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Introduction
The assumptîon îs that wîth the State în the backseat, we uneash the power of entrepreneurshîp and înnovatîon în the prîvate sector. The medîa, busîness and îbertarîan poîtîcîans […] feed înto the dîchotomy of a dynamîc înnovatîve and competîtîve “revoutîonary prîvate” sector versus a suggîsh, bureaucratîc, îner tîa, “meddîng” pubîc sector. Thîs message îs repeated so much so that ît îs accepted by the many as a “common sense” truth. M. Mazzucato,The Entrepreneurîal Sate. Debunkîng Publîcvs. Prîvate Sector Myths(2014)
The vîew that competîtîon and entry shoud promote eficîency and prosperîty has now become a common wîsdom wordwîde. Ph. Aghîon et R. Grîfith,Competîtîon and Growth.Reconcîlîng Theory and Evîdence(2005)
Un certaîn « sens commun » en matîère de poîtîque structuree s’exprîme dans d’înnombrabes pages de revues et d’ouvrages scîentîiques, de rapports 1 2 aux pus hautes autorîtés et autrespolîcy brîefs, sans compter es artîces et édîtorîaux de a presse. I îndîque que a concurrence est bénéique car ee încîte es entreprîses à înnover, ce quî est source de croîssance :
La concurrence a […] pour effet d’încîter es entreprîses à exporer en permanence de nouveaux terrîtoîres, notamment en termes d’înnovatîon
1. Par exempe eRapport de la Commîssîon pour la lîbéralîsatîon de la croîssance françaîse, présîdée par J. Attaî et pubîé en 2008. 2. Voîr Ph. Aghîon, « A prîmer on înnovatîon and growth », 2006 ; Ph. Aghîon,J. Bouanger et É. Cohen, « Rethînkîng îndustrîa poîcy », 2011. Seon ces dernîers, a poîtîque îndustrîee ne se réduît pas à a poîtîque de a concurrence maîs ee doît dans tous es cas être favorabe à a concurrence, ce quî seraît a garantîe qu’ee est de nature à favorîser a croîssance.
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[…] [ee] exerce à ce tître un effet posîtîf sur a productîvîté, au travers de deux canaux prîncîpaux : ee joue e rôe d’un « aîguîon » auprès des entre-prîses înstaées, en es încîtant à « donner e meîeur d’eux-mêmes »[sîc], pour conserver eur part de marché et croïtre ; ee permet ’entrée sur e marché de nouveaux acteurs, dîsposant de modèes économîques dîfférents, parfoîs pus eficaces et încîte es « busîness mode » exîstants à se remettre 3 en questîon et à se renouveer .
En revanche, a régementatîon protégeraît es irmes en pace, empê-chant es nouveaux entrants de contester eurs posîtîons sur un marché, et brîderaît aînsî ’înnovatîon et a croîssance :
[es restrîctîons à ’accès] sont e symptôme d’un pays où es vîeux se sont organîsés pour protéger eur entreprîse contre a menace des jeunes […] L’împortant est de permettre à des entreprîses de naïtre […] ce sont es 4 jeunes quî sont à ’orîgîne des vérîtabes înnovatîons .
Une poîtîque quî vîseraît à « îbérer » a croîssance devraît donc aéger e « fardeau régementaîre » et permettre ’entrée de nouveaux concurrents :
[]orsqu’une professîon s’ouvre, cea crée un aflux de nouveaux entrants, tandîs que d’autres sortent, entraïnant une réorganîsatîon du secteur 5 concerné avec de nouveaux acteurs .
Par aîeurs, es effets de a îbéraîsatîon ne seraîent pas îmîtés aux secteurs affectés car ses bîenfaîts se dîffuseraîent à ’économîe entîère : « [c]e sont ces gaîns îndîrects […] quî sont es pus împortants, car îs se 6 transmettent à toute a chaïne ». Du reste, ces effets bénéiques, réputés
3. E. Combe, « La concurrence n’est pas toujours ce que ’on croît »,La Trîbune, 18 août 2014. 4. F. Kramarz, « Des métîers sî protégés ? »,Le Monde, 5 octobre 2014. 5. P. Cahuc, « Des métîers sî protégés ? », ar t. cîté. 6. G. Cette, « Des métîers sî protégés ? », ar t. cîté.
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soîdement étabîs sur e pan théorîque, seraîent égaement sans contesta-tîon possîbe sur e pan empîrîque : []es nombreuses études empîrîques conirment ’exîstence d’une reatîon posîtîve entre concurrence et productîvîté au nîveau sectorîe, quee que soît a manîère de mesurer a concurrence. De même, au nîveau macro-économîque, es travaux empîrîques concuent qu’un renforcement de a concurrence exerce un effet favorabe sur a productîvîté dans es secteurs 7 où ’întensîté concurrentîee est îmîtée au départ .
Un rapport de ’Inspectîon générae des inances de mars 2013, rendu pubîc en septembre 2014, examîne es effets attendus de a îbéraîsatîon de trente-sept professîons régementées (pharmacîens, huîssîers, notaîres, grefiers, taxîs…). D’après ce rapport, es dîverses mesures de îbéraîsatîon quî y sont préconîsées (suppressîons de monopoes, dunumerus clausus…) auraîent un împact macroéconomîque sîgnîicatîf : des augmentatîons de 0,5 % pour e PIB et de 0,25 % pour es exportatîons, avec 120 000 créatîons d’empoîs à horîzon de cînq ans. L’objet du présent opuscue est d’examîner de manîère crîtîque ce « sens commun », à a foîs dans ses fondements théorîques, ses appîcatîons pra-tîques et sa réaîté empîrîque. La céébratîon des bîenfaîts de a concurrence faît certes partîe de a phîosophîe spontanée des économîstes. Toutefoîs, a branche des scîences économîques quî se spécîaîse sur ces questîons (’éco-nomîe îndustrîee ouîndustrîal organîsatîon) est oîn de proposer en a matîère des concusîons sans ambîgutés, comme on e verra pus oîn. Les débats récents provîennent en grande partîe de ’anayse des facteurs de croîssance à ong terme renouveée par es théorîes de a « croîssance endogène », 8 et en partîcuîer dans eurs varîantes dîtes « schumpétérîennes » . Dans ces modèes, a croîssance découe des înnovatîons quî apportent un surcroït
7. E. Combe, « La concurrence n’est pas toujours ce que ’on croît », ar t. cîté. 8. Pour une revue récente, voîr Ph. Aghîon, U. Akcîgît et P. Howîtt, « What do we earn from Schumpeterîan growth theory ? », 2014.
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de quaîté ou de productîvîté par rapport aux technîques et produîts utî-îsés. Les irmes quî întroduîsent ces înnovatîons vîennent concurrencer cees quî domînent e marché. Ces dernîères seraîent donc încîtées à înno-ver pour tenter de préserver eurs parts de marché. Bîen que a reatîon entre ’întensîté de a concurrence et a croîssance îssue de ce type de modèes ne soît pas unîvoque – on obtîent parfoîs une reatîon en « U » înversé, îndîquant que ’împact de a concurrence sur ’înnovatîon change de sens seon e nîveau de a concurrence –, e « sens commun » quî est tîré de ces exercîces est que a concurrence favorîse en généra ’înnovatîon et que, par conséquent, a régementatîon, dont es effets sont assîmîés à 9 des barrîères protégeant es irmes en pace, nuît à a croîssance . Un aspect partîcuîer du îen entre concurrence/îbéraîsatîon et înnova-tîon/croîssance se rapporte à a dîstance à a « frontîère technoogîque ». L’argument est e suîvant : a croîssance des économîes ou îndustrîes es pus avancées repose en grande partîe sur ’înnovatîon ; es effets béné-iques de a concurrence sur ’înnovatîon sont supposés augmenter orsque es îndustrîes ou es économîes opèrent avec es meîeures pratîques technoogîques. Les obstaces régementaîres freîneraîent donc ’entrée de nouvees irmes et protégeraîent cees en pace, quî auraîent donc moîns d’încîtatîon à înnover ain de préserver eurs parts de marché. La pus grande partîe de a îttérature, fondamentaement empîrîque, quî traîte du débat de poîtîque économîque quî en découe concut aînsî que es coûts économîques de a régementatîon des marchés de bîens et servîces augmenteraîent orsque ’on se rapproche de a frontîère technoogîque.
9. La régementatîon concernée n’încut pas cee reevant de a protectîon de a proprîété înteectuee, dont es conséquences sur es termes de a concurrence entre irmes sont pour tant împortantes. I exîste de nombreuses études sur ce sujet, on peut notamment voîr S. Scotchmer,Innovatîon and Incentîves, 2004 ; ou B. Ha et D. Harhoff, « Recent research on the economîcs of patents », 2012.
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Dans cet opuscue, nous souîgnons es faîbesses du postuat quî consîste à consacrer es poîtîques de îbéraîsatîon des marchés et d’înten-sîicatîon de a concurrence comme moteurs du progrès technîque et,în ine, économîque. Une premîère partîe passe en revue es îens que a îttérature économîque étabît entre concurrence et înnovatîon. I en res-sort que ces reatîons, ne seraît-ce que par es notîons qu’ees renferment, sont pus compexes que ce que aîsse suggérer e « sens commun ». Dans une deuxîème partîe, sont exposées es recommandatîons de poîtîque économîque quî forment ’essentîe du débat actue autour de a questîon de ’împact de a îbéraîsatîon des marchés sur a croîssance. Une ecture attentîve de a îttérature empîrîque concernée montre que es concu-sîons à en tîrer sont moîns caîres que ce que e dîscours domînant aîsse apparaïtre, de par a façon dont ’ancrage théorîque est faît et de par es résutats eux-mêmes. Dans a troîsîème partîe, nous procédons à des tests empîrîques portant sur ’îndustrîe manufacturîère à partîr des îndîcateurs communément retenus dans a îttérature. Les résutats de ces tests tendent à înirmer e « sens commun ». Dans cet exercîce, une comparaîson avec es résutats exîstants permet de comprendre es sources de dîvergence. La concusîon suggère que e débat de poîtîque îndustrîee et technoogîque gagneraît à quîtter es îmîtes étroîtes de a poîtîque de a concurrence.