//img.uscri.be/pth/6b23465b5f55c080373779248417fa79650af926
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Mayotte

De
130 pages
Afin d'aider le lecteur étranger à mieux épouser la culture comorienne de Mayotte, pour la première fois, un autochtone dévoile la véritable face cachée des coutume de son pays. Ni psychologue, ni antropologue, ni ethnologue, Nassur Attoumani connaît, cependant, la mentalité maoraise de l'intérieur. Dans cet essai, l'auteur de La Fille du polygame nous livre un témoignage inédit sur la richesse culturelle d'un peuple en pleine mutation socioculturelle.
Voir plus Voir moins

Mayotte: identité bafouée

(Ç) L'Hannattan,

2003

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris L'Hannattan, - France Italia s.r.I.

Via Bava 37 10124 Torino L'Hamlattan Hongrie Hargi ta u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-5038-9

Nassur ATTOUMANI

Mayotte: identité bafouée Essai

L'Harmattan

Déjà publié: La fille du polygame (théâtre) Editions L' Harmattan, Paris / 1992 - Collection Encre Noire Mayotte, l'île hippocampe (livre d'images) Editions Jacaranda, France / 1993
-

Le turban et la capote (théâtre) - Editions Grand Océan, La Réunion / 1997 Le calvaire l'Océan indien Nerf de bœuf(roman) - Editions L'Harmattan, Paris / 2000 - Collection Lettres de l'Océan indien Interview d'un macchabée (théâtre) - Editions L'Harmattan, Paris 2000 - Collection Théâtre des
cinq continents

des baobabs

(roman)

-

Editions

L'Harmattan, Paris / 2000 - Collection Lettres de

Contes traditionnels de Mayotte: Nos ancêtres.. .les

menteurs - Editions L'Harmattan, Paris 2003 Collection Légendes des Mondes

Essai sur quelques aspects de la culture maoraise à travers le recueil de contes: Contes traditionnels de Mayotte: Nos ancêtres ...les menteurs de Nassur ATTÜUMANI, aux éditions L'Harmattan.

Un faisceau de vérité au cœur du conte maorais

Avant propos

Si à Mayotte, les conteuses elles-mêmes affirment, sans complexe ni retenue que: «dans un village, tout mensonge prend sa source chez la vieille femme », l'auditeur est donc en droit de se demander dans quelle mesure, les contes nous ouvrent des pistes de réflexion sur la société traditionnelle, émettrice de cette littérature orale? Dans cet essai, mon objectif n'est pas d'analyser la morphologie du conte maorais, en plagiant le travail scientifique de Vladimir Propp. J'ai souhaité simplement, donner un éclairage nouveau aux éléments culturels attachés aux contes maorais. Ceci, afin d'aider le lecteur à mieux appréhender les interférences qui existent entre les contes et la société productrice et consommatrice de cette littérature orale qui, quoi que l'on dise, fait partie intégrante de la culture originelle des Maorais. Ici comme ailleurs, ces récits mystiques, mythiques et mystérieux sont le livre de la vie de tout un peuple. Car, chaque fable est, en elle-même, une parabole qui recèle à la fois, le patrimoine génétique et l'empreinte digitale de notre âme. En effet, de tout temps, cette tradition orale a permis d'éduquer, d'endiguer une jeunesse inexpérimentée, inculte, de transmettre des savoirs et des savoirfaire; et de réguler un équilibre social qui est loin d'être d'actualité aujourd'hui.

De toute évidence, afin de prévenir un conflit de génération, désormais inéluctable, dû à l'esprit de liberté incomprise car non maîtrisée, acquis à l'école républicaine et qui écartèle la famille maoraise entre tradition et modernisme, les pédagogues et les politiques devraient réfléchir en profondeur et avec beaucoup de recul et de discernement, sur la place de l'éducation traditionnelle et le rôle nouveau des parents autochtones, dans l'éducation de leurs progénitures, par rapport à la nouvelle donne qu'est l'afflux massif d'adolescents. Ces adolescents qui, de plus en plus, se trouvent ballottés entre des us et des coutumes séculaires, animistes et musulmans dont ils ignorent tout et que par conséquent, ils s'activent à rejeter et une culture cannibale occidentalisée qu'ils maîtrisent très mal, mais qui s'apparentent plus à la mondialisation du nouveau mode de vie de la jeunesse d'aujourd'hui.

10

I

- La symbolique

des contes

Les symboles choisis à travers le recueil de contes intitulés Contes traditionnels de Mayotte: Nos ancêtres ... les menteurs, sont l'expression profonde d'un creuset de civilisations maorais, arabe, malgache et africaine dont le ciment est, sans conteste, même pour les chrétiens et les catholiques originaires de Mayotte, la religion musulmane. En s'implantant aux Comores, cette dernière a su intégrer l'animisme local, c'est-à-dire, les coutumes antéislamiques. Par ailleurs, elle a mis en évidence les différentes formes de vie existantes et reconnues par toutes les civilisations, puisque dans les contes maorais, le monde visible et le monde invisible se côtoient sans discontinuité. En shimaorel le mot conte se traduit par hale qui signifie: jadis / naguère / longtemps. La tradition orale laisse entendre qu'au temps des prophètes, les anges et les djinns avaient la possibilité de se manifester aux hommes. Les premiers dont le chef de file est Djibril2 avaient pour mission de révéler le Verbe. Incarnés par Sheytwani (Satan) le Lapidé, les seconds essayaient de séduire

1 Shimaore : Mayotte est la seule île de l'archipel des Comores où il existe des villages dont la langue maternelle est le shÙnaore, le kibushi, le shingazidja et le shindzuwani. Toutes ces communautés possèdent des conteurs de très grand talent. Le français étant bien entendu la langue officielle en usage dans l' administration.
2

Djibril : l'Archange Gabriel.

les Envoyés de Dieu et leurs communautés respectives, afin de les détourner de la Voie divine. *[Nous n'avons envoyé, avant toi, ni Prophète ni apôtre, sans que le Démon intervienne, dans ses désirs.]* Coran - Sourate 22, verset 52. La discussion entre les uns et les autres était alors possible. D'ailleurs, selon les religieux, seul le prophète Soulaïmana3 avait obtenu de Dieu le don de comprendre le sens de chaque crissement et de chaque piaillement d'animaux. Ceci éclaire en partie pourquoi dans les contes, I'homme est si souvent confronté aux djinns et aux animaux. Dans cette confrontation, la profusion des grands thèmes, fondement des valeurs morales de notre société, abonde au tournant de chaque nouveau drame. Si d'un côté, à l'humour, la psychologie et l'observation se mêle toujours la morale, de l'autre la reconnaissance, la générosité et la bravoure flétrissent souvent la vantardise et l'arrogance. Ce qui différencie donc La Fontaine, Grimm, Perrault et les autres, du fabuliste et conteur maorais, c'est tout simplement la maîtrise de l'écrit. Dans les contes maorais, on parle tout aussi bien d'amour, de haine, de naissance, de mort, de mariage, d'adultère, de répudiation, de richesse, de pauvreté, d'entraide que de rois, de vizirs, d'amants, de djinns ou d'animaux. Du manque manifeste de dialogue entre parents et enfants, conjugué au désir constant des jeunes de s'identifier non plus aux personnages des contes locaux, mais aux héros occidentaux, par le
3 Soulaïmana : le roi Salomon 12

truchement de la télévision, il résulte donc une incompréhension réciproque qui met très à mal, la société moderne de notre île. Devant la montée d'actes de vandalisme, de vols et d'agressions multiples, par une population secouée dans ses fondements culturels, l'école occidentale semble dépassée. Aux yeux des anciens qui sont nourris et abreuvés de contes, les préceptes de liberté, de respect et d'égalité connus, à ce jour, ont littéralement explosé. Le manque de discernement de représentation d'une vie non palpable mais présente en nous, guette nos faits, gestes et paroles. Malheureusement, l'absence des veillées nocturnes, autour d'un conteur aguerri, cède du terrain à un phénomène de délinquance qui, telle une hydre, ne fait que développer ses tentacules, vecteurs de menace, sur toutes les différentes couches de la société et nous châtie à la moindre faiblesse. Parce que le poids du modernisme prime toujours sur le traditionnel, l'équilibre social maorais se trouve désormais, de plus en plus ébranlé et menacé par l'apport d'une mentalité extérieure et d'un mode de vie souvent inadapté à nos valeurs ancestrales. Il nous faut donc restituer les contes à leurs vrais destinataires, c'est-à-dire les enfants puisque, la force du conte réside dans la prévention pour une éducation plus appropriée car soutenue et entretenue par les vieux, garants d'une moralité séculaire. De .toute évidence, il existe donc un isthme qui relie le conte, en tant que littérature fictive à la réalité, en tant que vécu quotidien des humains. Et le héros, en sa qualité de symbole, est très vite associé à un personnage atypique du village. Très fréquemment, 13