Madame Lafarge - Dans le silence recueilli de ma prison

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Dans sa cellule, une jeune femme de vingt quatre ans écrit ses Mémoires : Marie Lafarge vient d’être condamnée à perpétuité pour avoir empoisonné son mari, malgré les doutes que les expertises ont laissé subsister. La France entière s’est passionnée pour son procès. Ces Mémoires, écrits à la manière d’un roman, ne dissipent pas le mystère qui entoure l’affaire, mais constituent un témoignage remarquable sur la condition féminine au XIXe siècle : rêves d’adolescence brisés par un mariage arrangé avec un rustre, qui conduit son épouse au fin fond de la Corrèze, dans une bâtisse lugubre au milieu d’une famille hostile. Lorsque M. Lafarge succombe à un mal non identifié, Marie est soupçonnée de meurtre. L’historienne Arlette Lebigre, spécialiste du droit criminel, prend alors la plume pour faire revivre ce procès dans lequel, pour la première fois, les magistrats eurent recours à des experts en toxicologie.
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021009035
Nombre de pages : 400
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l a B i b l i o t hdè q u e L e v e r’ É v e ly n e
Madame Lafarge
« Dans le silence recueilli de ma prison. » m é m o i r e s 1 8 4 0
Les mémoires de madame Lafarge
Madame LAFARGE
« Dans le silence recueilli de ma prison »
MÉMOIRES
1840
PRÉSENTÉS ET ANNOTÉS PAR ARLETTE LEBIGRE
La bibliothèque dÉvelyne Lever Tallandier
© Éditions Tallandier, 2008, pour la présente édition © Éditions Tallandier, 2 rue Rotrou, 75006 Paris www.tallandier.com
SOMMAIRE
Préface, par Arlette Lebigre . . . . . Mémoires de Madame Lafarge . . . Postface, par Arlette Lebigre . . . .
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PRÉFACE
par Arlette Lebigre D ans la salle de la cour dassises de Tulle pleine à craquer, le verdict est tombé. Après dixsept jours de procès et une heure 1 trente de délibération, le jury , répondant affirmativement à la première question, a déclaré Marie Capelle, veuve Lafarge, âgée de 24 ans, coupable davoir volontairement administré à son mari des substances toxiques ayant entraîné sa mort. À la deuxième questiony atil des circonstances atténuantes en faveur de laccusée ?le jury a également répondu oui. Pour quelles raisons ? On ne le saura jamais : comme à notre époque, les circonstances atténuantes ne sont pas motivées. Échappant ainsi à la peine de mort, Marie est condamnée à la peine immédiatement inférieure, les travaux forcés à perpétuité. Appliquée aux femmes, elle équivaut à notre réclusion perpétuelle. En 1840, la perpétuité mérite bien son nom. À moins dun 2 miracle , la condamnée passera le reste de ses jours entre quatre murs : cest un abîme qui souvre devant la jeune femme. Une autre sy laisserait engloutir. Pas elle. À peine transférée à la prison de Montpellier où elle doit purger sa peine, elle entreprend de rédiger ses Mémoires. Instruite, cultivée (elle parle italien et lit les
1. Contrairement au système actuel, les jurés et les magistrats professionnels délibèrent séparément, les premiers sur la culpabilité et les circonstances atté nuantes, les seconds sur la peine. 2. Pourvoi en cassation (toujours hasardeux), recours en grâce, ou révision du procès sil y a découverte dun fait nouveau. Rappelons que lappel en matière criminelle nexiste pas, non plus que les réductions quasi automatiques de peine.
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MÉMOIRES DE MADAME LAFARGE
classiques anglais dans le texte), elle a toujours aimé écrire. À 13 ou 14 ans, elle s» pour seamusait à composer des « lettres imaginaires distraire et améliorer son style. Elle ne pouvait prévoir quun jour lécriture serait sa planche de salutMémoires dune jeune fille rangée : si le titre nétait déjà pris, on aurait envie de lattribuer à ce récit dune enfance et dune adolescence pétries de bonnes manières et de bons sentiments. Les premières années baignent dans une atmosphère digne de la comtesse de Ségur, avec ses « vieilles bonnes » quon se transmet de génération en génération comme les meubles de famille, ses « bons paysans » respectueux et dévoués, ses promenades au Bois, ses réceptions mondaines et ses parties de campagne. Peinture à leau de rose, néanmoins fidèle, dune société qui, après les années noires de la Révolution et les fracas de lEmpire, savoure la douceur de vivre retrouvée, aussi ignorante des réalités socioéconomiques de son temps que des mœurs et coutumes des Papous. Fille dun colonel dartillerie, petitefille par sa mère dune me demoiselle anglaise, ou prétendue telle, que M de Genlis, gou vernante des enfants de PhilippeÉgalité, aurait recueillie à la mort de ses parents (en fait, sa propre fille, née de sa liaison avec ce 1 prince ), Marie a reçu une éducation soignée. Intrépide cavalière, bonne pianiste, elle chante agréablement, danse avec grâce. Rien de ce qucomme il faut » doit connaître neune jeune personne « lui est étranger. 2 La mort prématurée dun père quet, deux ans pluselle idolâtrait tard, le remariage de sa mère, quelle ressentit comme une trahison à la mémoire du cher disparu, auraient pu en faire une triste orphe line. Il nen fut rien. Supportant mal l'hospitalité offerte par son me beaupère, elle finit par s'installer chez une de ses tantes, M Garat, épouse du gouverneur de la Banque de France. Elle vécut une jeu nesse insouciante dans ce milieu privilégié où se côtoyaient, en se jalousant, haute finance et noblesse dEmpire, lhiver dans les beaux hôtels de la ChausséedAntin ou du faubourg SaintGermain, lété à la campagne, où lon se retrouvait entre gens de bonne compagnie.
1. LesMémoiressen tiennent à la version « officielle », bien quil soit peu probable quelle ait ignoré la vérité.Cf.Evelyne Lever,PhilippeÉgalité, Fayard, 1996. 2. Mortellement blessé par lexplosion de son fusil de chasse.
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