Marronnage et diversité culturelle

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Cet ouvrage est issu du colloque de la 7e Biennale du Marronnage (Matoury, Guyane, 09-2010) et reprend l’essentiel des commu­nications. Celles-ci croisent les approches disciplinaires : linguistique, philosophie, psychologie, anthropologie, ethnologie et histoire sont convoquées afin de proposer de multiples investigations.

Trois parties scandent la réflexion de ce livre. La première interroge le marronnage en tant que question culturelle. La seconde partie dessine les traits principaux du marronnage et en propose une anthropologie par l’examen des aspects du « vivre « ensemble ». La troisième partie aborde justement la question du marronnage, de l’éducation et de la cohésion sociale.
Tel qu’il se présente, cet ouvrage ne prétend, bien entendu, pas répondre à toutes les questions posées par un tel sujet. En revanche, il espère, par le recul qu’il présente, donner quelques moyens aux acteurs guyanais afin de contribuer, à l’aune de leur histoire, à faire société dans un monde multiculturel.



Les contributeurs sont :

Anakesa Kululuka Apollinaire ; Cécile Christian ; Denoux Patrick ; Ekomie Obamé Landri ; Hidair Isabelle ; Klingler Tom ; Launey Michel ; Lazzarotti Olivier ; Ngou Mvé Nicolas ; Patte Marie-France ; Petit Romain ; Piantoni Frédéric ; Poucet Bruno ; Sabine Inga ; Saraiva Sabine ; Wallet Jean-William.



Préface de Jean-William Wallet, Professeur émérite de psychologie clinique interculturelle ; expert près la Cour d'Appel d'Amiens.

Publié le : mercredi 1 août 2001
Lecture(s) : 63
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844508836
Nombre de pages : 272
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Préface
Jean-William Wallet
Comment favoise les elations, les échanges et les appentissages intecultuels ? Vaste question qui inteoge les sciences humaines et sociales en paticulie depuis plus de tente ans. Le colloque de la Biennale du Maonnage 2010 de Matouy, en l’occuence consacé à la divesité cultuelle inteogeant le dialogue ente cultues est un exem-ple de éponse à cette question ; d’abod pa la chaleu et la qualité de son accueil festif, ensuite pa la ichesse des échanges cultuels et atis-tiques des manifestations auquel il a donné lieu, enfin pa les appentis-sages que tous ont pu y faie gâce aux appots povenant des paticipants… Mais en amont, ien n’auait pu se faie sans l’état d’es-pit ouvet, le tavail d’oganisation de la ville de Matouy, de son maie Jean-Piee Théodoe Roumillac et de son équipe municipale, sans le egad fatenel et bienveillant de Geoges Othily, Sénateu honoaie de Guyane.
Le pésent ouvage publié pa Ibis Rouge Éditions tente de ende compte de la teneu des tavaux de ce colloque. Cependant, le souveni extaodinaie, patagé avec mes collègues univesitaies de l’Univesité de Picadie Jules Vene d’Amiens, du Gabon, du Congo, de Louisiane, du Bésil… et de l’ensemble des Antilles dépasse lagement la teneu de l’ouvage poduit pésentement pa son intensité émotionnelle et affec-tive, pa son sens de la communion humaine et des idées bassées ensem-ble au cous de cette mémoable semaine scientifique et cultuelle. Les oganisateus ont toujous fait en sote que les epésentants des sciences humaines à l’œuve soient à tout moment accompagnés, valoisés et enichis pa des illustations spectaculaies guyanaises, gabonaises… mais aussi des expositions atistiques du début à la fin des manifesta-tions de cette biennale. De cette ichesse exemplaie, il est impossible de ende compte pa des écits.
Il est des moments dans l’existence où chacun se pend à pense comme Einstein éfléchissant su « Comment je vois le monde ». Des popos qui s’adaptent pafaitement à la péface du pésent ouvage : « Quand je éfléchis à mon existence et à ma vie sociale, je découve clai-ement mon étoite dépendance intellectuelle et patique. Je dépends intégalement de l’existence et de la vie des autes… Moi, en tant
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qu’homme, je n’existe pas seulement en tant que céatue individuelle, mais je me découve membe d’une gande communauté humaine. Elle me diige cops et âme depuis ma naissance jusqu’à ma mot. Ma valeu consiste à le econnaîte. Je suis éellement un homme quand mes senti-ments, mes pensées et mes actes n’ont qu’une finalité : celle de la com-munauté et de son pogès ». Le pésent ouvage collectif epésente, pa la divesité des contibutions poduites et pésentées sous tois ubiques, un effot de décentation intellectuelle facilité los du col-loque pa le bassage humain des idées mais aussi pa le dépaysement géogaphique en Guyane. Il vise à éponde à l’objectif pemie de cette Biennale du Maonnage de 2010 : « pemette une éappopiation de ce pan sombe de l’histoie de l’humanité » et faie œuve de mémoie. Un peuple qui n’a pas de mémoie est un peuple sans aveni et sans dignité econnaissable. Les contibutions scientifiques et les débats su les fomes d’oppession humaine libèent pa leus analyses de possibles éflexions su l’institution de valeus univeselles, tout en econnaissant la ichesse de la divesité et des singulaités humaines. Encoe faut-il compende et appende à gée les difféences et les influences cultu-elles pa des appoches anthopologiques de teain en tenant compte des migations humaines de l’histoie, qu’elles soient focées, consenties, aléatoies ou souhaitées. Les contibutions des deux pemièes paties du pésent ouvage sont, à ce niveau, illustatives de telles démaches. Des démaches, le plus souvent engagées su le teain pa les auteus des contibutions poduites. Il en va de même pou ce qui constitue la toisième patie de l’ouvage potant essentiellement su les aspects lin-guistiques econnus comme vecteus vivants et actifs de l’éducation et la cohésion sociale, du passé au pésent.
Le pésent ouvage me paaît efléte l’appot d’auteus qui, comme le disait aussi Einstein, ont « le goût des autes » et s’activent à amélio-e un type idéal de encontes cultuelles humaines ; mais ayant ses limites, il lui est impossible de ende compte de toute la ichesse intin-sèque des contibutions et des échanges scientifiques de la Biennale du Maonnage de 2010. Il évoque le plus souvent en filigane seulement, des statégies céatices focées et des sublimations défensives dévelop-pées, comme pesque toujous pa des oppimés ; d’une pat dans leus patiques initiatiques et sociales, d’aute pat aussi dans leus jeux intel-lectuels. Et ce, afin de contecae l’advesité de leu condition maté-ielle et humaine. Témoin attentif de ce colloque et des manifestations cultuelles qui l’ont accompagné, j’en ai etié aussi un appot patagea-ble seulement pa une pésence physique et émotionnelle à un tel événe-ment. En tant que psycho pédagogue et checheu, j’y ai aussi touvé matièe à éflexion supplémentaie su la façon de communique des
Bruno Poucet (dir.) :Marronnage et diversité culturelle
idées, des sensations et des images, afin de les mieux patage et de les faie mieux patage, en vue d’alimente ce qu’Hais et Mogan dénom-ment une véitable « synegie cultuelle ». Je souhaite aux lectices et aux lecteus de cet ouvage de éfléchi su « le pan sombe de l’histoie de l’humanité » qu’a été le maonnage, mais aussi d’avoi en pemanence à l’espit l’objectif d’un idéal huma-niste généeux comme celui qui a été énoncé pa Fantz Fanon dans Peau noire, masques blancs, selon lequel : « … c’est pa un effot de epise su soi et de dépouillement, c’est pa une tension pemanente de leu libeté que les hommes peuvent cée les conditions d’existence idéales d’un monde humain. Supéioité ? Inféioité ? Pouquoi tout simplement ne pas essaye de touche l’aute, de senti l’aute, de me évéle à l’aute ? Ma libeté ne m’est-elle donc pas donnée pou édifie le monde du Toi ? … Fais de moi toujous un homme qui inteoge ! »
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Ouverture
Jean-Piee Théodoe Roumillac
Je voudais tout d’abod, souhaite la bienvenue à tous les patici-pants à ce pemie colloque de la Biennale du Maonnage de Matouy. Au nom de mon conseil municipal et en mon nom, je tiens aussi à vous emecie d’avoi bien voulu éponde à note invitation. Vous auez compis combien sont gands l’impotance et l’intéêt que nous attachons à ce colloque qui à nos yeux, constitue l’événement majeu de cette septième édition de note Biennale. En effet, même si nous sommes effocés à donne le meilleu cachet à tous les autes évé-nements qui figuent à note pogamme (danse, musique, etc.), ce col-loque y occupe une place pivilégiée dans la mesue où vote pésence, à vous qui, venus d’hoizons univesitaies dives, êtes des éféences dans vos domaines espectifs d’investigations et de echeches. C’est gâce à vous que nous pouvons avoi la légitime ambition de faie de note Biennale ce lieu pivilégié de encontes, de echeches et d’investigations pou tous ceux qui sont attachés à l’exploation du vaste unives de la Maonnie où tant de zones d’ombes peduent encoe. O, nous sommes convaincus que la publication des actes de ce col-loque constituea une étape qui ouvia la voie à la vulgaisation de toutes études et contibutions se appotant au iche héitage que nous patageons avec tous les peuples métissés maqués au coin de la taite négièe et l’esclavage et de la enconte fusionnelle ente la civilisation aficaine, améindienne et euopéenne. Je vous souhaite de fuctueux tavaux.
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Avant propos
Geoges OTHILY
Tous les hommes et leus descendants épéteont longtemps ce poème du plus nège des nèges maons. Léon Gontan Damas Ils ont Ils ont si bien su faie Si bien su faie les choses Les choses Qu’un jou nous avons tout Nous avons tout foutu de nous-même Tout foutu de nous-même en l’ai. En choisissant le thème :Marronnage et diversité culturelle en Guyane : Quel dialogue interculturel ?Cet ouvage nous oblige à éflé-chi su le vive ensemble en Guyane. Nous sommes les héities d’une histoie pluielle, d’une histoie conflictuelle. Nous avons pis naissance dans un pays de position Sud Améicaine, de vocation Euopéenne, d’essence Aficaine, la Guyane est un paadoxe vivant lancé comme un défi à l’histoie. Elle hébege toutes les aces humaines, exceptés les vais indigènes du continent et dont on finit pa oublie l’existence. Le Maonnage est avant tout un mode de ésistance que les esclaves nois et améindiens adoptèent pou échappe à toutes les butalités et mauvaises conditions de vie qu’ils subissaient su les plantations. Ils échappaient ainsi au manque de nouitue, au fouet ou à la mot et ba-vaient tous les danges pou etouve leus familles ou tout simplement la libeté. En éalisant la septième Biennale du Maonnage, nous héitons du tavail considéable déjà éalisé pa la municipalité de Matouy. Apès avoi exploé à taves de multiples thèmes, toutes les facettes du ma-onnage cultuel, économique et humain, ainsi que le iche héitage que patagent les sociétés métissées, cet ouvage conduit tout natuellement à ce devoi de mémoie de note pope histoie.
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Histoie, note histoie, oui, nous devons nous éappopie note histoie. Cette histoie patagée, issue de la sombe et hoible péiode du commece tiangulaie. Cet héitage est peut-ête loud à pote, mais note illuste compatiote Auguste Hoth nous a dit : « il n’y a pas de eniement plus stupide, ni de plus monstueuse ingatitude que le fait d’ignoe ou de laisse tombe en déshéence, l’héitage eçu indivis ».
En Guyane, pou l’avoi à maintes epises expéimenté, ien de ce qui s’entepend ne ésiste à la séduction de l’enthousiasme et ien de ce qui s’appécie n’échappe au sotilège de la mémoie. Aussi, me padon-neez-vous, si, dans cet avant-popos, la elation des faits ejoint pafois la dialectique et si cette dialectique est souvent teintée d’affectivité.
Y avait-il une éaction des esclaves aux systèmes esclavagistes ? Souvent les histoiens ne etiendont que le maonnage ou les évoltes laissant de côté l’obscue et soude lutte quotidienne qui opposait les captifs aux maîtes.
Il est bon de rappeler les différentes formes intimes de résistance : • D’abod la solidaité ente esclaves soumis à une suveillance continuelle : Jean Samuel Guisan écivait que les esclaves d’une même habitation fomaient une communauté unie pa une complicité lui pemettant de éagi en bloc à cetaines pessions, à mine chaque fois que cela était possible la discipline, à infléchi le ythme de tavail. Ils essayaient sans cesse d’y soustaie leu vie familiale et leus biens. Le système leu lais-sant la possibilité d’un secteu autonome d’activité économique, ils veil-laient à mainteni cette touche d’indépendance établie dans le système esclavagiste. • L’indiscipline, le sabotage du tavail et les vols, ensuite: Losqu’il y avait des commandeus blancs et nois dans une même popiété, il était couant que les esclaves ejetassent su les blancs la faute de tout ce qui n’allait pas en ce qui concene la mache des ta-vaux. L’intéêt des esclaves était natuellement de tavaille sans aucun empessement, s’ils n’y étaient constamment obligés pa le fouet. Le bas endement au tavail était des fomes de ésistance passive. Le vol pou-vait dans cetaines conditions ête une façon de cheche à pote péju-dice au maîte. • Le nège savait aussi manie l’ionie, le sacasme, la supestition et les contes: L’ionie pouvait deveni une ame tendant à démoalise le maîte, à le idiculise. Les contes folkloiques guyanais qui puent subsiste
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jusqu’à nos jous ne peuvent ête compis sans une éféence à l’escla-vage, comme l’a dit Ulich Sophie : « L’histoie de la Guyane est peuplée de légendes. Les nois de l’Afique en ont appoté la plupat. Ils ont touvé ici matièe à les amplifie ». Néanmoins, on ne peut passe sous silence la cuauté des maîtes. En effet, malgé toutes les églementations complétant un « code noi » qui pévoyait de loudes amendes, le evoi en Fance et même la peine de mot pou les maîtes agissant avec cuauté enves les esclaves, ces menaces n’intimidèent guèe, et à aucun moment les maîtes ne se cuent pivé du doit de vie et de mot su la pesonne de leus nèges. Les colons totionnaies ne fuent ni « pendus en effigie », ni « épimés en secet », ni « blâmés en cachette ».
Les types de Marronnage:
Il pouait ête etenu deux cas pincipaux : le gand maonnage et le maonnage d’individus isolés ou le maonnage occasionnel et tem-poaie de goupe d’esclaves. L’aticle 38 du « code noi », épimait tès duement les tentatives du maonnage.
La Guyane a connu des phases impotantes de maonnage. En 1694, il y avait une bande de maons établis depuis six ans dans la « gande tee ou montagne » « la Gabielle », pami eux beaucoup d’es-claves indiens. L’essai tenté pou les epende pa la foce échoua. Ves e le milieu duXVIIIsiècle, un goupe impotant de maons s’établit au Sud-Ouest de Cayenne pès de la ivièe Tonnegande, puis il se déplaça ves l’Ouest, ves le haut de la ivièe de Kouou. C’est le goupe de ma-ons de la montagne Plomb.
Cette bève et synthétique histoie des péiodes du maonnage en Guyane ne nous autoise pas à ne pas signale le cas paticulie du « monde des maons » constuit pa les boni. Jean Moomou, l’a tès bien expliqué dans son ouvage :: Les BonisLa naissance d’un peuple .
Aussi, les chapites qui suivent appotent l’indispensable connais-sance de l’histoie du maonnage. Ils pemettent de claifie le flou conceptuel entouant ce teme (maonnage) et d’analyse les egads potés su cette notion pa les acteus et pofessionnels des sciences humaines.
S’il est vai que le caactèe hétéogène de la société guyanaise aujoud’hui suscite moins de contovese, il est aussi vai que la gestion et le appot à la divesité cultuelle et linguistique donne à pecevoi des epésentations diamétalement opposées et ont obligé checheus et paticiens à tente de éponde au moins à tois questions :
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Comment gée dans les difféents espaces de vie quotidienne (école, ville, quatie) une divesité ethno cultuelle qui coît et qui se complexi-fie ? Quel type de dialogue faut-il favoise ente « semblables diffé-ents » pou sumonte les incompéhensions dans les intecompéhen-sions ? Comment constuie et institue des valeus communes qui tans-cendent les identités paticulièes, sans nie et econnaîte, à l’aute, le doit d’assume sa difféence et le tolée ?
Le Maon ne hait pas son assaillant. Il hait seulement sa bestialité. Le Maon ne hait pas le monde. Le Maon c’est l’amant qui fait de son mieux pou ende étenellement heueux l’objet de son affection. Le Maon c’est l’humaniste, pêt à sacifie la meilleue pat de lui pou que ses fèes soient heueux et libes. Le Maon c’est enfin celui qui voit naîte le bonheu apès le malheu et le ie apès les lames. J’ai foi en l’homme, en la ace nège. Je cois en Maon, ce symbole pa excellence de la lutte de libéa-tion, puisque, Je suis la descendance de Pauline la Maonne.
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