Lieu et intentionnalité

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Comme l'analyse géographique peut le montrer, l'intentionnalité est à la fois sociale et culturelle. Dans des contextes fort différents, de la Syrie à la Polynésie française, en passant par la Roumanie, la Turquie, le Brésil et la France, les textes de ce numéro font état d'intentions et d'actions qui révèlent, à différentes échelles, des tensions dont les manifestations et l'interprétation reposent sur l'imbrication du culturel et du social.
Publié le : dimanche 1 mai 2005
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EAN13 : 9782296390171
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Géographie et cultures n° 52, hiver 2004
SOMMAIRE 5 La prise el) compte du facteur communautaire dans l'analyse spatiale: l'Etat, l'espace et les communautés en Syrie Fabrice Balanche Des Églises "passerelles" en domaine frontalier: Églises catholique et réformée de l'Ouest roumain Emmanuel Bioteau La pagode vietnamienne de Linh Son, à Joinville-le-Pont: d'une organisation territoriale discontinue Anne Hertzog Les rivages d'Istanbul: mégapole ? Antoine Fleury des espaces publics centre

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39

55

au cœur de la

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Entre pays et paysages: dynamique des lieux et développement touristique à Rurutu (Polynésie française) Yannick Fer et Gwendoline Malogne-Fer ~e parc urbain: un espace public dans la ville contemporaine? Etude comparée Paris-Salvador de Bahia Angelo Serpa une association insolite. Menace sur un

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105 L'arbre et l'oratoire, patrimoine oublié Yves Monnier

Il 9 Notes Lu, vu entendu, Paul Claval L'environnement, l'institutionnel et le participatif. L'exemple Barrio Lubo (Argentine), Ana Maria Facciolo 13 1 Lectures
Geography and History, Bridging the Divide Les Corses dans l'empire colonial L'outre-mer français au singulier Voyages au bout de l'Europe Regards croisés sur le patrimoine Un dictionnaire culturel de l'habitat et du logement

du

141

Table des articles parus en 2004

Géographie

et cultures, n° 52, 2004

La revue Géographie et cultures est publiée quatre fois par an par l'Association
GEOGRAPHIEET CULTURES les Éditions L'HARMATTAN, avec le concours du CNRS. Elle est et

indexée dans les banques de données PASCAL-FRANCIS, GEoABSTRACT SOCIOLOGICAL ET
ABSTRACT.

Fondateur: Paul Claval Directeur de la publication:

Louis Dupont

Comité scientifique: M. de Almeida Abreu (Rio de Janeiro), G. Andreotti (Trente), L. Bureau (Québec), Z. Cai (Pékin), G. Coma-Pellegrini (Milan), D. Cosgrove (Los Angeles), A-M. Frérot (CNRS), J.-c. Hansen (Bergen), C. Huetz de Lemps (Paris IV), J.-B. Racine (Lausanne), O. Sevin (Paris IV) et B. Werlen (Jena). Correspondants: A Albet (Espagne), A. Gilbert (Canada), D. Gilbert (Grande-Bretagne), J. Lamarre (Québec), B. Lévy (Suisse), J. Lossau (Allemagne), R. Lobato Corrêa (Brésil), Z. Rosendhal (Brésil), et F. Taglioni (océan Indien). Comité de rédaction: J.-P. Augustin (Bordeaux III), F. Barthe (Amiens), A Berque (EHESS), P. Claval (Paris IV), B. Collignon (Paris 1), V. Dorofeeva-Lichtman (EHESS), J.-c. Gay (Montpellier), V. Gelézeau (Marne-la-Vallée), I. Géneau de Lamarlière (Paris I), C. Ghorra-Gobin (CNRS), S. Guichard-Anguis (CNRS), C. Hancock (Paris XII), M. Houssay-Holzschuch (ENS-Lettres et Sc. humaines, Lyon), F. Mancebo (Paris IV), J.-R. Pitte (Paris IV), J.-L. Piveteau (Fribourg), R. Pourtier (Paris I), J.-F. Staszak (Paris I), J.-L. Tissier (Paris I) et J.-R. Trochet (Paris IV). Secrétariat de rédaction: Myriam Gautron Comptes-rendus: Sylvie Guichard-Anguis Relectures: Madeleine Rouvillois et Laurent Vermeersch Cartographie: Florence Bonnaud et Véronique Lahaye. Laboratoire Espace et culture (université de Paris IV - CNRS) Institut de géographie, 191, rue Saint-Jacques 75005 Paris France Tél. : 33 l 44 32 14 52, fax: 33 l 44 32 14 38 Courriel : myriam.gautron@paris4.sorbonne.fr Abonnement et achat au numéro: Éditions L'Harmattan, Polytechnique 75005 Paris France. Chèques à l'ordre de L'Harmattan. Abonnement 2005 Prix au numéro France 55 Euros 18 Euros Étranger 59 Euros 18 Euros 5-7 rue de l'École

Recommandations aux auteurs: Toutes les propositions d'articles portant sur les thèmes intéressant la revue sont à envoyer au laboratoire Espace et culture et seront examinées par le comité de rédaction. Géographie et cultures publie en français. Les articles (30000 signes maximum) doivent parvenir à la rédaction sur disquette 3,5" (Macintosh ou MS-DOS). Ils comprendront les références de l'auteur (nom, fonction, adresse), des résumés en français, en anglais et éventuellement dans une troisième langue. Les illustrations (cartes, tableaux, photographies N&B) devront être fournies prêtes à clicher et ne pas excéder 19 x 12 cm. Toute personne souhaitant faire un compte-rendu de lecture ou suggérer le compte-rendu d'un ouvrage doit contacter Sylvie Guichard-Anguis : sguichard_anguis@hotmail.com Pour les numéros spéciaux, un appel à communication doit être fait dans la revue. ISSN: 1165-0354, ISBN: 2-7475-7981-6

Géographie

et cultures, na 52, 2004

Lieu et intentionnalité
L'intentionnalité n'est pas la subjectivité, elle est une visée de conscience, une idée adaptée à un projet. Elle convie à penser l'action comme un moyen de donner suite dans la réalité à l'idée qu'une personne ou un groupe de personnes se fait de sa raison d'être dans un contexte social et culturel donné. L'intérêt d'une telle approche pour la géographie est qu'elle nous permet de sortir d'un débat stérile entre la géographie culturelle et la géographie sociale. L'intentionnalité n'est en dernière instance ni sociale ni culturelle, elle est toujours, comme l'analyse géographique peut le montrer, toujours sociale et culturelle. Sociale, parce que la recherche de distinction d'un groupe ou d'une classe prend plusieurs formes, plusieurs sigifications et varie en fonction des lieux investis; culturelle, parce que l'inscription des singularités dans l'espace affecte les rapports sociaux. C'est dans cet esprit que les textes de ce numéro ont été rassemblés. Dans des contextes socioculturels fort différents, de la Syrie à la Polynésie française, en passant par la Roumanie, la Turquie, le Brésil et la France, ils font état d'intentions et d'actions qui révèlent, à différentes échelles, des tensions dont les manifestations et l'interprétation reposent sur l'imbrication du culturel et du social. Dans les trois premiers textes, l'accent est d'abord mis sur le culturel, mais débouche sur le social, dans les suivants, le cheminement inverse prévaut. Dans "La pris~ en compte du facteur communautaire dans l'analyse spatiale: l'Etat, l'espace et les communautés en Syrie", F. Balanche montre que l'intention du pouvoir dans la nonreconnaissance des communautés n'est pas relayée par des actions conséquentes. Le maillage de l'espace continue de se faire sur une base communautaire et on assiste même à un jeu de "promotion administrative". Cette situation accentue les visées communautaires de création d'identités homogènes, qui empêchent l'émergence d'une véritable organisation sociale dans les régions. Le pouvoir totalitaire s; en trouve conforté, alors que le discours laïc masque le "noyautage de l':t;:tat par un groupe" (alaouite). En Roumanie, pays en transition, où l'Etat toujours omnipotent est désavoué par la population, s'ouvre un çhamp des possibles sociaux pour ce que E. Bioteau appelle les Eglises "passerelles". JI s'attarde plus particulièrement sur les intentions et sur les actions des Eglises catholique et réformée de l'Ouest roumain, qui remplissent l'espace politique ou civique non occupé par l'Etat.
Profitant de

national, ces Eglises participent à la recomposition des territoires sociaux, mais sur une base paroissiale. Les actions n'en visent pas moins à contrer la diminution de l'effectif des pratiquants. Si la concertation entre les communautés est manifeste à l'intérieur de la paroisse, E. Bioteau constate que ce n'est pas le cas entre les régions, qu'il existe même des stratégies d'expansion. Le texte de A. Hertzog sur la construction d'une

raide

étrangère

qui lie au global,

ou du moins

au hors

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pagode vietnamienne (Linh Son) à Joinville-le-Pont démontre, quant à lui, l'adaptation nécessaire à l'insertion d'une intentionnalité de nature cosmogonique dans un milieu urbain de la banlieue parisienne. Entre lieu de mémoire et lieu de commémoration, cette "irruption du sacré dans l'espace profane" prend tout son sens dans le réseau de pagodes à l'échelle nationale et même internationale. Dans "Les rivages d'Istanbul, espaces publics au cœur de la métropole", A. Aeury examine la transformation des rivages d'Istanbul en espaces publics. Les visées de conscience varient, d'abord selon la classe, puis comme lieu d'expression de la culture urbaine. Les rivages créent leur propre centralité, résultant soit d'aménagement, soit d'un commerce spontané plus ou moins en marge de la légalité. Ils deviennent scènes, lieux d'expression culturelle, ou sont mis en scène par les autorités via l'aménagement ou plutôt une volonté d'aménager ces lieux, parfois mythiques, qui appartiennent à l'imaginaire européen. Dans "Entre pays et paysages", Y. Fer et G. Malogne-Fer traitent de "dynamique des lieux et développement touristique à Rurutu (Polynésie française)". L'intérêt du texte est de montrer comment l'intentionnalité touristique, c'est-àdire les visées que projette sur la Polynésie l'industrie touristique, altère l'idée que se font les habitants de leur lieu. Loin de subir, ces derniers agissent mais dans un délicat équilibre entre identité et mise en scène. Ils soulignent le rôle de la recherche esthétique dans l'aménagement des lieux, au détriment peut-être de leur signification historique. C'est précisément le sujet dont traite A. Serpa dans "Le parc urbain: un espace public dans la ville contemporaine? à Paris et Salvador de Bahia". Il montre comment de grands projets d'architectes, non sans une certaine intentionnalité mondialisante, où prime l'esthétisme font lieu d'aménagement, rencontrent une "dimension d'usage" aux intentionnalités divergentes. Enfin, Y. Monnier montre bien que les visées de conscience du passé, notamment en milieu rural et s'agissant d'un patrimoine religieux, ont perdu leur signification dans une "société urbanisée et déchristianisée" ; "devenus insolites, inutiles et encombrants, ces objets sont menacés de disparition dans l'indifférence générale". L'enquête porte sur des exemples choisis dans le Jura. Deux notes terminent ce numéro. Une de Paul Claval où le fondateur de la revue nous fait part de ses réflexions et impressions de ses plus récentes lectures et déplacements, et une seconde de A.-M. Facciolo, sur une prise de conscience communautaire face à l'en vironnement à Campana en Argentine.
Louis DUPONT Université Paris IV

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LA PRISE EN COMPTE COMMUNAUTAIRE l'État, l'espace SPATIALE:

DU FACTEUR

DANS L'ANALYSE en Syrie

et les communautés

Fabrice BALANCHE
Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orientl

Résumé:

La géographie

française

éprouve

des

difficultés

à intégrer

le facteur

communautaire comme élément explicatif de l'espace. Pourtant, en tant que mode d'organisation sociale prégnant dans une grande partie du monde, il influence l'organisation spatiale. L'exemple de la Syrie montre parfaitement que l'utilisation des divisions communautaires par le pouvoir politique crée des rugosités, des centres et des périphéries durables. À grande échelle, l'espace est territorialisé sur des bases confessionnelles et ethniques. Il peut s'agir de territoires continus ou de territoires en réseau. Ces derniers sont très fréquents dans l'espace urbain en raison de la récente mixité résidentielle et de la mobilité croissante des populations. À petite échelle, l'organisation et les dynamiques spatiales sont tributaires de la distribution communautaire et des relations complexes que les différents groupes tissent entre eux.

Mots-clés:

État, territoire,

communautés

religieuses

et ethniques,

Syrie.

had some difficulties in using the community factor in space analysis. But communautarism is a form of social organisation throughout the world, therefore it participates to spacial organisation. The example of Syria shows that the use of communautarism by political power creates durable rugosities, centers and peripheries. On a large scale, space is territorialized on religious and ethnic bases. It can be continued territories or network territories, especially in cities, because of the new residentiel mixity and the growing mobility of the population. On a small scale, spacial organisation and dynamic depend on communal distribution and the complicated relationships between different groups.

Abtract: French geography

Keywords: State, territory,

religious

and ethnic communities,

Syria.

La prise en compte de divisions segmentaires des sociétés pose un problème aux géographes français, car ils s'intéressent davantage à l 'homme producteur, à l 'homme habitant et ils oublient 1'homme élément d'un groupe, d'une communauté dont la cohésion n'est pas

1. Maison de l'Orient, université Lyon II, rue du lee mars Courriel : fabrice.balanche@wanadoo.fr

1943,

69100

Villeurbanne.

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seulement le résultat de la gestion et de l'exploitation d'un espace, mais aussi le reflet d'un processus socioculturel, qui lui échappel. Certes la géographie française ne s'est intéressée que tardivement aux réseaux sociaux (Offner et Pumain, 1997), ce qui est fondamental pour appréhender de façon moderne les relations entre espace et communautés. Mais les réticences de la géographie française à l'égard du phénomène communautaire s'expliquent sans doute davantage parce qu'il est en désaccord avec le projet politique républicain, forgé autour de l'unité de la nation construite sur l'égalité de tous les citoyens et la négation de l'existence d'identités intermédiaires entre l'individu et l'identité nationale (Collignon, 2001, p. 24). En revanche, la géographie anglo-saxonne ne possède pas le même blocage idéologique car la société se considère comme elle-même constituée par des groupes hétérogènes. Par ailleurs, même dans les pays du Tiers-Monde, où il n'est pas possible de nier la segmentarisation sociale sur des bases ethniques ou confessionnelles, le positivisme nous conduit à négliger les approches communautaires. Les communautés ne seraient qu'une survivance du passé qui doivent se dissoudre du fait de l'urbanisation et des mutations économiques: les solidarités mécaniques de la société agraire se transformant en solidarité organique selon le schéma durkhémien. Mais l'Irlande du Nord, le Liban, le Ruanda ou la Yougoslavie, sont là pour nous rappeler l'actualité et le dynamisme du facteur communautaire dans tous les types de sociétés, même dans celles des pays dits "développés". Certes le communautarisme n'est pas le seul responsable des problèmes politiques qu'ont connus et que connaissent toujours ces pays. La Guerre froide a pesé sur le conflit libanais, la transition difficile du socialisme autogestionnaire à l'économie de marché a contribué à l'éclatement de la Yougoslavie... Mais il est caractéristique que dans tous les cas, les clivages politiques recoupent des clivages communautaires, et que les partitions territoriales, provisoires ou définitives, visent à la création d'entités homogènes sur une base communautaire. La géographie ne semble s'intéresser au communautaire que dans des cas extrêmes: guerre civile ou partition territoriale. Or, les communautés n'existent pas seulement à la faveur des conflits et elles ne sont pas uniquement porteuses de conflits. En tant que mode d'organisation sociale, le communautaire participe à la production d'espace, et par conséquent il convient d'en tenir compte dans toute analyse spatiale. Pour illustrer notre propos, nous nous appuierons sur l'exemple de la Syrie, un pays particulièrement intéressant pour ce type d'étude en raison de son caractère multicommunautaire tant sur le plan ethnique que confessionnel.

1. Naciri Mohamed cité par Claude Bataillon, 1977, p. 17.

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Géographie et cultures, n° 52, 2004 Les communautés, l'espace et le pouvoir en Syrie À la différence du Liban voisin, la Syrie se revendique comme un État laïc, les communautés confessionnelles ou ethniques ne disposent d'aucune représentation institutionnelle et toute référence communautaire a été officiellement supprimée. Le recensement ne fait plus mention des distinctions religieuses. Les noms de villages ou de massifs à connotation ethnico-religieuses ont été remplacés par des termes neutres - le djebel Ansaryeh est devenu le djebel Sâhelyeh (la montagne côtière), le djebel Druze se nomme le djebel El Arab (la montagne des Arabes). Cependant, tant dans le domaine juridique, que dans le domaine social, la laïcité officielle trouve ses limites. Ainsi l'islam demeure-t-il la source principale du droit et le Président de la République doit être musulman. L'inexistence du mariage civil maintient le clivage entre chrétiens et musulmans puisque, selon la loi musulmane, un chrétien ne peut épouser une musulmane, à moins de se convertir à l'islam, et d'une manière générale cela contribue à la puissance des autorités religieuses. Dans le domaine politique, le régime veille à ce que toutes les communautés soient représentées dans les conseils représentatifs (parlement, municipalités, chambre de commerce) et au conseil des ministres même si ces derniers n'ont guère d'importance, puisqu'il s'agit d'un régime autoritaire. En l'absence de recensement tenant compte des différentes communautés depuis 1947, nous ne pouvons que donner une simple estimation de la composition de la population syrienne. Sur le plan religieux, les musulmans sunnites dominent largement (plus de 70 % de la population), puis viennent les alaouites, secte musulmane hétérodoxe (l0 à 15 %), les chrétiens (moins de 8%), les druzes (3 %) et les ismaéliens (l %). La domination de l'élément sunnite contribue à donner à la Syrie une plus grande homogénéité religieuse qu'au Liban où aucune communauté confessionnelle n'est majoritaire. Cependant, en Syrie, 1'hégémonie des sunnites est tempérée par des divisions internes sur des bases ethniques. La présence d'importantes minorités non-arabes au sein des musulmans sunnites, les Kurdes (20 % de la population), les Turkmènes (3 %) et les Tcherkesses (1 %) ramène la part des Arabes sunnites, à moins de 50 % de la population syrienne. Enfin, les confréries et le tribalisme, comme dans les autres communautés, achèvent de diviser les Arabes sunnites. Au milieu du XXe siècle, la répartition des communautés dans l'espace syrien exprimait parfaitement la relation qui existait entre l'espace, le pouvoir et les communautés! durant la période ottomane et
1. Sous l'Empire ottoman, les différences entre les sujets n'étaient pas fondées sur des critères ethniques, mais religieux. Le système du millet (communauté organisée sur une base religieuse, et reconnue comme telle par l'administration impériale) reconnaissait

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qui perdurait, à cause du conservatisme social des régimes qui se succédèrent jusqu'à la révolution ba'athiste1. Les grandes métropoles de l'intérieur et leur campagne étaient peuplées par la communauté au pouvoir (musulmans sunnites) et ses protégés (chrétiens et juifs), tandis que les montagnes périphériques étaient abandonnées au~ minorités hétérodoxes: alaouites, druzes et yézidis (Figure 1). A l'échelle régionale, dans les zones dominées par les minorités, telles que les alaouites dans la région côtière, nous retrouvons le même rapport centre / périphérie qui organisait l'espace syrien. Les sunnites, politiquement et économiquement dominants, occupaient les villes et possédaient les meilleures terres. Les alaouites, en tant que communauté hérétique, étaient reclus dans la montagne ou employés comme métayers dans les propriétés de l'oligarchie sunnito-chrétienne de la plaine. Quant aux chrétiens et aux ismaéliens, reconnus et protégés par l'islam sunnite, ils participaient au système politique ottoman, et ils jouaient localement un rôle relativement efficace d'intermédiaires entre les alaouites et les sunnites. En ce début de xxr siècle, la distribution de la population syrienne n'a guère été modifiée dans l'espace rural. Les minorités chrétiennes se sont amenuisées, en raison de leur faible croissance démographique et de leur forte propension à émigrer en ville et à l'étranger. C'est notamment le cas en Haute-Djézireh, où la communauté syriaque devient résiduelle dans la campagne au profit de la population kurde dont la démographie est galopante. Mais c'est en ville qu'eurent lieu les plus importants bouleversements démographiques. Désormais les villes côtières sont peuplées en majorité d'ala0l!ites, alors qu'ils étaient quasiment absents jusqu'au Mandat français. A Homs et à Hama, les alaouites constituent la seconde communauté derrière les sunnites, mais devant les chrétiens. Dans le Nord-Est, l'exode rural des Kurdes a largement contribué à la croissance urbaine spectaculaire de Hassakeh, Raqqa et Qameshli, des bourgades de quelques milliers d'âmes qui sont devenues en une cinquantaine d'années des villes de plus de 100 000 habitants. Enfin Damas, la capitale, est devenue la première ville alaouite, druze, mais aussi kurde de Syrie, alors que ces populations y étaient peu présentes à l'indépendance.

une certaine autonomie interne aux communautés chrétiennes et juives, sous la direction de leurs autorités spirituelles. Les musulmans par contre qu'ils soient sunnites, shi'ites duodécimains ou ismaéliens, appartenaient tous à l'Umma (la communauté des croyants), c'est-à-dire au millet musulman. Les sectes musulmanes hétérodoxes - druze, yézidi et alaouite - n'avaient pas de reconnaissance juridique et n'appartenaient pas au millet musulman, du fait de leurs doctrines et de leurs pratiques jugées hérétiques par les ulémas. 1. En 1963, un groupe d'officiers appartenant au parti ba'ath arabe socialiste renversa le régime conservateur qui avait succédé au Mandat français. Le nouveau régime entreprit une réforme agraire et des nationalisations qui brisèrent la bourgeoisie traditionnelle.

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Géographie et cultures, n° 52, 2004
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Ville importante' zone de mixité communautaire Frontière internationale syrien

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Turkménes

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-

Limite de muhafaza Limite orientale de la zone sédentaire

Figure 1 : La répartition des communautés confessionnelles et ethniques au Liban et en Syrie. Source: d'après la carte des communautés ethniques et confessinnelles des États du Levant sous le Mandat français. Service géographique de l'Armée du Levant. Date inconnue.

Les militaires ba'athistes qui prirent le pouvoir en 1963 étaient issus de la petite bourgeoisie rurale et en majorité des communautés minoritaires (alaouite, druze, ismaélien et chrétien). Sans doute, à l'origine, étaient-ils véritablement animés par des idéaux socialistes et nationalistes qui leur permettaient de transcender leur appartenance communautaire. Mais la réalité du pouvoir et les luttes internes au sein

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Géographie et cultures, n° 52, 2004 du régime ba'athiste, durant les années 1960, aboutirent à la confiscation du pouvoir par une 'asabiyyd alaouite, originaire du Nord du djebel Ansaryeh et dirigée par le général Hafez El Assad, le père de l'actuel président Bashar El Assad. Cependant, cela ne signifie nullement que la communauté alaouite, dans son ensemble, est au pouvoir. La 'asabiyya de la famille Assad n'est pas le sommet d'un réseau communautaire alaouite; elle se situe simplement au centre d'un faisceau de réseaux sociaux: le parti ba'ath, l'armée, des associations économiques et bien sûr des communautés qui lui sont indispensables pour contrôler le pays. Ce n'est pas en s'appuyant uniquement et exclusivement sur les alaouites que la famille Assad aurait pu se maintenir au pouvoir depuis 1970, même si ses coreligionnaires constituent l'essentiel des forces de répression du régime. Hafez El Assad durant ses trente années de pouvoir quasi personnel a tissé de multiples alliances ,avec les autres groupes et communautés, en utilisant les institutions de l'Etat moderne et en mobilisant les structures traditionnelles d'encadrement de la société; ce qui lui a procuré une large assise dans la population syrienne. Comment expliquer dans ce contexte le discours laïc et anticommunautaire du régime puisqu'il repose en grande partie sur une assise communautaire? Plusieurs hypothèses complémentaires peuvent nous aider à comprendre ce paradoxe. Tout d'abord, il s'agit d'un des fondements de l'idéologie ba'athiste: le communautarisme et le tribalisme sont considérés comme des facteurs de division et donc d'affaiblissement de la nation arabe. À l'échelle syrienne, le nivellement des identités communautaires apparaît ainsi comme un préalable à l'intégration nationale. Mais des intérêts plus politiciens sont aussi présents: en niant les identités communautaires, le président syrien veut faire oublier qu'il est issu d'une minorité, à laquelle l'islam sunnite a longtemps dénié la qualité de musulmane2. Par ailleurs, nier le comlI!unautarisme à l'échelle nationale permet de masquer le noyautage de l'Etat par des alaouites et la cohésion de la communauté alaouite entretenue par les transferts publics, tandis que tout est fait pour diluer l'identité des autres communautés, en particulier les sunnites.

1. Le terme de 'asabiyya signifie "groupe de solidarité". Il s'agit d'un système relationnel informel à effet politique ou économique. Mais contrairement à d'autres réseaux sociaux, comme les partis politiques ou les syndicats professionnels, la solidarité entre les membres est préexistante à la mise en œuvre d'un objectif justifiant la création du groupe. Les liens sociaux sont en revanche largement surdéterminés par l'appartenance familiale, clanique ou communautaire. 2. En 1936, l'imam de Palestine - Hajj Amin Al Husayni - a reconnu les alaouites comme musulmans. Face à l'occupation française et anglaise du Proche-Orient, les autorités musulmanes prêchaient la réconciliation des diverses communautés pour lutter plus efficacement contre l'envahisseur; la reconnaissance des alaouites par la communauté musulmane sunnite était un préalable à leur intégration dans le mouvement nationaliste. Par ailleurs, il s'agissait de mettre un terme au prosélytisme des jésuites qui tentaient depuis 1933 de convertir les alaouites au christianisme.

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Géographie L'organisation administrative

et cultures, n° 52, 2004 renforce les identités communautaires

Le contraste entre le discours du régime ba'athiste et son attitude à l'égard des communautés est clairement mis en évidence par l'évolution du découpage administratif depuis 1963. L'évolution du maillage administratif depuis 1963 est un parfait exemple du contraste qui existe entre le discours et l'attitude du régime ba'athiste à l'égard des communautés. Le maillage administratif dont avait hérité le régime ba'athiste était largement hérité de la période ottomane, le Mandat français n'ayant procédé qu'à des retouches mineures, qui ne contrariaient en aucun cas sa logique: s'assurer le contrôle des populations à travers les cadres communautaires traditionnels. Le pouvoir ba'athiste aurait dû logiquement briser ce maillage porteur de solidarités communautaires dont il se disait le pourfendeur; au lieu de cela il les a renforcées. Certes au niveau des muhafaza-s (province), seul celui de Soueida correspond parfaitement à une entité communautaire: le djebel Druze1. En revanche, au niveau des limites des mailles inférieures, mantiqa (district) et nahyeh (canton) se superposent souvent à des limites communautaires et tribales. Il faut d'ailleurs souligner que c'est sur les mailles inférieures qu'a porté essentiellement la réorganisation administrative du territoire syrien. Entre 1963 et 1994, le nombre de muhafaza-s est passé de 12 à 14, celui des mantiqa-s de 42 à 60 et celui des nahyeh-s de 96 à 201. Cette inflation de circonscriptions administratives de niveau inférieur s'explique par un renforcement du contrôle des populations et une volonté de développer le monde rural en multipliant les équipements. Mais le choix des découpages et des chefs-lieux traduit une volonté de s'appuyer sur des cadres communautaires et tribaux en leur donnant une cohérence territoriale. Dans les mulzafaza-s de Lattaquié et de Tartous (Nord-Ouest du pays), la superposition de la carte administrative et de la carte communautaire montre en effet que presque toutes les nâhyeh-s correspondent à un groupe tribal alaouite~ ou à une communauté confessionnelle: Kessab et Raûdâ sont chrétiennes3. Il est également frappant que les nahyeh-s les plus homogènes sur le plan tribal sont celles qui sont nées après 1970, prouvant ainsi que le régime d'Hafez El Assad a montré une plus grande sollicitude à l'égard du particularisme tribal alaouite que celle manifestée par le gouvernement "néo-ba'athiste" de Salâh Jedîd4. Ce dernier était pourtant un alaouite, originaire du sahel (plaine) de Lattaquié, mais il faisait partie de cette catégorie d'alaouites
1. Il s'agit de l'ancien État des druzes fondé par les autorités françaises en 1920. 2. D'après la carte des tribus alaouites établie durant le Mandat français. La date exacte est inconnue ainsi que l'auteur. L'original de cette carte se trouve à la bibliothèque de l'IGN à Vincennes. 3. La population est aujourd'hui mixte (chrétiens et alaouites), car les chrétiens émigrent beaucoup, laissant les alaouites travailler leurs terres. 4. Salâh Jedîd fut Président de la République arabe syrienne de 1966 à 1970.

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Géographie et cultures, n° 52, 2004 qui n'appartenait à aucune tribuI. originaire de Qardâha, une zone de alaouite est puissant. Ce rapport à différemment entre Salah Jedid d'un constitue un des facteurs d'explication administratif depuis 1970. Hafez El Assad est par contre montagne où le sentiment tribal la tribu, qui se manifeste très côté et Hafez El Assad de l'autre de la "tribalisation" du maillage

Le choix des promotions administratives n'est pas en Syrie le fruit du hasard ni celui d'une rationalité qui s'appuierait sur des critères objectifs: taille, carrefour de circulation, résorption d'une poche de sous-développement, etc. L'étude des promotions administratives depuis la fin de la période ottomane montre que chaque régime favorise en fait ses affidés. Ainsi l'histoire administrative de la région de Sheîkh Bader (Figure 2), dans la région côtière, est tout à fait remarquable d,e la façon dont furent choisis, depuis le XIX siècle, les lieux de pouvoir. A la fin de l'Empire ottoman, cette zone était contrôlée à partir de Qadmûs, un bourg ismaélien, et de Khawâbî, un bourg sunnite situé sur l'emplacement d'une ancienne citadelle médiévale. Ces deux bourgs étaient des chefs-lieux de nâhyeh qui dépendaient du caza de Marqab (Banias). Sous le Mandat français, le chef-lieu de la nâhyeh de Khawâbî fut transféré à Saûdâ, un village chrétien. Saûdâ attira les populations qui se rendaient précédemment à Khawâbî pour leurs échanges commerciaux; cette dernière bourgade déclina rapidement, tandis que Saûdâ devint un centre dynamique. Cependant, le chef-lieu de mantiqa, qui aurait dû revenir à Saûdâ si le ministère des Affaires locales avait tenu compte de son poids démographique (1 103 habitants contre 467 à Sheîkh Bader en 1970), de la qualité et du nombre de ses services (un médecin, une école secondaire, une gamme complète de commerces, etc.), tandis que Sheîkh Bader ne comptait qu'une épicerie, échut en 1967 à Sheîkh Bader. Quant à Qadmûs, dont une partie de la circonscription fut rattachée à la mantiqa de Sheîkh Bader, il n'a toujours pas réussi à obtenir le statut de chef-lieu de mantiqa, car la population ismaélienne du bourg ne possède pas un crédit suffisant auprès du pouvoir pour arracher cette promotion administrative. Les réorganisations administratives gomment et créent de nouvelles rugosités de l'espace: en instituant de nouveaux lieux centraux, elles génèrent inévitablement de nouvelles périphéries. Ce transfert de centralité par promotion administrative n'est cependant possible qu'à l'échelle locale et dans le monde rural. Car à l'échelle nationale, il est difficile d'opérer des transferts de centralité de grande ampleur, Yamoussoukro et Islamabad sont des contre-exemples étrangers à la Syrie, mais ils ne sont guère couronnés de succès. Aussi, le régime

1. Dans le sahel de Lattaquié, les paysans alaouites provenaient de tout le djebel Ansaryeh pour travailler dans les propriétés citadines. Ils avaient perdu leur structure tri baIe.

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Géographie

et cultures, na 52, 2004

a-t-il préféré, dans le cas de la capitale et des principaux chefs-lieux de muhafaza, les faire investir par ses fidèles. La ségrégation communautaire dans l'habitat: du territoire rural au réseau urbain La distribution et l'organisation de I'habitat dans la campagne syrienne illustrent parfaitement l'axiome de Jacques Lévy sur la distance: "concevoir l'écart non pas comme une contrainte mais comme un choix" (Lévy, 1994, p. 65). Ainsi, dans les villages qualifiés de "mixtes", nous pouvons constater que les différents clans ou confessions vivent séparés les uns des autres dans différents quartiers ou hameaux. Peut-être les enfants fréquentent-ils la même école, les parents utilisent-ils les mêmes services, empruntent-ils les mêmes routes ou travaillent-ils le même terroir, mais les espaces privés sont clairement séparés. À l'échelle d'une région rurale, la mixité communautaire est synonyme de dispersion de l'habitat et ce, indépendamment des structures foncières ou des conditions physiques qui influencent habituellement le mode de peuplement d'une région rurale; car le vieil adage "moi contre mon frère, mon frère et moi contre mon cousin..." incite à la dispersion, tant il est préférable pour éviter les conflits de s'éloigner de ceux avec qui l'on ne partage pas de liens du sang. En revanche, lorsqu'une population est minoritaire au sein d'une vaste zone homogène sur le plan communautaire, il est préférable de se regrouper pour mieux résister à la dilution. C'est notamment le cas, au cœur du djebel Ansaryeh, des ismaéliens de Qa<jmous, qui se sont maintenus sur leur éperon rocheux depuis le Moyen Age, alors que leurs citadelles ont été démantelées et que les montagnes environnantes sont occupées par les alaouites. Le regroupement était pour les derniers ismaéliens du djebel Ansaryeh la condition de leur survie, sans quoi ils auraient été chassés de la montagne ou bien absorbés par les alaouites. Ce phénomène explique également la présence de bourgs ou de petites villes chrétiennes isolées dans la montagne alaouite, sur le plateau sunnite du Hauran et dans le djebel Druze. La ville orientale traditionnelle se caractérisait par une occupation ségrégative de l'espace par les différentes communautés. Chaque communauté vivait dans son quartier, souvent protégée par des portes que l'on pouvait fermer en cas de problème, structurée par des réseaux clientélistes et représentée auprès des autorités par ses élites. Certains géographes occidentaux, tel Jacques Weulersse, déniaient alors le qualificatif de ville pour ce type d'agglomération puisque cette diversité communautaire conduisait à un fonctionnement ségrégatif de l'espace urbain et à un manque d'unité politique. Dans la conclusion d'un article sur Antioche, Jacques Weulersse affirmait donc que cette agglomération

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Géographie et cultures, n° 52, 2004

Empire Ottoman

(début du XX' siècle) Limites administratives

-

Nâhyeh Caza

VILAYET DE BEYROUTH

VILAYET
DE DAMAS

-

Sandjak Vilayet Simple village Chef-lieu de nâhyeh Chef-lieu de caza

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10km

Tripoli

Safita

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-1945)

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Mandat Français '"

(1920

Jableh

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ÉTAT DES ALAOUITES

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10 km

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Limites administratives

Qadmüs.

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Nâhyeh Caza Simple village Chef-lieu de nâhyeh Chef-lieu de caza

Sheîkh Bader::

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-

.

Régime Ba'athiste

(1970)

Limites administratives Nâhyeh Mantiqa Muhafaza

Muhafaza de Tartous

o 1---1

10km

.
14

.

o

Simple village Chef-lieu de nâhyeh Chef-lieu de mantiqa

Figure 2 : Évolution du découpage administratif de la région de Sheîk Bader au XX. siècle. Source: J. Weulersse et Vital Cuinet, 1994, RGP.

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