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Préface
Jean-William Wallet
Comment favoise les elations, les échanges et les appentissages intecultuels ? Vaste question qui inteoge les sciences humaines et sociales en paticulie depuis plus de tente ans. Le colloque de la Biennale du Maonnage 2010 de Matouy, en l’occuence consacé à la divesité cultuelle inteogeant le dialogue ente cultues est un exem-ple de éponse à cette question ; d’abod pa la chaleu et la qualité de son accueil festif, ensuite pa la ichesse des échanges cultuels et atis-tiques des manifestations auquel il a donné lieu, enfin pa les appentis-sages que tous ont pu y faie gâce aux appots povenant des paticipants… Mais en amont, ien n’auait pu se faie sans l’état d’es-pit ouvet, le tavail d’oganisation de la ville de Matouy, de son maie Jean-Piee Théodoe Roumillac et de son équipe municipale, sans le egad fatenel et bienveillant de Geoges Othily, Sénateu honoaie de Guyane.
Le pésent ouvage publié pa Ibis Rouge Éditions tente de ende compte de la teneu des tavaux de ce colloque. Cependant, le souveni extaodinaie, patagé avec mes collègues univesitaies de l’Univesité de Picadie Jules Vene d’Amiens, du Gabon, du Congo, de Louisiane, du Bésil… et de l’ensemble des Antilles dépasse lagement la teneu de l’ouvage poduit pésentement pa son intensité émotionnelle et affec-tive, pa son sens de la communion humaine et des idées bassées ensem-ble au cous de cette mémoable semaine scientifique et cultuelle. Les oganisateus ont toujous fait en sote que les epésentants des sciences humaines à l’œuve soient à tout moment accompagnés, valoisés et enichis pa des illustations spectaculaies guyanaises, gabonaises… mais aussi des expositions atistiques du début à la fin des manifesta-tions de cette biennale. De cette ichesse exemplaie, il est impossible de ende compte pa des écits.
Il est des moments dans l’existence où chacun se pend à pense comme Einstein éfléchissant su « Comment je vois le monde ». Des popos qui s’adaptent pafaitement à la péface du pésent ouvage : « Quand je éfléchis à mon existence et à ma vie sociale, je découve clai-ement mon étoite dépendance intellectuelle et patique. Je dépends intégalement de l’existence et de la vie des autes… Moi, en tant
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Bruno Poucet (dir.) :Marronnage et diversité culturelle
qu’homme, je n’existe pas seulement en tant que céatue individuelle, mais je me découve membe d’une gande communauté humaine. Elle me diige cops et âme depuis ma naissance jusqu’à ma mot. Ma valeu consiste à le econnaîte. Je suis éellement un homme quand mes senti-ments, mes pensées et mes actes n’ont qu’une finalité : celle de la com-munauté et de son pogès ». Le pésent ouvage collectif epésente, pa la divesité des contibutions poduites et pésentées sous tois ubiques, un effot de décentation intellectuelle facilité los du col-loque pa le bassage humain des idées mais aussi pa le dépaysement géogaphique en Guyane. Il vise à éponde à l’objectif pemie de cette Biennale du Maonnage de 2010 : « pemette une éappopiation de ce pan sombe de l’histoie de l’humanité » et faie œuve de mémoie. Un peuple qui n’a pas de mémoie est un peuple sans aveni et sans dignité econnaissable. Les contibutions scientifiques et les débats su les fomes d’oppession humaine libèent pa leus analyses de possibles éflexions su l’institution de valeus univeselles, tout en econnaissant la ichesse de la divesité et des singulaités humaines. Encoe faut-il compende et appende à gée les difféences et les influences cultu-elles pa des appoches anthopologiques de teain en tenant compte des migations humaines de l’histoie, qu’elles soient focées, consenties, aléatoies ou souhaitées. Les contibutions des deux pemièes paties du pésent ouvage sont, à ce niveau, illustatives de telles démaches. Des démaches, le plus souvent engagées su le teain pa les auteus des contibutions poduites. Il en va de même pou ce qui constitue la toisième patie de l’ouvage potant essentiellement su les aspects lin-guistiques econnus comme vecteus vivants et actifs de l’éducation et la cohésion sociale, du passé au pésent.
Le pésent ouvage me paaît efléte l’appot d’auteus qui, comme le disait aussi Einstein, ont « le goût des autes » et s’activent à amélio-e un type idéal de encontes cultuelles humaines ; mais ayant ses limites, il lui est impossible de ende compte de toute la ichesse intin-sèque des contibutions et des échanges scientifiques de la Biennale du Maonnage de 2010. Il évoque le plus souvent en filigane seulement, des statégies céatices focées et des sublimations défensives dévelop-pées, comme pesque toujous pa des oppimés ; d’une pat dans leus patiques initiatiques et sociales, d’aute pat aussi dans leus jeux intel-lectuels. Et ce, afin de contecae l’advesité de leu condition maté-ielle et humaine. Témoin attentif de ce colloque et des manifestations cultuelles qui l’ont accompagné, j’en ai etié aussi un appot patagea-ble seulement pa une pésence physique et émotionnelle à un tel événe-ment. En tant que psycho pédagogue et checheu, j’y ai aussi touvé matièe à éflexion supplémentaie su la façon de communique des
Bruno Poucet (dir.) :Marronnage et diversité culturelle
idées, des sensations et des images, afin de les mieux patage et de les faie mieux patage, en vue d’alimente ce qu’Hais et Mogan dénom-ment une véitable « synegie cultuelle ». Je souhaite aux lectices et aux lecteus de cet ouvage de éfléchi su « le pan sombe de l’histoie de l’humanité » qu’a été le maonnage, mais aussi d’avoi en pemanence à l’espit l’objectif d’un idéal huma-niste généeux comme celui qui a été énoncé pa Fantz Fanon dans Peau noire, masques blancs, selon lequel : « … c’est pa un effot de epise su soi et de dépouillement, c’est pa une tension pemanente de leu libeté que les hommes peuvent cée les conditions d’existence idéales d’un monde humain. Supéioité ? Inféioité ? Pouquoi tout simplement ne pas essaye de touche l’aute, de senti l’aute, de me évéle à l’aute ? Ma libeté ne m’est-elle donc pas donnée pou édifie le monde du Toi ? … Fais de moi toujous un homme qui inteoge ! »
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Ouverture
Jean-Piee Théodoe Roumillac
Je voudais tout d’abod, souhaite la bienvenue à tous les patici-pants à ce pemie colloque de la Biennale du Maonnage de Matouy. Au nom de mon conseil municipal et en mon nom, je tiens aussi à vous emecie d’avoi bien voulu éponde à note invitation. Vous auez compis combien sont gands l’impotance et l’intéêt que nous attachons à ce colloque qui à nos yeux, constitue l’événement majeu de cette septième édition de note Biennale. En effet, même si nous sommes effocés à donne le meilleu cachet à tous les autes évé-nements qui figuent à note pogamme (danse, musique, etc.), ce col-loque y occupe une place pivilégiée dans la mesue où vote pésence, à vous qui, venus d’hoizons univesitaies dives, êtes des éféences dans vos domaines espectifs d’investigations et de echeches. C’est gâce à vous que nous pouvons avoi la légitime ambition de faie de note Biennale ce lieu pivilégié de encontes, de echeches et d’investigations pou tous ceux qui sont attachés à l’exploation du vaste unives de la Maonnie où tant de zones d’ombes peduent encoe. O, nous sommes convaincus que la publication des actes de ce col-loque constituea une étape qui ouvia la voie à la vulgaisation de toutes études et contibutions se appotant au iche héitage que nous patageons avec tous les peuples métissés maqués au coin de la taite négièe et l’esclavage et de la enconte fusionnelle ente la civilisation aficaine, améindienne et euopéenne. Je vous souhaite de fuctueux tavaux.
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Avant propos
Geoges OTHILY
Tous les hommes et leus descendants épéteont longtemps ce poème du plus nège des nèges maons. Léon Gontan Damas Ils ont Ils ont si bien su faie Si bien su faie les choses Les choses Qu’un jou nous avons tout Nous avons tout foutu de nous-même Tout foutu de nous-même en l’ai. En choisissant le thème :Marronnage et diversité culturelle en Guyane : Quel dialogue interculturel ?Cet ouvage nous oblige à éflé-chi su le vive ensemble en Guyane. Nous sommes les héities d’une histoie pluielle, d’une histoie conflictuelle. Nous avons pis naissance dans un pays de position Sud Améicaine, de vocation Euopéenne, d’essence Aficaine, la Guyane est un paadoxe vivant lancé comme un défi à l’histoie. Elle hébege toutes les aces humaines, exceptés les vais indigènes du continent et dont on finit pa oublie l’existence. Le Maonnage est avant tout un mode de ésistance que les esclaves nois et améindiens adoptèent pou échappe à toutes les butalités et mauvaises conditions de vie qu’ils subissaient su les plantations. Ils échappaient ainsi au manque de nouitue, au fouet ou à la mot et ba-vaient tous les danges pou etouve leus familles ou tout simplement la libeté. En éalisant la septième Biennale du Maonnage, nous héitons du tavail considéable déjà éalisé pa la municipalité de Matouy. Apès avoi exploé à taves de multiples thèmes, toutes les facettes du ma-onnage cultuel, économique et humain, ainsi que le iche héitage que patagent les sociétés métissées, cet ouvage conduit tout natuellement à ce devoi de mémoie de note pope histoie.
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Bruno Poucet (dir.) :Marronnage et diversité culturelle
Histoie, note histoie, oui, nous devons nous éappopie note histoie. Cette histoie patagée, issue de la sombe et hoible péiode du commece tiangulaie. Cet héitage est peut-ête loud à pote, mais note illuste compatiote Auguste Hoth nous a dit : « il n’y a pas de eniement plus stupide, ni de plus monstueuse ingatitude que le fait d’ignoe ou de laisse tombe en déshéence, l’héitage eçu indivis ».
En Guyane, pou l’avoi à maintes epises expéimenté, ien de ce qui s’entepend ne ésiste à la séduction de l’enthousiasme et ien de ce qui s’appécie n’échappe au sotilège de la mémoie. Aussi, me padon-neez-vous, si, dans cet avant-popos, la elation des faits ejoint pafois la dialectique et si cette dialectique est souvent teintée d’affectivité.
Y avait-il une éaction des esclaves aux systèmes esclavagistes ? Souvent les histoiens ne etiendont que le maonnage ou les évoltes laissant de côté l’obscue et soude lutte quotidienne qui opposait les captifs aux maîtes.
Il est bon de rappeler les différentes formes intimes de résistance : • D’abod la solidaité ente esclaves soumis à une suveillance continuelle : Jean Samuel Guisan écivait que les esclaves d’une même habitation fomaient une communauté unie pa une complicité lui pemettant de éagi en bloc à cetaines pessions, à mine chaque fois que cela était possible la discipline, à infléchi le ythme de tavail. Ils essayaient sans cesse d’y soustaie leu vie familiale et leus biens. Le système leu lais-sant la possibilité d’un secteu autonome d’activité économique, ils veil-laient à mainteni cette touche d’indépendance établie dans le système esclavagiste. • L’indiscipline, le sabotage du tavail et les vols, ensuite: Losqu’il y avait des commandeus blancs et nois dans une même popiété, il était couant que les esclaves ejetassent su les blancs la faute de tout ce qui n’allait pas en ce qui concene la mache des ta-vaux. L’intéêt des esclaves était natuellement de tavaille sans aucun empessement, s’ils n’y étaient constamment obligés pa le fouet. Le bas endement au tavail était des fomes de ésistance passive. Le vol pou-vait dans cetaines conditions ête une façon de cheche à pote péju-dice au maîte. • Le nège savait aussi manie l’ionie, le sacasme, la supestition et les contes: L’ionie pouvait deveni une ame tendant à démoalise le maîte, à le idiculise. Les contes folkloiques guyanais qui puent subsiste
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jusqu’à nos jous ne peuvent ête compis sans une éféence à l’escla-vage, comme l’a dit Ulich Sophie : « L’histoie de la Guyane est peuplée de légendes. Les nois de l’Afique en ont appoté la plupat. Ils ont touvé ici matièe à les amplifie ». Néanmoins, on ne peut passe sous silence la cuauté des maîtes. En effet, malgé toutes les églementations complétant un « code noi » qui pévoyait de loudes amendes, le evoi en Fance et même la peine de mot pou les maîtes agissant avec cuauté enves les esclaves, ces menaces n’intimidèent guèe, et à aucun moment les maîtes ne se cuent pivé du doit de vie et de mot su la pesonne de leus nèges. Les colons totionnaies ne fuent ni « pendus en effigie », ni « épimés en secet », ni « blâmés en cachette ».
Les types de Marronnage:
Il pouait ête etenu deux cas pincipaux : le gand maonnage et le maonnage d’individus isolés ou le maonnage occasionnel et tem-poaie de goupe d’esclaves. L’aticle 38 du « code noi », épimait tès duement les tentatives du maonnage.
La Guyane a connu des phases impotantes de maonnage. En 1694, il y avait une bande de maons établis depuis six ans dans la « gande tee ou montagne » « la Gabielle », pami eux beaucoup d’es-claves indiens. L’essai tenté pou les epende pa la foce échoua. Ves e le milieu duXVIIIsiècle, un goupe impotant de maons s’établit au Sud-Ouest de Cayenne pès de la ivièe Tonnegande, puis il se déplaça ves l’Ouest, ves le haut de la ivièe de Kouou. C’est le goupe de ma-ons de la montagne Plomb.
Cette bève et synthétique histoie des péiodes du maonnage en Guyane ne nous autoise pas à ne pas signale le cas paticulie du « monde des maons » constuit pa les boni. Jean Moomou, l’a tès bien expliqué dans son ouvage :: Les BonisLa naissance d’un peuple .
Aussi, les chapites qui suivent appotent l’indispensable connais-sance de l’histoie du maonnage. Ils pemettent de claifie le flou conceptuel entouant ce teme (maonnage) et d’analyse les egads potés su cette notion pa les acteus et pofessionnels des sciences humaines.
S’il est vai que le caactèe hétéogène de la société guyanaise aujoud’hui suscite moins de contovese, il est aussi vai que la gestion et le appot à la divesité cultuelle et linguistique donne à pecevoi des epésentations diamétalement opposées et ont obligé checheus et paticiens à tente de éponde au moins à tois questions :
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Bruno Poucet (dir.) :Marronnage et diversité culturelle
Comment gée dans les difféents espaces de vie quotidienne (école, ville, quatie) une divesité ethno cultuelle qui coît et qui se complexi-fie ? Quel type de dialogue faut-il favoise ente « semblables diffé-ents » pou sumonte les incompéhensions dans les intecompéhen-sions ? Comment constuie et institue des valeus communes qui tans-cendent les identités paticulièes, sans nie et econnaîte, à l’aute, le doit d’assume sa difféence et le tolée ?
Le Maon ne hait pas son assaillant. Il hait seulement sa bestialité. Le Maon ne hait pas le monde. Le Maon c’est l’amant qui fait de son mieux pou ende étenellement heueux l’objet de son affection. Le Maon c’est l’humaniste, pêt à sacifie la meilleue pat de lui pou que ses fèes soient heueux et libes. Le Maon c’est enfin celui qui voit naîte le bonheu apès le malheu et le ie apès les lames. J’ai foi en l’homme, en la ace nège. Je cois en Maon, ce symbole pa excellence de la lutte de libéa-tion, puisque, Je suis la descendance de Pauline la Maonne.