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Marie Marvingt

De
154 pages
Marie Marvingt (1875-1963) est une des premières femmes françaises à investir au début du XXe siècle le champ des activités sportives (alpinisme, ski, bobsleigh, patinage, cyclisme, natation, aviation) Alors que le rôle de la femme est exclusivement dévolu à la maternité et à l'entretien du foyer, elle se lance à la conquête de records et d'exploits qui feront d'elle une héroïne de la Belle époque. Son histoire interpelle le modèle de la féminité et du genre tel qu'ils ont été définis à la Belle époque.
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Marie Marvingt
Françoise BARON BOILLEYÀ l’aventure du sport
Marie Marvingt (1875-1963) est une des premières femmes françaises
e à investir au début du xx siècle le champ des activités sportives. Alors
eque les normes sociales et culturelles de la III République attribuent à Marie Marvingt
la femme un rôle exclusivement dévolu à la maternité et à l’éducation
des enfants au sein du foyer, elle se lance à la conquête de records À l’aventure du sport
et d’exploits qui feront d’elle une héroïne de la Belle Époque. Les
surnoms la qualifant ne manquent pas : « l’intrépide sportswoman »,
« la femme d’un siècle », « la reine des sports », « la fancée du danger »,
« la femme la plus extraordinaire depuis Jeanne d’Arc ». Elle s’est
illustrée en effet dans de nombreuses activités telles que l’alpinisme,
le ski, le bobsleigh, le patinage, le cyclisme, l’aérostation, la natation,
l’aviation…
Aujourd’hui, le souvenir de ses exploits s’estompe quelque peu
dans la mémoire des Lorrains. On retient son engagement militant
pour l’aviation sanitaire, après la Première Guerre mondiale, mais
son patronyme est davantage associé aux établissements scolaires et
aux installations sportives qui portent son nom.
Pourtant, Marie Marvingt tient une place singulière dans l’histoire
des pratiques corporelles féminines. Consacrant sa jeunesse à
conquérir des sports masculins, s’engageant dans des activités à
risques ou des efforts prolongés, Marie Marvingt s’émancipe des
règles et des normes qui régissent le corps de la femme. Elle contribue
ainsi à interpeller le modèle de la féminité tel qu’il a été défni à la
Belle Époque et à dépasser les frontières du genre.
Françoise Baron Boilley est agrégée d’EPS à la faculté du
sport de Nancy au sein de l’université de Lorraine.
Préface de Bernard Andrieu
Couverture : Marie Marvingt, d’après une toile deVera de Landchevsky,
1933, musée Marguerite Durand, Paris. Photographie numérisée
par l’agence Roger Viollet.
ISBN : 978-2-343-01269-8
Mouvement des Savoirs16,50 €
Marie Marvingt
Françoise BARON BOILLEY
À l’aventure du sport








Marie MarvingtFrançoise BARON BOILLEY





Marie Marvingt



À l’aventure du sport







Préface de Bernard Andrieu














L’HARMATTAN








































© L’HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01269-8
EAN : 9782343012698 J’adresse mes remerciements les plus sincères à toutes celles et
ceux qui m’ont accompagnée dans l’écriture de ce livre. À chaque
étape de cette aventure : celle de l’impulsion et de l’accompagnement
de l’étude, celle de la recherche documentaire ou encore de la
réalisation technique, tous ont joué un rôle essentiel. Sans leur aide,
leurs encouragements, leur enthousiasme, leur patience, ce livre
n’aurait pas existé. Je leur témoigne ma profonde gratitude.


SOMMAIRE

Préface ................................................................................................ 11
Introduction ........................................................................................ 15
Marie MARVINGT... .................................................................... 15
Une héroïne de la Belle Époque .................................................... 16
Une oubliée de l’époque contemporaine ? .................................... 21
Chapitre I : Une femme parmi les femmes de son temps ................... 25
Un contexte familial singulier ....................................................... 26
Un terreau social favorable ............................................................ 27
Les pratiques corporelles des femmes ........................................... 28
« Mademoiselle Marvingt » ........................................................... 29
Des pratiques orientées .................................................................. 31
Chapitre II : De la conquête des sommets à la conquête des cieux .... 41
« Une grimpeuse de cimes » .......................................................... 42
Les femmes et le ski ...................................................................... 46
L’Étoile Filante .............................................................................. 56
À la conquête du ciel ..................................................................... 64
La fin de l’aventure sportive 71
Chapitre III : À la frontière du genre .................................................. 73
Contexte ......................................................................................... 74
« Une culotte ou une jupe » ? ........................................................ 76
L’endurance de « La Fiancée du danger » ..................................... 80
L’empire colonial : un nouveau territoire d’accomplissement ...... 86
Conclusion .......................................................................................... 93
Epilogue ............................................................................................. 97
Annexes .............................................................................................. 99
Bibliographie .................................................................................... 143




Préface
1Les études sur le genre trouveront dans cet ouvrage un pas
supplémentaire vers une pratique sportive du genre en première
personne. L’histoire des femmes dans le sport souvent comprise
comme une émancipation féministe face à la domination masculine est
2toujours bien présente jusqu’aux récents tests de féminité imposés à
Caster Semeya ou aux revendications d’égalité d’épreuve
homme/femme de la skieuse Lindsey Vonn.
La vie queer de Marie Marvingt (1875-1963), cinquante ans après
llesa mort à Nancy, se révèle aujourd’hui. M Marvingt, précise la
presse, qui « est restée demoiselle », aventurière des éléments et des
corps, est l’objet d’une enquête administrative qui s’intéresse à ses
mœurs en 1917. Françoise Baron a su retrouver les traces de cette
queerisation du sport masculin par l’inventaire précis de ses gestes
pionniers en aviation, ski, montgolfière, vélo et natation… dans le
contexte d’une libération du corps féminin par l’exploit.
La comparaison entre le sport masculin et féminin, qui émerge
entre 1880 et 1920, pourrait faire croire en une féminisation des
pratiques par Marie Marvingt, par la multiplication de premières dans
une concurrence entre pionnières auprès des fédérations et des organes
de presse. Là où Anaïs Bohuon et Grégory Quin ont pu établir la
3pratique médicalisée du vélo féminin dans le combat contre
l’onanisme, là où Catherine Louveau a pu dénoncer l’invisibilisation
des femmes dans la presse sportive, Françoise Baron ne croit pas
immédiatement au contenu du récit en troisième personne.

1
Andrieu B, 2009 ; De quoi le genre est-il le nom ?, Recherches & Educations,
Genre et Education. Institutions, pratiques et représentation, n°2, p227-230.
2Bohuon A, 2012 ; Le test de féminité dans les compétitions sportives : une histoire
classée X ?, Editions Ixe, préface d'Elsa Dorlin.
3Quin G, Bohuon A; 2013 ; De la thérapeutique à la performance. Eléments
d’histoire de l’engagement des médecins autour des pratiques d’exercice corporel
e e(XVII -XXI siècle), Paris, Editions Glyph.
11 4L’hagiographie comme héroïsation de la femme masculinisée est
une stratégie narrative très bien décrite ici, par la production des
archives mêmes en premières sources en comparaison avec les articles
de presse : l’admiration dithyrambique, la singularisation de cette
femme unique dans son genre, l’omnipotence sportive participant à
l’herculisation de son corps… autant de procédures rhétoriques qui
nous indiquent comment écrire le corps, féminin et sportif en
particulier, de cette femme pas si féminine justement.
5Avec sa « physionomie originale » , la « Fiancée du danger »
devient un parangon du patriotisme ardent pour une presse avide de
masculiniser les corps féminins à travers la catégorie de sportwoman :
est-elle une pionnière ou suit-elle une mode d’émancipation de la
femme par l’aventure et le sport ? Françoise Baron distingue le bon
grain de l’ivraie par une chronologie précise là où d’autres travaux ont
entériné des exploits qui paraissent parfois même impossibles, selon la
presse, à réaliser pour une femme, pour une sportive, pour une
pionnière…
En publiant ses textes qui décrivent en première personne le vécu
corporel de ses engagements physiques, Françoise Baron montre
comment l’écriture de Marie Marvingt participe d’une emphase moins
romantique qu’historisant ses exploits comme « j’avais l’accent
joyeux de Christophe Colomb » devant le sol anglais. Par des vers et
une poésie, certes convenus, elle livre ses impressions du risque et de
l’avancée de la mort sous la forme d’un rocher déboulant presque sur
elle dans le couloir du Grépon, comme « la pâleur de la mort ».
La sensation n’est plus si genrée dans ce qui est publié comme « un
charmant poème » par la presse là où Marie Marvingt s’héroïse en
mettant en scène, déjà, le corps féminin dans un style vécu. Etre une
femme dans un monde d’hommes se poursuit aujourd’hui, comme
6Christine Mennesson le démontre , mais l’apport de Françoise Baron
aura été de faire la part de l’adhésion de la femme aux modes de
normalisation pour parvenir à se faire reconnaître à la fois dans sa
différence et dans sa référence sportive.

4Griffin P, 1998 ; Strong Women, Deep Closets: Lesbians and Homophobia in
Sport, Human Kinetics : Windsor, Ontario.
5Fausto-Sterling A, 2012 ; Corps en tous genres : La dualité des sexes à l'épreuve de
la science, Collectif, Evelyne Peyre et Oristelle Bonis, Paris, La découverte.
6Mennesson C, 2012 ; Etre une femme dans le monde des hommes : Socialisation
sportive et construction du genre, Paris, L’Harmattan.
12 Comment être un sujet libre des normes de socialisation si le sport
devait être seulement féminin ou masculin alors que les agents du
genre, comme Marie Marvingt, participent à un genre de
7compromis ? Françoise Baron montre que ce compromis n’est pas
une compromission car sans jamais céder sur son désir
d’émancipation en s’insérant dans les réseaux de la masculinisation,
Marie Marvingt a incarné une esthétique immersive dans la nature
comme en témoigne l’iconographie du livre : moins dans la pose
d’une mise en scène érotique que dans une androgynie en soldat,
casquée en aviatrice ou encore dans la neige.


Bernard Andrieu

Philosophe
Professeur en épistémologie du corps et des pratiques corporelles
Faculté du sport de Nancy, Université de Lorraine

7 Ottogalli-Mazzacavallo C, 2012 ; Femmes et alpinisme : Un genre de compromis
1874-1919, Paris, L’Harmattan.
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Source archives personnelles
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