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Marx et le problème de l'idéologie

De
150 pages
Marx-Engels, Malthus, spencer, Darwin - Dépassant l'opposition entre les idéologues de la classe dominante et leurs détracteurs, les philosophes critiques allemands, illusoire alternative d'une trompeuse innocence, Marx, s'inspirant des prêtres de l'Egypte ancienne, véritables régulateurs sociaux, met en lumière l'élaboration d'une mystification calculée, destinée à assujettir les producteurs dominés en reproduisant les rapports de production à l'origine de la domination.
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Marx et le problème de l'idéologie

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr
@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01227-2 EAN : 9782296012271

Patrick Tort

Marx et le problème de l'idéologie

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique ~ 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

L'Hannattan

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L'Harmattan

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de Kinshasa

ITALlE

Collection Logiques sociales Directeur de collection: Bruno Péquignot Fondateur: Dominique Desjeux

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si sa dominante reste universitaire, la collection Logiques socialesentend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

dirigée

Série Sociologie politique par Nicolas Oblin et Patrick

Vassort

« Le service principal que les sociologues ont rendu jusqu'à maintenant et rendront de plus en plus à la politique, par une théorie de la politique ellemême, consiste donc à faire sentir à quel degré les problèmes politiques sont des problèmes sociaux. TIsauraient par suite le plus grave tort si, pour ne pas verser dans l'erreur commune, ils restaient tous dans leur tour, s'ils s'abstenaient tous de prendre parti, s'ils laissaient la politique aux théoriciens politiciens et aux théoriciens bureaucrates. L'art de la vie sociale les concerne en particulier et transmettre une tradition, éduquer les jeunes générations, les intégrer dans une société déterminée, les "élever" et surtout les faire progresser, tout cela dépasse les limites du droit et de tout ce qu'on convient d'appeler l'État ». Marcel Mauss, Essais de sociologie, Paris, Éditions de Minuit, 1968-1969, p. 74
C'est pour cette raison que la série Sociologiepolitique accueille des chercheurs, sociologues, politistes, historiens dont l'implication et l'engagement travaillent à l'élucidation des faits sociaux dans un souci de contribution au développement théorique et pédagogique, ainsi qu'à l'extension des savoirs.

PATRICK TORT PRINCIPAUX OUVRAGES . Warburton, Essai sur les hiéroglyphesdes Égyptiens. Édition savante, précédée de «Transfigurations: archéologie du symbolique », par Patrick Tort. Préface de Jacques Derrida, Paris, Aubier, 1978,408 p. Pi?Ysiquede l'État - examen du Corps politique de Hobbes -, Paris,

.

. L'Origine du Paradoxe sur le comédien. La partition intérieure,Paris, Vrin, 1980, 76 p. . Évolutionnisme et linguistique, Paris, V tin, 1980, 121 p. . Maupertuis, Vénus physique. Lettre sur le progrès des sciences, précédé de
. La Querelle
«L'ordre du corps », par Patrick Tort, Paris, Aubier, 1980, 171 p.
des analogues

Vrin, 1979,72p.

-

Cuvier / GeoffroySaint-Hilaire -, Plan de la 1981,

. La Constellationde Thot - hiérogjypheet histoire-, Paris, Aubier, 156 p. . La Penséehiérarchiqueet J'évolution,Paris, Aubier, 1983, 556 p.
. Misère de la sociobiologie [00.], Paris, . Être marxiste aujourd'hui, précédé
Lefebvre, Paris, Aubier, 1986, 156 p.

Tour, Éditions d'Aujourd'hui, 1983,301 p.

PUF, 1985, 191 p. de «Lukacs 1955 », par Henri

. Herbert Spencer, Autobiographie naissance de l'évolutionnisme libéral-,
précédé de «Spencer et le système des sciences », Paris, PUF, 1987, 550 p.

. La

. Darwinisme et société [00.], Paris, PUF, 1992, 700 p. . L 'Homme, cet inconnu? Alexis Carrel, Jean-Marie Le Pen et les chambres à

Raison

classificatoire,

Paris,

Aubier,

1989,

572 p.

. Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution [00.], Paris, PUF, 1996, 3 vol., 4862 p. Ouvrage couronné par l'Académie des Sciences. . Spencer et l'évolutionnismephilosophique, Paris, PUF, «Que sais-je? », 1996, 128 p. . L'Animal écran (avec Patrick Lacoste et Jean-André Fieschi), Paris,
. Pour Darwin (00.), Paris, PUF,

gaz, Paris, Syllepse, 1992, 56 p. (avec Lucien Bonnafé).

.
.

éditions du Centre Georges Pompidou, 1996, 96 p. 1997, 1100 p. Darwin e il darwinismo,Rome, Editori riuniti, 1998, 142 p.
et les monstres

L'Ordre

-

Le débat sur l'origine des déviations

anatomiques

au

.

XVIIl
Charles

siècle-, Paris, Syllepse, 1998, 250 p. (2eédition.).
Darwin, La Filiation de J'homme et la sélection liée au sexe (00.),

Paris, éditions Syllepse, 1999, 826 p. Précédé de Patrick Tort, «L'anthropologie inattendue de Charles Darwin ». Premier volume pam [tome 22] de l'intégrale des Œuvres de Darwin.

.

Darwin et la sciencede l'évolution, Gallimard, «Découvertes », 2000, 160 p. . Charles Darwin, La Formation de la terre végétale ar l'action des vers de p tetTe,avecdes réflexionssur leurshabitudes[dir.], Paris, éditions Syllepse, 2001, 300 p. Précédé de Patrick Tort, «Un regard vers la terre ». Deuxième volume [tome 28] de l'intégrale des Œuvres de Darwin. . CharlesDarwin. The Scholarwho changed Human History,Londres, Thames & Hudson, 2001, 160 p.

.

. Para leer a Darwin,
.

Darwin and the Science of Evolution, New York, Abrams, 2001, 160 p. Madrid, Alianza, 2001, 128 p. La antropologia di Danvin, Rome, TI Manifesto, 2001, 176 p.

. Fabre. Le miroir aux insectes,Paris, Vuibert / Adapt, 2002, 352 p.
. La Seconde révolution darwinienne

. Darwin et la philosophie - religion,morale, matérialisme-, Paris, Kimé, 2004, 78 p. . Darwin e a ciênciada evoluçé1o, de Janeiro, Objetiva, 2004, 160 p. Rio . Darwin et le darwinisme,Paris, PUF, « Que sais-je? », 2005, 128 p. . Darwin e laftlosofta, Rome, Meltemi, 2005.

- Biologie tion-, Paris, Kimé, 2002, 160 p.

évolutive

et théorie

de la civilisa-

PRÉFACE

Le présent livre a été publié pour la première fois en 1988. L'édition que nous en donnons aujourd'hui, légèrement augmentée, fait apparaître non seulement la permanence, mais probablement aussi l'actualité renforcée de ce qu'il analyse: la question - examinée ici dans ses sources comme dans ses développements contemporains -, de la nature, des formes et du fonctionnement de l'idéologie ans les sociétés politiques. d S'emparant d'une problématique non formellement exposée chez Marx et Engels, qui ne nous en soumettent que des indices fragmentaires - au nombre desquels figure une référence insistante aux fonctions de la caste sacerdotale dans l'Égypte ancienne -, il en formule la question centrale: l'idéologie dominante d'une société, née de ses caractéristiques matérielles, et portée par sa classe dominante, peut-elle être à la fois l'idéalisation innocente de sa structure - un reflet illusoire, une représentation inversée de la réalité qui ne relève que de la vision bornée des possédants (thèse explicite dans L1diologie allemande)- et un instrument manié en toute clairooyancear les idéologues de cette classe en vue p d'assurer, d'accroître ou de pérenniser sa domination (thèse inhérente à la référence égyptienne) ? Comment l'idéologie dominante, qui par destination naturelle s'efforce de devenir celle de toute la société,peut-elle être en même temps refletinnocent et sincère, dans la conscience des dominants, de leur vision faussée, partielle et illusoirede la structure sociale soumise à leur domination - et pouvoirillusionnant,délibérément configuré en vue de l'assujettissement poursuivi des dominés? D'où une constellation de questions qui me semblent devenues aujourd'hui adultes: à l'époque de l'hypertrophie des technologies de l'Ùifluence, l'idéologie - l'ensemble indéfiniment remanié des représentations qu'un pouvoir élabore dans l'exercice de sa

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Marx et le problème de l'idéologie

propre justification - n'est-elle pas devenue le recours ultime d'un système dont l'extension planétaire s'effectue en dépit de la contradiction qu'il aggrave entre son mode d'exploitation des hommes et des ressources dans la production de marchandises et les conditions mêmes de leur survie? Qu'en est-il de la spécialisation en matière d'influence? Est-elle originaire ou dérivée? Comment s'y articulent le mensonge,le rynisme,la politique et le secret? Quelle intelligenceoit-on susciter pour la combattre? d Quelles seront la portée et l'efficacité de la lutte idéologique?Les nouvelles formes de l'aliénation - à l'horizon desquelles se redéploie une fois de plus la médiocrité tragique du « retour du religieux » - sont-elles réellement nouvelles, et, face à elles, quelle est la chance d'une réinstruction de la lucidité? Quelle libertéest-il approprié d'opposer aux manipulateurs de croyance? Quelle véritéy a-t-il encore à entendre sous la désignation par Marx des prêtres égyptiens comme « premiers idéologues de l'humanité» ?
PATRICK TORT

janvier 2006

INTRODUCTION

Cet essai examine d'une façon critique la théorie marxienne de l'idéologiedominante, en choisissant d'étudier la torsion qui s'installe au sein même de ce qui demeure sur cette question l'écrit
fondateur

-

L'Idéologie allemande, 1845-1846 -, et entre cet écrit et

le texte «scientifique» du premier Livre du Capital (1867). S'il néglige volontairement les références possibles à d'autres ouvrages de Marx et d'Engels - notamment à ceux qui sont chronologiquement et thématiquement proches de L'Idéologie allemande, tels que La Sainte Famille ou La Questionjuive -, c'est non seulement pour des raisons d'espace, mais aussi pour des raisons de clarté: leur étude développée n'aurait fait sans doute qu'alourdir en les confinnant les conclusions théoriques auxquelles parvient l'analyse interne et comparative de ces deux pôles majeurs de la réflexion marxo-engelsienne relative à l'objet qui vient d'être brièvement délimité. L'enjeu de ce travail est de dénouer - il est étrange que l'on semble avoir presque renoncé à opérer ce dénouementdans la théorie - les fils de la problématique idéologique chez Marx, et, l'ayant fait, de renouerentre elles les parties « distales » de la théorie elle-même, entendue comme théorie élargie, incluant la marxologie contemporaine: d'effectuer, par conséquent, la jonction entre la thèse (marxienne, initiale) de la dépendance réelle et de l'autonomie illusoire de l'idéologie par rapport à la base matérielle de la société, et celle (marxiste, actuelle) de sa prise grandissante d'autonomie et de sa capacité d'infléchir en retour le devenir de cette « base matérielle» en devenant l'instrument de plus en plus efficace de la lutte menée par la classe dominante pour assurer la reproduction des rapports de production. Cela, on l'aura compris, ne va pas entièrement de soi. Ma thèse centrale, et l'objet permanent de ma démonstration dans les pages qui suivent, est que si, fondamentalement,

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Marx et le problème de l'idéologie

toute théorie réaliste de l'idéologie sociale ne peut s'élaborer qu'à partir du marxisme, cette théorie, quelle qu'elle soit, est à peu près certaine d'accueillir en elle-même une grande part d'idéologie si elle s'obstine à s'enraciner dans une version simplifiée, univoque, figée et artificiellement homogène du discours théorique qui fonde et inspire sa démarche. TIs'agit donc ici de restaurer la dimension problématique- et,
il faut le dire, contradictoire de L'Idéologie allemande elle-même, afin

d'en faire jaillir cette vérité: il n'y a pas un discours marxien sur l'idéologie, mais en réalité deux discours, deux théories en conflit d'émergence simultanée, et dont les logiques s'opposent sans perspective immédiate de dépassement dialectique, sans capacité organique instantanée de synthèse supérieure. L'un de ces discours l'emporte sur l'autre dans l'ordre de l'explicitation théorique, parce qu'il est porté par les valences polémiques de l'intervention active de Marx contre l'idéalisme persistant de la jeune philosophie critique allemande: c'est la thèse de l'idéologie réduite à la fonction de reflet dépendant de l'organisation matérielle hiérarchique qui caractérise toute société fondée sur une domination de classe. Schématisée, c'est la thèse extrême de l'inconsistance l'idéologie comme représentation illusoire, exde primant en la voilant, la renversant ou la travestissant une réalité matérielle qui seule est gratifiée d'un pouvoir effectif de détermination sur les événements comme sur les formes de la conscience, et qui seule constitue de ce fait un objet pour l'histoire. L'autre discours, qui n'accède jamais à une expression systématique développée, mais affleure constamment, à la manière d'un refoulé primordial, dans les références historiques du texte et dans ses contradictions mêmes, porte la thèse inverse de la consistance réelle de l'idéologie comme lieu et instrument de pouvoir sur la société, et de maîtrise stratégique de la reproduction de la division du travail. Cette thèse latente, sourdement opposée à la logique dominante et explicite du texte, mais la fracturant lors de ses multiples affleurements, est prise en charge par ce que je nommerai ici, considérant avec un sérieux délibéré certaines connaissances de Marx en matière d'histoire des religions et des anciennes sociétés, le modèleégyptien. De l'examen critique du rapport entre ces deux thèses, et du dépassement possible de leur opposition à l'intérieur du marxisme

Introduction

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contemporain, dépend l'aptitude actuelle de la théorie marxiste à inspirer valablement une pratique cohérente de la lutteidéologique.

l

DE L'IDÉOLÂTRIE

1
Du reflet, de l'illusion et de l'innocence

Toute Lldéologie allemande s'organise autour de la critique d'un rapport illusoirede la jeune philosophie allemande à l'illusion idéologique.Plus précisément, elle s'annonce comme la critique réaliste d'un rapport illusoirementcritiquede la « nouvelle philosophie » à l'idéologie définie dans son être comme production d'idées fausses sur le monde, et pensée (faussement) comme production du monde par des idées fausses (illusoires). Ainsi commence la « Préface» du texte, préface dont le jeu liminaire est de suivre le mouvement ordonné d'une double dénonciation: d'abord mimant la dénonciation par la jeune philosophie allemande de l'illusion idéologique en général, puis dénonçant à son tour cette dénonciation comme n'étant ellemême qu'illusion sur l'illusion

-

donc idéologie.

Par un effet rhé-

torique très concerté - dans lequel on percevra aussi l'indice formel du retournement (remise sur ses pieds de ce qui se présentait « la tête en bas ») requis par le renversement ême qui cam ractérise le rapport entre l'idéologique et le réel dans la métaphore ultérieure de la chambrenoire-, le texte présente d'entrée de jeu, avant de la «retourner », la théorie critique des jeuneshégéliens:
« Jusqu'à présent, les hommes se sont toujours fait des idées fausses (jalsche Vorstellungen) sur eux-mêmes, sur ce qu'ils sont ou

16

Marx et le problème de l'idéologie

devraient être. TIs ont organisé leurs rapports en fonction des représentations (Vorstellungen)qu'ils se faisaient de Dieu, de l'homme normal, etc. Ces produits de leur cerveau ont grandi jusqu'à les dominer de toute leur hauteur. Créateurs, ils se sont inclinés devant leurs propres créations. Libérons-les donc des chimères, des idées (Ideen), des dogmes, des êtres imaginaires sous le joug desquels ils s'étiolent Révoltons-nous contre la domination de ces idées (Gedanken). Apprenons aux hommes à échanger ces illusions (Einbildungen) contre des pensées (Gedanken) correspondant à l'essence de l'homme, dit l'un, à avoir envers elles une attitude critique, dit l'autre, à se les sortir du crâne, dit le troisième - et la réalité actuelle s'effondrera. « Ces rêves innocents et puérils (Diese unschuldigenund kindlichen Phantasien)fonnent le noyau de la philosophie des jeunes hégéliens... », etc.

Dénoncer les rêves de l'humanité pour œuvrer à la transformation du réel, tel est bien en vérité le rêve partagé, sous des formes diverses mais apparentées, par Ludwig Feuerbachle seul des trois auquel Marx et Engels reconnaissent une importance déclenchante par rapport à la transformation, au moins, de la philosophie dans un sens matérialiste -, Bruno Bauer et Max Stirner. La dénonciation des rêves (des représentations fausses) est à son tour dénoncée comme rêve (comme représentation fausse ou fantastique de la réalité et de sapropreréalité) et comme rêve innocent, en tant précisément qu'elle est elle-même porteuse d'un fantasme, d'une illusion d'efficacité. Les philosophes «révolutionnaires» allemands modernes, ainsi que l'écrivent un peu plus loin les auteurs, ressemblent à cet individu qui s'imaginait que les hommes ne se noyaient que parce qu'ils étaient possédés par l'idée de la pesanteur: congédier cette idée comme superstition eût suffi dans leur esprit à écarter tout risque de noyade. Double dénonciation, donc, de la nocivitéde l'innocence: es jeul nes philosophes allemands dénoncent les effets et les méfaits, dans la réalité, des représentations fausses dont les hommes sont à la fois les auteurs (innocents) et les victimes (innocentes), et à leur tour Marx et Engels dénoncent chez ces théoriciens l'illusoire et innocenteconviction d'une efficacité transformatrice qui s'attacherait au fait de dénoncer une illusion idéologique en la considérant comme responsable'un certain ordre de réalités. d

De J'idéo/âtrie

17

D'où trois indications majeures, qui seront posées ici comme autant de repères initiaux: 1 / Pour Marx et Engels, dans ce texte précis, l'idéologie se tient tout entière dans l'élément de l'innocence. 2 / La philosophie qu'ils analysent, critique illusoiredes illusions idéologiques, se tient tout entière dans l'élément de l'idéologje. 3 / (Corollaire). La philosophie, comme (étant) l'idéologie, est innocente,et, en tant que telle, nocive: il importe donc d'en dénoncer l'illusion fondamentale, ce qui pourrait paraître faire tomber Marx et Engels sous le coup de leur propre critique, si de cette ultime dénonciation ne jaillissait précisément ce qui va rétablir le lien d'objectivité entre le discours théorique et le réel: la génération permanente du premier par le second; ou la production d'une idée du monde qui fasse droit à la production du «monde des idées» par une instance existant et agissant dans le monde. On comprend sans difficulté, à travers cet enchâssement d'éléments critiques d'apparence si contradictoire, que la question dernière de L'Idéologieallemande- et la premièresi on envisage ce texte comme une entreprise théorique à usagepersonnel(on sait en effet que, rédigé en 1845-1846, il ne sera publié par Engels, à partir d'un manuscrit quelque peu endommagé, que beaucoup plus tard) - est celle qui porte sur l'efficacité réelle de la lutte idéologique. La très courte «Préface» de L'Idéologieallemandes'achève sur la parabole des noyés - qui est la parabole de celui qui croitaux effits réelsde la croyance.Suit, dans le manuscrit, un groupe de paragraphes supprimés, une sorte de brouillon formant sept alinéas que le rédacteur a rayés, après avoir tenté d'y préciser, anticipant sur la première partie, l'idée majeure dont elle constitue le développement. Je reproduis ici comme essentiels, en les marquant d'un chiffre, ces sept alinéas supprimés.

1. Aucune différence spécifique ne distingue l'idéalisme allemand de l'idéologie de tous les autres peuples. Cette dernière considère, elle aussi, que le monde est dominé par des idées (Ideen),que les idées et les concepts (Ideen u(nd) Begriffi) sont des principes déterminants,