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Médias et Citoyens dans la Ville

De
126 pages
Depuis l'Antiquité, c'est dans la ville que se réalise l'acquisition de la citoyenneté, notamment grâce à une large diffusion de l'information. Mais le monde change et la revendication citoyenne prend un sens nouveau. Ce livre est tout autant une réflexion sur le métier et les responsabilités publiques des journalistes qu'une invitation faite aux médias pour imaginer et mettre en oeuvre des formes nouvelles de médiation entre les citadins et les pouvoirs, qui soient porteuses de citoyenneté.
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MÉDIAS ET CITOYENS DANS LA VILLE

Collection C/IQlnpS Visuels dirigée par Pierre-Jean Benghozi, Jean-Pierre Esquenazi et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D.. télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techniques, publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme.

Dernières parutions
José MaURE, Vers une esthétique du vide au cinénza, 1997. René NOIZET, Tous les chenzÙzs I1lènent à Hollywood, 1997. Eric LE ROY, Camille de Morlhon, homme de cinéma (1869- 1952 J, 1997. Régis DUBOIS, Images du Noir dans le cinéma américain blanc (19801995), 1997. Ariel SCHWEITZER, Le cinélna israélien de la mode mité, 1997. Denis RESERBAT-PLANTEY, La vidéo dans tous ses états. Dans le secteur de la santé et le secteur social, 1997. Pierre-Jean BENGHaZI, C. DELAGE, Une histoire économique du cinémafrançais (1895-1995). Regards croisés franco-américains, 1997. Gérard CAMY, Sam Peckinpah, 1997. Eric SCHMULEVITCH, Une décennie de cinéma soviétique en textes (1919-1930). Le système derrière la fable. 1997. S. P. ESQUENAZI (dir), Vertov. l'invention du réel, 1997. Marie-Françoise GRANGE, Eric VANDECASTEELE, Arts plastiques et cinéma, les territoires du passeur, 1997. Henri AGEL, Le beau ténébreux à ['écran, 1997. Michel AZZO PARDI , Massimo Girotti: un acteur aux 100 visages, 1997. J. MOTfET, L'invention de la scène américaine. Cinéma et paysage. 1998. Roger ODIN, L'âge d'or du documentaire, Tl, T2, 1998. M.F. GRANGE, E. VANDECASTEELE, Arts plastiques et cinéma, les territoires du passeur, 1998. Jacques WALTER, Le Téléthon, 1998.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6564-1

Pierre Gras

MÉDIAS ET CITOYENS DANS LA VILLE
Essai

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

DU MÊME AUTEUR



L'autre Pérou; l'intégration indieJUle, mythe ou réalité? », éditions Fédérop, Lyon, 1981.

- « Amériques

sans visa; récits et reportages d'Amérique latine », L'Harmattan (colI. Logiques sociales), Paris, 1988.

- « La ville-arlequin; dix ans de murs peints dans l'agglomération lyonnaise» tives, Paris, 1989. (avec Yves Guélaud), Syros-Alterna-



Lyon 2010; une ville pour vivre et pour rêver », SyrosAlternatives, Paris, 1990.

- « Révélateurs de ville» (avec Albert Jaubert et François
Guy), Mardaga, Liège, 1995.

SOMMAIRE PRÉFACE
par Thierry Paquot A V ANT -PROPOS

page 9 page 13
page 17 page 23

INTRODUCTION
De la crise de la ville à celle des médias

I - LA VILLE COMME MÉDIA

TI- MÉDIAS ET CITOYENS: UN MALENTENDU FÉCOND?
III - MÉDIAS ET MÉDIATEURS CONCLUSION Quel devenir pour l'Homo mediaticus ?

page 55 page 77 page 99 page 103 page 111

NOTES BIBLIOGRAPHIE

PRÉF ACE
par Thierry Paquot
*

Un «événement» chasse l'autre un rythme effréné, un «fait divers» est diversement présenté et commenté, selon ce que le rédacteur en chef aura à se mettre sous la dent, une « actualité» ne dure jamais très longtemps; bref, il y a, dans l'univers des médias, une obsolescence de plus en plus accélérée de l'information. Le métier de journaliste exige un sens précis de la vérifica-

tion et une forte capacité à décrire avec le plus d'éléments
possibles une situation particulière. L'opinion du lecteur, pour s'élaborer, doit bénéficier des arguments du journaliste, de sa moisson de «faits », de son interprétation prudente et des questions qui demeurent ouvertes. C'est

un travail qui ne peut se satisfaire de l'à-peu-près, du « on
m'a dit », du « bon sens» qui coule toujours de source ou de l'évidence qui l'accompagne sQuvent. L'enquête journalistique demande avant toute chose du temps, pour l'investigation mais aussi pour la préparation du sujet, le choix de son «angle d'attaque », les enjeux qu'il contient, les risques qu'il dissimule, la lecture des travaux existants, la rencontre des spécialistes et des témoins, etc.; tout un ensemble qui permet au journaliste d'y voir clair et, ce faisant, d'éclairer le lecteur. Le journaliste est donc un «spécialiste» tout terrain qui doit se
et co* Thierry Paquot est rédacteur en chef de la revue « Urbanisme» producteur de l'émission « Permis de construire» sur France Culture.

9

faire « généraliste» et, réciproquement, un « généraliste»
qui se « spécialise» afin de rendre compréhensible par le plus grand nombre une information particulière. Etre démonstratif, persuasif, pédagogique, sans sombrer dans le pathos, le ton docte ou le misérabilisme (1).Tâche ardue et stimulante, sachant qu'il n'existe pas de sujet plus glorieux qu'un autre à l'aune de l'honnêteté intellectuelle. Ce « spécialiste» de la généralisation questionne sans arrêt, doute, re-questionne, se met en cause, cherche, et cherche encore. Mais comment passer d'un thème à un autre? La plupart du temps, le journaliste est amené, par l'organisation du travail dans la presse, à privilégier un domaine, qu'il arpente de plus en plus, de mieux en mieux, dont il connaît les pièges, les facilités, les mécanismes divers. Investlgare, en latin, contient l'idée de la «recherche », mais aussi de la « découverte» et de l'obstination à déchiffrer une situation. Ainsi l'enquête journalistique fait-elle appel à de nombreuses qualités qui sont antinomiques, le plus souvent, avec la vitesse de circulation des informations, la division technique du travail médiatique, les impératifs de rentabilisation à court terme, le renouvellement des thèmes pour maintenir en éveil le lectorat, etc. Le résultat est connu: l'enquête est approximative et l'analyse superficielle, ceci dans le meilleur des cas! Généralement, elle ne tient pas debout et comporte de nombreuses inexactitudes. Mais qui s'en rend compte? Qui conteste? Quelle « sanction» vient pénaliser le journaliste pressé? Après tout, le jour passe et le sujet appar-

tient déjà au passé. Certes, il existe le « droit de réponse»
et une rubrique « courrier des lecteurs », mais là encore, on ne sélectionne souvent que ce qui est d'actualité... Parmi les nombreuses sottises qu'il est loisible de collecter en regardant la télévision, en lisant le journal ou en écoutant la radio, on en trouve beaucoup concernant la ville et la politique urbaine. Que de lieux communs! Que de préjugés! Que de stéréotypes! Tenez, prenez le mot « ghetto» : que de contresens sont entretenus rien qu'en le mentionnant! L'expression «ghettoïsation», employée 10

n'importe
«

quartier en difficulté» (2),est devenue une maladie hon-

comment

pour

désigner

n'importe

quel

teuse aux origines variées. Comprendre la spécificité d'un conflit se déroulant dans le cadre d'une banlieue ne peut se satisfaire de quelques coups de téléphone ou d'une visite au pas de course de la cité en question. Il convient de mobiliser son réseau d'informateurs, de lire les études reconnues de qualité, de confronter les analyses, d'aller « sur le terrain» pour apprendre et non pour « faire vrai» (3).Un tel travail ne s'improvise pas, il résulte de tout un apprentissage et d'une « formation continue ». Le regard extérieur du journaliste d'investigation est indispensable pour départager les réactions - souvent passionnelles - des diverses parties en présence. ,Le journaliste doit se méfier également du « sens cornmun », des
mots piégés dont on use et qui nous abusent...
«

Le mot

ghetto », on l'a vu, est un bon exemple, mais il en va de même pour « banlieue», «violences urbaines» et même
pour «ville» (4). La précision ou la discussion à propos d'un terme participe à la clarification et par conséquent à la compréhension de tel ou tel « phénomène de société» et de la nécessaire comparaison avec d'autres situations dans d'autres pays. En écrivant cela, je ne confonds pas le travail du chercheur et celui du journaliste, qui cherche et indique un état des connaissances. L'un n'est pas le simple vulgarisateur de l'autre. Chacun a ses outils, ses contraintes et son éthique; mais les deux coopèrent à l'information qui est indispensable au débat démocratique. «Etre citoyen », c'est précisément s'intéresser de près à ce qui vous tient à cœur, à ce qui constitue votre vie quotidienne, à la parole de l'Autre, etc. Il est grand temps de réconcilier ces deux «mondes» et de dépasser les « clichés» que chacun se fabrique.

Dans le domaine qui nous occupe, la « ville », il est certain que le déficit d'une culture urbaine est important, pour ne pas dire plus. Rares sont les élus, les militants des mouvements associatifs, les agents communaux, les architectes, les urbanistes, les policiers, etc., qui possèdent une
Il

véritable «culture urbaine ». Or, sans un minimum de repères à partager, le dialogue s'épuise vite. C'est de tout cela dont nous parle Pierre Gras, de sa grande expérience de «médiateur », d'intermédiaire entre les chercheurs (trop souvent isolés dans leur laboratoire et guidés par leur carrière), les « fabricants de la ville» (qui veulent du «concret» et pas du «bla-bla» !), les élus (dont la réélection est toujours un horizon), les «habitants » (qui trouvent qu'on n'en fait pas assez pour eux) et les journalistes (qui cherchent le scoop, le spectaculaire, la catastrophe)... Après plusieurs années passées notamment à confectionner une lettre d'information (<< Ville et Communication») qui, justement, informait tous les acteurs de la ville, Pierre Gras, devenu journaliste spécialisé dans les « questions urbaines », intervient désormais aussi comme consultant. D'une activité à l'autre, il a voulu prendre le temps de réfléchir sur son expérience, évaluer ses actions passées, redéfinir sa conception du métier de journaliste, cerner les enjeux particuliers à la société urbaine. Une sorte de halte dans le tumulte des activités professionnelles. «Faire le point », comme dit le marin, afin de garder le cap vers de nouvelles aventures. Lisez cet essai où l'histoire d'une profession - qui naît en ville et est portée par elle - se mêle judicieusement à des exemples concrets, précis, récents, et où l'auteur

explore, avec plaisir semble-t-il, avec respect certainement, sans voyeurisme aucun, les « mondes» que la ville,
chaque ville, abrite. Lisez cet essai comme une contribution à une éd.ucation citadine et citoyenne. Lisez cet essai pour «entrer dans la ville» et mieux comprendre sa mécanique, plus compliquée encore que complexe...

Nota bene: les notes se trouvent en page 103.

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AVANT-PROPOS
Tout dans ce livre est emT!runté à la réalité, ce qui ne veut pas dire que ce soit là le réel à l'état brut; mettons que c'en est la meilleure approximation possible pour moi: un reportage même, à tout prendre, ne peut pas se dire vérité T!ure; et pas davantaRe l'objectif d'une caméra. Car enfin, (...) notre façon de percevoir, nos preJugés, le choix opéré par notre sensibilité, tout cela vient troubler le cristal du Vrai absolu.

Truman Capote, préface pour

«

Thedogsbark;

public people and private place» (1973).

Le lecteur ne trouvera pas ici, au risque d'être déçu, un historique complet des liens complexes tissés entre la presse et la ville, encore moins une relation exhaustive de l'évolution des quartiers de banlieue placés sous les feux des médias depuis près de vingt ans ou encore une analyse complète de la « politique de la ville» mise en
place dans les années 90. C'est un travail qui a été engagé avec une autre ampleur par nombre de chercheurs. Il s'agit en revanche de l'esquisse, forcément subjective,

d'un

« paysage urbain et humain»

fréquenté à l'occasion
sinon

d'une expérience personnelle et de missions professionnelles successives qui m'ont conduit d'un rôle d'observateur et de témoin à celui d'acteur,

- parfois

de fait

-

de

«

médiateur », dans les quartiers de plusieurs grandes
de

agglomérations françaises et dans un certain nombre métropoles étrangères. Je suis né en banlieue et discontinuer jusqu'à l'âge adulte. Ce viatique suffisant pour prétendre en originale, mais c'est un fait. Sans doute

j'y ai vécu sans n'est certes pas un tirer une réflexion cette origine, entre

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un père ouvrier et une mère institutrice, a-t-elle moins forgé chez moi une vocation de journaliste-prêt-à-courirle-monde, sorte de Rouletabille moderne à la recherche d'une improbable vérité universelle, qu'une forte conviction: celle selon laquelle une analyse rigoureuse de la réalité est liée à un minimum de pratique, de confrontation au vécu. Il peut sembler paradoxal, à

l'heure des « défis de la mondialisation» et du règne de la
« pensée unique» médiatique, de parler d'investigation et d'enquête, de proximité et de médiation, plutôt que d'universalité ou d'uniformisation de l'information. La plupart des médias ont tellement déserté le terrain de l'investigation que ce champ reste presque entièrement à labourer et s'avère rempli de cailloux! Mais il existe aussi des expériences réussies, en France comme à l'étranger, qui peuvent servir de base à une réflexion approfondie. Ensuite une pratique, professionne~le cette fois, d'une vingtaine d'années dans les villes d'Europe et d'Amérique latine" notamment, m'a appris - sans doute davantage que j'en avais conscience en la vivant au quotidien - la réalité plus générale de la ville, de ses quartiers, de ses banlieues (pas toujours aussi innommables qu'on a bien voulu les décrire), de ses contradictions apparentes ou plus profondes... On apprend en marchant - au sens plein du terme - dans la ville, en identifiant au fil des rencontres, des coins de rue, des bistrots, des terrains vagues comme des places - dans la ville classique, « les rues se jettent dans des places comme les rivières se jettent dans la mer », a écrit justement Bruno Goetz - le rythme d'une vie, des vies, qui font «l'urbanité» d'aujourd'hui, fut-elle parfois violente et conflictuelle!
-

Alors pourquoi persister, comme le font tant d'observateurs, souvent pétris de bonnes intentions, à ne voir dans ces morceaux de ville que des banlieues infor-

mes, des

«

non lieux» où des « non citoyens» feraient
d'Améri-

,. Cf Pierre Gras, « Amériques sans visa; récits et reportages que latine », L'Harmattan (coll. Logiques sociales), 1988.

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