Manuels. Sociologie politique

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Ce manuel est tout entier consacré à la Sociologie politique ; il développe successivement :

- les cadres de la vie politique : le pouvoir politique (qu'est ce que la politique ; les fondements du pouvoir politique), l'État (genèse occidentale de l'État ; l'État et la nation ; trajectoires étatiques), les régimes politiques (la notion de régime politique ; autoritarismes et totalitarisme ; les fondements des démocraties modernes) ;

- les acteurs de la vie politique : le citoyen (qu'est ce que la citoyenneté ? citoyenneté et vote), l'électeur (participation et abstention ; une électeur captif ? rationalité, calcul et information de l'électeur), participation et représentation des groupes (les mouvements sociaux ; les partis politiques).

Au total un livre spécialement destiné aux étudiants en licence et master des facultés de droit et de science politique, aux étudiants des Instituts d'études politiques ainsi qu'à tous ceux qui sont engagés dans les filières de formation qui comprennent la connaissance de la sociologie politique.


Jean-Philippe LECOMTE Diplômé de l'IEP de Paris et Maître de conférences en science politique à l'Université François Rabelais de Tours.

Publié le : samedi 1 janvier 2005
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 2842008308
Nombre de pages : non-communiqué
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Chapitre 1 politique ?
Plan du chapitre Section 1 : À quoi sert le politique ? A. La société, une diversité conflictuelle B. Une régulation partielle et provisoire Section 2 : Localisation du politique A. Le contrôle social et la nondifférenciation du politique B. LÉtat : différenciation, spécialisation et autonomisation du pouvoir politique
Résumé
« Le » politique ne peut véritablement être défini que par ce quil fait ou ce à quoi il sert, cestàdire comme une fonction. Cette fonction est celle qui, au sein de communautés humaines nécessairement traversées de conflits et de tensions, permet détablir un minimum daccord entre ces intérêts et ces volontés divergents, de faire de lUn à partir du multiple, de tisser une unité viable sur cette diversité conflictuelle. Accord souvent partiel et toujours provisoire, le politique ne consiste ni en la suppression de la diversité des intérêts ni en une éradication absolue des conflits, mais en la construction permanente, constamment répétée ou entretenue, dun accord permettant la conservation du groupe. Lexercice de cette fonction de régulation passe par la définition et létablissement dun ensemble plus ou moins vaste et plus ou moins détaillé dobligations et dinterdits, de règles et de normes dont le respect est garanti, en dernière instance, par le monopole de la coercition légitime dont est investi le pouvoir politique  qui est ainsi autorisé par le corps social à user, contre (certains de) ses membres, de la violence pour faire respecter les règles quil a défini. En ce quelle est nécessaire à la conservation de tous les groupes humains, cette fonction politique de régulation peut être dite toujours existante, toujours effec tive. Pour autant, cela ne signifie nullement quelle emprunte partout et toujours les mêmes voies ou les mêmes formes. Lomniprésence et la familiarité du phéno mène étatique comme mode dexercice de ce pouvoir politique conduit parfois à les assimiler lun à lautre et à considérer que le politique ne passe ou ne peut passer que par lérection dune forme plus ou moins développée ou complexe dÉtat et, symétriquement, à confondre absence dÉtat et absence de (pouvoir) politique. LÉtat nest pourtant quun mode parmi dautres dexercice du pouvoir politique, caractérisé par le fait que le pouvoir politique y est séparé du reste de la société, confié à un ou plusieurs organes, spécialisés dans cette fonction,
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LES CADRES DE LA VIE POLITIQUE
différenciés du reste du corps social et autonomes par rapport à lui. Mais, à côté ou à la place de cette institutionnalisation du pouvoir politique, on observe des situations où ce pouvoir de régulation, pour nêtre pas visiblement localisé dans un corps distinct de la société et explicitement dédié à cette tâche, nen existe pas moins et nen est pas moins efficacement exercé. Le pouvoir de définition et dimposition des normes politiques peut en effet aussi nappartenir à personne en propre, demeurer diffus, invisible et indifférencié de la communauté qui lexerce et sur qui il est exercé.
Irréductible à la science de lÉtat ou à la science du pouvoir, la science politique semble ne pouvoir être simplement définie que comme lascience du politique. Mais, la tautologie nest, en létat, guère éclairante, appelant une définition du politique. Or, en français notamment, le terme « politique » apparaît particuliè rement complexe, parfois confus. Bien sûr, certaines définitions générales peu vent en être proposées. Ainsi, Max Weber (18641920), entendil « par politique lensemble des efforts que lon fait en vue de participer au pouvoir ou dinfluencer la répartition du pouvoir, soit entre les États, soit entre les divers 1 groupes à lintérieur dun même État » . Pourtant, la définition reste vague et rend mal compte de la diversité des sens que peut revêtir le terme comme nom ou comme adjectif. En effet, on ne dit pas et on ne désigne pas la même chose selon que lon parle, en français,dupolitique, delapolitique ou encoredespolitiques au pluriel. Et même chacun de ces termes peut se révéler polysémique. Ainsi du dernier qui pourra désigner aussi bien des programmes daction mis en uvre (politiques de défense, de la santé, agricoles, etc.), que, dans un usage commun de plus en plus fréquent, des hommes politiques. Partir des termes auxquels soppose ladjectif « politique », révèle le même éclatement des sens : qualifier une déci sion de politique cest souvent lopposer à une décision technique en souli gnant quelle exprime un choix partisan ; sopposant à une affectation ou une promotion au mérite ou à lancienneté, une « nomination politique » conserve des relents dabus de pouvoir ou de népotisme ; beaucoup plus positive, la « solution politique », en matière internationale, soppose au règlement militaire des conflits et privilégie le dialogue et la négociation Quelques définitions, permettent de mettre un peu dordre dans cette pluralité de sens et de lever certaines ambiguïtés tenant au genre (masculin ? féminin ? plu riel ?) du mot.La politique, tout dabord désigne à la fois, si lon suit Ray 2 mond Aron ,lactivité de ceux qui font de la politique(les hommes politiques, les partis, mais aussi les citoyens lorsquils deviennent militants, quils manifes tent ou plus généralement lorsquils votent), etlespace (symbolique) de cette
1. Max WEBER,Le Savant et le politique, Paris, UGE10/18, 1963 [1959, 1919], p. 125. 2. Raymond ARON,Démocratie et totalitarisme, Paris, Gallimard/Folio, 1998 [1965], p. 2328.
QUESTCE QUE LE POLITIQUE?
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activité, en particulier lespace de la compétition entre les acteurs politiques professionnels « entrés » en politique. Elle est alorsla scène où saffrontent les individus et les groupes en compétition pour conquérir le pouvoir dÉtat ou linfluencer directement(partis, lobbies, etc.). Mais,la(oules) politique(s), cest aussi un ensemble de prises de décision et de mise en uvre de ces déci sions. Cestàdire à la foislélaboration, la proposition, et éventuellement lapplication dun programme daction. Dans ce dernier cas, on parlera plutôt depolitiques publiques que lon envisagera dans des perspectives différentes selon quon les qualifiera par lidentité de ceux qui les proposent ou les mettent en uvre (la politique socialiste, américaine) ou par leur objet (les politiques environnementales, culturelles). De ce point de vue, langlais offre lavantage dutiliser deux termes distincts :politicset(public) policy. En tant quespace symbolique, la politique (politics) est donc la scène où saffrontent les poli tiques (policies). Au masculin,lepolitique désigne un objet beaucoup plus vaste que Philippe Braud définit comme « un champ social de contradictions dintérêts (réels ou imaginaires, matériels ou symboliques), mais aussi de convergences et dagrégations partielles, régulé par un pouvoir disposant du 3 monopole de la coercition légitime » . Cette fonction de régulation, au cur du politique, permet den éclairer la nature, de comprendre ce quest le (pouvoir) politique, ce à quoi il sert, ce quil fait et comment il le fait.
Section 1 À quoi sert le politique ? Quoique nous ayons tous tendance à définir souverainement ce qui (pour nous) est politique et ce qui ne lest pas, on ne peut sen tenir à lidée, que serait poli tique ce quun ou plusieurs acteurs déterminent comme tel. Une telle concep tion subjective napporte que fort peu à la compréhension du phénomène. Car, conditionné au point de vue de lobservateur, tout peut être politique, comme rien ne peut lêtre, et ce au même moment et sans quaucun critère général ne permette de justifier ces processus dinclusion/exclusion. Il existe ainsi des faits, des événements qui sont, à un moment donné, indéniablement politiques, quel que soit le nombre dindividus qui nierait ou récuserait cette qualification. À linverse, sen tenir à une conception objective considérant, par exemple, que le politique est ce qui est saisi par le pouvoir, tendrait à réserver au pouvoir établi (ou aux seuls groupes suffisamment puissants pour imposer un problème à son attention ou à son arbitrage) la capacité à « dire le politique », à définir ce qui est politique et ce qui ne lest pas (relevant du social, de léconomique, etc).
3. Philippe BRAUD,La Science politique, Paris, Presses universitaires de France, 1990 [1982], p. 10. Dans ce sens,lepolitique se rapproche de langlaispolityet on a parfois proposé de lui substituer le nom de « politie ».
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