexion.
Jean-Pierre AUGUSTIN, Jean-Claude GILLET,
L'animation professionnelle. Histoire, acteurs, enjeux.
Olivier DOUARD, Gisèle FICHE (sous la direction de),
Les jeunes et leur rapport au droit.
Yannick LEMEL, Bernard ROUDET (coordonné par),
Filles et garçons jusqu'à l'adolescence. Socialisations diffé-
rentielles.
Pierre MAYOL,
Les enfants de la liberté. Études sur l'autonomie sociale et
culturelle des jeunes en France.
Geneviève POUJOL (sous la direction de),
Éducation populaire le tournant des années soixante-dix.
Patrick RAYOU,
La Cité des lycéens.
Bernard ROUDET (sous la direction de),
Des jeunes et des associations.
© L'Harmattan, 2001
ISBN : 2-7475-1798-5 Sous la direction de
Olivier GALLAND et Bernard ROUDET
LES VALEURS DES JEUNES
Tendances en France
depuis 20 ans
L'Harmattan ONT CONTRIBUÉ À CET OUVRAGE
Pierre BRÉCHON, professeur à l'Université de Grenoble II,
Institut d'Études Politiques et Centre d'informatisation des
données socio-politiques.
Olivier GALLAND, directeur de recherche au Centre national
de la recherche scientifique, Observatoire sociologique du
changement, Paris.
Yves LAMBERT, directeur de recherche au Centre national de
la recherche scientifique, Groupe de sociologie des religions
et de la laïcité, Paris.
Bernard ROUDET, chargé d'études et de recherches à l'Institut
national de la jeunesse et de l'Éducation populaire, Marly-le-
Roi.
Étienne SCHWEISGUTH, directeur de recherche au Centre
national de la recherche scientifique, Centre d'étude de la vie
politique française, Paris.
Jean-François TCHERNIA, directeur de Tchernia Études
Conseil, Paris. Sommaire
Introduction : Appréhender les valeurs des jeunes
et leurs évolutions depuis vingt ans
Bernard Roudet 9
Chapitre 1 : Les représentations des rôles adultes
Olivier Galland 29
Chapitre 2 : L'amitié, une valeur toujours centrale
Bernard Roudet, Jean-François Tchernia 47
Chapitre 3 : Moins politisés, mais plus protestataires
Pierre Bréchon 61
Chapitre 4 : Religion : croire sans appartenir
79 Yves Lambert
Chapitre 5 : Un nouveau cocktail de valeurs :
liberté privée et ordre public
Étienne Schweisguth 99
Chapitre 6 : Rôles sexués : un consensus sans effets ?
Jean-François Tchernia 119
Chapitre 7 : Une jeunesse globalement peu contestataire
Pierre Bréchon 135
Chapitre 8 : Une présence active dans un milieu
associatif en évolution
Bernard Roudet, Jean-François Tchernia 149
Conclusion : Les valeurs des jeunes et des adultes
se sont rapprochées
177 Olivier Galland
Encadrés :
44 Le moral des jeunes (.1.-E Tchernia)
Les espaces et les groupes d'appartenance des jeunes
(O. Galland) 76
Les jeunes et la solidarité (E. Schweisguth) 113
Jeunes ruraux, jeunes urbains (O. Galland) 131
Annexe :
Résultats des trois enquêtes sur les valeurs des Français
pour les 18-29 ans 185
Introduction
Appréhender les valeurs des jeunes
et leurs évolutions depuis vingt ans
Bernard Roudet
Les valeurs font-elles défaut aux jeunes, qui manqueraient
aujourd'hui de repères pour se situer dans l'existence et agir ?
Cette absence apparente de valeurs ne résulte-t-elle pas d'un
renouvellement rapide de celles-ci, dans des sociétés en pro-
fond changement, nous rendant par là même difficile toute
compréhension de ces évolutions ? 11 est d'autant plus délicat
de répondre à de telles interrogations, par trop alarmistes, que
la question des valeurs des jeunes a fait l'objet de peu de
recherches.
Aussi, la réalisation en France de la troisième enquête sur
les valeurs des Européens a constitué une réelle opportunité.
Outre la production de données récentes, cette enquête est
intéressante à plusieurs titres du point de vue des valeurs des
jeunes. Tout d'abord, elle permet de mettre en relation les
données relatives aux 18-29 ans avec celles concernant l'en-
semble des Français et, ainsi, d'introduire des comparaisons
intergénérationnelles. Ensuite. complétant deux enquêtes pré-
cédentes, elle offre la possibilité de saisir des évolutions dans
le temps, sur la base de trois points d'observation en presque
vingt ans. Enfin, elle constitue une vaste base de données
internationale, rendant réalisables des comparaisons avec les
résultats disponibles des différents pays européens. D'une
façon plus générale, cette enquête a l'avantage d'aborder, dans
leur unité, l'ensemble des valeurs d'une personne. Alors que
9 nous disposons de travaux sur des valeurs spécifiques (convic-
tions politiques ou religieuses, attitudes à l'égard de la
famille, du travail...), l'enquête appréhende, pour chaque indi-
vidu interrogé, ses valeurs dans les principaux domaines de
l'existence, en considérant que celles-ci sont reliées dans l'or-
ganisation individuelle des opinions, comme dans leur expres-
sion sociale.
L'intérêt que présente cette démarche a conduit l'Institut
national de la Jeunesse et de l'Éducation populaire, établisse-
ment public du ministère de la Jeunesse et des Sports, à cofi-
nancer en 1999 la partie française de l'enquête, en appui du
financement apporté par le CNRS et par d'autres organismes'.
La contribution de l'INJEP était conditionnée par un double
objectif : augmenter la part des 18-29 ans dans l'échantillon
français et impulser une analyse des données relatives à cette
tranche d'âge. Ce sont les résultats de cette analyse qu'expose
le présent ouvrage. Cette introduction situera, dans un premier
temps, la recherche française au sein de la démarche générale
des enquêtes sur les valeurs des Européens et elle explicitera
la notion de valeurs, centrale dans ces travaux. Dans un
second temps, elle synthétisera les résultats relatifs aux 18-
29 ans, en soulignant les principales évolutions depuis
vingt ans.
Un dispositif d'observation des valeurs
À la fin des années soixante-dix, un groupe de chercheurs
européens en sciences sociales entreprenait une vaste étude
sur les systèmes de valeurs des Européens 2. Leur objectif était
' Outre le Centre national de la recherche scientifique et l'INJEP, les orga-
nismes suivants ont financé l'enquête : le Service d'information du Gouver-
nement (SIG), le Centre de relations humaines de l'Armée de terre, le
GRETS (Centre de recherches en sciences sociales d'EDF), l'hebdomadaire
La Vie.
2 Pour une présentation plus détaillée du lancement des enquêtes Valeurs,
voir ARVAL, « L'étude des systèmes de valeurs en Europe s, Futuribles,
n° 200, 1995, pp. 5-7. Je me réfère aussi à l'introduction par Pierre Bréchon
de l'ouvrage qu'il a dirigé : Les valeurs des Français. Évolutions de 1980 à
2000, Armand Colin, 2000, pp. 9-16.
10 triple : tout d'abord, identifier le fond culturel commun qui
traverse les pays européens, en repérant les rapprochements
ou les divergences d'un pays à l'autre ; ensuite, saisir les
changements dans le temps ; enfin, mettre ces données à la
disposition des responsables politiques et sociaux. Ils créèrent
le « European Value Systems Study Group », désormais
appelé « European Values Survey (EVS) ». La première
enquête se déroule en 1981 dans neuf pays d'Europe occiden-
tale : Allemagne de l'Ouest, Belgique, Danemark, Espagne,
France, Royaume-Uni, Irlande, Italie, Pays-Bas. Dirigée par
des chercheurs belges et hollandais (universités de Louvain et
de Tilburg), l'enquête implique des Français, notamment Jean
Stoetzel qui rédigea la première synthèse de ce travail' et
Hélène Riffault, membre de la direction technique de l'en-
quête.
Une deuxième enquête fut effectuée en 1990, avec de nou-
veaux pays dont l'Autriche, le Portugal et la Suisse. De même
qu'en 1981, le questionnaire européen a été repris en 1990
dans d'autres pays dans le monde, notamment le Canada, les
États-Unis et le Japon, sous le nom de World Values Survey
(WVS)4. Comme après la première enquête, des articles et
ouvrages en différentes langues sont publiés, portant sur les
données nationales ou réalisant des approches comparatives.
En France, afin d'exploiter l'enquête de 1990, est constituée
« l'Association pour la recherche sur les systèmes de
valeurs », qui rassemble une douzaine de chercheurs, universi-
taires et professionnels de l'opinion publique ou des études
comparatives internationales. À partir des travaux de ses
membres et de leurs échanges, est notamment publié un
numéro spécial de la revue Futuribles établissant des compa-
Jean Stoetzel, Les valeurs du temps présent : une enquête européenne,
PUÉ', 1983.
Ronald Inglehart, professeur de science politique à l'université du Michi-
gan, est à l'origine de cette initiative. Voir son article : « Choc des civilisa-
tions ou modernisation culturelle du inonde ? », ainsi que la présentation
qu'en fait Yves Lambert, dans Le Débat, n° 105, 1999, pp. 23-54 et p. 22.
Un seul ouvrage de Ronald Inglehart est actuellement traduit en français,
sous le titre La transition culturelle dans les sociétés industrielles avancées,
Économica, 1993.
11 raisons au niveau européen', ainsi qu'un ouvrage sur les don-
nées françaises 6. Dans le cadre de cet ouvrage, Olivier Gal-
land examine déjà les effets d'âge, de génération et de période
sur les principales valeurs étudiées'. En 1999, la troisième
enquête est réalisée, concernant 33 pays, y compris dans l'Eu-
rope centrale et orientale. En France, cette enquête a été mise
en oeuvre par l'ARVAL. Sa direction technique fut assurée par
Jean-François Tchemi a.
Dans chacune des enquêtes, les valeurs sont étudiées en
interrogeant un échantillon représentatif de la population des
pays concernés qui doit comporter au moins 1 000 individus de
18 ans et plus. Les questionnaires sont largement identiques
d'une vague d'enquêtes à l'autre, afin de permettre les compa-
raisons dans le temps. Les grands domaines de valeurs sont
abordés de manière approfondie : le travail, la perception de soi
et d'autrui, la famille, les relations interpersonnelles, la religion,
la politique, les normes sociales et les conceptions morales de
l'action... Quelques nouvelles questions ont été introduites en
1999 afin de mesurer l'attachement à la démocratie et aux liber-
tés individuelles, les attitudes à l'égard des immigrés, les valeurs
individualistes ou de solidarité. Ce questionnaire international est
nécessairement décontextualisé : on ne peut pas utiliser des indi-
cateurs liés à la conjoncture spécifique d'un pays. Aussi cer-
taines questions peuvent paraître abstraites, ce qui n'est pas trop
gênant dans la mesure où il s'agit d'appréhender les valeurs,
donc des principes généraux à l'oeuvre dans nos sociétés'.
Pour la dernière enquête, la passation des questionnaires a
été faite en France, entre fin mars et début avril 1999, par des
enquêteurs professionnels disposant d'un système de saisie
directe des réponses sur ordinateur portable. L'entretien durait en
moyenne une heure. L'échantillon, comportant 1 615 personnes,
Futuribles, « L'évolution des valeurs des Européens », n° 200, 1995.
6 Hélène Riffault (dir.), Les valeurs des Français, PUF, 1994.
Olivier Galland, « Âges et valeurs », dans Hélène Riffault (dir.), Les
op. cité, pp. 251-296. Voir aussi la partie sur « les valeurs des Français,
jeunes et les valeurs » dans Olivier Galland, Sociologie de la jeunesse,
Armand Colin, 1997, pp. 201-209, ainsi que, du même auteur, « Les valeurs
de la jeunesse », Sciences humaines, n° 79, 1998, pp. 27-29.
Le texte du questionnaire est reproduit en annexe de l'ouvrage, avec les
résultats concernant les 18-29 ans pour les trois enquêtes françaises.
12 a été constitué par la méthode des quotas (sexe, âge, groupe
socioprofessionnel, taille de la commune et région) avec
160 points de recueil de l'information. Par ailleurs, un suréchan-
tillon de 206 jeunes de 18 à 29 ans à été enquêté, sachant qu'il y
avait aussi 310 individus de cette tranche d'âge dans l'échan-
tillon principal. Un suréchantillon existait déjà dans l'enquête de
1981 : au total 456 personnes de 18 à 29 ans avaient été interro-
gées lors de la première enquête pour un échantillon principal de
1 000 personnes et un échantillon complémentaire de
200 jeunes. L'échantillon de 1990 comprenait 1 002 individus.
Les résultats de l'enquête française de 1999 ont été
publiés dans un ouvrage dirigé par Pierre Bréchon, actuel pré-
sident de l'ARVAL 9 . Cinq des neuf auteurs de cet ouvrage ont
bien voulu poursuivre leurs travaux en analysant les données
relatives aux 18-29 ans et en participant au présent livre. Ces
deux volumes sont donc des ouvrages collectifs, ce qui n'est
pas un vain mot : chaque chapitre a fait l'objet de discussions
entre l'ensemble des auteurs avant sa rédaction définitive.
À l'occasion du livre général sur l'enquête française, mais
aussi dans des articles de la revue Futuribles, Pierre Bréchon
et Jean-François Tchernia ont précisé l'acception du terme
« valeurs », tel qu'il est utilisé dans ces travaux. Les valeurs
peuvent être considérées comme le fondement des opinions et
des comportements, comme des repères normatifs pour la pen-
sée et l'action. Structurant nos représentations, orientant nos
actes, les valeurs ne sont toutefois pas directement obser-
vables. Il faut les approcher en recueillant des informations
susceptibles d'être interprétées en termes de valeurs. Ainsi,
« la recherche sur les valeurs est produite par inférence, ce qui
conduit à construire le questionnaire autour d'indicateurs dont
la qualité informative a été éprouvée »u ). Si les valeurs
Pierre Bréchon (dir.), Les valeurs des Français. Évolutions de 1980 à
2000, op. cité. Par ailleurs, les résultats français ont été présentés sur une
page du journal « Le Monde », daté du 16 novembre 2000, avec des textes
de Pierre Bréchon, Olivier Galland, Jean-François Tchernia et Étienne
Schweisguth. Voir aussi : Pierre Bréchon, Jean-François Tchernia, «1:évolu-
tion des valeurs des Français », Futuribles, n° 253, 2000, pp. 5-20.
H' Pierre Bréchon, Jean-François Tchernia, « L'évolution des valeurs des
Français », op. cité, p. 7. Le terme inférence désigne « une opération
logique par laquelle on admet une proposition en vertu de sa liaison avec
d'autres propositions tenues pour vraies » (Petit Robert, 1996).
13 influent sur les comportements, les modalités de cette
influence sont cependant incertaines. Les individus, bien que
convaincus de l'importance de telle valeur, peuvent garder
leur liberté d'action par rapport aux principes qu'elle
véhicule". Néanmoins, même lorsque des valeurs se concréti-
sent difficilement dans des actes, elles gardent une efficacité
sociale.
Les valeurs d'un individu sont organisées, elles entretien-
nent entre elles une certaine cohérence. Au niveau d'une
société, des modèles d'articulation vont se révéler plus fré-
quents que d'autres. Des valeurs sont consensuelles, d'autres
davantage conflictuelles. En tout cas, les valeurs ne disparais-
sent pas : elles peuvent être plus ou moins prégnantes, évoluer
lentement. Alors que le changement s'accélère dans nos socié-
tés, les valeurs se caractérisent en effet par une certaine stabi-
lité. Les individus, qui ont acquis progressivement leurs
valeurs au cours de leur socialisation, n'en changent pas faci-
lement. Afin d'évaluer ce qui fait la stabilité d'une société,
mais aussi ce qui peut la faire évoluer, il est important, note
Pierre Bréchon, d'analyser ce processus de changement des
systèmes de valeurs, de repérer comment les individus
recomposent leurs systèmes de valeurs et de comprendre ainsi
les tendances d'évolution d'une société ». On observe souvent
que le progrès d'une tendance s'accompagne de la montée
d'une orientation diamétralement opposée. «Il peut y avoir
des retours en arrière, des conflits de valeurs dans une société
de plus en plus pluraliste dont les systèmes de valeurs sont
multipolaires'.
Les valeurs des jeunes
Quelques mots tout d'abord sur les bornes d'âge retenues
pour ce travail. Les enquêtes sur les valeurs situent à 18 ans la
limite d'âge inférieure des populations enquêtées. C'est une
" Jean-François Tchernia, « Les recherches dans le domaine des valeurs »,
Futuribles, n" 200, 1995, pp. 9-24.
12 Pierre Bréchon, dans son introduction à l'ouvrage Les valeurs des Fran-
çais. Évolutions de 1980 à 2000, op. cité, pp. 9-16, p. 11.
14 nécessité pour réaliser des enquêtes internationales prenant en
compte les législations de différents pays. Ainsi, en France, il
n'est pas possible de poser certaines questions à des mineurs
sans autorisation parentale (celles concernant la politique par
exemple). La limite supérieure, quant à elle, est portée à
29 ans. Olivier Galland a montré que l'accès plus tardif aux
statuts définissant l'âge adulte impose, d'un point de vue à la
fois statistique et sociologique, de repousser la borne supé-
rieure de la classe d'âge habituellement utilisée en France
(24 ans) et d'y adjoindre la classe quinquennale immédiate-
ment supérieure". Cet ouvrage traite donc des jeunes de 18 à
29 ans.
Ce volume ne comparera pas, pour cette tranche d'âge, les
résultats des enquêtes dans les divers pays européens. Ce sera
là un deuxième objectif de travail. Il veut appréhender les
valeurs des jeunes Français, ainsi que leurs évolutions depuis
vingt ans, au niveau de différents domaines pris en compte par
l'enquête. Sont notamment considérées les valeurs familiales et
celles liées au travail, les valeurs relationnelles et amicales, les
attitudes politiques et religieuses. Sont aussi envisagés les rap-
ports des jeunes aux normes sociales et aux rôles sexués, leurs
relations aux institutions ou à certaines grandes organisations,
ainsi que leurs attitudes à l'égard de la démocratie. Enfin, la
place de l'appartenance associative dans la sociabilité des
jeunes est examinée. Des encadrés font un point plus rapide
sur quatre thèmes : « le moral des jeunes », « les espaces et
groupes d'appartenance des jeunes », « les jeunes et la solida-
rité », ainsi que « les jeunes ruraux et les jeunes urbains ».
13 Olivier Galland, « Qu'est-ce que la jeunesse ? », introduction à l'ouvrage
publié par l'INSEE, Les Jeunes, Contours et caractères, 2000, pp. 9-12.
Rappelons que Olivier Galland distingue trois étapes majeures introduisant
aux rôles adultes : le départ de la famille d'origine, l'entrée dans la vie pro-
fessionnelle et la formation d'un couple. « Si l'on définit l'indépendance
comme la possibilité pour un jeune d'accéder à trois attributs — un emploi
stable, un logement à sa charge et le début d'une vie commune en couple —,
la probabilité d'en être privé jusqu'à 23 ans augmente régulièrement de
génération en génération, toutes autres caractéristiques contrôlées. » Olivier
Galland note que l'âge à la naissance du premier enfant continue également
de reculer. Olivier Galland, « Entrer dans la vie adulte : des étapes toujours
plus tardives mais resserrées », Économie et statistique, n" 337-338, 2001,
pp. 13-36, p. 13.
15 Les résultats de l'enquête, sur l'ensemble des Français,
enregistrent un net consensus, avec une stabilité dans le
temps, de la hiérarchisation des domaines de la vie. Une
grande importance est donnée en premier à la vie de famille,
puis au travail professionnel, ensuite aux relations amicales,
dernière position la religion et la politique. Les jeunes avec en
ne se différencient guère des adultes sur ce classement. Analy-
sant les représentations qu'ont les jeunes des rôles adultes,
Olivier Galland montre que le travail continue d'occuper une
place centrale dans la vie des 18-29 ans comme de l'ensemble
des Français' 4 . L'importance accordée au travail s'est toutefois
accrue moins rapidement parmi les jeunes que chez les
adultes, alors que leurs attentes vis-à-vis de celui-ci ont aug-
menté. Entre 1981 et 1990, ces attentes étaient liées à la réali-
sation de soi (intérêt, responsabilités, sentiment de réussite)
tandis que les dix dernières années marquent le retour, surtout
chez les jeunes, d'une conception plus matérialiste de l'acti-
vité professionnelle (salaires, horaires, sécurité de l'emploi).
Une telle évolution peut être expliquée par la plus forte insta-
bilité des emplois au début de la vie active des jeunes. Leur
satisfaction vis-à-vis de l'activité professionnelle a significati-
vement augmenté en vingt ans, de même que leur sentiment
de liberté à l'égard des décisions qu'ils ont à y prendre. Mais
les 18-29 ans ne conçoivent pas le travail comme le domaine
exclusif de l'accomplissement personnel, ils veulent aussi pré-
server le temps libre. Ils sont par ailleurs moins sensibles que
les adultes aux effets subjectifs de la privation de travail.
La famille tient dans la vie des jeunes une place encore
plus importante que le travail. Olivier Galland remarque que
les attitudes des 18-29 ans vis-à-vis de leurs parents sont
remarquablement stables aux trois dates de l'enquête, caracté-
risées à la fois par de l'affection, du respect et de fortes
attentes. Si le mariage ne connaît pas de regain de faveur,
l'idée de fidélité — que cette institution est censée
favoriser — progresse de manière spectaculaire, surtout dans
les jeunes générations. Les rôles familiaux ne semblent donc
pas autant affectés qu'on aurait pu le croire par l'évolution
des institutions les encadrant. Les attentes des jeunes à l'égard
14 Chapitre 1 : Les représentations des rôles adultes.
16 de la famille se sont renforcées depuis vingt ans et se rappro-
chent aujourd'hui de celles des adultes, comme se rapprochent
leurs conceptions relatives aux critères de réussite de la vie
conjugale. Jeunes et adultes attachent moins d'importance aux
aspects matériels ou à l'homogamie sociale, politique ou reli-
gieuse. Ils mettent en avant la qualité des relations interper-
sonnelles dans le couple (compréhension, tolérance, respect
mutuel), compétences relationnelles qui sont aussi davantage
valorisées au niveau de l'éducation familiale. Le progrès de
ces valeurs de tolérance et de respect fonde un rejet de l'in-
fluence uniformisante de l'institution religieuse ou de l'État,
qui ne sauraient intervenir sur l'espace privé de la vie fami-
liale' 5 .
Autre valeur centrale dans la vie des jeunes, l'amitié. Ber-
nard Roudet et Jean-François Tchernia soulignent qu'une large
majorité des 18-29 ans considère les amis et les relations
comme très importants dans leur vie' 6. Cette importance don-
née aux amis et aux relations se traduit dans les pratiques des
jeunes, à différents niveaux de la vie sociale. L'enquête
Valeurs permet de distinguer la sociabilité amicale, la sociabi-
lité liée au travail et la sociabilité liée à la vie associative.
Huit jeunes sur dix consacrent chaque semaine du temps à
leurs amis. Plus que les adultes, les 18-29 ans établissent dans
le travail (salarié ou scolaire) des relations qui se poursuivent
en dehors de l'espace du travail. Et l'association n'est pas
uniquement le cadre d'une activité (sportive, culturelle...),
elle est aussi le lieu où l'on passe du temps avec des per-
sonnes. Dans chacune de ces situations, la sociabilité des 18-
15 Sur ce dernier point, je me réfère à Nicolas Hcrpin, «La famille : tolé-
rance et différence », dans Pierre Bréchon (dir.), Les valeurs des Français.
Évolutions de 1980 à 2000, op. cité, pp. 48-67, p. 51 et p. 53. Dans le même
ouvrage, Étienne Schweisguth remarque que, avec le mouvement général de
désacralisation des institutions, le caractère autoritaire de l'image parentale
s'atténue. Le principe de l'amour inconditionnel dû aux parents, l'idée que
l'on doit toujours les aimer et les respecter quels que soient leurs qualités et
leurs défauts, se situe toujours à un niveau élevé, mais tend à baisser parmi
l'ensemble des Français, tandis qu'elle est un peu moins acceptée par les
jeunes générations. Étienne Schweisguth « Liberté, autorité et civisme, trente
ans après mai 1968 », dans Pierre Bréchon (dir.), Les valeurs des Français.
Évolutions de 1980 à 2000, op. cité, pp. 157-178, p. 163 et p. 166.
6 Chapitre 2 : L'amitié, une valeur toujours centrale.
17 29 ans est supérieure à celle des adultes, tout en s'accroissant
avec l'élévation du niveau d'études. D'autres variables,
comme la taille de l'agglomération, peuvent intervenir de
façon complémentaire. Ainsi, la sociabilité associative est
davantage présente en milieu rural, tandis que la sociabilité
professionnelle est plus développée dans les grandes villes ou
dans l'agglomération parisienne. Le statut matrimonial influe
sur la sociabilité amicale : les jeunes vivant en couple, à for-
tiori s'ils sont mariés, passent moins de temps avec des amis.
Cette sociabilité amicale est plus forte parmi les plus jeunes,
même dans la tranche d'âge des 18-29 ans. Elle est particuliè-
rement développée chez les étudiants et les lycéens. L'enquête
Valeurs confirme que la sociabilité est liée à une étape du
cycle de vie et résulte des effets d'âge plus que des diffé-
rences de générations. L'amitié est une valeur en hausse ;
depuis 1990, l'importance accordée par les jeunes à leurs amis
et relations s'est encore accrue.
À la différence de la famille, du travail ou des relations
amicales, la politique n'est pas un domaine de la vie très
valorisé, ni par les jeunes, ni par les adultes. Selon Pierre Bré-
chon, les 18-29 ans sont un peu moins politisés qu'autrefois et
moins informés sur les questions politiques que les généra-
tions les plus âgées (ce qui ne les empêchent pas d'exprimer
des opinions politiques)''. Cette dépolitisation des jeunes
influe sur leur comportement électoral. Alors que les per-
sonnes plus âgées semblent prêtes à voter même si elles ne
sont pas politisées, les jeunes sont nettement plus abstention-
nistes. Davantage que comme un devoir, ils pratiquent le vote
de façon intermittente, en fonction des enjeux ressentis d'une
élection. La participation protestataire, en revanche, se déve-
loppe : aujourd'hui les 18-29 ans sont encore plus nombreux à
avoir signé une pétition ou participé à une manifestation auto-
risée. L'identification à la gauche et à la droite fait toujours
sens pour beaucoup de jeunes. Dans chaque vague de l'en-
quête, ceux-ci choisissent légèrement moins la droite que les
plus âgés et il y a une grande stabilité de leur positionnement
à vingt ans d'écart. Dans le même temps, les jeunes rejettent
davantage l'extrême droite, mais deviennent plus nationalistes.
'' Chapitre 3 : Moins politisés, mais plus protestataires.
18 Leurs attitudes à l'égard des immigrés sont un peu moins
négatives que celles des personnes âgées, toutefois l'intérêt
qu'ils leur portent est faible. Les jeunes de gauche sont plutôt
favorables à l'accueil des immigrés, à l'inverse des jeunes de
droite et de ceux qui ne se situent pas politiquement.
De nombreux travaux, rappelle Pierre Bréchon, ont montré
que l'intérêt pour la politique augmente avec le niveau
d'études. Le développement de la scolarisation devrait donc
accentuer la compétence politique des jeunes, leur maîtrise
des codes de la politique et leur connaissance de ses enjeux.
Pourtant, à chacune des trois enquêtes Valeurs, on observe une
baisse de cette influence du niveau scolaire. La poursuite de
longues études préserve moins qu'avant d'une dépolitisation.
De plus, le niveau d'études n'influe ni sur le fait de suivre ou
non l'actualité politique, ni sur les différences de genre :
même chez les jeunes à fort niveau scolaire, les garçons
demeurent nettement plus politisés que les filles. Si l'effet du
diplôme s'affaiblit dans le temps, les jeunes les plus politisés
restent malgré tout les plus diplômés. L'influence du niveau
scolaire se manifeste à nouveau en ce qui concerne la partici-
pation politique et l'attitude vis-à-vis des immigrés. L'inten-
tion de s'abstenir est d'autant plus forte que les jeunes ont fait
moins d'études. La participation protestataire se développe
avec un diplôme élevé, alors qu'elle n'est guère sensible aux
effets de la catégorie sociale, du revenu ou du genre. Et
lorsque l'on mesure les rôles respectifs de l'âge et du diplôme
sur l'attitude vis-à-vis des immigrés, il apparaît que la plus
grande ouverture des jeunes à leur égard vient largement de
leur meilleur niveau d'études.
Comme la politique, la religion tient une place peu impor-
tante dans la vie des adultes et, plus encore, des jeunes. Toute-
fois, si le désintérêt vis-à-vis de la politique semble s'accen-
tuer, l'attitude des nouvelles générations face à la religion
n'est plus aussi négative qu'auparavant. Le recul du religieux,
note Yves Lambert, se poursuit au niveau de l'ensemble de la
population (sauf en ce qui concerne les croyances liées à
l'après-mort)l x. Mais ce recul est désormais nettement moins
accentué chez les jeunes, tandis que l'athéisme convaincu pro-
' 8 Chapitre 4 : Religion : croire sans appartenir.
19 gresse peu. L'attachement aux cérémonies augmente et la pro-
gression des croyances liées à l'après-mort est forte (vie après
la mort, paradis, enfer, réincarnation). Cette évolution
concerne surtout les jeunes sans religion, témoignant ainsi
d'une déconnexion entre la croyance et l'appartenance reli-
gieuse. Être sans religion ne signifie plus être athée et l'Église
n'a plus le monopole des croyances religieuses. Si les 18-
29 ans pensent davantage qu'il y a vingt ans que l'Église
apporte une réponse aux besoins spirituels, ils n'ont guère le
sentiment, sauf les pratiquants réguliers, qu'elle réponde aux
problèmes moraux, familiaux et sociaux. Les jeunes ne se rap-
prochent donc pas de l'Église en tant qu'institution, qui
conserve pour eux une image conservatrice. Sur toutes ces
tendances, les différences selon le genre, la durée des études,
la profession ou le statut matrimonial sont assez faibles. La
religiosité chrétienne est toutefois un peu plus forte parmi les
plus instruits, les professions intermédiaires et supérieures, les
jeunes qui sont mariés et surtout chez les jeunes femmes.
S'agissant des croyances parallèles, on retrouve une adhésion
féminine plus forte et, à l'inverse, une adhésion plus faible
chez les plus instruits, les professions intermédiaires et supé-
rieures.
Analysant le rapport des jeunes aux normes sociales,
Étienne Schweisguth constate le déclin d'une attitude d'accep-
tation ou de refus de ces normes dans leur globalité''. Si des
jeunes tendent à accepter l'ensemble des normes existantes et
d'autres à les contester non moins systématiquement, une
typologie des attitudes met en évidence des rapports moins
unidimensionnels aux normes, qui différencient notamment les
opinions relatives à la sphère privée de celles concernant la
sphère publique. Alors que, jadis, le refus de la tradition était
synonyme de refus de l'autorité, aujourd'hui la rupture avec
les normes anciennes dans la sphère privée peut accompagner
une attitude de responsabilité dans la sphère publique. L'ob-
servation des évolutions entre 1981 et 1999 confirme un
double mouvement de remontée du principe d'autorité dans le
domaine de la vie publique et d'accentuation de la demande
Chapitre 5 : Un nouveau cocktail de valeurs : liberté privée et ordre
public.
20 de liberté dans la sphère privée. Dans le domaine privé (sur
des sujets comme le divorce, l'avortement, l'euthanasie, l'ho-
mosexualité), les jeunes se montraient en 1981 plus libéraux
que leurs aînés. Ils ont continué à évoluer dans le sens du
libéralisme, entraînant dans leur évolution une large part de la
population plus âgée. Ce n'est qu'après soixante ans que l'on
retrouve une morale traditionnelle à laquelle adhéraient les
générations anciennes. Dans la sphère publique, ce sont les
valeurs d'autorité qui se sont accrues chez les jeunes depuis
1981, les rapprochant ainsi des plus âgés et conduisant les 18-
60 ans à former un ensemble homogène. La réhabilitation de
l'autorité ne signifie pas un retour à des valeurs tradition-
nelles, mais plutôt le souhait de vivre dans le respect des
règles collectives, tout en bénéficiant de libertés individuelles.
Les résultats de l'enquête Valeurs font apparaître que la
redéfinition des rôles masculins et féminins n'est pas dénuée
d'une certaine ambiguïté, ainsi que le remarque Jean-François
Tchernia20. Il y a, chez les Français, un consensus assez large
pour reconnaître la possibilité d'une indépendance des
femmes, obtenue par l'activité professionnelle. Cette position
est plus nettement soutenue par les moins de trente ans. Les
faits indiquent pourtant que la situation des femmes est encore
loin d'être à parité avec celle des hommes. Aux inégalités pro-
fessionnelles s'ajoutent les inégalités domestiques, y compris
chez les 18-29 ans. Une analyse attentive des attitudes de ces
jeunes révèle que, derrière un consensus apparent, le genre
introduit une vision différente des rôles masculins et féminins.
Si les jeunes femmes s'opposent nettement au modèle de la
femme au foyer, les jeunes hommes, quant à eux, ont une
position ambiguë. Davantage hostiles que les hommes de plus
de trente ans à ce modèle, ils sont néanmoins plus conserva-
teurs que les femmes de leur génération et tendent à avoir des
positions moins radicalement émancipatrices. À cette différen-
ciation par genre, s'ajoute une influence du niveau d'études.
Plus les jeunes sont instruits et plus ils ont tendance à soutenir
les opinions favorables à l'indépendance des femmes. Inverse-
ment, le modèle de la femme au foyer est davantage valorisé
chez les jeunes ayant fait peu d'études.
2° Chapitre 6 : Rôles sexués : un consensus sans effets ?
21 Pierre Bréchon s'interroge sur la spécificité des jeunes,
par rapport aux générations plus âgées, dans leurs relations
aux institutions administratives et politiques, ainsi qu'à cer-
taines grandes organisations'''. Cette spécificité s'est atténuée
en ce qui concerne les organisations hiérarchiques ou sécuri-
taires (police, armée), dont l'image est aujourd'hui très bonne
parmi les 18-29 ans. Presque autant que les générations
aînées, les jeunes sont attachés au système de santé ou de
sécurité sociale. Ils sont par ailleurs très satisfaits du système
d'enseignement. Par contre les 18-29 ans, davantage que les
autres classes d'âge, sont sceptiques quant à l'action d'institu-
tions centrales du système politique comme l'administration
ou le Parlement (l'image de ce dernier s'étant détériorée
depuis vingt ans). Les organisations internationales (ONU,
Union européenne) sont un peu mieux considérées par les
jeunes que par les 60 ans et plus. Mais l'image de l'Union
européenne s'est dégradée depuis 1981, les écarts entre géné-
rations étant dus ici au niveau de diplôme et non pas à l'âge.
D'ailleurs, le niveau scolaire influence de plus en plus le juge-
ment des jeunes sur les institutions. En 1981, les jeunes quit-
tant très tôt le système scolaire manifestaient la même
confiance dans les institutions politiques que les jeunes plus
éduqués. Aujourd'hui, ces jeunes sont très critiques à l'égard
des institutions, notamment les plus symboliques d'un sys-
tème politique ne leur permettant pas de trouver leur place
dans la société. En matière économique, Pierre Bréchon
remarque notamment que la jeune génération est un peu plus
favorable à une régulation étatique. Néanmoins, chaque géné-
ration privilégie très souvent les idées libérales sur les thèses
interventionnistes. Si les entreprises sont aujourd'hui davan-
tage critiquées dans l'opinion, notamment par les jeunes, les
syndicats ne sont pas mieux considérés qu'auparavant et ont
toujours aussi mauvaise presse chez les 18-29 ans.
Dans leurs attitudes à l'égard de la démocratie, évaluées
dans la seule enquête de 1999, les jeunes se montrent nette-
ment enclins à soutenir cette forme de gouvernement, même si
ce soutien est davantage mesuré que chez les générations plus
âgées. Cependant, l'attachement à la démocratie ne semble
21 Chapitre 7 Une jeunesse globalement peu contestataire.
22 pas exclusif d'une attirance potentielle pour des régimes assez
différents. Un jeune sur deux trouverait des mérites certains à
un système politique donnant le pouvoir de décider non au
gouvernement mais aux experts. Un quart des 18-29 ans
accepterait un système voyant gouverner un homme fort, qui
n'a pas à se préoccuper du Parlement et des élections (pour
39 % des personnes de 60 ans et plus). Ces données, com-
mente Pierre Bréchon, montrent que dans un pays comme la
France, où la démocratie est en principe bien implantée, l'atta-
chement à ce régime ne paraît pas d'une solidité à toute
épreuve. Dans toutes les classes d'âge, mais surtout chez les
jeunes générations, l'attitude anti-démocratique est très sen-
sible au niveau d'instruction, tout comme la xénophobie, le
sentiment d'insécurité, la confiance dans les institutions.
L'échec scolaire, estime Pierre Bréchon, semble aujourd'hui
plus vivement ressenti et génère une critique sociétale et insti-
tutionnelle, voire un rejet de l'autre.
Cet ouvrage étant publié en 2001, année qui célèbre le
centenaire de la loi de 1901 sur la liberté d'association, il
paraît intéressant d'examiner les réponses à plusieurs ques-
tions mesurant l'évolution de l'appartenance associative. En
référant les pratiques des jeunes à celles de l'ensemble des
Français, Bernard Roudet et Jean-François Tchernia appréhen-
dent plus largement les évolutions sur vingt ans d'un milieu
associatif marqué par le renforcement des valeurs d'individua-
lisationn. Ils soulignent que les 18-29 ans adhèrent autant que
la moyenne des Français à des associations. Cette apparte-
nance est stable depuis dix ans et tend à être plus également
répartie entre les différentes classes sociales, comme entre
chaque tranche d'âge, le fait d'être scolarisé influant positive-
ment sur l'adhésion. Les jeunes ont aujourd'hui davantage
d'activités bénévoles et prennent plus de responsabilités, à
l'image de l'ensemble des Français, mais sans que cet engage-
ment témoigne d'un regain des formes traditionnelles de mili-
tantisme. S'ils participent toujours, pour l'essentiel, à des
associations sportives et culturelles, d'autres associations, avec
de plus faibles effectifs, peuvent être le lieu d'un réel investis-
sement. On observe par ailleurs que les jeunes adhérents asso-
22 Chapitre 8 : Une présence active dans un milieu associatif en évolution.
23 ciatifs s'intéressent davantage à la politique ou font plus
confiance aux institutions que les jeunes non adhérents, mais
il ne semble pas que les associations soient en tant que telles
un facteur d'ouverture sur la société. L'appartenance associa-
tive reste plus forte parmi les hommes, surtout dans les asso-
ciations sportives, néanmoins les jeunes femmes adhérentes
ont aujourd'hui davantage d'activités bénévoles.
Au cours de l'ouvrage, des encadrés font un point plus
rapide sur quatre thèmes. Le premier veut caractériser le
moral des jeunes (J.F. Tchernia). Les 18-29 ans se considèrent
davantage que les adultes très heureux, sans pour autant se
montrer plus satisfaits de la vie qu'ils mènent. D'autres
enquêtes indiquent cependant que les jeunes des deux sexes
connaissent un peu plus fréquemment que leurs aînés un cer-
tain mal de vivre. Le deuxième encadré concerne les espaces
et les groupes d'appartenance (O. Galland). Les jeunes,
comme les adultes, ont le sentiment d'appartenir avant tout à
la ville et à la localité. Ce sentiment d'appartenance locale a
augmenté depuis les années quatre-vingt. Et le fait d'apparte-
nir au « monde entier » a davantage de sens pour les jeunes
que pour les adultes. Mais les 18-29 ans citent moins souvent
que les adultes le « pays tout entier (la France) » comme un
espace auquel ils s'identifient, alors même qu'ils se disent,
plus qu'il y a vingt ans, très fiers d'être citoyen français ou
prêts à se battre pour leur pays. L'identification à la France
comme nation semble se renforcer tout en se détachant par-
tiellement de l'identification à la France comme territoire. En
ce qui concerne l'appartenance sociale subjective, une large
majorité des jeunes et des adultes estime faire partie de la
« classe moyenne » et une minorité de la « classe populaire ».
Pourtant les données relatives aux niveaux de vie et aux seuils
de pauvreté montrent que la situation des jeunes s'est dégra-
dée depuis le début des années quatre-vingt-dix. Les disparités
intergénérationnelles ne se manifestent donc pas par un senti-
ment de déclassement social des jeunes.
Le troisième encadré s'intéresse aux jeunes dans leur rap-
port à la valeur de solidarité (E. Schweisguth). Il fait appa-
raître une hiérarchie des groupes sociaux dont les jeunes se
sentent solidaires. Les malades sont cités en premier, puis
viennent, dans un ordre décroissant, les personnes âgées, les
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