Logement social et traitement de l'insécurité

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Il existe des territoires entiers où sévit l'insécurité en France, et ces territoires sont constitués massivement de logements HLM. Les premières victimes sont les locataires, et les auteurs de cette insécurité sont souvent impunis. Non, la police et la justice ne sont pas inactives, mais la pénalisation ne peut tout résoudre. Les HLM font partie des contributions nécessaires à la sécurité.
Publié le : dimanche 1 juillet 2007
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EAN13 : 9782336265681
Nombre de pages : 158
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Logement social et traitement de l'insécurité

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L'Harmattan,

2007 75005 Paris

5-7, rue de l'Ecole

polytechnique;

http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr hmmattan 1@wanadooofr

ISBN: 978-2-296-03527-0 EAN : 9782296035270

Charles ROMIEUX
Avec la collaboration de Raphaël Girard

Logement social et traitement de l'insécurité
Eléments d'analyse méthodologique

L'Harmattan

Technologie de l'action sociale Collection dirigée par Jean-Marc DUTRENIT
Les pays francophones, européens notamment, sont très dépourvus d'outils scientifiques et techniques dans l'intervention sociale. Il importe de combler ce retard. "Technologie de l'Action Sociale" met à la disposition des organismes, des praticiens, des étudiants, des professeurs et des gestionnaires les ouvertures et les réalisations les plus récentes. Dans cette perspective, la collection présente divers aspects des questions sociales du moment, rassemble des informations précises, garanties par une démarche scientifique de référence, permettant au lecteur d'opérationnaliser sa pratique. Chaque volume présente des méthodes et techniques immédiatement applicables. Au delà, la collection demeure ouverte à des ouvrages moins techniques, mais rendant compte d'expériences originales, pouvant servir de modèle d'inspiration. Méthodes de diagnostic social, individuel ou collectif, modalités efficaces de l'accompagnement social, de la rééducation et de l'insertion, techniques d'analyse et de prévision dans le domaine de l'Action sociale, modèles d'évaluation et d'organisation des services et établissements du secteur sanitaire et social, en milieu ouvert ou fermé sont les principaux centres d'intérêt de cette collection. Améliorer l'expertise sociale pour faciliter l'intégration des handicapés de tous ordres à la vie quotidienne, tel est en résumé l'objectif visé. Déjà parus CERUTI Christine, Apprendre à lire la télé, 2006. GATTO Franck, Enseigner la santé, 2005. CREAI Rhône-Alpes, (sous la direction de Audrey Viard), La loi de rénovation sociale au quotidien, 2005. BELIN Bernard, Vivre avec Alzheimer, 2005. DUTRENIT Jean-Marc (dir.), Recherche et développement qualité en action sociale, 2004. LE CAPITAINE Jean-Yves, Des enfants sourds à l'école ordinaire. L'intégration, des principes aux pratiques pédagogiques, 2004. COTHENET Sylvie, Faire face à la maltraitance infantile. Formations et compétences collectives, 2003. COULIBAL Y A. A., Droit au travail et handicap, 2003. VERGNE M.-L., Le travail social au cœur des paradoxes 2002. JOING, Ethique et qualité en action sociale, 2002. GRANV AL D., Adolescents difficiles, établissements et aide

sociale... Comment améliorer? 2002.

Avant - propos «Si l'on devait écrire I'histoire intellectuelle de notre siècle, non comme celle de générations successives où I'historien doit respecter à la lettre l'enchaînement des théories et des attitudes, mais comme la biographie d'une personne singulière, en ne visant rien de plus qu'une approximation métaphorique de ce qui s'était effectivement produit dans les esprits, l'esprit de cette personne se révélerait comme ayant été contraint de décrire un cercle entier non une fois, mais deux, la première quand il s'est échappé de la pensée en se jetant dans l'action, et la seconde quand l'action, ou plutôt le fait d'avoir agi, le rejeta dans la pensée. Alors, il conviendrait sans doute de remarquer que l'appel à la pensée se fit entendre dans l'étrange entre-deux qui s'insère parfois dans le temps historique où non seulement les historiens mais les acteurs et les témoins, les vivants eux-mêmes, prennent conscience d'un intervalle dans le temps qui est entièrement déterminé par les choses qui ne sont plus et par les choses qui ne sont pas encore. Dans I'histoire, ces intervalles ont montré plus d'une fois qu'ils peuvent receler le moment de vérité». Je cite ces propos d'Hannah Arendt (1954), pour apporter une précision sur la signification de ce livre. Je ne suis pas philosophe, ni sociologue. Ces derniers ont beaucoup écrit depuis 1975 sur la crise des banlieues, et leurs apports ont inspiré les politiques sociales, urbanistiques et économiques de ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui la Politique de la Ville. Mon travail est une réflexion à partir d'une action professionnelle. Pur produit de l'école républicaine qui m'a permis d'avoir mon baccalauréat grâce aux études gratuites de l'école normale d'instituteurs de Bourg en Bresse, j'ai eu la chance de saisir des opportunités professionnelles en accord avec mes convictions humanistes. Après sept années d'enseignement primaire marquées par les événements de mai 68 et la révolution des idées qui s'en est suivie, j'ai bi-

furqué en 1973, toujours au sein de l'éducation nationale, vers la formation continue qui faisait ses débuts. Je me suis positionné d'entrée de jeu sur le public de ce qu'on a appelé «les BNQ» -bas niveaux de qualification- c'est-à-dire en ce qui me concerne, les ouvriers du bâtiment. J'ai pu mettre en oeuvre mes acquis de la pédagogie Freinet. Cette pédagogie a été illustrée par l'utilisation de l'imprimerie pour publier un journal écrit lettre par lettre, comme le recommandent les neurologues d'aujourd'hui. Mais surtout, l'apprentissage était basé sur l'analyse et la théorisation des expériences de la vie courante, et leur généralisation. Ce contexte de vie des enfants d'avant la télévision était celui de leurs parents au travail. Par exemple, les ouvriers qualifiés du bâtiment des années 1970 n'avaient reçu qu'une scolarité élémentaire et aucune formation technologique. Ils avaient appris à travailler sur le tas, en reproduisant les gestes de leurs collègues plus qualifiés. En formation, partant de ces situations de chantier, nous leur avons fait découvrir la technologie, la lecture de plan, l'implantation, le français «technique» et de vie courante, de même que les notions mathématiques écrites de base. J'ai rencontré des directeurs de ressources humaines, des élus professionnels, salariés et patronaux qui géraient les fonds de la formation professionnelle continue et des cadres de la formation en entreprise. Ensemble, nous avons conçu et j'ai mis en œuvre des programmes de formation qui ont pris en compte tous les acquis professionnels et sociaux de ces personnes souvent peu scolarisées, mais qui avaient développé au travail plus de compétences que beaucoup ne le pensaient. Dans les années quatre-vingt, le chômage des jeunes est apparu. Alors que les entreprises de bâtiment licenciaient pour suivre la baisse des mises en chantiers, les précurseurs avaient prévu le manque de main d'œuvre qualifiée que connaît aujourd'hui cette branche professionnelle. Et ces précurseurs avaient également analysé que le réservoir de main d'œuvre se trouvait dans ces banlieues décriées, dont personne ne voulait embaucher les jeunes. Avec parfois - 8-

d'anciens stagiaires, j'ai remis au goût du jour la pédagogie de l'alternance. Des cadres de l'éducation nationale ont accepté que nous délivrions des unités de valeurs du CAP à partir d'ouvrages réalisés en chantier, sous la conduite d'ouvriers qualifiés devenus tuteurs. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la validation des acquis professionnels. Ces chantiers expérimentaux étaient ceux des bailleurs sociaux. C'est ainsi que je suis devenu salarié de l'OPAC du Rhône sur un poste de chargé de mission «insertion par l'économique». J'ai développé mon activité au sein des Zones Urbaines Sensibles, les ZUS. C'est là que je me suis imprégné de ces territoires, des femmes et des hommes qui y habitent, des professionnels qui y travaillent. J'ai aussi rencontré deux hommes de grande qualité avec qui je partageais les mêmes convictions et les mêmes ambitions professionnelles pour le mouvement HLM: Jean Pierre Fort, mon patron, et Georges Bullion, le directeur de l'Association Régionale HLM à l'époque. Ce duo était complété par Pierre Suchet, directeur du développent urbain à la communauté urbaine de Lyon, Claude Lanvers et Michel Prost à la préfecture de région. Ce triangle humain était composé des bonnes personnes positionnées au bon endroit. A partir des investissements lourds nécessaires à la réhabilitation de ces territoires, nous avions le désir de promouvoir les locataires qui y habitaient et les personnels qui y travaillaient. Mon travail, toujours à la frange de l'institution qui m'employait, a été d'innover dans l'insertion par l'économique en impliquant les entreprises. Nous avons exploité l'idée géniale de militants du sud-ouest (gestionnaires de centres d'hébergement d'urgence et de coopératives agricoles) qui avaient créé le premier GEIQ (groupement d'employeurs pour l'insertion et la qualification) qu'ils nous avaient présenté en dégustant du foie gras arrosé de Monbazillac. Jean Chanel, entrepreneur de peinture a présidé et structuré contre vents et marées le premier GEIQ du bâtiment. Avec Georges Bullion et Jean Pierre Fort, nous avons conçu le premier GEIQ-HLM, l'ARRADEP que préside aujourd'hui avec dynamisme Colette Bonfils, présidente de - 9-

l'OP AC de Chambéry. Là-aussi, nous avons agi contre vents et marées. Sans nos amis du SGAR (Secrétariat Général aux Affaires Régionales) et l'appui du Préfet de Région de l'époque, Paul Bernard, nous n'aurions pas survécu. Le GEIQ et l'ARRADEP avaient pour acteurs des habitants des quartiers en exclusion, des personnels des bailleurs et des entreprises du bâtiment qui y travaillaient. Et c'est là que nous avons été plongés au cœur des tensions lourdes qui pesaient sur les locataires de ces territoires, et par ricochet sur nos personnels. Al' époque, un regroupement de personnes dans un hall d'entrée avec consommation d'alcool et intimidation des locataires se nommait incivilité à Vaulx en Velin alors que place Bellecour (la place centrale de Lyon), la police et les compagnies républicaines de sécurité veillaient à ce qu'aucune perturbation ne s'installe devant les portes cochères des immeubles résidentiels. Lorsque certaines personnes se présentaient dans nos agences pour obtenir une réparation que nous n'avions pas à payer, il n'était pas rare que notre personnel soit menacé, voire agressé. Les réunions que nous conduisions avec la police et la justice pour réduire ces phénomènes ne débouchaient sur aucune suite tangible propre à faire cesser le trouble. Tout cela donnait un sentiment d'impuissance et conduisait à abandonner les locataires et une partie de nos personnels à leur sort. A l'OPAC du Rhône, nous avons refusé cette logique qui avait pour conséquence de rendre insoutenable la vie quotidienne d'une partie importante de nos locataires. J'ai fait le travail méthodologique qui nous a permis d'avancer sur la voie de la tranquillité. Et là, je ne peux m'empêcher de citer Serge Laurent, alors directeur des affaires juridiques qui m'a initié au droit, et Jean Paul Musy, conseiller au cabinet du Préfet de Police qui m'a introduit dans le monde de la police et de la gendarmerie nationales. Même si c'est à contrecourant du politiquement correct et de ce que peuvent penser certains qui ne subissent pas les faits que je détaillerai plus tard, je tiens à écrire que j'ai rencontré et que je côtoie journellement au sein des forces de l'ordre des gens motivés, - 10-

compétents et respectueux, et ceci aussi bien aux différents niveaux de la hiérarchie, qu'au niveau des agents avec qui je réalise fréquemment des opérations en soirée, comme je le décris plus loin. Sans l'appui des forces de police et de la justice, nous n'aurions rien pu faire pour améliorer la tranquillité de nos locataires. Cela doit-être dit aussi. Mais les forces de l'ordre doivent avant tout être le garant du respect de la loi. Il a fallu relire le mode d'emploi juridique de la police et de la justice, et accepter que cette lecture nous mette en première ligne de la résolution des problèmes. Elle nous a conduit à la conclusion qu'il fallait souvent être physiquement présents dans ces quartiers le soir. Nous n'avions pas l'habitude de le faire en tant que cadres dirigeants, mais nous l'avons fait. Pour illustrer cette démarche, je vais présenter une action conduite durant six ans sur un territoire important: la communauté urbaine de Lyon, deuxième agglomération de France. Ce n'est pas une expérimentation, et ce n'est pas non plus une théorie. C'est l'aboutissement de convictions partagées, étayées par une méthode, et une alternance de succès et d'échecs. Ceux-ci ont été analysés pour améliorer la qualité de l'action. L'ambition de ce livre est de divulguer les méthodes mises en œuvre et les résultats obtenus pour que d'autres s'en emparent, au profit des locataires et des citoyens.

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Introduction Novembre 2005 : Presse et télévision diffusent dans le monde entier les images des émeutes urbaines qui secouent les banlieues françaises. Vingt-cinq ans de Politique de la Ville semblent partis en fumée... victimes des cocktails molotov. Les esprits s'enflamment et les réflexions fusent: « on vous l'avait bien dit: c'était inévitable ». « trop de laxisme» « pas assez de social, la fermeté ne sert à rien. ». Dans ce désordre national, les bailleurs sociaux du Grand Lyon ont peu parlé. Dès le début des difficultés, une cellule de crise a été mise en place. Les cellules de veille des différents comités locaux de sécurité ont permis de coordonner les actions nécessaires pour protéger les personnes et les biens, continuer à assurer en sécurité le fonctionnement des transports et des services publics. Les bailleurs sociaux du Grand Lyon ont participé à ces actions. En dehors d'une cinquantaine de conteneurs d'ordures ménagères brûlés (cinquante de trop! ), nous n'avons déploré aucune destruction de bien immobilier. En effet, depuis 2000, les organismes HLM du Grand Lyon ont engagé une politique visant à améliorer la sécurité et la tranquillité de leurs locataires, ainsi que celles de leurs personnels de proximité. C'était pour eux une nouveauté, car traditionnellement la sécurité leur paraissait être de la seule responsabilité de l'état. Cette démarche tranquillité a une longue histoire. Elle a pu se développer dans des conditions viables grâce à un long travail préparatoire. Naturellement, nous ne savions que ce travail initial conduirait à cette démarche tranquillité. Mais il nous a permis de la concevoir progressivement. Elle a pris son assise sur la politique de décentralisation conduite en 1987, suivie de la contractualisation de la gestion de proximité, et de la réhabilitation. Là dessus s'est greffée à partir de 1991 une action d'insertion par l'économique.

Toutes ces actions ont donné les moyens aux bailleurs de prendre en charge les questions liées à la tranquillité et à la sécurité. Dans cet ouvrage, nous avons pour intention de présenter la construction de cette démarche et les résultats concrets à ce jour. Le lecteur intéressé par cette période trouvera en annexe le détail de ces stratégies d'insertion par l'économique qui sont maintenant assez connues. Je présenterai donc davantage les éléments totalement nouveaux de la démarche dite de tranquillité. Il s'agit surtout du programme PRESENCE (Présence, Environnement, SEcurité, Nettoyage et Création d'Emplois) lancé en 1997 grâce à un conventionnement de l'Union Européenne, mais on ne devra pas oublier les acquis de l'insertion sur lesquels s'est bâtie la démarche tranquillité. . Pour bien comprendre la démarche, il sera nécessaire de donner une définition et une illustration de la «non tranquillité» que subissent les locataires. De quoi sont victimes les locataires et les personnels qui partagent leur quotidien sur ces territoires? Et surtout, pourquoi les institutions dévolues à assurer la sécurité des citoyens sont décriées pour leur apparente inefficacité? Attentif à ces questions, l' OPAC du Rhône a expérimenté des démarches qui ont eu une première efficacité. En janvier 2000, il a créé au sein de la Direction Générale une Mission «tranquillité-sécurité» qui vise à répondre aux attentes des locataires et des maires en matière de sécurité. En trois ans, cinq mille titulaires de baux ont bénéficié du programme sur une vingtaine de communes. Cette mission, dans sa pratique sur plusieurs années, a permis de formaliser le partenariat avec les maires et les forces de l'ordre, cadre indispensable à sa reconnaissance et à sa pérennisation. Ces six années d'expériences amènent à se poser des questions: «est-ce que la tranquillité est un nouveau métier? Fait-elle partie du métier de bailleur? Comment doit s'articuler le partenariat des bailleurs avec les forces de - 14-

l'ordre, mais aussi la justice? Et surtout, à quelles conditions les bailleurs peuvent-ils garantir à leurs locataires la jouissance paisible de la chose louée? ». Il est possible aujourd'hui de définir une méthodologie sur ce thème de la tranquillité. Nous ne résisterons pas, en conclusion, à apporter notre pierre au débat lancinant répression-travail social qui agite la France chaque fois que des incidents secouent «les quartiers».

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