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Maud Mannoni. Une autre pratique institutionnelle

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Maud Mannoni est une psychanalyste dont la renommée est internationale. Son œuvre a fait évoluer le regard porté sur l’enfance et l’adolescence en difficulté et son action dans le champ médico-social a interpellé les praticiens d’une génération sur les impasses d’une politique ségrégative et d’une conception adaptative. Bonneuil a été le lieu d’une contestation de l’ordre établi et en même temps l’expérience d’une approche nouvelle et exigeante de l’accompagnement et du soin, soutenue par la psychanalyse qui fait du sujet l’acteur de son devenir. Aujourd’hui cette approche peut nous servir d’appui pour penser humainement la praxis dans nos institutions.


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Maud Mannoni :
Une autre pratique institutionnelle
Romual AVET Avec la participation de Roselyne et Philippe Pétry
Présentation de l'ouvrage :Maud Mannoni est une psychanalyste dont la renommée est internationale. Son œuvre a fait évoluer le regard porté sur l’enfance et l’adolescence en difficulté et son action dans le champ médico-social a interpellé les praticiens d’une génération sur les impasses d’une politique ségrégative et d’une conception adaptative. Bonneuil a été le lieu d’une contestation de l’ordre établi et en même temps l’expérience d’une approche nouvelle et exigeante de l’accompagnement et du soin, soutenue par la psychanalyse qui fait du sujet l’acteur de son devenir. Aujourd’hui cette approche peut nous servir d’appui pour penser humainement la praxis dans nos institutions.
Auteurs :Romuald Avet est enseignant dans un centre de formation de travailleurs sociaux de la région parisienne, psychologue et psychanalyste. Avec la participation de Roselyne et Philippe Pétry qui ont travaillé à Bonneuil à partir de 1975 et durant plusieurs années.
Table des matières Introduction Les marques d’une formation Une pratique institutionnelle qui fait « symptôme » La subversion d’une écoute et d’une pratique analytique L’antipsychiatrie Un cadre et des repères structurants « L’institution éclatée » L’enfant, l’adolescent et le mythe d’un « ailleurs » Un Autre sur lequel on peut compter Les enjeux de la séparation Un travail analytique avec les familles Un espace de création Conclusion Bonneuil, quel avenir ? L‘ APPEL POUR L’AVENIR DE L’ÉCOLE
Au moment où je termine ce liv re nous venons d’apprendre la disparition de Jean Oury. C’est une douloureuse nouvelle même si son grand âge la laissait p résager. Avec lui s’en va un compagnon de route qui a éclai ré notre chemin. Jean Oury fut aussi un compagnon de Maud Mannoni et malgré leurs quelques divergences - jamais sur le fond- ils ont été nos maîtres et c’est à côté d’eux que nous avons appris à exercer cette fonction de l’accueil et de l’humanisation dans notre travail quotidien auprès des personnes en souffrance psychiques et sociales. Remercions Jean Oury de n’avoir jamais cédé sur son dési r, jusqu’au bout. « Ce qui empêche d’accéder à la vérité, ce n’est pas tant l’ignorance que ce que l’on sait déjà. Si on a des idées sur quelque chose, on a du mal à les transformer en d’autres idées, c’est ce qu’on appelle en analyse la résistance. Cela est vrai aussi pour les scientifiques. » Octave Mannoni (Figures de la psychanalyse n°9, Erès, 2004) « C’est en permettant à l’enfant de quitter les st ructures (scolaires, soignantes) pensées pour lui, mais non avec lui, qu’on le mettra de la façon la plus sûre en position de nous dire “ce qui est bon pour lu i”». Maud Mannoni (« Les exclus »,Les temps modernesn°340, Gallimard, 1974)
Introduction Maud Mannoni est unefigure incontournable de la psychanalyse, ses travaux dans le secteur médico- social lui apporteront une renommée internationale. Sa démarche clinique et institutionnelle s’inscrira dans le cadre de l’enseignement de Jacques Lacan, de la pratique de Françoise Dolto et de Donald Winnicott. Elle porte la marque de leur influence. C’est en arpentant un champ que les analystes avaient délibérément laissé à l’abandon, celui de l’arriération mentale, que Maud Mannoni entrera dans l’histoire de la psychanalyse en France. Pour Maud Mannoni, la rencontre avec cet enfant dit « arrié ré », laissé pour compte et prisonnier d’un verdict d’irrécupérabilité, est déterminante. Son combat pour une pratique et une politique de soin différentes, elle le placera sous le signe de la désaliénation. Demeurant fidèle dans ses engagements à ce pari, elle inventera les m oyens pour délivre r l’enfant ou l’adolescent de la prison dans laquelle il s’est enfermé ou dans laquelle on l’enferme en le condamnant à errer dans le circuit de l’inadaptation. Ses moyens, c’est à l’École expérimentale de Bonneuil qu’ils seront élaborés, avec une équipe dont la passion pour un tra vail clinique et institutionnel, même ap rès la mort de Maud Mannoni, ne s’est jamais démentie. L’expérience de Bonneuil à partir des années soixante-dix, dans un contexte somme toute réceptif au questionnement qu’elle soulève, est devenue une référence pour de nombreux praticiens. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. À une époque où l’on cherche à liquider l’héritage de ces années-là, où l’on accorde de moins en moins de place à l’innovation en matière d’éducation, où l’on se détourne de l’idée d’inconscient et de subjectivité, le travail de Ma u d Mannoni et sa critique féconde des structures et des pratiques institutionnelles est en train de s’effacer. Ce livre ne prétend pas cerner l’ensemble de l’œuvre analytique de Maud Mannoni, mais s’intéresse plus particulièrement à sa pratique institutionnelle. Il voudrait renouer le fil de cette expérience et redonner aux acteurs du travail médico-social l’envie de la découvri r, persuadé que les questions qu’elle pose à notre réflexion sont des plus actuelles.
Les marques d’une formation Maud Mannoni est nreée en Belgique en 1923. Elle passe son enfance à Ceylan (son pè est consul général des Pays-Bas) et gardera le souvenir d’un univers bercé par les contes où l’on apprend à parler aux serpents et aux corbeaux. Ce temps de l’enfance sera brutalement interrompu par un départ précipité de la famille en Europe et par une séparation traumatique d’avec sa nourrice, chaleureuse et tant aimée. L’enfant sortira de cet épisode doulou reux meurtrie, comme si tout son uni vers avait basculé d’un seul coup. Elle se défend en opérant une sorte d’anesthésie affective. « En quittant les Indes, j’ai, en effet, appris à exister en ne {1} vivant pas : je ne souffre pas vraiment, mais je suis intellectuellement endormie . » Maud Mannoni demeurera toute sa vie sensible aux effets de la séparation et à la violence destructrice qu’elle génère parfois chez les enfants qu’elle sera amenée à écouter et à soigner. Vivre sans affects est une manière de se mettre à l’abri de la souffrance psychique. Devenue adulte, à Bruxelles, c’est sous le signe d’une solidarité enseignante a vec la seule université qui fermera ses po rtes pour protester contre l’envahisseur Allemand, que s’effectuera sa propre formation, sur le tas, dans la marginalité. Étant en analyse, très jeune elle sera accueillie dans un service psychiatrique. « On m’y laisse, parce qu’on ne peut faire autrement, à cause de la guerre, une étonnante liberté et beaucoup d’initiative. Je me rends alors compte assez vite que le patient parle aut rement hors de l’asile que {2} dans les murs . » Avec les adolescents ps ychotiques et débiles dont personne ne veut, elle passe des journées entières dehors, dans les terrains vagues (à l’instar de Fernand Deligny) et forme avec eux une troupe de théâtre ambulant. « J’ignore pourtant à cette époque, à quel point poser la question du théâtre, c’est mettre en jeu celle du langage. Il s’agit en effet, pour ces enfants, non pas de retrouver une langue, mais de réveiller une nécessité de parole, de {3} cette parole d’avant les mots dont parle A rtaud . » Elle acquiert à la fin de la guerre une formation universitaire en criminologie et sera nommée analyste, membre de la Société Belge de Psychanalyse en 1948. C’est à Paris qu’elle se fixera définitivement sous les hospices de Françoise Dolto dont la rencontre décisive va déterminer en partie son parcours singulier. Elle se marie ave c Octave Mannoni qui est beaucoup plus âgé qu’elle. Il est ethnographe et psychanalyste, écrivain à l a Revue des Temps Modernes et arrive de Madagascar. En analyse avec Jacques Lacan, Octave Mannoni fut l’un de ses premiers compagnons et participera à la création de l’Ecole Freudienne de Paris. Il lui demeurera fidèle jusq u’à la fin de sa vie tout en gardant vis-à-vis de lui une indépendance certaine. Françoise Do l t o va initier son élè ve à la pratique de l’analyse d’enfants et plus particulièrement à la question de la débilité mentale et de l’arriération. Les analystes de l’époque ont exclu du champ de leur pratique le p roblème de l’arriération. Maud Mannoni s’y intéresse et se sent concernée par la souffrance e t l’enfermement de ces enfants. Elle démontrera qu’un abord psychanalytique de cette pathologie est possible à condition de
dedee joue à l’insu des protagonistes. Les troubles meurer sensible au drame familial qui s l’enfant colmatent dans certaines situations la souffrance psychique, voire la pathologie de l’un ou de l’autre des parents. Si l’enfant est un symptôme pour sa mère, soigner l’un ne peut pas s’envisager sans aider l’autre à se dégager dans l’inconscient d’une situation aliénante. Maud Mannoni va défendre ainsi la cause de l’enfant arriéré. En le considérant comme un sujet, elle tente de l’arracher à un destin asilaire et à un verdict d’irrécupérabilité. Elle rendra hommage à plusieurs reprises à Françoise Dolto, à cette femme hors du commun qui a su l’accueillir à son arrivée à Paris et l’accompagner dans ses premiers pas en tant qu’analyste. « L’analyse conduite par Françoise Dolto, laisse ouvert le rapport à l’imprévu, à la dimension du jeu et de l’humour. Dans sa pratique, elle n’applique pas des concepts préétablis. Elle traite l’enfant en personne responsable et autonome, et nous rend attentifs aux différentes positions de celui-ci, aux moments de tension conflictuelle dans lesquels il se trouve. Ce qui la guide, c’est son interrogation face au désir : par là, elle se distingue d’une certaine psychanalyse axée sur l’adaptation et la manipulation des valeurs du sujet. Elle rappelle aussi que le psychanalyste ne possède pas les clefs d’un rébus et qu’il s’agit moins, pour lui, de traduire les symboles que d’être attentif à ce que Ferenczi nommait « contexte » (et qui correspond à ce que j’appellerai, en 1967, le discours collectif tenu par les parents et l’enfant). En fait, Françoise Dolto excelle à traduire à l’enfant dans sa langue à lui (et de là où il est), ce qu’elle pense, elle, des effets de la situation familiale. Elle propose une construction, c’est-à-dire un morceau d’histoire...