Maladie d'Alzheimer, entre neurologie et psychologie

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Célébrée hier comme cause nationale, cette maladie qui touche 900 000 personnes est intégrée aujourd'hui dans une politique de santé publique interministérielle aux côtés d'autres affections neuroévolutives connues et moins connues du grand public. La maladie d'Alzheimer « transgresse » les processus pathologiques, les cadres, que l'on a bien voulu, jusqu'ici, lui assigner. La guérison demeure lointaine et incertaine. Peut-on « enfermer » la maladie dans le seul champ de la neurologie, de la génétique, d'une neuropsychologie repensée, de la psychologie ?
Publié le : vendredi 1 mai 2015
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EAN13 : 9782336380964
Nombre de pages : 140
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Philippe Viard
Maladie d’Alzheimer,
entre neurologie et psychologie
Vers un autre modèle ? Maladie d’Alzheimer,
Beaucoup de bruits, de discours, d’intérêts aussi, de déclarations, entre neurologie et psychologie
gravitent autour de la maladie d’Alzheimer. C’est nouveau pour une
affection reconnue avec beaucoup de prudence par Kraepelin en 1910,
puis « murée » ou recouverte ensuite par un quasi silence de 70 ans. Vers un autre modèle ?
Célébrée hier comme cause nationale, cette maladie qui touche
900 000 personnes est intégrée aujourd’hui dans une politique de santé
publique interministérielle aux côtés d’autres affections neuroévolutives
connues et moins connues du grand public.
La maladie d’Alzheimer « transgresse » les processus pathologiques,
les cadres, que l’on a bien voulu, jusqu’ici, lui assigner. La guérison
demeure lointaine et incertaine. Peut-on « enfermer » la maladie dans
le seul champ de la neurologie, de la génétique, d’une neuropsychologie
repensée, de la psychologie ?
Affection plurale et énigmatique dans ses causes, son modèle
physiopathologique demande à être perfectionné, peut-être réinventé,
au-delà de l’exclusivité d’un champ de savoir quel qu’il soit. La priorité
immédiate, l’urgence, est de maintenir les personnes affectées par cette
maladie chronique aux troubles fl uctuants, et quel que soit son stade,
dans l’humanité.
Philippe VIARD vit en région Limousin. Docteur en psychopathologie
(Université Denis Diderot), psychologue au Centre hospitalier Bernard
Desplas (Creuse), il exerce en soins de suite et réadaptation, Unités de
soins de longue durée et cognitivo-comportementale. Il intervient auprès
des personnes en soins palliatifs à la demande et rencontre les familles.
Illustration de couverture :
Extrait de L’Encyclopédie © BNF
ISBN : 978-2-343-05694-4
14,50 €
Maladie d’Alzheimer, entre neurologie et psychologie
Philippe Viard
Vers un autre modèle ?












Maladie d’Alzheimer,
entre neurologie et psychologie
Vers un autre modèle ?






Psycho - logiques
Collection fondée par Philippe Brenot
et dirigée par Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement
psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les
écoles ont leur place dans Psycho - logiques.

Déjà parus

Roland BRUNNER & Luce JANIN-DEVILLARS, Le coaching
clinique psychanalytique, 2015.
Florence LAFINE, Du sensoriel au sens social. Naissance de la
pertinence et de la normativité sociale chez le bébé, 2015.
Cécile CHARRIER, Réflexions pour une thérapeutique de la
violence. Violence et Créativité, 2015.
Riadh BEN REJEB (dir.), Le rituel. De l’anthropologie à la
clinique, 2015.
Radu CLIT, Le travail institutionnel en milieu psychiatrique et
de l’enfance inadaptée, 2015.
Jean Michel PÉCARD, Essai de psychologie analytique, 2015.
Sébastien PONNOU, Lacan et l’éducation. Manifeste pour une
clinique lacanienne de l’éducation, 2014.
Sophia DUCCESCHI-JUDES, Portrait de folies ordinaires.
Petit guide de psychopathologie pour tous, 2014.
Anna CURIR, Les processus psychologiques de la découverte
scientifique, L’harmonieuse complexité du monde, 2014.
Jean-Pierre LEGROS, Stratium, Une théorie de la personne,
2014.
Aurélie CAPOBIANCO (dir.), Peut-on parler au téléphone ?
Stratégies cliniques pour entendre au bout du fil, 2014.
Christel DEMEY, Stimuler le cerveau de l’enfant, 2013.
Audrey GAILLARD et Isabel URDAPILLETA, Représentations
mentales et catégorisation, 2013.
Jean-Luc ALLIER, La Fragilité en pratique clinique, 2013.
Stéphane VEDEL, Nos désirs font désordre, Lire L’Anti-Œdipe,
2013.
Philippe Viard













Maladie d’Alzheimer,
entre neurologie et psychologie



Vers un autre modèle ?























































































*















Je remercie mes amis Dominique Terres, médecin psychiatre,
Michel Quibant, médecin gériatre, de m'avoir assisté, lu et encouragé.
J'exprime ma gratitude à mes collègues de l'hôpital de Bourganeuf,
aux familles des réunions du mercredi,
à Mme Nicole Fanti pour sa relecture,
à Emmanuel Hirsch et l'équipe de l'EREMA


































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05694-4
EAN : 9782343056944

AVERTISSEMENT

Par le passé les hommes occidentaux ont tenté de
comprendre leur corps et son cerveau en comparaison avec
des machines, les techniques agricoles, de terrassements, de
l'hydraulique, de la construction. On en trouve encore trace
dans les mots de l'anatomie courante : canal, trachée,
conduit, astragale, colonne, flux, irrigation, souffle, voûte,
mise en culture, drainage, ventricules, cloison etc. Cette
comparaison semble avoir poursuivi deux buts : donner
forme à cet amas de chair et d'os qu'est le corps ouvert ou
blessé, répondre au malaise de la vue du corps en
décomposition en le projetant dans une machine
incorruptible.

Aujourd'hui, le cerveau est comparé à une machine
informatique qui traite de l'information avec des neurones
qui jouent le rôle de composants électroniques, des modèles
physiques en réseau. Aucun spécialiste n'est dupe
longtemps de ces comparaisons d'un organisme avec la
machine mais la prudence est de mise. On se souvient que
Claude Bernard s'en était déjà méfié en créant le concept de
« milieu intérieur ». Le préjugé machinique a la vie dure et
il est protéiforme. La volonté d'enserrer le vivant dans la
physique est toujours présente. Les mots système, structure,
connexion, centres, sont parfois préférés à ceux
d'organisation et d'organisme.
Moment parlant de la neurologie, moment où le médecin
explore en situation d'entretien les récurrences de lésions
sur le comportement et les « facultés dites supérieures » de
son patient, la neuropsychologie est un acte clinique
essentiel, acte qui vise aussi à « panser » les plaies de
l'esprit du patient blessé et angoissé.

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Certains discours veulent s'adosser à la
neuropsychologie d'investigation des récurrences de
dommages cérébraux pour construire une
neuropsychologie hors les murs de la neurologie clinique. Cette
nouvelle neuropsychologie désire apprendre de ces
dommages ou injures cérébrales des aspects de la vie
mentale opératoire des individus (calculer, reconnaître une
forme ou lire par exemple) en référence aux sciences
cognitives et à l'imagerie médicale. Tout cela pose des
questions éthiques dans l'accompagnement des malades
Alzheimer pris entre la pression des modèles physicalistes,
le désir de pénétrer la vie mentale, les politiques de
préventions quand elles existent et les fortes contraintes
budgétaires.

Le mot « neuropsychologie » contient celui de
psychologie ; faut-il aller plus loin et constituer une
psychologie souchée sur la neurologie et qui ne pourrait en
être que l'épiphénomène à la faveur des techniques
d'imagerie et du testing ? Faut-il au contraire rester dans le
domaine de la neurobiologie en lien avec la
psychopathologie associée à la psychologie génétique d'un
Jean Piaget par exemple ?

Ces questions ont leur importance pour la
compréhension de la maladie d'Alzheimer, le
perfectionnement éventuel de son modèle
physiopathologique en modèle physio-psychopathologique et surtout
l'accompagnement des malades, en particulier ceux qui
sont « enfermés » dans la maladie. Les pouvoirs publics
savent que la maladie d'Alzheimer progresse ainsi que les
coûts ; cette réalité de la dérive des coûts a des
conséquences sur les métiers de soignants, de médecins,
8
l'organisation des soins. L'Etat aura donc tendance à
bousculer les uns et les autres parfois de façon
désordonnée, confuse et hasardeuse. Les experts qu'il se
donne au gré des circonstances ont en conséquence une
grande responsabilité dans le colloque avec les ministères.
Le contexte de compétition entre les savoirs au sein de
l'Université, les enjeux économiques, les conflits
d'intérêts, complexifient la donne. C'est l'objet de cet
ouvrage.
9
« C'est donc à une physique repeinte
aux couleurs de la psychologie
qu'a été réduite la biologie. »
(J.P Dupuy)


Tensions budgétaires, compétition des savoirs
et recomposition des métiers

La problématique de l'extension ou de la dimension
psychologique de la neuropsychologie, ce qu'elle recèle
aussi de reconfiguration souhaitable ou non souhaitable
pour les métiers et les savoirs, s'inscrit dans un climat de
très fortes contraintes budgétaires et de compétition entre
les savoirs. Des disciplines autres que celles de la
neurologie veulent « s'adosser » à la neuropsychologie à la
faveur de la montée en notoriété des sciences cognitives et
des crédits disponibles. La théorie de « l'implantation »
dans le cerveau d'un « conditionné » qu'il soit de forme
numérique, cybernétique, symbolique, logique et qui
rendrait compte des conditions des processus mis en
œuvre pour les opérations de cognition – des conditions,
par conséquent, d'intelligibilité de l'activité de
« connaissance » du cerveau - ouvre des perspectives
nouvelles. La question est de savoir lesquelles car le
domaine de la cognition est très vaste et peut inclure des
activités cognitives jusqu'ici délaissées ou peu connues
comme les activités symboliques, sociales et celles
psychiques.

Que faut-il entendre par cognition ?

Les définitions de ce qu'est une cognition sont parfois
floues, peu adaptées au vivant, quelques fois
contradictoires ou approximatives. Une cognition est-elle
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de l'ordre de la représentation d'un monde prédéfini, d'une
représentation interprétative, d'une construction, d'une
construction à deux d'un monde commun, une question
posée à un organisme en situation dans un monde mobile,
un processus actif producteur d'hypothèses (ce que je
perçois est-il un leurre, une ombre, un simple reflet ?) et
d'actions motrices (ralentir le pas, se tapir, incurver sa
direction), une activation de représentations mentales
internes comme des archétypes, des images ou des
symboles ? Le monde dans lequel évolue un organisme
peut-il être dit prédéfini quand on observe les variations
infinies et inattendues de son milieu de vie ?

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La notion de cognition est polarisée entre deux versants
du concept de représentation : la représentation d'un
moment du monde environnant par l'interprétation de ce
que l'organisme en perçoit à partir de stimuli, la
représentation par recours à des représentations internes
déjà là à la manière de la philosophie de Platon. Ce qui
pose le problème de la constitution de son substratum.
Celui-ci est-il fait de symboles physiques manipulables à
l'exemple d'un ordinateur qui reconnaît des symboles
indépendamment de leur sens, de nombres et
d'algorithmes, de propriétés dites des émergences issues
des travaux de Sherrington et Pavlov mais jusqu'ici
inobservables pour les réseaux neuronaux ? Sherrington et
Pavlov avaient deviné, au regard de l'observation
anatomique, que les neurones « coopèrent » en formant,
selon la situation, des ensembles ou complexes aux
configurations toujours aléatoires et donc non fixes ou
identifiables à un lieu. De cette complexion probabiliste et
non prédictible des neurones émerge un comportement
cohérent. Cette théorie soutenue en particulier par
Shannon, Varela et Brooks a le grand avantage de rompre
avec un anthropomorphisme : l'existence d'un centre ou
d'un administrateur central. Pour prendre une image on
passe du centralisme au principe de subsidiarité, mais
n'est-ce pas un autre anthropomorphisme ?

A quelles conditions une cognition peut-elle être dite
vraie ? Quand la représentation est adéquate à son objet,
quand l'organisme a su trouver le comportement adapté ?
Que fait un organisme quand il acquiert la connaissance
des événements et objets de son environnement ?
Comment peut-il le faire ? Que fait un organisme quand il
ne veut pas connaître ou avoir à connaître de certains
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