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Manuel d'ingrédients culturels camerounais

De
286 pages
Ce livre est une véritable autopsie du quotidien du peuple camerounais, dont il pose le problème de l'individualité spirituelle à travers l'examen d'un certain nombre de traits caractéristiques du Camerounais. Il nous promène dans le village planétaire, dans les méandres du vestimentaire, de la mendicité, du rythme traditionnel Bikut-si (c'est-à-dire, littéralement, la danse de martèlement du sol avec les pieds), et de l'espace public.
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MANUELD’I NGRÉDIENTSCULTURELS
CAMEROUNAISThéoriesetCritique
dirigée parle Pr Jean-Claude MBARGA
En cette ère de globalisation, véritable rendez-vous du donner et du
recevoir, où l’on observe en plein continent africain la contribution
considérable des chercheurs au progrès de l’épistémologie dans diverses
disciplines(lasémiotique,lasociocritique,etc.),lanécessitéd’un support
cadré et spécifique d’ expression s’ impose en termes de création dune
nouvelle collection aux Editions L Harmattan. Ainsi, la collection
«Théories et Critique » a pour missions spécifiques d’assur er la
publication et la diffusion des contributions diverses au progrès de
l épistémologie, à travers l’élabora tion et l’ expérimentation de nouveaux
axes théoriques, et des études critiques, dans les disciplines des Lettres,
desArtsetdesSciencesHumaines.


’Jean-ClaudeMbarga
MANUELDIN GRÉDIENTSCULTURELS
CAMEROUNAIS
PréfacedeRichardL.Lanigan
Southern Illinois University Carbondale, USA
UniversityDistinguishedScholarand Professor
DirectorofInternational CommunicologyInstitute
L Harmattan

’Dumêmeauteur
Traitédesémiotiquevestimentaire,
L’ Harmattan,2010.
©L’HARMATTAN,2011
5-7,ruedelÉcole-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55314-9
EAN : 9782296553149
’A tous les Camerounais vertueux, certainement
les premiers malheureux de voir certains de leurs
compatriotessecomporterd’ unecertainemanière
…PRÉFACE
D aucuns ont de tous temps estimé qu un livre éloquent de par son
contenu n apas besoin d être préfacé, compte tenu de ce que, d une manière
générale, le préfacier n apporte pas grand chose au décryptage de son
contenu.Telestàmonavislecasdecetouvragequejeconsidèrecommeun
véritablechefd’œ uvre.
Malgré ma précédente opinion, je suis très ravi de signaler que pour des
raisons de profonde amitié et d admiration pour l auteur de cet ouvrage, j ai
été amenéà céder àl honneurqu ilm afait de me solliciterpourpréfacer ce
livre. Ainsi donc, en même temps que je suis physiquement éloigné du
Cameroun, je me sens moralement et affectivement très rapproché de ce
pays qu’ il n’ est pas du tout faux de considérer comme l Afrique en
miniature.
Voici un ouvrage qui vient à point nommé combler un manque et
répondre aux attentes de tous ceux qui aimeraient connaître le Camerounais
danssesdiversagissementsquotidiens.
Son contenu est original, dans la mesure où il convoque des phénomènes
apparemment anodins, mais qui pourtant constituent la quintessence de la
vie des Camerounais, avec des répercussions latentes ou manifestes dans le
fonctionnementdupaystoutentieràdiversniveaux.
Ce livre est le tout premier volume d une série qui voit ainsi le jour. On
pourrait à juste titre le situer dans le cadre de la Communicologie, entendue
comme l étude scientifique du discours humain dans toutes ses
manifestations sémiotiques et phénoménologiques. Il comprend cinq
chapitres qui rendent compte d un choix réfléchi par l auteur d une
thématiqueàtoutlemoinsalléchante.
Le premier chapitre, véritable plaidoyer pour un monde meilleur, situe le
Cameroun dans la mouvance de laGlobalisation culturelle. Il met en
exergue la vision négative du capitalisme comme cause des malheurs de
l homme, tout en prônant ce que l auteur lui-même appelle l humano-
capitalisme, c est-à-dire, un capitalisme à visage plus humain, et la culture
comme élément fondamental de réconciliation des hommes, toutes races
confondues.
Le deuxième chapitre traite du vestimentaire dans une typologie riche et
variée, et montre comment, dans une ambiance de théâtralisation, les

’ ’ ’
’ ’ ’



’ ’ ’
’ ’ ’

’ ’ ’
’ ’Camerounais surfonctionnalisent et sursémantisent divers types de
vêtementsavecdesobjectifsprécis.
Le troisième chapitre est une étude du phénomène de la mendicité
comme n étant pas l apanage des seuls invalides, question de montrer que la
plupart des Camerounais valides sont des mendiants qui s ignorent ou qui se
reconnaissentcommetels.
Le quatrième chapitre est une analyse du rythme Bikut-si comme
ingrédientsexuelconsensuellementadoptépartouslesCamerounais.
Le cinquième chapitre est un examen des Camerounais en situation dans
certains espaces publics, en mettant ainsi à nu certains traits consensuels de
leur caractère. L espace public apparaît véritablement ici comme le théâtre
d ostentationdel idiosyncrasiecamerounaiseduquotidien.
D aucuns pourraient reprocher à l auteur de ce livre d envelopper des
choses apparemment banales à première vue dans des carcans théoriques
aussi complexes que la sémiotique. Ces petites lignes m offrent l occasion
de dire que la sémiotique, en tant que science des signes, s intéresse à tous
les phénomènes soumis à l épreuve de production du sens, indépendamment
de l importance qu on leur accorde. Ce livre est bel et bien un essai de
sémiotiqueidiosyncrasiqueduquotidien.
En tant que la première parution d une série, ce livre laisse entrevoir
d autres productions qui apporteront aux éventuels lecteurs des
connaissances qui vont alimenter et stimuler leur réflexion sur les us et
coutumes,etlefonctionnementauquotidiendesCamerounais.
Il me reste simplement à souhaiter que ce livre trouve un écho favorable
auprès de ses éventuels destinataires, qui sont tout d abord les Camerounais
et tous ceux qui aiment le Cameroun. De grâce, que ceux-ci voient en son
auteur, non pas un traître, mais plutôt une véritable égérie au masculin, un
constructeur acharné et passionné du Cameroun, sa chère patrie. Si vraiment
ils se pénètrent de ce Manuel dingré dients culturels, ils apprendront dans
le commerce des divers phénomènes étudiés, que les choses apparemment
banales sont celles que nous ignorons le plus, et qui parfois constituent un
dénominateurcommundesnationsdelaplanèteTerre.
Washington,le08janvier2011
RichardL.Lanigan
SouthernIllinoisUniversityCarbondale,USA
UniversityDistinguishedScholarandProfessor
DirectorofInternationalCommunicologyInstitute
www.communicology.org
8
… ’



’ ’


’ ’
’ ’ ’
’ ’


’ ’AVANT-PROPOS
Je souhaite que tu aies le courage du soleil qui,
malgré la misère de ce monde, se lève à nouveau
chaque jour.
PhilBosmans
Le pire ce n’ est pas la méchanceté des hommes
mauvais, mais le silence des hommes bons.
NorbertZongo
«Connais-toi toi-même», nous recommande Socrate. Et Unamuno de
rétorquer que la meilleure manière de se connaître consiste à connaître
autrui;en d’autres termes, la connaissance d’autru i me permet de me
connaître. S’ il est une toute première leçon que l’on puisse tirer de cet
opuscule, c’est bien celle-là. L’ importance didactique de ce manuel va
donc sans dire, non seulement pour ceux qui vivent au Cameroun, mais
aussi pour ceux qui aimeraient s’y rendre, question de visiter cette
Afriqueenminiature.
Quiconque vit au Cameroun, à l’instar de l’auteur de cet opuscule, ne
devrait pas avoir le courage de rester indifférent au marasme
comportemental qui nous caractérise, suite à un bouleversement
inquiétant de l’éch elle des valeurs qui, désormais, laisse notre jeunesse
sans repères véritables. Pour toute personne qui aimerait visiter le
Cameroun, surtout le touriste étranger, ce manuel constitue un vade-
mecum qui lui permettrait d’agenc er soncomportement, de savoir là où il
va, à quoi il peut s’ en tenir, pour tout dire, davoir un aperçu
comportemental des gens avec lesquels il va traiter, ne serait-ce que
momentanément, le temps d’un court séjour en terre camerounaise. Bien
évidemment, ce livre n’ a pas pour but de jeter le discrédit sur mon pays;
il n’a pas par exemple pour objectif de faire fuir les touristes étrangers
chez nous, la vérité étant que chaque nation est une entité à part entière
qu’i l faut considérer comme telle, avec tout ce qu’elle comporte comme
aspects positifs et négatifs. Je suis parfaitement conscient de la
multiplicité d’ interprétations qui pourraient survenir à la lecture de ce
livre, que d’ aucuns considéreraient à tort comme un crime de lèse-
majesté, comme une manière de découvrir la nudité de notre cher et beau
pays.Car,commelerelèvesibienHenriBandolo,
’« écriresursonpays,c’est sedévoilersoi-même,etlivreràla
curiosité peut-être malsaine, sinon à la cruauté des autres, tout à
la fois ses faiblesses, ses insuffisances, ses infirmités, avec ce
qu’e lles peuvent justifier: des certitudes hardies, des
appréciations injustes, des jugements hâtifs, des incohérences,
des errements; avec aussi ce qu’ elles peuvent traduire: des
passions et des rêves, des lubies et des utopies, des illusions
perdues ou des espérances saugrenues. Cest dévoiler une
1
relationintime,saproprenudité» .
Il est une véritable lapalissade de dire, quel que soit le pays où l’o n se
trouvera à un moment ou un autre pour diverses raisons, que tous les
comportements ne seront pas forcément de notre goût. Ainsi,
l’ acceptation d’autru i dans toute sa nature, si pétulante et si controversée
soit-elle, est le commencement de la sagesse du touriste ou du simple
voyageurenterritoire étranger.
Ce livre dépasse les frontières du Cameroun, dans la mesure où il
traite de li ndividualité spirituelle des nations. C est en cela qui l peut
être considéré à juste titre comme le vade-mecum du citoyen planétaire
qui se voit à travers autrui. Il est lourd de vérités humaines et de réalités
camerounaises; certes, il manque d’ élégance, mais cela s’e xplique par
une ferme volonté de ne pas reculer devant la crudité des phénomènes
décrits. Il nous promène dans le village planétaire, dans les méandres du
vestimentaire, de la mendicité, du Bikut-sí et de l espace public telles que
ces phénomènes sont saisis et vécus par les Camerounais. Mais en même
temps, cet ouvrage va au-delà de la simple observation critique, car il
nous invite, implicitement ou explicitement, à une prise de conscience de
nos tares et à un changement radical de nos mentalités. Ce livre nous
invite à li ntrospection, nous interpelle afin de nous amener à nous
regarder comme dans un miroir, et à nous débarrasser du brin de paille
qui est dans notre propre œil. Depuis ce prisme d’ appréciation, il peut
êtreconsidéréàjustetitrecommeunethérapiedel’ idiosyncrasique.
Je m en voudrais de ne pas signaler certaines difficultés auxquelles
j ai été confronté, notamment dans le cadre de la recherche documentaire
au niveau des partis politiques. J’ai été par exemple désagréablement
surpris-pournepasdiresidéré-deconstateraumomentoùjeprocédaisà
la collecte de certaines données, que dans la bibliothèque ou ce qui en
tient lieu- de notre Assemblée nationale, il n’ y a aucun statut de parti
1
HenriBandolo,La flamme et la fumée,Yaoundé,EditionsSOPECAM,1985,p.5.
10





’ ’ ’
’politiqueàladispositiondulecteur,ycomprislesstatutsdesdiverspartis
représentés dans l’a uguste chambre. L’agent m’ ayant reçu m’a demandé,
avec une surprenante quiétude, ou comme qui dirait, dans la paix du
Seigneur, de m’adresser directement aux différents partis concernés, la
raison étant que l’ Assemblée nationale n’est pas là pour garder les statuts
des partis. Et moi de rétorquer: des partis qu’el le accueille pourtant à
chaquesessionparlementaire!
Par ailleurs, d aucuns, malheureusement, n’ ont pas compris qu’une
œuvre scientifique, au sens strict du terme, est apolitique, et m’ ont
parfois fermé leurs portes, n’h ésitant pas un seul instant à me demander
d’acheter la carte de leur parti. Je me dois de leur dire ici que j’aur ais été
obligé dans ces conditions d’acheter les cartes de tous les partis
politiques dont j’ai analysé les uniformes, ce qui va justement dans le
sens contraire de certaines choses que je décris dans ce modeste travail.
Toutefois, je me dois de préciser que parallèlement à ces déboires, j’ ai
aussi eu le plaisir de rencontrer certains militants parfois très fanatiques,
qui ont mis à ma disposition tous les documents importants de leur parti.
En plus, je signale qu’ap rès avoir subi la réticence de certains militants,
j’ ai tout de même réussi à avoir quelques statuts à travers des personnes
interposéesquinesontpasnécessairementimpliquéesexplicitementdans
la politique, et qui ont dû jouer sur leurs connaissances, en appuyant
parfois sur la fibre tribale, pour mettre à ma disposition les statuts de
certainspartis.
En outre, j’ aimerais dire ici que plusieurs collègues et amis
(Camerounais et étrangers) m’on t encouragé à publier cet ouvrage. Il est
vrai, certains d’en tre eux se sont montrés sceptiques, quant à l’at titude de
réception critique quelque peu fermée de certains de nos concitoyens, au
regard des divers points sensibles abordés avec toute la froideur
nécessaire, et par rapport à l’im portance, l’in vulnérabilité, et lapparente
intouchabilité de certains groupes sociaux impliqués. Cet état de choses
m’ amène à préciser que je situe mon action dans le domaine strictement
académique, cadre dans lequel la force subversive de l’analy se s’im pose
froidement à tous. Par conséquent, je suis persuadé que ce serait une
erreur très grave de considérer les analyses menées tout au long de cet
ouvrage comme un crime de lèse-majesté, comme des défis politiques
lancés à tous les corps de métiers et structures concernés, pour ne pas
dire à tous les Camerounais. De grâce, que l’on ne décèle pas en moi de
manière erronée la prétention de remuer, pour ainsi dire, la boue de mes
relationsaveclescorpsdemétiersindexés!
11

’Ainsi, je précise que la rédaction de cet ouvrage procède d’ une
démarche, pour ainsi dire, diaporématique en faveur des jeunes
générations et des générations futures. Par conséquent, je réitère que
j’assum e entièrement toutes mes analyses. Je remercie tous ces collègues
etamispourleurappuidansdesdomainesprécis, toutensignalantqueje
me sens particulièrement endetté vis-à-vis de tous ceux qui ont contribué
étroitement à la réalisation de cet ouvrage, soit en m’ aidant dans ma
recherche documentaire, soit en lisant partiellement ou entièrement le
manuscrit,soitenmefaisantdesobservationsetsuggestionsutiles.
Qu’il me soit permis de manifester ma gratitude à Barnabé Mbala Ze,
Auguste Owono Kouma, Nkolo Foé, Jean-Claude Mbarga, Adelaïde
Oyono Mendana, Sandrine Lucie Mbarga, Alain Roland Mienlam,
Sabine Sylvie Mbarga, la sur Anne Janvier Zobo de la Congrégation
des Filles de Marie de Yaoundé, Moumemi Arouna, Annick Ngo Njock,
Marthe Gladys Ngo Bikoko, Christophe Mienzok, Kuma Kombain Peter,
Michael Dobegang, et André Marie Ondobo, pour leurs efforts de
recherche de certains documents utiles qu’il s ont mis à ma disposition. Je
manifeste aussi ma gratitude à Rachel Mbarga qui s’es t avérée à tout
moment, pour ainsi dire, comme ma plus proche assistante en sémiotique
de l’id iosyncrasique en général, en considération de ses critiques parfois
acerbes et de ses suggestions spontanées. Je remercie également Yves-
Bertrand Mbala Mbarga, pour ses suggestions utiles et la relecture du
manuscrit. Envers ces deux derniers, je suis aussi reconnaissant pour le
coup de pouce moral qu’ils ont toujours su me donner opportunément à
chacundemesnombreux momentsdedoute.Deux jai toujoursreçudes
encouragements à terminer cet ouvrage, dont la rédaction avait
commencé dans de très mauvaises conditions de travail qui ne
favorisaient pas du tout l’ éclosion de l’ esprit, dans un univers en
putréfactionmoralevéritable,etencrise économiquecontradictoire.
Je remercie tous mes étudiants de Master en Sémiotique de la
Publicité de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de
l’ Université de Yaoundé I, avec qui j ai eu le plaisir de partager ma
promenade dans les méandres du vestimentaire camerounais, dans le
cadre de mon cours de sémiotique vestimentaire en 2008-2009.
Notamment, qu’ il me soit permis de mentionner, entre autres, Valentin
Siméon Zinga, Léopold Ngodji Tcheutou, Charles Ateba Eyene, et
Charles Atangana Manda, pour les échanges fructueux que j’ai eus avec
eux.
12

’ ’
œToute ma reconnaissance à tous ceux que je n’ ai pas pu mentionner
ici,etquipourtant,deprèsoudeloin,ontcontribuéàlaréalisationdecet
ouvrage dont la rédaction a commencé à Yaoundé en 2001, s’est
poursuivie à Madrid en 2005, puis encore à Yaoundé, et qui voit
finalementlejouraprèstouteslesdifficultéssus-évoquées.
Yaoundé-Madrid-Yaoundé,février2001-mars2011.
13INTRODUCTIONGÉNÉRALEIl est des moments dans la vie où l’on doit pouvoir dire ce que l’on
pense sans en faire retomber la responsabilité sur autrui. Cest pourquoi
je dois avouer que je ne suis mandaté par personne pour écrire ce livre
qui n’en gage que moi, face à la décrépitude morale sans cesse croissante
de notre société. Mais il me semble que cette décrépitude, qui s’illus tre
dans ce cas précis à travers le port de cet objet apparemment banal quest
le vêtement et ses corrélats, le phénomène social de la mendicité, le
rythme Bikut-si, et lespace public, constitue un mandat plus que
suffisant. Ce livre est tout simplement le fruit de mon observation
personnelle de notre société actuellequi est faite dexpériences heureuses
etsurtoutmalheureuses.
S’ il est un pays africain qui suscite beaucoup d’interrogations de la
part, non seulement des Camerounais eux-mêmes, mais également des
étrangers toutes races confondues, c’ est bel et bien LE CAMEROUN,
berceau de mes ancêtres, considéré géographiquement et
comportementalement comme l’Afr ique en miniature, et comme le pays
descontradictions.
Pays des contradictions… Pays de l’unité dans la diversité… Le
sentimentd’ap partenanceàunemêmenationesttrèspoussécheznousde
manière ambiguë ou confuse, et parfois… vicieuse. Quoi qu’ on dise, les
Camerounais aiment leur pays. Il n’ y a par exemple qu’à voir comment–
en dehors de quelques brebis galeuses généralement aigries à tort ou à
raison, et dont la fibre patriotique laisse plutôt dégager des relents de
révolte- les Camerounais vantent leur pays à l’é tranger. Contrairement à
certains pays que je connais très bien pour y avoir séjourné pendant des
années, où par exemple quelqu’un vous déclare sans aucun pincement au
cœu r: «je ne suis pas de tel pays, je suis de telle ethnie de ce pays»,
jamais –j’e xagère peut-être- je n’ ai entendu un Camerounais
déclarerqu’il n’est pas camerounais, qu’il est tout simplement Beti ou
Bamiléké ou Bassa ou Bafia ou Foulbé ou Douala, etc., comme si
l’ ethnieàelleseulesuffisaitàfaireunenation.
Mais alors le tribalisme, le clanisme et le sectarisme sont en même
temps et paradoxalement une véritable religion chez nous. Que de
revendications à caractère régional ou tribal! Par exemple: exigences
tapageuses d’adm ission de candidats originaires de certaines régions à
des concours dentrée dans des grandes écoles universitaires avec
insistance sur les quotas; revendications tribales des postes ministériels
et d’ autres hauts postes de responsabilité! Que d’ associations à caractère




’tribal ou sectaire, parfois dans les milieux les plus insoupçonnés, dans un
paysquidepuisletoutpremierrégime duPèredelanation,apourfeuille
de route ou pour leitmotiv le renforcement de l’ unité nationale! Ainsi,
dans les lycées, les universités et divers milieux administratifs et
corporatifs, il y a de nombreux regroupements tels que: Association des
professeurs ressortissants de lO uest (Apro), Association des professeurs
originairesde l Océan(Apoo),Associationdes étudiantsressortissantsde
l Ouest (Aero), Solidarité, Association Manyian mot (expression Beti qui
signifie le frère de l’homme), Association des normaliens ressortissants
de l’Ou est (Anoro), Club des amis de la forêt équatoriale (Café),
Association des étudiants du Noun à Yaoundé (Aény), Association des
descendants d’A banda Owono (Adao), Jeunesse scolaire et estudiantine
des Bamboutos (J.S.E.B), Association des Camerounaises Beti épouses
des Suisses (A.C.B.E.S.), etc. Et que dire de certains anglophones qui
assimilent à dessein ou par ignorance un héritage colonial culturel, à
savoir, la culture anglosaxone, à une ethnie? Autant de désignations,
autant de manières de penser, autant de condensés de programmes
narratifs allant essentiellement et malheureusement dans le sens de la
balkanisation, de manière à éprouver fâcheusement notre fameuse unité
nationale qui, à lallure où vont les choses, et sans camerouno-
pessimisme aucun, me paraît beaucoup plus un mythe qu’un e réalité.
Heureusement, tout nest pas sombre, dans la mesure où certains
ingrédients idiosyncrasiques subsistent encore, comme dénominateurs
communs à tous les Camerounais… Positivement ou négativement? A
autruiderépondre.
Pays des contradictions…Pays de la corruption, de la mendicité, des
feymenetaussidesgenshonnêtes.Payspauvretrèsendetté,maispaysoù
foisonnent des châteaux des mille et une nuits, et pays des plus grosses
cylindrées dernier cri, mais aux routes aussi approximatives et parfois
aussi étroites que des sentiers… Pays du saupoudrage de vulgarisation
des TIC dans quelques établissements de nseignement secondaire, mais
sans démocratisation véritable du téléphone fixe surtout et moins du
téléphone portable, du fait d’un e couverture tatillone ou inexistante,
pendant que l’ arrière-pays est presque complètement à l’écart de toute
innovation planétaire… Pays du saupoudrage politique… Pays de la fuite
massive des cerveaux qui sèment à tout vent à l’ extérieur, se résignant
ainsi à faire le bonheur des autres nations pour diverses raisons connues
de tous, pour diverses‘ma ladies’ pourtant ostensibles qu’ on feind parfois
d’ignorer et qu’on refuse de soigner, ou tout simplement, qu’on essaie de
18





’soigner timidement à pas de tortue Pays de grands footballeurs, mais
sans aucun stade digne de ce nom –au moment où j’écris-, malgré de
nombreuses participations à des phases finales de la Coupe du Monde!
Pays des gens qui ont besoin de ce qu’il s ont pourtant… Autant
d’étiquettes dontonaffublenotrepays.Atortouàraison?
Encedébutdutroisième millénaire,lemomentestvenu,me semble-t-
2
il, à la suite de certains patriotes étrangers des siècles antérieurs , de
prendre le taureau, comme qui dirait, par les cornes. Il n’ est pas
superfétatoirededéclarericiqueleproblème del’individua litéspirituelle
de la nation camerounaise, de l’idiosyncrasie du Camerounais dans sa
pluridimensionnalité, n’a presque jamais été la préoccupation des
sémioticiens –j’exagère peut-être en le disant, mais il faudrait parfois
pécherquelquepart,commepourobéirànotrenaturehumaine.
L’ obligation nen est que plus rigoureuse, me dirait-on, de préciser
illico presto l’ orientation que je donne à cet essai. S’ag it-il de poser
l’ individualité spirituelle de la nation camerounaise comme un idéal, ou
comme une tare qu’il faut à tout prix bannir, comme un problème à
résoudre?Monbutn’est pas–pour paraphraserMarcelBataillon-devoir
de manière manichéenne dans le caractère national ni un visage dont la
beauté pure ou forte s’ impose comme la norme unique, ni une limitation,
indécise et momentanée, d’infini es possibilités humaines, mais
d’exam iner avec froideur un peuple, mon peuple, notre peuple, en le
considérant comme un patient digne d’une exploration clinique, afin tout
simplementquelapostérité puissetirer profitdecette mémoirecollective
qu’e st aussi le livre dans une certaine mesure. Un peuple sans mémoire
est appelé à disparaître. N’ ayons ni peur, ni honte de nous regarder
comme dans un miroir; cela nous aidera certainement à mieux avancer.
Pourquoi, en tant qu’ être pensant, rester indifférent à ce qui se passe
autour de soi, et ne pas l’est ampiller, mieux, ne pas l’imm ortaliser? Oui,
parce que je souffre de quelques ‘déma ngeaisons’ inhérentes à tout être
pensant, je dois écrire, je dois assumer mon cogito ergo sum, afin que les
générations futures n’a ient pas à voir en moi un ‘ absent de son époque.
2
Par exemple, Unamuno dans En torno al casticismo, en version francaise, L essence
de l’ Espagne, traduction française de Marcel Bataillon, Paris, Gallimard, 1967; Angel
Ganivet, Idearium español. El porvenir de Espa ña, 10è édition, Madrid, Espasa-Calpe,
Colección Austral, 1977;Bartolomé Bennasser, Los Españoles. Actitudes y mentalidad,
desde el s. XVI al XIX, Madrid, Editorial Swan, 1985,en version française, L’ Homme
espagnol. Attitudes et mentalités du XVIèmeau XIXème siècle,Paris,LibrairieHachette,
1975.
19



…Ne pas le faire serait tout un laisser entendre que je démissionne de mon
statut de phare de la société, et la postérité ne me le pardonnera jamais.
Non, pour rien au monde je n’a ccepterai de jeter le froc aux orties! Cet
ouvrage est le produit du ne observation méticuleuse du monde en
général, et de mon environnement social en particulier, auxquels
j’applique l’exigence de pensée à travers des analyses. Je ne peux donc
qu’en assumerl’ entièreresponsabilitédespointsdevue.
Après avoir situé notre cher et beau pays dans le concert des nations
entantqu’ entitéparticipativeàpartentièredelaglobalisation,j’insis terai
sur quatre points essentiels qui me semblent assez symptomatiques de ce
que l’on pourrait bien appeler ici une‘unité nationale idiosyncrasique’ en
ce début du troisième millénaire: le vestimentaire, le phénomène de la
mendicité, la musique comme ingrédient sexuel(le cas du bikutsi), et
l’espa ce public comme théâtre d’os tentation de l’ idiosyncrasie
camerounaiseduquotidien.
Je sais d’a vance que beaucoup me reprocheront de n’avoir pas abordé
d’autres aspects de l’idiosyncrasie de notre peuple. Mais je dois dire, à
ma décharge, qu’en dehors du fait que qui trop embrasse mal étreint,
après une longue délibération, je me suis trouvé dans lobl igation de
mettre en marge de cet ouvrage plusieurs autres aspects, en considération
de ce que les informations recueillies et les fruits de mon observation
personnelle étaient assez hétérogènes pour permettre des conclusions
acceptables. Ainsi, il va sans dire que ces aspects momentanément mis à
l’ écart pourront faire l’ objet de toute une autre étude, tout comme
certainspointsquejen’ai pasvolontairementabordéspourdesraisonsde
fourchettespatiale.
20

’CHAPITREI:
LECAMEROUNDANSLECONCERTDESNATIONS:
DELADIVERSITÉCULTURELLEALÈRE DELA
GLOBALISATION
’A l’he ure actuelle de la globalisation ou de la mondialisation, le
monde est considéré comme un petit village. C’es t pourquoi les
espagnols, par exemple disent que le monde est un mouchoir. Cet état de
choses nous amène à dire, aujourd’hu i plus qu’ hier, qu’ aucun peuple –y
compris les peuples insulaires-, qu’aucun pays, qu’aucun être humain ne
peut vivre isolé, sans se préoccuper d’autrui. Nous sommes en pleine
époque de l’intercu lturalité, que j’ entends comme l interpénétration des
cultures, comme la réception compréhensive et tolérante, et dans une
certaine mesure, la modulation, l’adap tation ou l’adopti on de la culture
d’a utrui. L’ aide des autres nous est indispensable, et la meilleure
connaissance de soi-même commence par la connaissance d’ autrui, nous
ditlephilosopheUnamuno.
Le phénomène de la globalisation est un véritable signe des temps. Le
fait par exemple que la plupart des rencontres scientifiques s’en
préoccupent est symptomatique de son importance. Il s’agit d’un terme,
pour ainsi dire, up to date, non seulement en tant que slogan, mais aussi
par rapport à la problématique de l’e ffectivité de son applicabilité. A
l’h eure actuelle, nous ne pouvons en aucun cas évoluer en marge de la
mouvance actuelle qui fait du monde un village, le fameux village
planétaire auquel nous appartenons tous. Le monde étant donc devenu un
véritable mouchoir, nous ne pouvons rester indifférents face à ce
phénomène que nous subissons ou que nous consommons
quotidiennement, et que nous devons pourtant éclairer et questionner de
tempsàautre,commec’ estlecasici.
Amonavis,ils’agit d’une notioncomplexedontlacompréhensionest
multidimensionnelle. Plusieurs sont les définitions de la notion de
globalisation. Entre autres, le Globalisation Guide (www.globalisation
guide.org) nous signale par exemple que sur le plan économique ce
vocable désigne “l’in teraction croissante ou l’intégrat ion des systèmes
économiques nationaux par la croissance du commerce international, de
l’investis sement et des mouvements de capitaux” ; ce terme se réfère
aussi à la croissance rapide de l échange social, culturel et
3
technologique .
A l’ ère de la globalisation, la notion de diversité apparaît comme l’un
des thèmes majeurs du discours humain. Il s’agit d’une notion à tout le
3
Voir par exemple R. Dagorn, «Une brève histoire du mot mondialisation », in
GEMDEV,Mondialisation.Les mots et les choses,Paris,Karthala,1999,pp.187-204.
’ ‘

’moins complexe dont la compréhension peut être multidimensionnelle.
Cette notion peut être cernée, entre autres, dans ses aspects
interdisciplinaires, interculturels et internationaux. C’ est pourquoi, pour
des raisons de fourchette spatiale, et si tant est que “qui trop embrasse
mal étreint”, je me dois de préciser que je vais limiter mon champ
d’ analyseàladimensionculturelle.
Quel regard, pour ainsi dire, actuel et proleptique, peut-on jeter sur la
diversité culturelle dans le contexte mondial actuel de la globalisation?
Quelles relations d’ass onance et/ou de discordance existe-t-il entre les
deux concepts? Telle est mon entendement de ce thème que je m’ en vais
immédiatement développer en guise de plaidoyer pour un monde
meilleur.
Parler de “div ersité culturelle” c’est reconnaître implicitement
l’e xistence d’ une identité individualisante, entendue ici, dans le sens du
PèreEngelbertMveng,comme
«ce qui fait qu’un être est lui-même et se distingue de tous
les autres. (L’iden tité) est constituée par l’ensem ble des
caractéristiques qui rendent cet être différent des autres, et le
constituent à la fois comme “ips éité”, c’es t-à-dire comme lui-
même, et comme “altérité”, c’es t-à-dire comme différent des
4
autres» ,
c’ est-à-dire, pour parler comme Charles Morris, le “Self”, qui se
manifeste dans les relations entre les personnes, lesquelles relations
5
constituent encore tout un continent assez inexploré . La formulation des
identités est circonstancielle et dynamique, car tributaire du discours
dominant du moment, essentiellement différentialiste et qui de ce fait
même rendcomptedel’ef fectivité duphénomènedeladiversité. Comme
le constate si bien David Simo, on désigne des peuples par les notions de
6
race,denationetd’ethn ie,chaquetermerenvoyantàundegréd’unité ,et
j’ajoute à la suite de Simo que ce phénomène va s’accentuan t, entraînant
tous les ismes dont souffre l’hum anité aujourd’h ui (le tribalisme, le
4
Père Engelbert Mveng, «Ya-t-il une identité culturelle camerounaise?», L identité
culturelle camerounaise, Yaoundé, Ministère de l’Inf ormation et de la Culture, 1985,
p.67.
5
VoirCharlesMorris,TheOpen Self,NewYork,PrenticeHall,1948.
6
David Simo, «Comment un peuple se constitue-t-il? Réflexions sur les causes et les
stratégies des constructions identitaires», in Constructions identitaires en Afrique,
Yaoundé,EditionsClé,2006,p.51.
24
’nationalisme, l’intégr isme, le fanatisme, l’eth nocentrisme, le racisme,
7
etc.), qui ne font que rendre compte de l’égo ïsme de l’ê tre humain . Cet
égoïsme se manifeste sur le plan idéologique, entre autres, à travers le
darwinismesocialetlecapitalisme.
En effet, dans le monde actuel, qui est fondamentalement capitaliste,
et malgré le temps qui passe, les relations entre les individus ou les états
se caractérisent essentiellement par le darwinisme social. On dirait que
l’œuvre deCharles RobertDarwin,The Origin of Species(1859),confère
une certaine garantie scientifique aux défenseurs du fameux processus
inévitable de la sélection naturelle, dans laquelle le fort anéantit le faible
8
dans la lutte pour l’existence . En sorte que le monde actuel est beaucoup
plus un véritable règne de l’arbitrai re, où la force sous toutes ses formes
(physique, économique, politique, etc.) a la primeur sur le droit. Cet état
de choses est exacerbé, entre autres, par une balkanisation à outrance,
avec des regroupements sans cesse en création pour des intérêts
darwiniens inavoués, dans le but dassu rer l hégémonie de certains
peuplessurd’autres, parlebiaisdelarechercheeffrénéeduprofit.
Cette situation rend compte, entre autres, de la reconnaissance et de la
justification des motifs rationnels de la guerre, que Bergson lie au
caractère industriel de la civilisation occidentale, comme pour couronner
les plans de la nature qui dispose l’ humanité à la prédation. Comme le
relèvecephilosophe,
«prendre (les biens) tout faits est plus facile que de les faire.
[… ]. L instinct guerrier est si fort qu’il est le premier à
apparaître quand on gratte la civilisation pour retrouver la
9
nature» .
Cela explique aussi dans une certaine mesure le véritable darwinisme
culturel qui est imposé par certains sous des formes parfois déguisées,
parfois à peine voilées, par exemple: l’im position de l’an glais à tous
10
ceux qui veulent participer à certains échanges ; l’impéria lisme
7
Voir par exemple Claude Tardits, «Réflexions sur le tribalisme», Abbia, n° 19, mars
1968,pp.47-54.
8
VoirCharlesRobertDarwin,TheOriginof Species,1859.
9
Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, Paris, P.U.F., 1976,
pp.302-303.
10
A ce sujet voir par exemple Gérard Fourez, V. Engelbert-Lecompte, et P. Mathy, Nos
savoirs sur nos savoirs: un lexique d’épi stémologie pour l’e nseignement, Bruxelles, De
BoeckUniversité,1997.
25

’ ’cinématographique nord-américain; l’arr image du monde entier au
système éducatif anglo-saxon, appelé en Europe système LMD, devenu
le Modèle à suivre avec grand M; la tendance à la disparition des
cultures dites traditionnelles au bénéfice des cultures dites modernes, et
jen passe. Cest lune des raisons pour lesquelles Lucien Ayissi
sin surgecontrel étasunisation’ dumondeencestermes:
«Pour moi, l’étasun isation actuelle de la planète est
culturellement génocidaire, parce qu’elle consiste en
l’im position aux autres peuples d’ une culture particulière, la
culture américaine. Les multiples heurts et les différents chocs
culturels dont cette volonté d’ uniformisation culturelle du
monde est assortie prouvent que létasunisation de la planète est
11
une énormeaberration» .
L’ég oïsme de l’êt re humain comme signe de manifestation du “Self”
explique aussi la série de maux que nous vivons au quotidien, par
exemple, les guerres et le terrorisme qui constituent, s’ il en était besoin,
la preuve qu en ce début du XXI siècle, la violence, malheureusement,
ne peut pas être considérée comme une diplomatie périmée. A ces maux
on pourrait ajouter la misère humaine, l’e xploitation de l’h omme par
l’ho mme,signesd’une injusticesocialeetd’un égoïsmecertains.
Le capitalisme, parlons-en. A la suite de la chute symbolique et
significative du mur de Berlin, le capitalisme entend affirmer
permanemment son hégémonie en tant que système mondial ou universel
à l’échelle planétaire. Il y a lieu de relever sur les plans idéologique et
politique, une contradiction entre le discours universaliste du capitalisme
qui a la prétention d’êtr e un système mondial, c’est-à- dire, globalisant, et
la réalité quotidienne de ce que produit son expansion en termes
d’ inégalités sans cesse croissantes entre les peuples de la planète. A ce
sujet, il n’est pas inutile de citer l’ observation suivante du Globalisation
Guide:
«rising inequality is the inevitable result of market forces.
Given free reign, market forces give the rich the power to add
further to their wealth. Hence, large corporations invest in poor
countries only because they can make greater profits from low
11
Lucien Ayissi, Interview du 25 Janv. 2008 par NdzanaSeme, African Independent,
www.africanindependent.com/french
26


’‘ ’
’ ’ ’wage levels or because they can get access to their natural
12
resources» .
Par conséquent, la déclaration suivante de Margaret Thatcher
également citée dans le Globalisation Guide-, n’est pas du tout
13
surprenante:«Itisourjobtogloryininequality… » .
Depuis ce prisme d appréciation, on peut dire que le capitalisme
apparaît comme la manifestation constante d’un certain impérialisme à
plusieurs ramifications, du point de vue des relations humaines. La
recherche effrénée du profit et de la puissance symbolisée par l’arg ent,
qui passe d’ un simple moyen à une fin en soi, sont autant de mobiles qui
ne permettent pas de respecter la diversité, le “Self”. C’est avec raison
que Karl Max disait déjà dans sa Critique de l’économie politique que
l argent est la cause de toutes les discordes, et moi j’ajoute, dans ce
monde qui prétend être globalisant. Shakespeare observe à propos dans
Timond’Athènes,enseréférantàl’argent:
«Ce peu d’or suffirait à rendre blanc le noir, beau le laid,
juste l’injus te, noble l’infâ me, jeune le vieux, vaillant le lâche…
Cet or écartera de vos autels vos prêtres et vos serviteurs; il
arrachera l’ oreiller de dessous la tête des mourants; cet esclave
jaune garantira et rompra les serments, bénira les maudits, fera
adorer la lèpre livide, donnera aux voleurs place, titre, hommage
et louange sur le banc des sénateurs; c’est lui qui pousse à se
remarier la veuve éplorée. Celle qui ferait lever la gorge à un
hôpitaldeplaieshideuses,l’or l’em baume,laparfume,enfaitde
nouveau un jour davril. Allons, métal maudit, putain commune
à toute l’hu manité, toi qui mets la discorde parmi la foule des
nations… […]. O toi, doux régicide, cher agent de divorce entre
le fils et le père, brillant profanateur du lit le plus pur d’ Hymen,
12
Voir http://www.globalisationguide.org . Ma traduction libre de cette déclaration est
la suivante: [laug mentation des inégalités est lin évitable résultat des forces du
marché. Libéralisées, les forces du marché donnent aux riches la possibilité d’accroître
leurs richesses. Pour ce faire, de grandes entreprises investissent dans des pays pauvres
seulement parce qu’ elles peuvent tirer de grands bénéfices à partir des bas niveaux de
salaires,ouparcequ’el lespeuventavoiraccèsàleursressourcesnaturelles].
13
Margaret Thatcher, citée dans http://www.globalisationguide.org. Je traduis
librementcommesuit:[ilestdenotredevoirdenousenorgueillirdesinégalités].
27
’ ’



–[… ]toidieuvisiblequisoudesensemblelesincompatiblesetles
14
faissebaiser» .
Force est donc de constater que l’ê tre humain a deux caractéristiques
essentielles: la générosité et l égoïsme, qui constituent de véritables
dynamiques dans ses entreprises et qui se manifestent dans la société
dont il est membre, en influant sur la vie interne et sur l’ac tion de la
société dans ses relations avec l’homm e et avec les autres sociétés.
L’id entité culturelle de chaque individu, de chaque peuple, de chaque
pays, et de chaque nation, est sous-tendue par ces deux caractéristiques
de l homme. Dans un monde qui se veut désormais globalisant, la
cohabitation des identités culturelles est-elle possible, ou alors la
globalisation implique-t-elle l’ anéantissement de ces identités? On ne
peut pas nier que le capitalisme outrancier dont certains récoltent
d’én ormes fruits, pendant que dautr es subissent tout simplement, est
lu ne des causes majeures de la déshumanisation du monde. En sorte que
l’a venir de la dignité humaine ne peut qu’ être obscur, à plusieurs
niveaux: relations entre individus, entre peuples, entre états, entre
continents, etc., relations caractérisées d’une manière générale, par le
mépris, l’a bandon et la négation d’u n certain nombre de valeurs
universelles,tellesquelerespectdeladiversité,dudroitàlavied’autrui,
avec tout ce que cela suppose comme exigences, par exemple: lutte
contre la pauvreté, respect du sang humain, santé et bonheur pour tous,
même si paradoxalement le principe même de la diversité, dans son sens
vicieux et manichéiste, voudrait aussi qu’il y ait un peu de tout pour faire
un monde, s’ entend: des riches et des pauvres, des forts et des faibles,
des oppresseurs et des opprimés, des traditionnalistes et des modernistes,
etc.
Sans être pessimiste, je pense que cet état de choses rend utopique, ou
à tout le moins difficile, l’édi fication du fameux village planétaire, un
slogan qu’af fectionnent les partisans de la globalisation et qui, depuis ce
prisme d’ appréciation, a toutes les allures d’un marché de dupes. La
globalisation, que je considère comme une intégration respectueuse dans
un cadre respirable pour la diversité et la complexité,doit s’en tendre
comme la recherche du bien de tous. Nous ne pourrons pas atteindre la
globalisation -véritable idéal, vu sous certains angles- tant que nous
n’ apprenons pas à partager, et la globalisation ne pourra être un succès
14
Karl Marx, Critique de l’é conomie politique, Paris, Union Générale dEd ition, 1972,
pp.193-194.
28