Les voyages des Rois Mages

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Résultat des recherches de deux auteurs brésilien et français sur le thème des Rois mages, des cultes et rites que leur dévotion ont entraînés, depuis l'Orient jusqu'au Brésil, cet ouvrage nous fait participer à ce long cheminement à travers les siècles et les continents : de l'Asie où est né le récit des mages en passant par l'Occident qui a vénéré les reliques supposées de leurs corps, les traditions portugaises autour de l'Epiphanie ont été transférées au Brésil où elles ont donné lieu à des manifestations spécifiques qui restent bien vivantes et très populaires.
Publié le : jeudi 1 juillet 2010
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EAN13 : 9782296703254
Nombre de pages : 250
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SOMMAIRE

PRÉFACE..................................................................................................... 9 “LES TROIS ROIS VIENNENT DE LOIN” : INTRODUCTION À UNE ŒUVRE ÉCRITE À PLUSIEURS MAINS ... 11 LE CHEMIN VERS BETHLÉEM ............................................................. 17 DE CONSTANTINOPLE À MILAN......................................................... 53 DE MILAN À COLOGNE ......................................................................... 67 DE COLOGNE VERS L’EUROPE MÉDIÉVALE OCCIDENTALE ...... 99 DANS LES BAGAGES DE LA CATÉCHÈSE JÉSUITE....................... 113 EN SUIVANT LA DIVERSITÉ CULTURELLE BRÉSILIENNE ......... 137 LES TROIS ROIS DE MAISON EN MAISON....................................... 175 ADIEU DE LA BANNIÈRE .................................................................... 227 LEXIQUE ................................................................................................. 231 BIBLIOGRAPHIE .................................................................................... 233 CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES .......................................................... 242 ABRÉVIATION DES NOMS D'ÉTAT ................................................... 243 CARTE DU BRÉSIL................................................................................ 245 SUR LES AUTEURS ............................................................................... 247

PRÉFACE

Les Voyages des Rois mages (As Viagens dos Reis Magos) est né d’une rencontre faite à travers Internet qui vous est contée dans sa préface par l’anthropologue brésilien Jadir de Morais Pessoa, professeur à l’Université Fédérale de l’État de Goias (UFG). Vous lirez aussi dans sa préface son intérêt pour les Rois mages à la fois comme anthropologue et comme “ambassadeur” d’une Folia de Reis. De mon côté, les recherches que j’avais faites sur ces personnages mythiques m’ont conduite à l’édition du Livre des Rois mages paru en 2000 avec une très riche iconographie et malheureusement épuisé. J’y étudiais les divers aspects théologiques, liturgiques, légendaires, historiques, littéraires, folkloriques et leur évolution au cours des siècles qui se traduit de manière très concrète dans les œuvres artistiques. Nous avons donc mis en commun nos recherches du moment sur le thème des Rois mages qui ont abouti à la parution du livre présenté ici et déjà édité au Brésil en 2007. Sa traduction me permet d’initier le public de langue française à la découverte que m’a fait faire Jadir de ces manifestations tout à fait particulières que sont les Folias de Reis brésiliennes. Il est très intéressant, me semble-t-il, autant pour les musiciens, puisque la folia est un morceau musical d’origine portugaise campagnarde, que pour les folkloristes ou les théologiens de connaître ces témoignages de foi autour de la naissance de Jésus. Il est impressionnant d’assister aujourd’hui à cette évangélisation populaire qui rassemble les “dévots” des Rois mages, très nombreux dans certains états du Brésil. Les Mages perses allant à Bethléem, la légende des reliques des corps des Rois mages transportées de Constantinople à Milan au IVe siècle, puis leur transport historique de Milan à Cologne au XIIe siècle, l’implantation particulière du culte des Rois mages au Portugal dont est témoin la construction de l’église du monastère des Jeronimos à Belem (Bethléem) d’où partaient les navires vers le nouveau monde, leur arrivée au Brésil à Natal (Noël) où sera construit un fort des Rois mages, l’adaptation de la célébration de l’Épiphanie aux villages indiens par les jésuites, les différentes manières de célébrer cette fête religieuse à travers le Brésil et en

particulier l’une des mieux conservées, les Folias de Reis qui reproduisent chaque année le voyage primitif des Rois mages sont autant d’étapes sur l’itinéraire de la dévotion aux Mages de l’Orient jusqu’au Brésil. Les poèmes qui scandent ces différentes étapes sont des chants de folias écrits par Carlos Brandão, un anthropologue bien connu au Brésil. L’idéal serait sûrement de pouvoir joindre au livre un des disques sur lesquels sont enregistrés ces chants spécifiques aux Folias de Reis brésiliennes. Cette œuvre écrite à quatre mains au-dessus de l’océan Atlantique explique la différence de style dans les approches de ce sujet. Mais c’est une preuve supplémentaire que de part et d’autre de l’océan ces personnages continuent de susciter interprétations et recherches diverses. Les chapitres 1, 5, 6 et 7 ont été écrits en portugais par Jadir de Morais Pessoa et les chapitres 2, 3 et 4 ont été écrits par moi-même en français et traduits en portugais par Jadir de Morais Pessoa dans l’édition brésilienne. Nos remerciements vont tout particulièrement à Armelle Le Bars, professeur émérite de l’Université de Paris III, qui nous a accordé son aide très précieuse et sans laquelle la traduction française des chapitres écrits en portugais n’aurait pu voir le jour. Á vous maintenant, lecteurs, de suivre ces longs chemins des Rois mages ! Madeleine Félix

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“LES TROIS ROIS VIENNENT DE LOIN” : INTRODUCTION À UNE ŒUVRE ÉCRITE À PLUSIEURS MAINS

À la différence de ce qui arrivait dans les décennies d’explosion et de domination absolue de la télévision -1970 et 1980 -, nous terminons le XXe siècle et commençons le XXIe siècle au Brésil dans un climat très favorable au renouvellement de diverses manifestations issues de la culture populaire. Du nord au sud, la “reconsidération” a été évidente : la même télévision qui avait étouffé les fêtes des bumbas-meu-bois (1), les folias, les fandangos, les catiras, les parafusos, les rezas et les lendas va maintenant à la rencontre de ces fêtes et d’autres manifestations, les transformant en produits valables pour les heures de grande écoute. Mais, selon les folkloristes, quand on montre de manière récurrente, on en paie le prix par la banalisation ; cependant, il n’y a pas à le nier, cela fait resurgir, pour nous les adultes, notre héritage culturel et cela fait jaillir dans les nouvelles générations le goût d’apprendre, en nourrissant l’espoir que les traditions ne meurent pas. Les bumba-meu-boi obtiennent des “bumbodromes” et des transmissions télévisées somptueuses : des groupes de catiras de tous les âges, y compris féminins, naissent ; on institue des rencontres de folias de reis dans des villes et états innombrables. En résumé, c’est une chance que les producteurs de culture populaire en souhaitent tant : ils sentent que ce qu’ils font fait sens. Si les actuels pratiquants de ces fêtes populaires arrêtent d’être dénigrés comme arriérés, ignorants, “ploucs”, etc., ils arriveront à motiver les jeunes générations pour l’apprentissage de ces pratiques et de ces savoirs légitimes. Ce sont les éléments minimes et suffisants pour que la culture populaire se rénove et, donc, se maintienne. Dans ce même contexte riche en possibilités de développement, se situe la Folia de Reis, donnant à ses dévots et ses pratiquants l’occasion d’être reconnus comme sujets d’un monde en franche transition ; se sentant porteurs de sens dans ce qu’ils font, ils trouvent la force et la créativité suffisantes pour définir leur place dans la nouvelle société émergente - plus urbaine et technique, plus calculatrice et moins mystique. En dépit, ou qui sait, à cause de tout cela, on constate encore beaucoup d’émotion dans une

famille qui voit, année après année, la bannière des saints Rois entrer dans sa maison. Après le départ, lorsque le cortège se dirige vers la maison voisine, la même émotion se répète. Les folkloristes et anthropologues, à l’exemple de Câmara Cascudo et de Carlos Rodrigues Brandão (2), ont déjà expliqué magistralement les folias en mettant l’accent sur leurs caractéristiques fondamentales : elles font partie du catholicisme populaire, elles sont d’origine à prédominance rurale et incluent le déplacement de la troupe, qui est fait au nom d’un “patron”. Mais, comme pratiquant, et en même temps assumant toutes ces caractéristiques, je pense que, de toutes les manières d’expliquer ce qu’est une Folia de Reis, la meilleure est son giro, le pèlerinage d’un point initial (la fête du commencement) à un point terminal (la fête de l’arrivée - la “conclusion”), préalablement définis. Entre ces deux points choisis par ceux qui participent à la fête chaque année, la folia se déroule en entier, dans toutes ses dimensions (structurelle, artistique, religieuse, sociale) à l’intérieur de chaque maison où les pratiquants se présentent comme solliciteurs d’une offrande et voyageurs à la recherche d’un certain nouveauné. Il est beau et plein d’émotion, vraiment, de voir la diversité des formes et des voix des folias dans les grandes rencontres des compagnies, sur une place ou dans un gymnase. Mais, la folia est, essentiellement, le giro, le voyage vers Bethléem, dans chaque maison où elle passe. “...Les Folias de Reis sont le voyage rituel le plus diffusé au Brésil”, dit Carlos Rodrigues Brandão (1985, p. 138). Dans un autre texte, l’auteur dit que “le voyage est le cœur du rite” (Brandão, 1983b, p. 87). Le giro est une espèce de réincarnation du voyage des Trois Rois chaque année pour chaque compagnie. Francisco Garbosi (2002, p. 61-62), ancien maître des rois de Londrina (dans le Parana), qui, maintenant aussi, a écrit sur sa longue expérience de foi et de chants chante le giro ainsi : Les rois sont partis en voyage Accomplissant le grand destin Frappant de porte en porte En cherchant l’Enfant-Dieu. Aujourd’hui, ils sont dans le monde Accomplissant leur mission Visitant leurs dévots Apportant les saintes bénédictions.

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De là est né mon désir d’écrire sur les Rois mages en les considérant comme des voyageurs. Il n’y a ici aucune volonté d’étudier toute la gamme des faits et mystères entourant ces personnages du monde chrétien : qui ils étaient, s’ils ont existé ou non, s’ils étaient trois ou douze, d’où ils venaient, etc. En plus de toutes les autres, ces questions les concernant sont importantes. Mais ces questions ont déjà été traitées au long des siècles dans des ouvrages exhaustifs. Juste pour montrer comment ces interrogations se projettent dans le temps, citons ici deux exemples magistraux des nombreux écrits sur les Rois mages. Le premier, Historia trium regum (Histoire des trois rois), a été écrit dans la seconde moitié du XIVe siècle par le moine carmélite allemand Jean de Hildesheim, c’est-à-dire en plein Moyen Âge et à l’apogée des pèlerinages en direction des Rois mages, tout d’abord à Milan en Italie, puis à Cologne en Allemagne. Le second est Le livre des Rois mages, écrit en 2000 par la spécialiste française Madeleine Félix, avec laquelle j’ai l’honneur de partager le présent ouvrage. Toutes les références possibles, en Orient et en Occident, que ce soient les documents écrits, les œuvres littéraires, les sculptures dans les églises et sur les sarcophages, les peintures murales, les objets de décoration et les peintures sur différents supports, rien n’a échappé à ces deux œuvres. La seconde est, évidemment, beaucoup plus complète, surtout du point de vue iconographique parce qu’elle intègre aussi plus de six siècles de dévotion et de création artistique autour des Rois mages. En conséquence, notre souhait ici n’est pas de reprendre intégralement les recherches sur ces grandes questions qui ont agité depuis déjà deux millénaires les croyants, les religieux et les artistes, mais de considérer ces trois figures, historiques ou légendaires, comme trois personnes qui se sont mises en chemin. Notre idée maîtresse ici est que ces voyages sont au nombre de sept, c’est-à-dire que nous voyons ces voyageurs en sept moments distincts et spécifiques, à savoir : 1. Le chemin de Bethléem 2. De Constantinople à Milan 3. De Milan à Cologne 4. De Cologne vers l’Europe médiévale 5. Dans les bagages de la catéchèse jésuite 6. En suivant la diversité culturelle brésilienne 7. Les Trois Rois de maison en maison.

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Ainsi, le couplet entonné par d’innombrables ambassadeurs “Les Trois Rois viennent de loin, ils viennent vers nous de très loin” (3) trouve toute sa profondeur. Il peut être entendu comme une actualisation (une ressemblance) du voyage des Rois mages, décrit dans l’évangile de Matthieu, mais peut signifier aussi que ce voyage, fait aujourd’hui par chaque folião de reis en “imitant les trois rois mages” (4), comme nous le disons dans nos couplets, a déjà été fait, il y a plus de 2000 ans, par “ceux qui sont imités”, voyage en étapes variées et sous diverses formes, y compris actuellement sur Internet. Il n’y a dans notre travail aucune conviction ni prétention de science ésotérique. Ces sept voyages signifient juste les étapes les plus connues et significatives, expliquant le parcours complet, depuis le voyage initial, le chemin de Bethléem, jusqu’au voyage que font aujourd’hui les dévots de maison en maison au Brésil. Quand ce projet était en gestation, j’ai lu l’ouvrage de la spécialiste française, Madeleine Félix, et j’ai commencé à communiquer avec elle, initialement pour lui apporter des informations sur les importantes formes brésiliennes de dévotion aux Rois mages, spécialement la Folia de Reis, qui n’étaient pas venues à sa connaissance au moment de l’édition du Livre des Rois mages. Percevant son intérêt pour notre manifestation folkloricoreligieuse, j’ai décidé de lui présenter mon projet, en l’invitant à y prendre part. Pour mon bonheur, l’invitation fut promptement reçue et elle s’est mise immédiatement à écrire les parties au sujet desquelles je l’avais sollicitée. Madeleine Félix a écrit ses textes en français et je les ai traduits moi-même en portugais. Aussi je m’enorgueillis comme folião et comme chercheur de pouvoir présenter à mes collègues du Brésil qui ont les deux mêmes identités, ou sinon les deux, du moins l’une d’elles, et à tous les lecteurs intéressés, une spécialiste bien connue dans la recherche sur les Rois mages, en réalisant avec elle le présent travail. Il traite d’une histoire millénaire, vivante, décrite, représentée, chantée partout dans le monde par une infinité de personnes, histoire qui, ici, est présentée par un chercheur brésilien et une spécialiste française, un dévot folião et une admiratrice du mystère des Rois mages. Je dois dire que la découverte de Madeleine Félix et la décision sur ce partenariat franco-brésilien proviennent d’un mode bien particulier des temps modernes : Internet. Peut-être tout ceci est juste une variante récente des mystères entourant les Rois mages. Et quel mystère ! Jadir de Morais Pessoa

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Notes de l’introduction
1. Nous garderons dans le texte français certains noms originaux, soit qu’ils soient difficilement traduisibles, soit que la traduction en soit trop longue. Un lexique placé à la fin du livre explique le sens des mots mis en italique (N.D.T.). 2. Voir la bibliographie (N.D.T.). 3. Une strophe complète avec cette idée est chantée ainsi : “Les Trois Rois viennent de loin / de très loin vers nous ils viennent / ils viennent en voyageant / de l’Orient vers Bethléem”. 4. Dans ce cas, il y a une très bonne strophe généralement chantée quand le maître ou la maîtresse de maison, au moment de recevoir la bannière, s’agenouille, demandant que l’ambassadeur continue à chanter. Elle prend la forme suivante : “Ce noble seigneur / dévotement s’est agenouillé, / imitant les trois rois mages / arrivant à la crèche”.

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LE CHEMIN VERS BETHLÉEM
Jadir de Morais Pessoa

La source biblique pour connaître la vie et les enseignements de Jésus se trouve dans les quatre évangiles. Dans Marc, Jésus apparaît tout de suite au moment où il est baptisé par Jean-Baptiste qui avait averti auparavant dans ses prédications que celui qu’il baptiserait et qui lui succèderait serait beaucoup plus important que lui : “Vient derrière moi, celui qui est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales” (Mc 1, 7) (1). Dans l’évangile de Jean, après la même annonce de Jean-Baptiste, Jésus apparaît immédiatement appelant son groupe de disciples. Si bien que dans ces deux livres du Nouveau Testament, Jésus apparaît déjà adulte, en plein dans l’action pour laquelle il fut envoyé : le Messie. Seuls les évangiles de Matthieu et de Luc traitent de la naissance et de l’enfance de Jésus. Seuls ceux-là contiennent des récits bibliques connus comme “les évangiles de l’Enfance”. Cela requiert une explication particulière.

En questionnant l’exégèse
Parler des évangiles de l’enfance de Jésus nous renvoie à un des chapitres de la fameuse “question synoptique”(2), une des premières conquêtes des études scientifiques de la Bible. Elle traite de ce qui suit. Les quatre évangiles, dans l’ensemble, montrent la vie, les actions et les prédications et enseignements de Jésus. Mais il y a dans leur ensemble deux groupes bien différents. D’un côté, l’évangile de Jean, avec une tonalité, une prédominance bien distincte des autres, proclamant la divinité de Jésus, c’est-à-dire qu’il y a dans Jean une préoccupation pour annoncer que Jésus est le Christ, le fils de Dieu. Nous le voyons, par exemple, dans la parabole très connue du Bon Pasteur, où Jésus, après avoir dit qu’il cherche à rassembler toutes les brebis qui lui ont été confiées, ajoute : “Personne ne me l’enlève (la vie) ; mais je la dépose de moi-même. J’ai pouvoir de la déposer et j’ai pouvoir de la reprendre ; tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père” (Jn 10, 18). D’un autre côté se situent les trois autres évangiles avec une prédominance commune entre eux, la vie active, missionnaire, de Jésus. Ce sont les trois premiers évangiles, - Matthieu, Marc et Luc - qui présentent Jésus dans cette perspective. De là, ils sont

appelés “évangiles synoptiques” puisque ces trois évangiles ont la “même vision”, cette “synopse” de la vie de Jésus. L’évangile de Jean est beaucoup plus une proclamation de foi dans le messianisme de Jésus. Mais, pour ce qui nous intéresse d’analyser ici, nous subdiviserons encore les synoptiques en deux groupes : d’un côté les évangiles de Matthieu et de Luc, les seuls qui traitent de l’Enfance de Jésus, et de l’autre Marc qui commence tout de suite à présenter Jésus en plein ministère - la préparation par Jean-Baptiste et, ensuite, le début de la composition du groupe des Douze. Aussi notre projecteur se porte un peu plus vers ces deux évangiles qui, comme on peut le voir dans la transcription littérale cidessous, traitent de l’Enfance de Jésus avec des styles, une forme du récit et des personnages très particuliers dans chacun des deux textes.

Mt 2, 1à 12
1.Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem 2.en disant : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu, en effet, son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage. » 3.L’ayant appris, le roi Hérode s’émut et tout Jérusalem avec lui. 4.Il assembla tous les grands prêtres avec les scribes du peuple et il s’enquérait auprès d’eux du lieu où devait naître le Christ. 5. « À Bethléem de Judée, lui dirent-ils ; ainsi, en effet, est-il écrit par le prophète : 6.Et toi, Bethléem de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda, car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël. » 7.Alors Hérode manda secrètement les mages et se fit préciser par eux le temps de l’apparition de l’astre 8.et les envoya à Bethléem en disant : « Allez vous renseigner exactement sur l’enfant ; et quand vous l’aurez trouvé, avisez-moi, afin que j’aille, moi aussi, lui rendre hommage. » 9.Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à son lever, les précédait jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. 10.À la vue de l’astre, ils se réjouirent d’une très grande joie. 11.Entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui offrirent en présents de l’or, de l’encens et de la myrrhe. 12.Après quoi, avertis en songe de ne point retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays.

Lc 2, 1 à 14
1.Or il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. 2.Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. 3.Et tous

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allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. 4.Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David qui s’appelle Bethléem, - parce qu’il était de la maison et de la lignée de David – 5.afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. 6.Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. 7.Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il manquait de place dans la salle. 8.Il y avait dans la région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. 9.L’Ange du Seigneur se tint près d’eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis d’une grande crainte. 10.Mais l’ange leur dit : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : 11.aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. 12.Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveauné enveloppé de langes et couché dans une crèche. » 13.Et soudain se joignit à l’ange une troupe nombreuse de l’armée céleste, qui louait Dieu, en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance ! »

1. Église de Rozier-Côtes d’Aurec (Loire) : tympan XIe-XIIe s. Adoration des Mages : très importante étoile-fleur-soleil

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Quelques différences essentielles entre les deux textes sautent aux yeux, même pour des lecteurs non spécialistes. Matthieu ne précise pas les circonstances de son récit. Il donne le fait pour présumé - “Jésus étant né à Bethléem” - et continue l’histoire. Luc est plus historien, se préoccupant de situer le fait qu’il s’intéresse à raconter, en référence à un événement historique - dans ce cas, un recensement général de la population -. Mais, il est plus historien seulement dans les termes. Les circonstances historiques avancées sont très obscures. Il n’indique pas une année, il dit juste que c’était le premier recensement quand Quirinius était gouverneur de Syrie. Il ne donne non plus aucune indication de l’extension de ce recensement. Il dit juste qu’il s’agit d’un recensement “de tout le monde habité”. Cela semble bien de l’histoire, mais cela ne rend pas historiques beaucoup de points. Les exégètes, en recourant à d’autres sources, font en général la supposition que le recensement cité par Luc comme référence historique pour ce récit a eu lieu entre 8 et 6 av. J.C.(3). En contrepartie, Matthieu est beaucoup plus large dans sa trame qui raconte toute une histoire au sujet de l’arrivée des mages à Jérusalem. Hérode s’inquiète de la présence d’étrangers, les fait appeler, interroge d’autres savants ; les illustres voyageurs arrivent par un chemin et repartent par un autre, etc. Luc présente une trame moins complexe, le groupe et l’animation moindre de ses personnages sont compensés par l’insertion des anges, absents du récit de Matthieu. Cette insertion rend Luc beaucoup plus imaginatif : quelle chose fantastique n’est-ce pas de voir et d’entendre une armée d’anges chantant ! Une troisième différence qui peut aussi être facilement notée entre les deux textes est qu’ils font intervenir des personnages humains très différents dans la scène de la visite. Les premiers humains de Matthieu à s’approcher du “berceau” de Jésus sont les Rois mages et ceux de Luc sont les bergers. Les personnages de Matthieu sont beaucoup plus solennels. Ils viennent de très loin, on ne sait même pas exactement d’où ils sont. Ils arrivent avec des coffrets d’où ils retirent des présents de grande valeur pour les offrir à genoux. Les personnages de Luc sont exactement de là, des environs de la grotte où là, tout près, ils passaient la nuit en gardant leurs troupeaux. Et ils ont vu le divin Enfant, ne lui ont rien offert si ce n’est leur grande admiration et leur contemplation. Ils n’ont annoncé aucun événement au sujet des étoiles, ils n’ont pas eu d’entrevue avec Hérode et n’ont pas eu à trouver un autre chemin pour retourner. Ils sont retournés dans les mêmes environs en racontant autour d’eux ce que l’ange leur avait dit. Par cela, le récit de Luc est beaucoup plus lié au lieu de la naissance et empli de chaleur humaine (Dattler, 1981, p. 63). 20

Le verset 7 du récit de Luc, en donnant une justification de la naissance de Jésus dans un abri pour animaux (4), entre aussi, selon la tradition, dans la fameuse liste de couplets des folias de reis. L’ambassadeur de la Folia de Reis de Lages, Itapuranga (GO) (5), José Borba da Silva, avait l’habitude de chanter dans les occasions spéciales, comme une arrivée à la crèche, deux couplets avec cette explication qui, en conséquence, a beaucoup plus à voir avec le texte de Luc qu’avec celui de Matthieu : Notre Dame était jeune fille Voyageait avec saint Joseph Elle partit pour Bethléem Dans une masure de chaume. À l’arrivée à Bethléem À toutes les portes elle frappa Cherchant un abri Mais personne ne l’a accueillie. Mais, malgré quelques apparitions des éléments du texte de Luc dans les couplets des folias, c’est principalement au texte de Matthieu qu’ils se réfèrent du fait que les personnages principaux que sont les Rois mages apparaissent seulement dans Matthieu. Sous quelque forme que ce soit, tant la communauté de Matthieu que celle de Luc nous lèguent la description de la naissance de Jésus. À cause de cela, la conjonction des éléments qu’ils réunissent sera analysée précisément pour dépasser le niveau de la simple compréhension de ce que le texte montre en apparence. La différence entre les deux récits quant aux premières personnes qui se sont approchées de la mangeoire n’est pas une différence négligeable. Elle touche à un niveau plus profond qu’il n’apparaît à la première lecture du texte. C’est une différence qui exprime des conceptions théologiques et même politiques d’une grande signification. Dans le verset 3, le récit de Matthieu disant que “le roi Hérode s’émut et tout Jérusalem avec lui” ne traite pas seulement de la peur d’Hérode quant à la stabilité de son pouvoir, ce qui déjà était important. Mais la grande question, à savoir pourquoi cela touche “tout Jérusalem” ou même tout Israël, était de savoir si Jésus serait accepté par les Juifs comme Messie ou s’il ne le serait pas. Et, comme les deux évangiles sont issus de la coyance religieuse de deux communautés différentes, tout indique que celle de Luc adopte plus promptement Jésus comme le Messie, dès lors que les bergers, sujets de son récit, étaient juifs. Tandis que la communauté de Matthieu ne paraît pas faire la même profession de foi. Les premiers à voir Jésus, selon Matthieu, sont “les nations”, c’est-à-dire les non-Juifs. 21

Il y a deux remarques à faire sur cette question théologique. La première est qu’elle ne traite pas exactement d’un refus de la communauté de Matthieu quant au messianisme de Jésus. Matthieu fait une critique des élites juives (chefs des prêtres, scribes) qui n’acceptent pas Jésus comme le Messie. C’est comme s’il disait : “Ce furent des personnages importants et venant d’autres pays qui vinrent saluer le nouveau-né de Bethléem et vous ne lui avez pas donné la moindre importance.” La deuxième remarque est que, en prenant les deux textes ensemble, apparaît avec grande clarté le caractère universel du messianisme de Jésus. Il est né (il s’est incarné), selon les Écritures, pour tous et il fut reçu par tous : anges, animaux, rois, bergers, etc. Et en ce qui concerne la question théologique posée, il fut reçu tout de suite par tous, Juifs et non-Juifs. Ils eurent le sentiment que la naissance de Jésus devait être saluée rapidement par des bergers et des rois étrangers. C’est l’interprétation du moine carmélite, Jean de Hildesheim, (2001, p. 65) dans son œuvre monumentale du XIVe siècle : Ces deux parties, à savoir les Rois et les bergers, furent comme deux parois qui se déplacèrent à partir de lieux opposés et la pierre angulaire, cimentée entre eux, a lié l’une à l’autre, car ceux-ci, c’est-à-dire les bergers, furent les premiers des Juifs, et ceux-là, c’est-à-dire les Rois, les prémices des Gentils. Le plus curieux de tout est que, depuis six siècles, on ne sait par quels chemins, cette même interprétation apparaît dans les couplets des grands maîtres des folias. Nous voyons un exemple d’un couplet qui exprime, chanté dans la Folia de Reis de Lages au temps de l’ambassadeur Anunciato Antonio de Oliveira (Pessoa, 1993, p. 123) et certainement dans divers autres au Brésil : Les bergers ont été les premiers Les Trois Rois ont été les seconds Qui ont adoré Le Sauveur du monde. Il est clair qu’il y a encore dans ce couplet une antériorité de conception de la foi de la communauté de Luc - les bergers ont été les premiers à arriver ou les Juifs ont été les premiers à reconnaître Jésus comme Messie. Mais, dans l’ensemble, le couplet cherche à dire que les Juifs et les non-Juifs l’ont reconnu.

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À partir de ce point, notre analyse se restreint au texte de Matthieu. Mais, avant d’aborder le texte proprement dit, c’est-à-dire, avant d’analyser les personnages et le déroulement du récit de Mt 2, 1 à 12, deux questions préliminaires sont indispensables à sa compréhension. La première concerne le contexte socio-économico-politique de la Palestine au temps de la naissance de Jésus. Et la deuxième concerne “le groupe” ou “la communauté” qui a été à l’origine de ce récit : nous avons déjà spécialement signalé que Matthieu est le seul à présenter ce récit. La Palestine juive, comprenant les provinces de Galilée, de Samarie et de Judée, était placée sous la domination romaine commencée en 63 av. J.C. De cette période à la fin du premier siècle, c’était une région vivant sous deux caractéristiques principales : un système de domination politicoéconomique avec des privilèges ostensibles au profit de quelques minorités et au contraire un système d’oppression et d’exploitation de la majorité pauvre ; ce qui explique à son tour les révoltes populaires successives, provoquées par les différents groupes. Contre quoi se révoltaient-ils ? Du point de vue idéologique, la domination romaine avait comme support la “pax romana” qui suppose une sorte de “contrat” de soumission totale du peuple aux impératifs du dominateur en échange de la protection contre les attaques d’autres peuples étrangers. En général, cette base idéologique garantit même à quelques groupes de personnes la fortune avec accès au centre du pouvoir, au prix d’une misère criante pour le reste de la population. Il n’y avait pas de troisième voie. Celui qui n’entrait pas dans le cadre de cet ordre était en général éliminé par la torture, la crucifixion, l’exil, etc. La “pax romana” a été une époque splendide que montrent les grandes œuvres de voierie ou d’architecture de cette époque. Pour les pauvres et les dissidents, la “pax romana” était une situation sociale de crise générale et sans possibilité de changement. [...] Les personnes humbles vivaient dans un état de pénurie et d’instabilité. On peut observer le déracinement social sous de multiples formes : émigration, nouvelles colonisations, banditisme, révoltes et aussi radicalisme itinérant (Godoy, 2004, p.46, 50). Et Rome a disposé à Jérusalem d’un parfait exécutant de cette logique du pouvoir, Hérode le Grand, qui a régné de 37 à 4 av. J.C. Comme si sa cruauté dans l’imposition des lois et dans le recouvrement des impôts ne suffisait pas, Hérode était “un usurpateur du trône juif” au service de Rome, ajoute le Professeur Airton José da Silva (6) :

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Il était iduméen et Edom était un ennemi traditionnel d’Israël. De sorte que, parce qu’il était étranger, il n’avait aucune relation d’échange avec les Juifs et sa légitimité s’appuyait sur sa propre organisation pour exercer le pouvoir. Hérode a construit une structure de pouvoir indépendante de la tradition juive. Il a nommé des prêtres étrangers dans le temple qui, d’ailleurs, se sont tournés vers le centre du pouvoir et du prélèvement des impôts. Il a dirigé la justice à sa manière, en désaccord avec le Sanhédrin, et a violé toutes les traditions juives. À cause de cela, encore selon Silva (2005), dans le récit de Matthieu, quand il a entendu parler d’un roi des Juifs, de la descendance directe de David - identité qu’il ne possédait pas - Hérode a pris peur et a réagi de la manière la plus brutale qui soit. Percevant qu’il s’était fait jouer par les Mages - bien que ce soit lui qui ait tenté d’abuser d’eux (Dattler, 1981) - il a ordonné le massacre de tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans ses environs (Mt 2, 16). La deuxième question préliminaire est une vérification des composantes les plus significatives du récit de Matthieu, quant au contexte religieux dans lequel il a été écrit. Jésus était de la descendance de David et est né au milieu d’une communauté juive. Non seulement il était juif de droit et de fait, mais il a été immergé dans la culture religieuse juive à tel point qu’il a été présenté et même qu’il se présentait comme ayant la mission d’annoncer un plan de transformation socio-religieuse. Donc, en premier lieu et immédiatement, cette transformation commence par le judaïsme lui-même. Et Jésus a tenu à accomplir tous les rites et préceptes juifs, depuis son enfance. Son plan n’était pas d’abolir le judaïsme, mais de le transformer : “N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir”(Mt 5, 17). Il n’est pas difficile d’imaginer que tout ceci a engendré de nombreuses crises, controverses et projets de réforme à l’intérieur du camp religieux juif. Suivre Jésus et abandonner le judaïsme, suivre Jésus et rester dans le judaïsme ou ne pas suivre Jésus ; finalement, les divers groupes socioreligieux étaient alimentés par les diverses positions en face d’un nouveau projet religieux. “La relation des communautés juives avec les groupes de ceux qui suivaient Jésus était un phénomène culturel complexe”, rappelle Saldarini (2000, p. 42). L’évangile de Matthieu est un signe clair de ce qui a été écrit dans le milieu où s’est développé ce processus de crises et de transformations religieuses. Dans la recherche biblique est récurrente l’admission du principe suivant lequel il n’est pas toujours possible d’attribuer la rédaction d’un 24

texte à un seul individu. Deux formes différentes de nommer ou de s’adresser à Dieu, par exemple, sont des indices clairs de l’existence de deux fragments de textes d’origines différentes bien qu’ils aient été insérés dans un même livre. Maintenant, les exégètes préfèrent dire que ces deux fragments supposés sont différents parce que provenant de “traditions” différentes. Ainsi doit-on considérer l’évangile de Matthieu : probablement n’a-t-il pas été écrit par une même personne, mais il a dû être mené à sa fin à partir de l’expérience et des conceptions religieuses et politiques d’un “groupe” ou d’une “communauté” ; ce qui, à son tour, explique une position bien définie dans le contexte de la diversité des rapports entre Juifs. Nous allons vers une petite confirmation de cette interprétation déjà mentionnée ailleurs qu’est l’antériorité de non-Juifs, les Mages, dans la scène des premiers jours qui ont suivi la naissance de Jésus. Le Professeur Airton Silva (2005) rappelle que, à cause de textes comme celui-ci, le rédacteur de l’évangile de Matthieu a longtemps été considéré dans la recherche biblique comme le plus anti-juif des évangélistes. Suivant les recherches plus récentes, cette perspective a été abandonnée. Matthieu ne reniait pas le judaïsme, mais assumait un certain type de judaïsme. C’est-à-dire qu’il appartenait à une communauté qui adhérait à la prédication et au projet chrétien sans abandonner la barque juive. Il s’agissait donc d’une communauté judéo-chrétienne. Un des auteurs importants dans cette nouvelle manière de considérer l’évangile de Matthieu est Anthony J. Saldarini (2000, p. 80, 119) selon lequel [...] dans aucun passage, Matthieu ne rejette le ‘judaïsme’ ou ‘le peuple juif’. Au contraire de l’opinion de beaucoup d’exégètes, il ne s’est pas même éloigné de la communauté juive en faveur d’une nouvelle communauté chrétienne. Bien qu’il soit parfois décrit comme anti-juif, à la vérité, Matthieu réserve son poison aux chefs juifs hostiles et, occasionnellement, à ceux qui les suivent en un ferme rejet de Jésus. Ce qui est en question quant à l’antériorité de non-Juifs dans leur visite à l’Enfant Jésus à Bethléem, c’est donc la position du groupe de Matthieu, un groupe de Juifs dans sa relation avec un autre groupe ou un autre type d’appartenance au judaïsme. Dans ce dernier groupe, on identifie particulièrement Hérode, les chefs des prêtres, les anciens du Temple, les scribes - Juifs bien placés dans le système des privilèges du règne local au

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