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Mafia, langage, identité

De
92 pages
De quelle manière les choix linguistiques contribuent-ils au processus de reconnaissance au sein de Cosa Nostra ? Comment ces choix favorisent-ils l'affirmation de l'identité mafieuse, ainsi que la construction et la représentation d'un modèle d'appartenance pour les affiliés ? Ce livre s'efforce de répondre à ces questions en ayant à l'esprit que les pratiques linguistiques constituent une modalité privilégiée d'élaboration de l'image sociale et une façon d'adhérer à une identité collective donnée.
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SALVATORE DI PIAZZA
MAFIA,
LANGAGE, IDENTITÉ
L’Harmattan 5-7 rue de L’École Polytechnique 75005 Paris
Traduction de l’italien et mise en page effectuée par L’Harmattan Italia (Torino)
www.editions-harmattan.fr
harmattan.italia@agora.it
© pour cette édition en langue française, L’Harmattan, Paris, 2012
© pour l’édition originale en langue italienne intitulée Mafia, linguaggio, identità, Centro di studi ed iniziative culturali « Pio La Torre », Palermo, 2010
SOMMAIRE
Préface,Alessandra Dino
Introduction
1. Le langage des mafieux
2. Langage et identité mafieuse
Postface,Sebastiano Vecchio
Notes
Références bibliographiques
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76
78
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REMERCIEMENTS Cet essai constitue la traduction française, en partie réélaborée et modifiée, d’un ouvrage intituléMafia, linguaggio, identitàpublié par le Centro di studi e iniziative culturali « Pio La Torre » de Palerme, en 2010. Le travail original résulte d’une recherche financée grâce à une bourse d’étude attribuée par le Centro di studi e iniziative culturali « Pio La Torre », que je remercie, notamment en la personne de son président, M. Vito Lo Monaco. Je remercie en outre les membres du comité scientifique qui ont suivi mon parcours : M. Salvatore Lupo (historien) et Mme Alessandra Dino (sociologue et promotrice du projet). Dans sa version italienne, ainsi que dans sa version française, cet essai est influencé par les enseignements en matière de philosophie du langage des professeurs du DépartementFIERI-AGLAIAde l’Université de Palerme, dont je suis membre en ma qualité de cher-cheur post-doc. Au sein du DépartementFIERI-AGLAIAje remercie en particulier les professeurs Francesca Piazza, Sebastiano Vecchio et Franco Lo Piparo. Ce travail n’aurait probablement pas vu le jour sans les conseils et la disponibilité de Kole Gjeloshaj, que je remercie, tout comme mes amis et collègues Pietro Pastena, Vittorio Coco, Attilio Scaglione et Giovanni Frazzica, qui ont accompagné ma recherche avec leurs remarques enrichissantes. On le sait bien, la production d’un texte scientifique se rapporte aussi à l’entourage familial de son auteur, en ce qui me concerne, je dois enfin remercier mes parents et mes frères, ainsi que Sorina et Beatrice.
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PRÉFACE Alessandra Dino
Mafia, langage et identité constituent la trame qui lie les réflexions de Salvatore Di Piazza, l’auteur de cet ouvrage. Son travail s’insère dans le cadre d’un courant fécond d’études qui approfondit les dimensions communicatives du phénomène mafieux et qui voit la multiplication des interventions et des publicationsad hoc. Ce sujet bénéficie, en outre, d’un vaste succès populaire, car le public est attiré par des reconstruc-tions à effet, en dépit parfois de leur qualité scientifique insuf-fisante. Ce livre est consacré au rôle du langage dans la mafia ou, mieux, Cosa Nostra (« Notre Affaire »), comme on l’appelle en Italie. Il s’intéresse à la profonde valeur symbolique et com-municative − qui accompagne tout acte de cette organisation criminelle – en s’insérant dans le cadre d’une tradition cultu-relle précise, en dialoguant donc avec son environnement social, en absorbant de celui-ci nombre d’influences et de sol-licitations. Le sujet de cette étude ne représente pas une nouveauté abso-lue : il suffit de penser, à ce propos, que l’attention pour la dimension culturelle, notamment dans ses dégénérations cultu-ralistes, existe depuis les origines mêmes du phénomène mafieux, et qu’elle a été exploitée de façon savante, en édulco-rant le vrai caractère délictueux de Cosa Nostra. Allégué sou-vent comme prétexte, le lien au terroir de cette organisation est imputé à la manière même d’être et de percevoir la réalité pro-pre des Siciliens, à partir d’une supposée homogénéité cultu-relle de leur île. Ce modèle interprétatif est dépourvu d’un fondement scien-tifique, mais il est évocateur et, par sa dimension simplificatri-ce, il s’avère fonctionnel à l’organisation mafieuse pour s’en-7
tourer d’une dimension mythique, obtenir un certain consensus et s’enraciner localement. Concentrant son attention sur les valeurs culturelles, linguis-tiques et identitaires du phénomène mafieux, l’approche de Salvatore Di Piazza est originale, car elle exploite les outils intellectuels offerts par la philosophie du langage et par la sémiotique, le champ d’études de l’auteur. Celui de Salvatore Di Piazza est un regard « de l’extérieur » ; il s’agit donc d’une perspective qui a l’avantage – comme le théorise Schutz – de concevoir le phénomène mafieux avec fraîcheur, sans préconçus ou stéréotypes, nonobstant le fait que ce jeune chercheur habite la Sicile, région où, forcément, on connaît la mafia et ses manifestations. J’admets volontiers que c’est ce regard « de l’extérieur » lié au solide background universitaire de Salvatore Di Piazza (peut-être un peu excentrique si comparé aux études précéden-tes sur ce phénomène criminel), qui m’a poussée, en ma quali-té de promotrice du projet financé par le Centro di studi e iniziative culturali « Pio La Torre » de Palerme, à soutenir ce travail au sujet très spécifique et qui m’est particulièrement cher : à savoir, le rôle du langage dans les parcours de cons-truction identitaire de Cosa Nostra, ainsi que la dimension cul-turelle comme facteur d’agrégation sociale, instrument de reconnaissance, moyen pour susciter le consensus au sein et en dehors de cette association criminelle. Se situant dans le cadre des études sémiotiques et anthropo-logiques, en reprenant en partie l’héritage descultural studies, la perspective choisie et les outils intellectuels privilégiés dans cet ouvrage confirment l’importance des contaminations et des hybridations disciplinaires dans les sciences sociales. Afin de l’analyser en sa nature de phénomène social parmi d’autres, il faut avant tout définir les contours du phénomène mafieux. Ses dimensions communicatives ne sont pas obser-vées de manière abstraite, mais par rapport à leur cadre d’in-sertion. Il ne s’agit ni de pointer le doigt sur des aspects indi-viduels (sur le plan formel ou du contenu), ni de rechercher des 8
signifiés indexés au langage, mais – au contraire, comme l’ex-plique Salvatore Di Piazza – de corréler les différentes dimen-sions de ce phénomène criminel. Dans la communication réel-le, les modalités fonctionnelles et les aspects identitaires, tout comme les opportunités pratiques et la nécessité de reconnais-sance, s’entremêlent et se superposent les unes aux autres. C’est le recours à des outils d’enquête de type linguistico-phi-losophique, dans le but de mieux délimiter le cadre de la recher-che anthropologique, qui constitue la nouveauté et le mérite de ce livre ; mais ce choix expose aussi son auteur à des critiques possibles, de la part de ceux qui soulignent la complexité du phénomène mafieux, insaisissable sous un angle unique. Salvatore Di Piazza n’absolutise pourtant pas sa perspective d’étude et évite soigneusement d’exagérer l’importance en soi des constructions linguistiques, en préférant les ramener à des comportements à plus vaste échelle, et en leur attribuant une valeur paradigmatique et générale. Premier et stimulant résultat d’unwork in progress, sans aucune fausse prétention d’exhaustivité, cet ouvrage exploite les sources judiciaires disponibles, à partir de la période du maxi-procès de la mafia de Palerme (février 1986 - décembre 1987), jusqu’à l’époque actuelle. Une délimitation temporelle et une sélection des événements sont cruciales dans une étude comme celle-ci, dont le but n’est pas de fournir une synthèse systématique du langage dans les processus identitaires de Cosa Nostra, mais plutôt – selon la « technique du coup de sonde » – d’appréhender les sugges-tions que la perspective de la linguistique offre en vue de l’ap-profondissement de la connaissance de l’univers culturel mafieux, d’habitude exploré à l’aide d’autres supports hermé-neutiques. Voici le cadre d’insertion de ce travail, dont je crois utile de mettre en évidence l’originalité des réflexions de son auteur. En premier lieu, de celles concernant le langage mafieux, instrument crucial pour l’exercice du pouvoir de la part de Cosa Nostra. 9