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Lieux de jeunesse

134 pages
AGORA débats jeunesses est une revue trimestrielle qui s'intéresse de manière ouverte et transdisciplinaire à tous les problèmes de société construisant la trame problématique des questions de jeunesses. Travailleurs sociaux, animateurs, enseignants, responsables administratifs des services déconcentrés de l'Etat ou des collectivités territoriales, chercheurs, élus, tous les acteurs impliqués dans la conception et la mise en oeuvre des politiques "jeunesse" peuvent y trouver matière à enrichir la pensée et l'action. En choisissant de se situer à la croisée des questionnements professionnels et de la Recherche, AGORA débats jeunesses se propose en effet de "créer du débat" et de devenir un véritable outil de réflexion praxéologique pour ses lecteurs.
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2ème

Trimestre 1995

6 Editorial
.

"Un projet: articuler recherche et questionnement professionneL.." Olivier Douard

.

---= Temps et espaces jeunes, Adil fazouli avec une élue à Athis Mons (91) 'H~~ ~ Le logement des jeunes, Michel Paillette ,,;.. Sociabilité juvénile en banlieue: l'exemple des ~~'1~~~~~" rapports homme/femme, Kamel Rarrbo et Sylvain Aquatias . Terre d'accueil: offrir aux jeunes des lieux porteurs d'espoir, Martine Cornillat . Qui sont les jeunes ruraux?, Yves Lambert et Bernard Roudet . Le mépris des formes: action publique, esthétique contemporaine et culture juvénile, Philippe Le Moigne Parcours d'une réforme: les I.U.T., A propos d'une circulaire: quel débat?, Michel Bernard . La recherche sur la jeunesse en Europe: redéfinitions et perspectives, Lynne Chisholm . Intégration et culture d'origine: les jeunes maghrébins et turcs, Musa Kaval

9 D~bats

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. Entretien

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. Guide bibliographique:

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Contribution à l'histoire des professions sociales, par Christine Garcette . Le guide des 15-25 ans, Collectif, par Andrée Martins} . Jeunes mais citoyens, Collectif, par Chantal De Linares . La Vie Nouvelle, histoire d'un mouvement inclassable, de Jean Lestavel, par Geneviève Poujol

107 Lir(t, fair(t

lir(t

. Les médiations

en France: quels développements?,

par Pierre Duriez

4

- Notre enfant d'abord: le divorce et la médiation familiale, M. Laroque et M. Théault, Ed. Albin Michel 1994 - La médiation: une justice douce, JP. Bonafé-Schmitt, Ed. Syros, 1992 - Médiations,institutions et loi dans la classe,F. Imbert, Ed. E.S.F, 1994 . Sociologie de l' expérience, François Dubet, par Chantal Guerin

AGORA DEBATS JEUNESSES INJEP Parc du Val Flory 78 160 Marly-Le-Roi Tél. Rédaction (1) 39 17 27 42 Fax (1) 3917 2790 Directeur de la publication Serge Mauvilain, Directeur de l'INJEP Rédacteur en chef Olivier Douard, Sociologue, INJEP

Secrétaire de rédaction Marilyn Ininger Comité de rédaction Jean-Pierre Andrieu, Economiste, Commissariat Général au Plan. - Michel Bérard, Fédération des Missions Locales Rurales. - Michel Bernard, Professeur en Sciences de l'Education Paris Il. - Marc Bessin, Sociologue G.R.A.S.S./C.N.R.S. - Bernard Bier, Mission Evaluation Recherche DVJA.

- Marie-Iuce Cavrois, Premier Juge Tribunal d'Instance. - Lynne A. Chisholm, Sociologue, Université Marburg (R.F.A) Réseau C.Y.R.C.E. Chantal De Linares, Mission Evaluation Recherche DVJA. - François Dubet, Sociologue C.A.D.I.S./C.N.R.S. Dumoulin, Co-Président - Jean-claude U.F.J.T.- Pascal Duret, Sociologue, I.N.S.E.P.- Olivier Galland, Sociologue, C.N.R.S. - Luce Giard, Philosophe,

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sommairE'
. Colloque

.

117 Carn~t
ALTER;

d~ champs
du handicap

l'histoire

.

est en pleine jeunesse, par Alain Vilbrod Colloque UNESCO: L'intervention sociale en recomposition, par Véronique Quet . Premiers Entretiens Internationaux sur l'Enseignement à Distance, CNED, par Michel Bernard Colloque International "Le Questionnement Social" ,

.

par Jeannine Richard-Zappella

. Réseau de l'Economie Alternative et Solidaire (REAS), par Olivier Douard . Ecole et Nature: pour une nouvelle relation de l'homme avec
la nature et son environnement, par Roland Gérard . La F.N.O.R.S. et les O.R.S. : Fédération Nationale des Observatoires Régionaux de la Santé, par Marilyn Ininger . Réseau National Histoire du Travail Social: CEDIAS

121 R~s~au)(

12 7 V~ill~ informativ~
. Animation et développement: un nouveau Diplôme de niveau II, par Annette Coulon . Jeunes à l'écran: première rencontre audiovisuelle internationale les 7 et 8 juin 1995 à Marly- Le-Roi, par Florence Le Van La Bibliothèque "Jeunesse" de l'Institut du Monde Arabe (IMA), par Farida Mekki . Est-il possible de faire une exposition pour ceux qui n'iront jamais la voir? par Frédéric Sultan Concours Sport et Recherche . Les Jeunes en France; état des recherches . Observatoire National des Mémoires

.

".

5

.

C.N.R.S., Université San Diego. - Jacques Ion, Sociologue, C.R.E.S.A.L./C.N.R.S: - Francine Labadie, Mission Evaluation Recherche DVJA. - Michel Legros, C.R.E.D.O.C. - Andrée Martins, I.N.J.E.P. - Pierre Mayol, Ministère de la Culture et de la Francophonie. - Nikos Précas, Direction Régionale J.S. Rhône-Alpes. Michèle Rigalleau, Association Il
"Vacances Ouvertes

. - Bernard

Roudet,

Sociologue I.N.J.E.P. - Alain Vilbrod, Sociologue ARS/U.B.O. Brest. - Marine Zecca, Psychothérapeute, Paris VIII. Conception visuelle Catherine Auclaire, Direction artistique Victor Hidalgo Traductions Centre de Langues de l'INJEP Photographie Pierre De Fonseca

Editeur Diffuseur L'Harmattan Service Abonnements L'Harmattan, 7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris Tél.(1) 43 54 79 10 Fax: 43258203 Service Télématique 36151.N.J.E.P. Numéros d'enregistrement: ISSN en cours

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~ici nouvelle

donc la livraison du numéro un de la revue initiée de par l'INSTITUT et de la JEUNESSE

donc celle d'un nouveau projet, et le lecteur peut s'attendre à juste titre à trouver là un texte un peu particulier,
matière. Ainsi cette revue concerne le champ large (et imprécis) de la jeunesse. Elle s'adresse a priori à un public jeunesse intéressé par les problématiques de la (des jeunesses), dans la diversité des nous semble

NATIONAL

qui aura valeur dans la durée,

l'ÉDUCA TION POPULAIRE. Revue très attendue, comme il se doit d'un nouveau-né, puisque si nous l'inscrivons dans l'histoire des publications de l'INSTITUT NATIONAL de l'EDUCATION POPULAIRE (LN.E.P.), de l'INSTITUT NATIONAL de la JEUNESSE (LN.].), et de l'LN.].E.P., elle reprend le flambeau de la défunte revue" LES CAHIERS DE L'ANIMATION" étant évoquée, dont le AGORA dernier numéro date de 1987. Cette filiation débats/jeunesses tient à affirmer d'emblée

présentant les grandes options des initiateurs en la

6

entrées possibles. Le lectorat que nous imaginons avant tout constitué de responsables, professionnels de l'animation et de l'éducation populaire, du loisir et du temps libéré, qui peuvent comme le public historique revue concerne (et est concernée) être identifiés aussi et plus de l'INJEP .Mais la

l'originalité de son projet éditorial et à poser qu'elle ne se présente en aucun cas comme la reprise desdits CAHIERS DE L'ANIMATION.
Un numéro un, c'est aussi une inauguration; ici

généralement les domaines du travail social, de la formation, de l'insertion sociale et professionnelle des jeunes, de l'économie et du développement. et associatifs Elle ne souhaite pas se limiter aux professionnels et s'adresse aussi aux élus territoriaux

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fditoria l

impliqués dans ces secteurs de l'activité sociale, de même qu'aux fonctionnaires concernés par la mise en oeuvre des politiques en direction de la jeunesse. Sans pouvoir être confondue avec une revue théorique du secteur de la recherche, AGORA débats/jeunesses se veut une revue de réflexion. C'est aussi un périodique d'information et pour l'essentiel, un espace de confrontation entre chercheurs en sciences humaines et sociales, praticiens et responsables de la sphère politicoadministrative (au sens de gestion de la Res Publica). Outil de réflexion praxéologique qui, par ses choix d'auteurs et d'articles, organisés dans une cohérence à long terme, propose au lecteur de construire sa connaissance. La revue affiche clairement et revendique l'endroit d'où est produit son discours, mais se refuse à « mettre en rayon» du « prêt-à- porter intellectuel» pour proposer du « prêt à penser ». Elle a pour ambition de placer le lecteur en situation

d'interface dynamique entre « pratique» et « théorie». Ainsi nous ne nous fixons pas pour objectif de rendre compte d'expérimentations ou de projets, ni même de se faire une vocation de les analyser.Une autre presse, comme celle des associations et mouvements, s'en charge. Il s'agira plutôt de participer à la réflexion sur les contextes d'émergence de ces projets, de contribuer à la clarification des bases conceptuelles et des présupposés théoriques ou idéologiques, d'en analyser les implications en prenant en compte la complexité anthropo-sociale, de tirer des liens parfois inattendus pennettant une nouvelle mise en problème. Il s'agira aussi d'encourager et de favoriser chez les lecteurs un réel travail de déconstruction / reconstruction, qui ne peut s'opérer que sur un temps long, donc au fil des numéros, mais qui, pour nous, est la condition de toute progression personnelle et collective. L'LN.].E.P. s'engage donc là, au moyen de la

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revue, dans une démarche originale, de haute tenue, qui nécessite d'introduire dans notre langage et d'inscrire dans nos conduites une praxis qui n'existe pas ou peu en FRANCE, mais dont nous pouvons trouver de nombreux exemples dans des pays limitrophes du Nord comme du Sud. C'est cette mise en tension dynamique de la théorie et de la pratique qui permettra d'envisager un partage réel des innovations, des expérimentations, une transférabilité des savoir-faire collectifs qui n'en restent pas à des apparences, au final décevantes pour tous. Pour nous la finalité reste donc bien l'action. D'autre part, nous posons pour la revue l'hypothèse que l'Éducation Populaire n'est pas à ranger trop vite dans les boîtes à archives de l'archéologie conceptuelle et que, quels que soient les constats d'incurie relative que l'on puisse faire de l'action des mouvements qui en sont historiquement porteurs ( et qui vivent des situations difficiles), les valeurs et les méthodes de l'Éducation Populaire restent des valeurs actuelles et des méthodes pertinentes, qui peuvent contribuer tout à fait valablement à faire émerger des solutions originales ( tant attendues) aux problèmes de la Jeunesse. Si la terminologie d'« éducation populaire» a à supporter, dans des mesures probablement déraisonnables, des connotations négatives,nous ferons l'effort de nous dégager de ce piège sémantique pour pouvoir traiter sur le fond la problématique. Cette situation particulière, à la croisée des champs de la Jeunesse et de l'Éducation Populaire, constitue l'originalité et l'identité de l'INJEP (Institut National de la Jeunesse et de l'Éducation Populaire) et ce dernier peut y trouver là une spécificitéqui légitimeson projet et sa démarche. La revue AGORA débats/jeunesses a aussi choisi naturellement de s'ouvrir à des auteurs étrangers et plus particulièrement de la Communauté Européenne. Cette option a été prise afin d'inscrire la réflexion dans des approches dont

la nécessité est induite par les évolutions socioéconomiques et politiques du monde occidental. Démarche volontariste faite de réalisme, qui ne pourra en aucun cas être confondue avec des options stratégiques qui en feraient un choix alibi, elle rencontre positivement le souci que nous avons de nous dégager d'un ethnocentrisme culturel pernicieux, qui biaise souvent l'analyse des problèmes qui sont portés à notre attention. La revue, en acceptant de porter le débat - et à un haut niveau - sur la diversité des problématiques concernant les jeunesses, reste vigilante sur le plan de son indépendance politique et idéologique. Elle se veut ouverte à des approches plurielles, refusant l'enfermement disciplinaire,les contraintes dogmatiques, même les mieux acceptées socialement 1.Elle ne cherche pas à appartenir à tel lobby intellectuel ou à telle école de pensée, et essaie de se faire connaître et apprécier pour la qualité de son contenu et la rigueur de sa démarche. Elle vise ainsi à faire du département ministériel en charge de la jeunesse, au travers de son Institut National, un pôle de référence dans la théorie et la pratique de l'action socioculturelleen direction des jeunes. Nous espérons bien que cette ligne éditoriale ambitieuse, mais probablement la seule qui mérite d'être tenue dans le contexte d'aujourd'hui, rencontrera un lectorat intéressé par le projet qui lui deviendra rapidement fidèle. C'est cette adéquation, que nous supposons et vers laquelle nous tendrons en permanence, qui permettra à la revue d'être portée par un public qui deviendra sa véritableraison d'être et sa meilleureassurance-vie! OlivierDOUARD
III en est ainsi d'une certaine sociologie « parcellaire et abstraite ( qui ) s'est installée dans une bande moyenne, un middle-range d'où elle a perdu la vue du concret, des événements, des phénomènes, de la vie quotidienne, du présent, et en même temps a perdu la vue des grands problèmes anthropo-sodaux.» Edgar MORIN, in
«Soàologie.», Ed. Fayard, 1994.

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NQ 1 - 2 e T R.I MES T R E 1 9 9 5

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Temp~ et . e~paceJeune~
par Adil

Jazouli

AdilJAZOULI; Sociologue et Directeur de Banlieuescopies, Paris.

modernes. La diversité des modes d'accès à la production sociale de la culture, de loisir et de l'accompagnement professionnel provoquent en retour une inflation de demandes d'une jeunesse qui se vit de plus en plus comme une catégorisation sociale identifiée non plus seulement à l'âge, mais aussi à des vécus collectifs et des désirs individuels perçus comme légitimes. D'où la perplexité des décideurs publics, des élus locaux et des professionnels de l'action sociale et socio-culturelle. Car - et l'ensemble de nos dispositifs publics récents en portent la trace - nous sommes en permanence tiraillés entre l'invention ou la réinvention des modèles collectifs de réponses et de traitements des demandes des jeunes, et la nécessité de plus en plus forte d'individualiser les réponses face à la montée en puissance du «jeunisme» comme composante identitaire référant à l'autonomie des choix et à l'individuation des parcours et des désirs. Nous traversons une période sociale et historique où nous sentons bien qu'il nous faut en même temps moderniser les structures d'animation, d'insertion et d'éducation populaire dans leurs fonctionnements et leurs vocations, et inventer de nouvelles formes de
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Les questions liées aux espaces dévolus aux jeunes, notamment dans les quartiers populaires, sont depuis quelques années une constante dans les interrogations des pouvoirs publics, des collectivités territoriales et des acteurs professionnels et sociaux sur le terrain. Des centaines d'initiatives sont à l' œuvre, tentant de répondre avec plus ou moins de réussite à la diversité des âges, des revendications et des désirs d'une jeunesse dont l'âge moyen s'est largement allongé et dont les préoccupations 'vont de l'insertion sociale et professionnelle à des revendications d'autonomie en passant par une demande pressante de démocratisation croissante, d'accès aux loisirs, à la culture et aux sports individuels et collectifs. Le morcellement des demandes sociales

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des jeunes âgés de 15 à 25 ans (tranche d'âge arbitraire mais commode pour la compréhension du propos) est à l'image de l'éparpillement des revendications sociales, identitaires et culturelles des adultes dans nos sociétés

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11)

travail et d'approche composée d'autant irréductibles. Ceci explique en place de dispositifs

à l'égard d'une jeunesse d'individualités souvent grande partie la mise en et d'actions jouant à la

en définitive l'émiettement identitaires.

que le reflet grossissant des revendications

de

sociales et

Toute notre histoire moderne est traversée par des périodes comme celle que nous vivons actuellement, faite de blocages, d'interrogations, de crispations et d'innovations, à nous de savoir servir de témoins et de passeurs afin que nos réponses ne fassent pas table rase des acquis des politiques de la jeunesse, tout en décelant les signes du futur dans ce qui apparaît de nouveau au sein de notre jeunesse avec sa diversité générationnelle, sociale et culturelle.

10

fois sur des réponses d'ensemble tout en tentant d'individualiser les procédures et les projets. Ceci peut s'apparenter parfois à une cacophonie, voire à une dispersion inutile et épuisante. Certains articles et témoignages qui suivent en portent d'ailleurs fortement la trace. Pour ma part, j'ai tendance à penser que l'on ne passe pas impunément et aisément d'un modèle à un autre, et que c'est dans la tension entre la modernisation de l'existant et l'invention de nouveaux modèles d'action que l'on peut créer de nouveaux espaces tenant compte des temps et des désirs d'une jeunesse dont la diversité des aspirations n'est

NOLR : le lecteur retrouvera avec intérêt les thèses développées par Adil JAZOULIdans ses différents articles et ouvrages, dont le dernier: 140 F.

Une saison en banlieue; Ed. Plon, 1995, 400 p.,

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lieux

de jeunes

Entretien

avec une élue
Par Geneviève Le Chapelain
Geneviève LE

CHAPELAIN, Conseillère
Municipale, guée à la Démocratie à ATHIS ATHIS MONS MONS: 29695 Hbts 7 772 Hbts soit 26,7 % Locale (1989-1995) Délé-

Pour mieux comprendre le contexte, et mesurer le chemin parcouru depuis, il me faut revenir en quelques mots sur la situation trouvée par la nouvelle équipe municipale en 1989. Un déficit de structures et de professionnels dans tous les domaines et plus particulièrement en matière de jeunesse. Malheureusement, notre nouvelle équipe n'a pas su appréhender tout de suite ce secteur dans toutes ses dimensions, et mettre les moyens au service d'une politique concertée et volontaire. Dans ce domaine, l'équipe municipale a fait son apprentissage en tâtonnant. Chacune de nos réalisations nous renvoyant - parfois durement - un aspect de la réalité des jeunes et des mutations sociales en cours. Ma réflexion s'est construite en se frottant à cette actualité locale. Les responsabilités, jusqu'à ce jour, se répartissent entre l'adjoint chargé de la jeunesse, des sports mais aussi du personnel, la déléguée chargée de la prévention de la délinquance, l'élu délégué aux affaires scolaires et moi-même déléguée à la démocratie locale. Multiplication des interlocuteurs politiques, en revanche pas de service, pas de responsable municipal, chargé de la jeunesse et pas non plus de budget, spécifique et global. Sur ma délégation

(91).

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population: 0-18 ans

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Quand vous voyez un titre comme celui-ci «lieux de jeunes» qu'est-ce qu'il évoque pour vous concrètement à Athis Mons? TI me renvoie à un ensemble de réflexions sur la politique jeunesse menée à Athis Mons et à des réalisations dont le bilan, à la fin du mandat est nuancé. Ces réalisations sont d'une part des équipements, lieux physiques comme des équipements de quartier, soit des espaces d'expression et de participation comme le Conseil Municipal des Enfants. TIme renvoie aussi à une réflexion comparative entre les structures matérialisées, connotées géographiquement, et par conséquent identifiées et appropriées par certains, et des non-lieux qui focalisent moins les problématiques, par secteurs ou par publics, et qui jouent sur la transversalité.

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- éminemment

transversale, j'ai

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souhaité prendre en compte les jeunes dans leur dimension d'habitants et citoyens de la ville, de tous les jeunes, de toute la ville. Pouvez-vous illustrer votre propos de quelques exemples? En matière d'équipement, une réflexion collective menée avec l'équipe de quartier (sur un quartier DSQ) a débouché sur la mise en place d'un pseudo «café musique». Je dis «pseudo» car il n'a pas été possible d'obtenir le label attribué avec parcimonie par le ministère de la Culture. Le projet porté par une dynamique intéressante chantiers de jeunes, projet associatif, lieu de vie sur le quartier - a été inauguré en 1991. Toutefois rapidement des difficultés ont vu le jour, dégradations graves, fermeture, réouverture, et de nouveau, aujourd'hui fermeture depuis plusieurs mois. Cette expérience avortée nous renvoie à un sentiment d'impuissance. Une autre expérience difficile a été le soutien à une association de jeunes sur un autre quartier de la ville, qui n'a pas répondu aux objectifs attendus. Nous nous sommes heurtés au problème de la représentativité des jeunes, qui géraient un budget conséquent au profit de quelques-uns, et non au service du plus grand nombre. Faute de préparation et sans contrôle, ils se sont retrouvés livrés à eux-mêmes. Toutpuissants, ils se sont révélés incapables d'écouter les attentes et les besoins de tous les jeunes d'un quartier. Méfions-nous de toute démagogie «jeuniste». L'autonomie et la responsabilité nécessitent un apprentissage et un accompagnement. Difficile également, de promouvoir un projet d'autonomie de la jeunesse sur la seule base du réflexe communautaire. Dans un contexte qui se dégrade, il semble bien que les responsabilités soient partagées. D'une part, celles des professionnels livrés à

eux-mêmes sans possibilité d'évaluation de leur travail en continu et qui n'ont pas su mettre en œuvre dans la durée le projet initial et les orientations définies. Et d'autre part, celles des élus qui n'ont pas su écouter les avertissements des professionnels (lesquels se sont heurtés à des dénis successifs de la réalité) ni tirer les leçons des erreurs, préférant la fuite en avant. Voilà un autre élément d'analyse. Il me semble que se pose de manière générale, le problème de la mise en place de lieux de régulation du travail social, de lieux d'échanges entre élus et professionnels, de lieux où l'on puisse débattre de nos mutuelles représentations des situations. Des jeunes en difficulté focalisent, avec raison, les énergies, mais nous devons assumer nos responsabilités politiques et ne pas oublier que nous nous adressons à tous les jeunes selon les mêmes règles. Des politiques spécifiques ne doivent pas être des réponses aux expressions plus ou moins violentes de groupes. Ces réponses s'apparentent plus alors à un colmatage pour acheter la paix sociale sans pour autant traiter un malaise profond. Et sans cette nécessaire vigilance, nous risquons d'avoir à gérer trop tard les conséquences de certaines dérives. Ainsi la lutte contre toute relégation passe aussi par le refus des zones de non droit, condition de l'apprentissage de la responsabilité individuelle et collective et du vivre ensemble. Devant de telles difficultés les élus sont amenés à reconnaître leur incompétence ou leur impuissance en matière de jeunesse. Des initiatives comme le Conseil Municipal des Enfants et les Forums démocratiques jeunes/adultes me semblent avoir été chacune à leur manière des expériences positives.

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Les Forums démocratiques jeunes / adultes veulent restaurer le dialogue entre adultes et jeunes. Ils doivent faciliter l'accès à la parole pour tous; ils montrent bien la nécessité de penser la ville comme une communauté de destin. Ils sont censés créer entre jeunes tous les jeunes - et avec toute la population, des passerelles pour éviter l'incompréhension. L'expérience des «3 forums» vécue sur Athis est trop courte pour tirer tous les enseignements du dispositif. Tout l'intérêt de l'analyse de ces expériences est l'attention à ce qui se produit sur le terrain, et non pas seulement aux intentions, afin d'adapter nos «outils» aux réalités sociales en mutation permanente. Tout en mesurant que la forme même mise en scène du débat public, comme «à la télé» - ne permet pas d'échapper aux stéréotypes et produit une vision du monde caricaturale, je suis convaincue que les Forums ont un rôle pédagogique. Grâce à la mise en place d'un dialogue régulé entre jeunes et adultes répondeurs. TIsforment des habitants conscients de leur responsabilité individuelle et collective. C'est une expérience vivante de l'intergénération qui nous interroge sur la pertinence de découper la société en tranches d'âge trop compartimentées. Les Forums, comme d'autres lieux de débats organisés ou comme d'autres mises en réseau - partages de pratiques et de savoirs, forment ainsi sur la commune des «individus ressource», repérés comme point d'appui, véritables «bornes sociales», acteurs et témoins vigilants dans la ville. Nous avons expérimenté un processus de formation en réseau de ce type dans le domaine de la prévention de la toxicomanie. Voilà brièvement quelques expériences, j'aurais pu parler des projets «jeunes», du

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D'abord, le Conseil qui existe depuis 1990 a mis en évidence une autre jeunesse, prête à s'engager. Ensuite il a montré que les jeunes peuvent s'inscrire dans autre chose que la consommation de loisirs. Enfin, il présente de nombreuses vertus pédagogiques, permet d'introduire la notion de projet, d'intégrer les échéances et la notion du temps, de lutter contre le «tout, tout de suite». C'est un véritable outil d'apprentissage de la citoyenneté et j'ai le sentiment que c'est aussi un lieu d'innovation et de recherche en ce qui concerne la méthode d'animation et la production de transformations de mentalités pour tous les acteurs sociaux. Il ne touche directement que 35 enfants par an mais beaucoup plus par l'impact sur la ville. Sans préjuger de l'évaluation qui sera menée prochainement avec l'aide de l' ANACE], c'est un outil de développement de la citoyenneté à long terme qui a su même se révéler comme un réel contre-pouvoir.

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soutien scolaire qui répond bien aux besoins, vrai lieu de rencontre et d'échange, du businformation-jeunesse - toute nouvelle expérience: un espace matérialisé mais mobile... Je mettrais l'accent sur la difficulté, pour nous élus, d'avoir accès à des outils d'évaluation qui nous permettraient de faire émerger des discours complexes évitant les simplifications dangereuses, qui faciliteraient une meilleure écoute, une meilleure compréhension et des réponses adaptées, moins d'erreur et par conséquent moins de résignation. J'insiste sur l'intérêt de dépasser la générosité des intentions pour analyser plus avant la

production

de sens. Est-ce que la réparation

des injustices sociales suffit à rendre du désir pour entreprendre, du sens à leur vie et la conscience de leur valeur à des personnes jeunes ou moins jeunes? Et pour terminer, je pense qu'il est nécessaire de s'interroger, tous ensemble, sur les injonctions paradoxales que nous renvoyons à propos de la valeur argent - travail, de la réussite scolaire et de la place des jeunes dans la société... Propos recueillis par Bernard Bier et Olivier Douard

---d

LES FORUMS DÉMOCRATIQUES ]EUNES-ADUL TES
.. .«Cette démarche de citoyenneté et d'insertion sociale vise à faire exister la cité, c'est-à-dire la société globale et ses institutions, en recréant un dialogue entre les générations (dont les 3 forums publics annuels constituent des moments forts et privilégiés) au niveau des communes. Pour créer ce lien social intergénérationnel, la démarche s'appuie sur les questions que se posent les jeunes de 14 à 25 ans (leur «auto-questionnement») . La préparation, la conduite, la régulation et le suivi de chacun des trois forums (à raison de 2 thèmes dominants de la collecte par forum) sont peu à peu pris en charge par un collectif de 20 à 30 jeunes «questionneu(se)rs» et «répondeurs» adultes, appelés à terme à assurer la pérennisation de la démarche, dont le Centre d'auto-analyse anthropologique (recherche scientifique et technique en sciences humaines) transmet la méthode et garantit le respect des principes généraux (indépendance, laïcité, pluralisme}.» Association nationale des forums démocratiques jeunes-adultes dans la ville, 14, rue Saint-Louis-en-l'Île, 75004 Paris.
Extrait texte p.171, de l'ouvrage "Jeunes mais citoyens», quelle éducation pour quelle citoyenneté?,I.D.E.F., Ministère de la Jeunesse et des Sports, Paris, 1995.

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J1 14

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NQ 1 - 2 e TRI MES T R E 1 9 9 I)

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Sociabilité juvénile en ~anlieue
L'EXEMPLE DES RAPPORTS HOMME/FEMME

par Sylvain Aquatias et Kamel Rarrbo
Sylvain AQUATIAS: Sociologue, de recherches chargé au

RESSCOM. Kamel RARRBO : Sociologue, chargé de recherches au RESSCOM et collaborateur à
l'Institut Maghreb-Europe (Université de

Banlieue et lien social La concentration dans le même lieu de personnes ayant un statut social plus ou moins identique, renforcée par le départ des classes moyennes durant les années 1970, a façonné ces habitats bien particuliers que l'on désigne sous le terme générique de banlieue. Avec le développement de la crise économique et du chômage, on assiste à un renforcement de la

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Paris VITI).

Les différenciations nelles étudiées

sexuelles à travers

et générationjuvé-

les sociabilités

niles révèlent sociales ne semble. plus

des solidarités complexes Ces relations

et des relations et diversifiées sociales qu'il

relégation sociale qui se superpose à une relégation spatiale. Dans ces zones d'habitat se développent de nombreuses tensions: surpeuplement dans les grands ensembles, importance de la population juvénile et des familles d'origine étrangère, chômage massif qui atteint toutes les couches d'âge et diminue les chances d'insertion professionnelle des jeunes, violences urbaines épisodiques, montée du sentiment d'insécurité et développement de l'économie souterraine...

ClJ

ClJ

montrent

une organisation sur les cités homme/femme sociabilités celles

de l'espace basée

et des groupes sur le clivage d'âge. Les que

ségréguées

et sur les classes féminines, moins montrent plus limitées

localisées

15

des garçons sociale plus

une dynamique forte. Les sociabilise

de promotion tés masculines, bâtissent d'âge. pour

spatialement, des classes les filles comme

sur une hiérarchie Les réputations, pour

Les périphéries urbaines sont ainsi désignées comme des antichambres de la ville : la «zone», les cités dortoirs, le ghetto, etc... Les noms des grands ensembles sont devenus des symboles de la dangerosité 1, du quart-

les garçons, les statuts

restent

déterminantes

pour

négocier

personnels.

Les logiques de soi dans pour

d'identification ces saisir entre "enclaves" les rapports jeunes

et de présentation sont donc primordiales

complexes même cité.

qui s'instaurent

d'une

1 Les médias véhiculent quotidiennement cette image de dangerosité des banlieux: "crise, loi, urgence, fièvre, rodéos, chasse, flics, mort, gâchis, guetto, explosion, galère, drogue,...".

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