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Maladies et violences ordinaires dans un hôpital malgache

De
164 pages
Cette enquête anthropologique, réalisée à l'hôpital de Toamasina, se déroule dans le service de médecine et s'attarde sur les histoires de malades et leurs itinéraires, les relations soignants-soignés et l'exercice médical souvent mis au défi. L'auteur, médecin et anthropologue, découvre la violence du quotidien et tente d'en donner une compréhension qui ouvre sur les relations sociales et les conflits d'identité professionnels qui existent à l'hôpital et le débordent.
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Claire Mestre
Maladies et violences ordinaires dans un hôpital malgache
ANTHROPOLOGIE C R I T I Q U E
Maladies et violences ordinaires dans un hôpital malgache
CollectionAnthropologie critiquedirigée par Monique SELIM Cette collection a trois objectifs principaux : - renouer avec une anthropologie sociale détentrice d’ambitions politiques et d’une capacité de réflexion générale sur la période présente, - saisir les articulations en jeu entre les systèmes économiques devenus planétaires et les logiques mises en œuvre par les acteurs, - étendre et repenser les méthodes ethnologiques dans les entreprises, les espaces urbains, les institutions publiques et privées, etc. Dernières parutions Monique SELIM,Hommes et femmes dans la production de la société civile à Canton,2013. Nicole FORSTENZER,Politiques de genre et féminisme dans le Chili post-dictature, 2012. Marie BONNET,Anthropologie d’un service de cancérologie pédiatrique, 2011. Bernard HOURS, Monique SELIM,Anthropologie politique de la globalisation, 2010. Michela PASIAN,Anthropologie du rituel de possession Bori en milieu Hawsa au Niger- Quand les génies cohabitent avec Allah, 2010. Antoine HEEMERYCK,L'importation démocratique en Roumanie, Une perspective anthropologique sur la construction d'une société post-dictatoriale, 2010. Patrick HOMOLLE,D’une rive à l’autre. Associations villageoises et développement dans la région de Kayes au Mali, 2009.
Claire MESTRE Maladies et violences ordinaires dans un hôpital malgache
Ouvrages du même auteur Je t’écris de… correspondances Marie Rose Moro-Claire Mestre (2010-2012).Grenoble : La Pensée sauvage ; 2013. Mestre C. Asensi H. Moro MR.Vivre, c’est résister. Textes pour Germaine Tillion et Aimé Césaire.Grenoble :;La Pensée sauvage 2010. Mestre C. Moro MR (dir).Partir Migrer L’éloge du détour.Grenoble : La Pensée sauvage ; 2008. © L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01310-7 EAN : 9782343013107
Sommaire
Introduction ...................................................................9 Les services hospitaliers ...............................................15 Espaces, organisation et personnes.................................... 15 Visite journalière................................................................... 17 Autour de la pharmacie........................................................ 22 Des responsables du soin.................................................... 25 Robert, l’impassible et souriant major du service de M123. ................................................................................ 27 Odette, major d’un autre service de médecine................. 28 Identités professionnelles malmenées ............................... 29 Rumeurs et malentendus en ville .................................35 L’hôpital inspire de la défiance........................................... 35 L’hôpital, un lieu hostile ...................................................... 35 L’hôpital, un lieu de discrimination.................................... 39 L’argent, agent de corruption ou garant de l’efficacité ?. 43 L’hospitalisation ...........................................................47 Une décision lourde de conséquences............................... 47 Le plus souvent, l’hospitalisation est le dernier recours................................ 48 Fihavanana....................................................... 50et modernité Prévoir la mort plutôt que la maladie ................................ 53 Une décision lourde de conséquences............................... 56 Histoires de malades ....................................................61 Arsène, un improbable possédé ......................................... 61 Emeline, femme stérile ........................................................ 66 Itinéraire thérapeutique et quête morale ........................... 71 Le savoir médical à l’épreuve .......................................77 La maladie et le médicament............................................... 78 Tâtonnements et ambiguïté................................................. 82 Échec et rupture ................................................................... 88 Les défis pour la médecine.................................................. 94
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Les relations de soin à l’hôpital....................................99 Négligences et violences...................................................... 99 Relations sous tensions...................................................... 100 Identité professionnelle et identité sociale chez les infirmiers............................................................... 104 Corruption et pratiques parallèles .................................... 108 Fragiles protections............................................................ 110 La maladie chose................................................................. 113 Pauvreté, soins et Églises........................................... 119 Pauvreté et exclusion des soins ........................................ 119 Les 4 Mi, métaphore du désordre .................................... 124 Les Églises malgaches et le soin....................................... 128 L’aumônerie à l’hôpital ...................................................... 130 Idéologie et rapports de force autour du soin desmadinika......................................................................... 134 Conclusion .................................................................. 139 L’inhospitalité et la violence ordinaire de l’hôpital........ 139 Une violence propre à la médecine publique ?............... 140 La pratique médicale hospitalière est potentiellement violente .................................................................................142 Absence d’un État protecteur........................................... 144 L’hôpital est une fenêtre sur la société malgache........... 148 Bibliographie .............................................................. 151
Introduction
Lorsque, pour la première fois, je franchis le portail de l’hôpital de Toamasina, bâtiment blanc face à la mer, je fus saisie en découvrant ce que l’on m’avait pourtant annoncé: pas de foule, pas de draps qui sèchent, pas d’odeur de nourriture, comme je m’y attendais. L’hôpital s’était vidé dès la mise en place d’un projet dit de «recouvrement des coûts», soutenu par la coopération française en 1994.
Ma présence régulière dans cet hôpital suscita toujours un accueil courtois et je n’eus aucune difficulté pour le visiter partout. Sous une apparente tranquillité, une atmosphère tendue y régnait cependant. La présence française y était alors pour beaucoup. Mon regard venu de l’extérieur probablement aussi. La peur et le malheur enfermaient ces lieux sous la chape d’un inquiétant silence. Ainsi, le ton me fut immédiatement donné. Tout d’abord chez mes hôtes malgaches qui me racontèrent ce qu’ils avaient vécu à l’hôpital. La maîtresse de maison qui m’accueillaitme raconta qu’une de ses employées tombée gravement malade, puis conduite par sa famille à l’hôpital, était restée plusieurs jours dans son lit sans que personne ne se soit soucié d’elle. Très en colère lorsqu’elle en fut avertie, mon hôtesse décida immédiatement de se rendre au chevet de son employée à l’agonie et demanda à rencontrer le médecin-chef dans les plus brefs délais. À force d’insister, il finit par arriver et lui expliqua que les moyens manquaient : il aurait fallu opérer la patiente à condition de payer de quoi l’anesthésier, et l’opérer. « Combien ? » lui demanda mon hôtesse. La famille de son employée ne pouvant payer une telle somme, mon hôtesse avança quelques billets. La patiente fut opérée le lendemain et put reprendre son travail quelques semaines plus tard. Concluant son récit, mon hôtesse s’exclama: « Ici, mieux vaut ne pas tombermalade. Sans argent, tu meurs… ça fait peur ! ».
Lors de mon arrivée à l’hôpital de Toamasina, premier port de Madagascar sur la côte Est et deuxième ville par son nombre d’habitants, l’hôpital devait faire face à de profondes
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