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Malaise dans la transmission

De
274 pages
Les évolutions des pays maghrébins ont affecté les institutions fondamentales pour toute communauté humaine : la famille, l'éducation, la société. L'ouvrage décrit et tente d'expliquer certains phénomènes chez la jeunesse maghrébine comme la perte des repères, le consumérisme, la conversion au radicalisme religieux, le voile dit islamique, etc. Il cerne ainsi une crise des valeurs et des institutions et souligne qu'elle est due à un malaise dans la transmission entre générations. En effet, les nouvelles générations seraient des fils et filles sans pères. L'ouvrage propose, en conclusion, une réflexion sur le père à venir.
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Abdellah BounFour
Malaisedans la transmission
La crise de l’autorité familiale, scolaireet politique au Maghreb
La crise de l’autorité familiale, scolaire et politique au Maghreb
Histoire et Perspectives Méditerranéennes
Malaise dans la transmission
Histoire et Perspectives méditerranéennes Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les Éditions L’Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Déjà parus Riza SAYGILI,Un siècle de démocratisation innachevée,Partis et courants politiques en Turquie (1908-2008), 2016Karim BEN YEDDER,Le fondouk al-ghalla de Tunis, Marché central (1891-1956), 2016. Association Déméter-Coré (coord.),Travail et maternité dans l’aire méditerranéenne, 2016. Zakaria FATIH,Le Maghreb à la croisée des chemins : l’enjeu de la tradition et le défi de la modernité,2016.Hassan BANHAKEIA,Histoire de la pensée nord-africaine,2016.Saïd CHIBANE,L’Algérie entre totalitarisme & populisme, La fausse ouverture ou l’heure des illusions/désillusions, tome 2,2016 Saïd CHIBANE,L’Algérie entre totalitarisme & populisme, Le temps du parti unique, tome1,2016. Johara BERRIANE,Ahmad al-Tijâni de Fès : un sanctuaire soufi aux connexions transnationales, 2016. Pascal CYR,Égypte, la guerre de Bonaparte, 2015 Philippe GAILLARD,Génération Algérie: Mémoire d'un quidam, 2015 Mustapha ARIHIR,Les relations extérieures franco-algériennes à l’épreuve de la reconnaissance, de 1962 à nos jours, 2015. Chadia CHAMBERS-SAMADI,Répression de manifestants algériens, 2015. Mohammed Anouar MOGHIRA,?. Les atouts, lesL’Égypte en marche espoirs et les défis (1952-2015), 2015 Mohamed HARAKAT, Les paradoxes de la gouvernance de l’État dans les pays arabes,2015.Mohammed GERMOUNI, Le protectorat français au Maroc.Un nouveau regard,2015.Guillaume DENGLOS,La revueMaghreb(1932 - 1936).Une publication franco-marocaine engagée,2015. Michel CORNATON, Nelly FORGET et François MARQUIS,Guerre d’Algérie, ethnologues de l’ombre et de la lumière,2015. Saïd MOURABIT,L’économie politique de la production législative au Maroc, 2015.
Abdellah BOUNFOUR
Malaise dans la transmission La crise de l’autorité familiale, scolaire et politique au Maghreb
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN :978-2-343-09737-4EAN :9782343097374
Publications de l’auteur Poésie populaire berbère, Editions du CNRS, Aix-Marseille, 1990. Le noeud de la langue. Langue, littérature et société au Maghreb,Edisud, Aix-en-Provence, 1994. Etudes berbères. Chronique de l’année 1993, avec S. Chaker, Centre de Recherche Berbère, INALCO, Paris, 1994.De l'enfant au fils. Essai sur la filiation dans les Mille et une nuits, Brill, Leiden, 1995. Langues et littératures berbères. Chroniques des études XIII (1994-1995), L’Harmattan-INALCO, Centre de Racherches Berbères, 1996.Introduction à la littérature berbère. 1. La poésie, Peeters, Paris-Louvain, 1996. Panorama des littératures africaines. Etat des lieux et perspectives, sous la direction de A. Bounfour et de U. Baumgardt, L’Harmattan, Collection Bibliothèque des études africaines, Paris, 2000. Dictionnaire usuel du tachelhit. Tachelhit-français, en collaboration avec Abdallah Boumalk, Rabat, Centre Tariq Ibn Ziyad, 2001. Littérature et traduction. Traduire la subjectivité, sous la direction de A. Bounfour et A. Regam, Paris, L’Harmattan, 2002. Le proverbe en Afrique : forme et fonction, sous la direction d’A. Bounfour et de U. Baumgardt, Paris, L’Harmattan, Collection Bibliothèque des études africaines, 2004. Introduction à la littérature berbère.2.Le récit hagiographique berbère : texte et contexte, Editions Peeters, 2005.Terminologie linguistique berbère, sous la direction de A. Bounfour, A. Boumalk et K. Naït-Zerrad, L’Harmattan, Paris, 2009.Anthologie de la poésie berbère traditionnelle, en collaboration avec Amar Améziane et la participation de Mustapha El Adak.L’Harmattan/INALCO, Collection Bibliothèque des Etudes africaines, Paris, 2010. Figures de la subjectivité. Essai sur la subjectivité marocaine contemporaine, Editions Ghani, Rabat, 2011.Introduction à la littérature berbère : 3. Le conte merveilleux,à paraître chez Peeters, Paris-Louvain, 2016.
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Introduction
Parce qu’elle [la psychanalyse] n’a pas réussi à développer sa théorie face au changement de la situation humaine opéré par la Première Guerre mondiale ; au contraire, elle s’est retirée dans le conformisme et la recherche de la respectabilité. Erich Fromm ‘Vivons heureux, vivons cachés, c’était la devise des psychanalystes. Ce n’est plus tenable. Se replier sur son pré carré serait en effet mortel pour la psychanalyse, car il n’y a plus de pré carré, tout simplement. Bref, les psychanalystes ne sauraient se dispenser de prendre part au débat public. Jacques-Alain Miller
Crise de la subjectivité
Le système éducatif du Maroc traverse une crise profonde malgré de nombreuses et prometteuses réformes. Les résultats de ce système ne font qu’empirer. Outre que la crise atteint tous les rouages et tous les acteurs, y compris les familles, fut acquise la conviction qu’aucune réforme dans la logique qui a été suivie jusqu’à présent ne sera efficace. En
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1 mettant entre parenthèses l’absence de diagnostic systématique des pathologies qui ont grippé ce système un symptôme fondamental apparut. Ledit système souffre d’une absence ou d’une carence d’autorité. Qu’on comprenne bien le sens de ce mot : il ne s’agit pas de l’autorité de naguère, celle de l’adulte – enseignant, directeur, etc. – omnipotent et omniscient autorisé à violenter, voire à écraser la personnalité des jeunes. L’autorité évoquée, ici, se comprend dans le sens où l’enfant, l’adolescent, l’étudiant et leurs familles désirent l’école, le lycée et l’université ; ils désirent que ces institutions puissent transmettre unebildungmoderne et cohérente, capable de faire une place à chacun de ces jeunes dans ce monde. Ce désir était à son apogée, semble-t-il, durant la décennie qui a suivi l’indépendance. Nul n’osera contredire la thèse selon laquelle l’école est probablement une des réalisations les plus importantes du mouvement national marocain. Or, on constate que ce désir s’est émoussé, il s’est rabougri en raison du délabrement de la qualité dans le processus de transmission. Pourtant, ce désir résiste et continue d’exister. Qui peut ignorer encore que les jeunes s’ennuient à l’école, que l’absentéisme des instituteurs bat des records, particulièrement dans le monde rural, que l’avenir n’est plus garanti à la sortie de l’école même lorsque le jeune est bardé 2 de diplômes, etc. Or, sans ce désir aucune réforme ne donnera de résultat. C’est ainsi que la question devient un peu plus claire : qu’est-ce qui a barré ce désir ? Qu’est-ce qui fait que les parties prenantes de l’école marocaine soient désenchantées ? 1  Il va sans dire qu’il existe des rapports d’évaluation gouvernementaux (voir le site du Conseil Supérieur de la Formation, de l’Education et de la Recherche Scientifique du Maroc) fondés sur ce que les responsables appellent les critères de standards internationaux. On est exactement dans la situation que critique Gori. 2  Le ministre marocain en charge du ministère de l’éducation nationale vient de déclarer que 78% des élèves du primaire ne comprennent pas ce qu’on leur dit que ce soit en arabe ou en français.
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Pourtant, on sait que les familles font tout pour que leurs enfants s’instruisent, réussissent à l’école. La prolifération des écoles privées en témoignent. On a tout dit sur l’école, entend-on partout. Quel est donc ce tout ? N’est-ce pas ce tout où réside le problème ? En effet, on a constaté que ce tout ne prenait pas en compte un élément essentiel dans toute éducation moderne, à savoir la subjectivité des jeunes d’aujourd’hui, subjectivité très différente de celle des générations précédentes. De cette subjectivité d’ailleurs personne ne sait rien, y compris ceux qui sont censés être très proches de leur progéniture, c’est-à-dire les parents. Ces derniers sont les premiers surpris par le passage à l’acte de leurs enfants, actes multiples et variés comme le suicide de leur adolescent(e), ou sa conversion à l’islam radical, ou son addiction aux multiples drogues, ou l’attrait de la délinquance sur lui/elle. Qu’en savent les enseignants eux-mêmes hormis les généralités qu’on leur sert durant leur formation en psychologie ? Une enquête documentaire simple révèle l’indigence de la production et de la publication intellectuelles dans ce domaine. Peut-être que les psychologues, les psychiatres et les psychanalystes, dans le secret de leur cabinet, en savent plus que les enseignants. Mais, la bibliographie marocaine sur la subjectivité des jeunes est plus qu’indigente au point de croire qu’elle n’intéresse personne. Certes, on trouve des enquêtes sociologiques très intéressantes mais elles sont peu nombreuses ; elles sont l’œuvre de sociologues et concernent toujours la même frange de la jeunesse, c’est-à-dire les étudiants de niveau universitaire généralement. Rien sur les lycéens, les collégiens et les écoliers du primaire. C’est le trou noir quand on aborde les jeunes ruraux, particulièrement ceux qui sont en dehors du système scolaire. La percée inaugurée par feu Paul Pascon et Bentahar n’a plus d’adeptes depuis longtemps.
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