Médias et communications sociales au Burkina Faso

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Depuis 10 ans, le champ de la communication en Afrique francophone a connu des mutations extraordinaires. A partir de la situation du Burkina Faso cet ouvrage étudie par le biais d'une approche socio-économique la production et la communication des messages d'information.Les auteurs étudient tout à tour la presse écrite, la radio, la télévision, le cinéma, le théâtre, la communication traditionnelle, les technologies de l"information. Voici une contribution à la définition d'une politique nationale cohérente et pertinente en matière de communication sociale.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
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EAN13 : 9782296325975
Nombre de pages : 342
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Médias et Communications sociales au Burkina Faso
Approche socio-économique de la circulation de l'information

Collection Education et Sociétés dirigée par Louis Marmoz
La collection Educations et Sociétés propose des ouvrages, nés de recherches ou de pratiques théorisées, qui aident à mieux comprendre le rôle de l'éducation dans la construction, le maintien et le dépassement des sociétés. Si certaines aires géographiques, riches en mise en cause et en propositions, l'Afrique subsaharienne, l'Europe du Sud et le Brésil, sont privilégiées, la collection n'est pas fermée à l'étude des autres régions, dans ce qu'elle apporte un progrès à l'analyse des relations entre l'action des différentes formes d'éducation et l'évolution des sociétés. Pour servir cet objectif de mise en commun de connaissances, les ouvrages publiés présentent des analyses de situations nationales, des travaux sur la liaison éducation-développement, des lectures politiques de l'éducation et, des propositions de méthodes de recherche qui font progresser le travail critique sur l'éducation, donc, sans doute, l'éducation elle-même... Dernières parutions Louis MARMOZ (sous la direction de), L'entretien de recherche en sciences sociales et humaines, 2001. Louis MARMOZ et Mohamed DERRIJ (sous la direction de), L'interculturel en questions. L'autre, la culture et l'éducation, 2001. Martine MAURIRAS-BOUSQUET, La place de l'éducation dans le phénomène humain, 2001. Gilbert TSAFAK, Comprendre les sciences de l'éducation, 2001. Ettore GELPI, Futurs du travail, 2001. Madana NOMA YE, Les politiques éducatives au Tchad (1960-2000), 2001. Françoise CHÉBA UX, L'éducation au désir, 2001. Francine VANISCOTTE et Pierre LADERRIERE, L'école: horizon 2020,2002. Alain MOUGNIOTTE, La démocratie: idéal ou chimère. ...Quelle place pour une éducation ?, 2002. Félicité MUHIMPUNDU, Education et citoyenneté au Rwanda, 2002. Ettore GELPI, Travail et mondialisation. Regards du Nord et du Sud, 2003. Pierre LADERRIERE, L'éducation comparée: un outil pour l'Europe, 2003. Micheline HERMINE, Les poulettes de la République, 2003. Georges BERTIN, Développement local et intervention sociale, 2003

Serge Théophile BALIMA Marie-Soleil FRERE

Médias et Communications au Burkina Faso

sociales

Approche socio-économique de la circulation de l'information

L'Harmattan
5-7, nIe de l'École-Polyteclmique

75005Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

~L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-4652-7

D'un des auteurs

FRERE Marie-Soleil, Presse et Démocratie en Afrique francophone, Les mots et les maux de la transition au Bénin et au Niger, Paris, Karthala, 2000.

Remerciements

Cette étude a été réalisée avec le concours de l'Agence Canadienne de Développement International (ACDI) et du Département de Communication et Journalisme de l'Université de Ouagadougou auxquels nous adressons nos sincères remerciements.
Nous tenons également à exprimer nos reconnaissances à l'Ambassade du Canada au Burkina Faso pour l'intérêt qu'elle a porté à cette étude tout au long de son déroulement en 1999-2000.

Nous remercions également les équipes d'étudiants enquêteurs qui nous ont assistés avec rigueur et assiduité.
Nous exprimons notre profonde gratitude au Ministère burkinabè de la Communication, au projet néerlandais MHO de l'UFR/LAC de l'Université de Ouagadougou, aux collaborateurs Firmin Gouba et Hamado Ouangraoua pour leurs soutiens multiformes dans le déroulement de l'enquête sociologique ainsi qu'à toutes les personnes qui ont permis la matérialisation de ce travail. Enfin, nous remercions Emmanuel Adjovi pour sa relecture du texte et le Professeur Louis Marmoz pour l'attention qu'il a bien voulu porter à cet ouvrage.

Introduction Première Partie L'entreprise médiatique au Burkina Faso: organisation et fonctionnement (par Marie-Soleil Frère)... 1. La presse écrite: une structuration difficile

13

17 19 20 27
37 47 56

1. Le statut de l'entreprise de presse écrite 2. Le personnel des entreprises de presse écrite
3. La diffusion de la presse écrite. . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . .... 4. Les outils et les coûts de production.. ... .. .. .. .. . ... . .. .... .. . . 5. Le financement de l'entreprise de presse.. .. .. .. . .. . .. .. .. . .. ..

2. La radio: diversité et spontanéité 1. Le statut de l'entreprise de radiodiffusion 2. Le personnel des entreprises radiophoniques. .. ...... ... ....
3. La diffusion radiophonique. .. ... ...... . .. ...... ... ... .... .. ....

75 75 86
101

4. Les outils et les coûts de production... ... ... ... 5. Le financement de l'entreprise radiophonique .. ..... .. .. 3. La télévision: un monopole de fait
1. Le statut de l'entreprise de télévision.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . . 2. Le personnel de l'entreprise de télévision ...
3. La diffusion télévisuelle... 4. Les coûts de production.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .. .. .. .. .. . . . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ...

109 117 145
145 148
149 152

5. Le financement de l'entreprise télévisuelle. .. ... ... ... .. . Conclusion de la première partie

154 159

Deuxième Partie L'accès à l'information: réception et consommation des messages (par Serge Théophile Balima) 1. Les publics de la presse écrite
1. La fréquence de lecture de la presse écrite. . . .. . . . . . . . . . . . . ..

161 163
163

2. Les lieux de lecture .. . .. ... . .. .. 3. Typologie socioprofessionnelle du lecteur. .. ... ... ... ... ... 4. Préférences et motivations des lecteurs... ... .. .. .. ... ... .... 5. Les coûts d'accès aux journaux.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . 2. Les publics de la radiodiffusion 1. La fréquence et les heures d'écoute...........................
2. Les langues d'écoute. ..........................................

164 166 167 169 173 173 175 178 179 181 184 191 191 196
197

3. Les lieux d'écoute..............................................
4. L'auditeur et la lecture de la presse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 5. Motivations et préférences des auditeurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 6. Les coûts d'accès à la radio. . . .. .. .. .. . . .. .. . .. .. .. .. .. .. .. ....

3. Les publics et la consommation télévisuelle 1. La fréquence de consommation.. .. .. .. .. .. .. .. .. ... .. .. .. ... . 2. Les langues de consommation télévisuelle... ... ... ...
3. Les lieux de consommation télévisuelle. . . .. . . . . . . . . . . . . . . ...

4. Préférences et motivations des téléspectateurs ... ... 5. Le téléspectateur et la consommation des autres médias... 6. Les coûts d'accès à la télévision 4. Les publics et leurs canaux d'information préférés

199 202 206 209 209 212 216 221

1. Les canaux d'exposition aux nouvelles 2. Les jugements des publics sur les différents canaux. .. .... 3. L'action des publics sur les médias. .. .. .. .. .. .. .. ... .. .. .. ... Conclusion de la deuxième partie 10

Troisième Partie Les autres moyens et lieux de communication (par Marie-Soleil Frère et Serge Théophile Balima)... 1. Le cinéma: le favori des jeunes 1. L'organisation de la diffusion cinématographique. ...... 2. La fréquentation cinématographique... ... 3. Les coûts d'accès au cinéma.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 2. Le théâtre: au service de l'information sensibilisation et de la

223 225 226 239 248

251 251 264 266

1. Organisation de l'offre théâtrale.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. 2. La fréquentation des représentations théâtrales 3. Les coûts d'accès au théâtre.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ... 3. Les réseaux de communication traditionnels: d'autres espaces publics 1. Le marché: un espace public d'intercommunication.... 2. Le cabaret: un espace-relais.. .. .. ... .. . .. .. .. ... .. . .. ... ... 3. Les réunions de proximité: solidarité et concertation.... 4. Les fêtes traditionnelles: occasions de communication.. 5. Les griots: la transmission culturelle de l'information..
6. Les cérémonies religieuses.. . .. . .. . .. . .. . .. . .. .. .. . .. .. . .. . 7. Les relations interpersonnelles et leur influence. . . . . . . . . 8. Les spectacles de danse populaire.. .. .. .. .. .. . .. .. .. .. .. . ..

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4. Les outils de communication de proximité: sensibilisation et formation 1. Contexte de développement et de production des OCP. ..
2. La diffusion 3. L'exposition des OCP. aux OCP. .. ... ... .. . ...... ... ... ... ... ... ... ... ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

291 292
297 302

Il

5. Les technologies de l'information et de la communication: la voie de demain? 1. Etat des lieux de la situation des TIC 2. Les coûts d'accès aux TIC 2. La consommation des TIC .. ... Conclusion de la troisième partie CONCLUSION GENERALE
Liste des acronymes.. .. . .. .. .. .. .. . .. . .. .. .. .. .. .. .. .. . .. .. . ...

305 .. .. .. .. . .. ... 306 312 317 321 323
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Bibliographie sélective

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INTRODUCTION

Depuis dix ans, le champ de la communication au Burkina Faso a connu des mutations extraordinaires: éclosion du pluralisme dans le secteur des médias, implantation des nouvelles technologies de l'information, multiplication des productions cinématographiques et théâtrales, intensification de l'utilisation de la communication dans les projets de développement. Aujourd'hui, le Burkinabè moyen est confronté quotidiennement à une multitude de messages d'informations provenant des sources les plus diverses. Après l'unanimisme de la période révolutionnaire, le temps est à la contradiction (parfois féroce), à la diversité, à la multiplicité des discours. A l'aube de ce nouveau siècle, il nous a semblé intéressant de pouvoir faire le point sur cette nébuleuse, mais en l'abordant par un biais qui n'est pas celui de l'analyse des contenus véhiculés par les différents médias et moyens de communication du Burkina Faso. La présente étude sur la socio-économie des médias et des communications sociales souhaitait, au départ, répondre à une des préoccupations essentielles exprimées lors du forum national sur la communication organisé en mars 1997 au Burkina Faso: cerner et analyser les aspects socio-économiques des médias et de la circulation de l'information dans la société burkinabè afin de permettre la définition d'une politique nationale cohérente et adaptée en matière de communication sociale, répondant aux besoins et moyens des populations burkinabè. Plus spécifiquement, nous souhaitions apporter des ébauches de réponses aux questions centrales suivantes. 1. Comment permettre aux médias de produire et de diffuser l'information au moindre coût à la fois pour les producteurs et les consommateurs? 2. Quels systèmes de production mettre en place pour assurer la survie économique et l'indépendance financière des moyens d'information? 3. Quels circuits de diffusion utiliser pour garantir l'accès de toutes les composantes de la société à l'information?

4. Comment évaluer le coût des communications sociales dans leurs modes de production et de diffusion de l'information au sein de la société en milieu rural et urbain? La présente étude s'est attachée à analyser les circuits de diffusion modernes et traditionnels sous la forme d'un marché ou plutôt d'un espace public d'échanges et de partage d'informations dont les modalités s'apparentent à des transactions. D'une part, véhiculer une information, la rendre publique par un moyen quelconque, a un coût que nous nous sommes efforcés de mieux cerner pour chaque vecteur considéré. D'autre part, l'accès à l'information et sa consommation représentent également un certain investissement qui n'est accessible qu'à ceux qui disposent du capital financier, intellectuel, culturel ou de la proximité géographique qui le permettent. Presse écrite, radio, télévision, cinéma, théâtre, communication traditionnelle, outils de communication de proximité et bientôt technologies de l'information: toutes ces structures de production et de diffusion des messages participent à un marché global et dessinent les contours d'une socio-économie de l'information. Les contraintes et les avantages liés à l'utilisation de chaque outil, le positionnement de chacun dans le flux des échanges permettent à tout producteur potentiel d'information de déterminer l'instrument qui lui semble le mieux adapté à ses objectifs et moyens financiers. Ainsi, en tentant de mieux cerner les conditions socioéconomiques de la production et de la réception des biens informatifs tant au niveau des médias qu'à celui des communications sociales, cet ouvrage a l'ambition de contribuer à une meilleure connaissance du marché de la consommation des médias et des communications sociales dans un contexte africain. Cet ouvrage se compose de trois parties. La première porte sur les entreprises médiatiques, vecteurs modernes de l'information. Journaux, stations de radio et de télévision se positionnent aujourd'hui dans un marché concurrentiel, libéralisé, où les impératifs de survie sont dominants. Il s'agira ici de les cerner non dans ce qu'elles apportent au débat politique ou 14

démocratique, mais en tant qu'acteurs plus ou moins structurés et organisés qui mobilisent des moyens humains et financiers au service de la circulation de l'information. Les données qui figurent dans cette partie ont été globalement obtenues au cours d'une cinquantaine d'entretiens réalisés, de juillet 1999 à janvier 2000, dans une dizaine de villes du Burkina Faso (Ouagadougou, BoboDioulasso, Ouahigouya, Pouytenga, Gaoua, Dori, Gorom-Gorom, Kaya, Fada N' Gourma, Banfora). Leur degré de fiabilité n'est donc pas absolu, d'abord parce que certaines données ont pu évoluer depuis lors sans que nous puissions en être informés, malgré un effort d'actualisation en 2002 ; d'autre part parce que les entreprises (et les entrepreneurs) sont généralement peu enclins à livrer ce type d'information à des personnes extérieures. En effet, outre que l'information économique est souvent considérée comme stratégique et donc confidentielle au sein de l'entreprise, les médias burkinabè sont souvent peu en règle avec le droit des entreprises, le droit du travail ou la fiscalité et ne souhaitent pas voir étaler au grand jour leurs fonctionnements internes. Toutefois, la photographie que nous proposons de la presse burkinabè reflète sans doute assez fidèlement les difficultés, atouts et espoirs des entreprises médiatiques africaines en ce début de XXIème siècle. La seconde partie de ce livre se penche sur l'accès à l'information et essaye de cerner les modalités de la réception et de la consommation des messages médiatiques par la population. Les publics ont-ils accès aux différents médias et dans quelle proportion? Les usagers des canaux d'information pratiquent-ils un mode de consommation exclusive ou cumulative? Les hommes et les femmes ont-ils un égal accès aux messages médiatiques? Les jeunes et les vieux aussi? Comment évaluer les coûts directs et indirects d'accès des populations aux médias? Pour ce volet, la méthode principale de recherche a été une étude statistique effectuée, en juillet et août 1999, dans cinq localités du Burkina Faso (Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Ouahigouya, Pouytenga, Gaoua) sur un échantillon de 641 personnes, visant à cerner plusieurs caractéristiques de l'environnement socio-économique des médias et des communications sociales. Le choix des 5 localités a obéi à des considérations socio-économiques, 15

socioculturelles et géographiques! et la composition de l'échantillon se conformait aux critères classiques de l'INSS. L'approche du sujet a consisté à appréhender les comportements des publics de façon globale en insistant sur les phénomènes de masse afin de mettre en évidence les conditions de consommation des médias modernes. Enfin, la troisième partie porte sur les autres lieux et moyens de communication qui, à côté des médias modernes, jouent un rôle essentiel dans la circulation de l'information au Burkina Faso. Le cinéma et le théâtre d'intervention sociale d'une part, modes artistiques de transmission de l'information, restent très présents dans le pays. Les espaces de communication traditionnels (fêtes, réunions de proximité, marché, cabarets...), qui jouaient jadis un rôle fondamental dans la circulation de l'information, offrent toujours aujourd'hui des espaces publics de discussion et d'échange d'informations. La communication participative, développée par les nombreuses ONG de développement présentes dans le pays et les technologies de l'information et de la communication (TIC), toutes récentes, constituent également des instruments précieux pour l'avenir de la communication au Burkina Faso.

1 Ouagadougou est la capitale politique et administrative et le centre de l'ancien empire mossi; Bobo-Dioulasso, seconde ville du pays, centre économique important et dominée par les Bobos et les Dioulas ; Ouahigouya, ville moyenne du Nord du pays, proche de la frontière malienne; Gaoua, localité du Sud-ouest proche du Ghana et de la Côte d'Ivoire; Pouytenga, deuxième marché du Burkina, centre commercial cosmopolite. 16

Première Partie
L'entreprise médiatique au Burkina Faso: organisation et fonctionnement
Par Marie-Soleil Frère
Le processus de démocratisation, inauguré par l'adoption de la nouvelle Constitution le 2 juin 1991, a entraîné la garantie légale de la liberté de la presse au Burkina Faso. Cette période a été caractérisée par un renouvellement législatif dans tous les domaines et, plus spécifiquement, dans le secteur des médias qui se sont vu dotés d'un nouveau cadre juridique. Une nouvelle loi sur la presse (Code de l'Information), plutôt libérale, a été adoptée en 1993 et un Conseil Supérieur de l'Information, instance de régulation dite indépendante, a été mis sur pied en 1995. En dehors de la télévision nationale, qui est restée longtemps en situation de monopole de fait, les autres médias évoluent à présent dans un contexte de concurrence même si les entreprises privées sont souvent encore de petite taille. Aujourd'hui, le principal défi à relever pour les médias burkinabè ne semble plus celui de la revendication de la liberté d'expression, mais bien celui de l'indépendance économique et de la structuration en entreprise. Il s'agit de sortir de l'amateurisme spontané et de réussir à se positionner dans un marché qui impose de nombreuses contraintes. Les médias constituent, même dans un pays sous-développé, des produits d'organisations industrielles Gournaux, radio, télévision, cinéma) qui nécessitent à la fois des matières premières, des ressources financières et humaines et des infrastructures de production. Dans cette première partie, il s'agira de présenter la structure socio-économique de la production des moyens modernes de diffusion de l'information dans le contexte burkinabè, de décrire les modes d'organisation des entreprises de

presse, de radio, de télévision, de mettre en évidence les facteurs qui favorisent ou entravent leur développement respectif. Cinq éléments apparaissent comme cruciaux pour la structuration et de la consolidation des médias burkinabè : le statut légal de l'entreprise, la qualité et la quantité de son personnel, ses capacités de diffusion, son patrimoine technique et ses coûts de fonctionnement et, enfin, ses modes de financements. Aussi, c'est à travers ces cinq thématiques, chacune recouvrant des avancées, mais aussi des freins et des blocages, que nous allons observer les entreprises de production de l'information de ce pays. Dans cette étude nous présentons les différentes facettes des médias burkinabè, en nous restreignant toutefois à un échantillon représentatif. Pour la presse écrite, nous présenterons les journaux d'information paraissant de manière régulière et disposant des plus forts tirages. Nous avons tenu à intégrer les journaux de province et ceux en langues nationales qui présentent des profils spécifiques susceptibles de diversifier la perspective2. Dans le domaine de la radio, nous avons sélectionné une vingtaine de stations présentant des statuts différents (radios publiques, privées, commerciales, associatives, confessionnelles) et situées sur toute l'étendue du territoire. Enfin, pour la télévision, à côté de la station nationale, nous avons veillé à intégrer les données disponibles concernant les trois tentatives de mis en place, avant 2002, de stations privées ou confessionnelles, même si ces expériences ont avorté ou gardent une portée limitée.

2 Pour une présentation générale et concise de ces organes, voir SOME Sié Offi, Information et Média : Economie de la profession, Ambassade du Canada, Appui aux Communications sociales au Burkina Faso, mars 1998. 18

1.

La presse écrite: une structuration difficile

L'histoire de la presse écrite burkinabè tranche avec celle des pays d'Afrique de l'Ouest. En effet, contrairement aux pays voisins, qui n'ont expérimenté, après les indépendances, que le monopole étatique sur les médias, Sénégal excepté, le Burkina Faso a joui, à partir des années 1970 et jusqu'à la Révolution de 1983, d'une relative liberté de presse ayant permis l'éclosion de quelques titres privés d'information. Si cette diversité s'est éteinte en 1984, moment où les locaux du dernier journal privé ont été incendiés, elle a resurgi avec force dans la foulée du processus de démocratisation initié au début des années 1990. Des dizaines de journaux privés ont alors vu le jour, aux périodicités, formats et vocations éditoriales les plus contrastés. La plupart ont toutefois été créés de manière spontanée, sans étude préalable de marché, sans provisions pour risque et sans comptabilité structurée. Très vite, leur budget initial a été consommé et les revenus de la publicité et des ventes n'ont pas permis de poursuivre la parution. Dix ans plus tard, le paysage de la presse écrite s'est écrémé et stabilisé, une importante frange de ces titres" spontanés" ayant péri ou ne paraissant plus que de manière sporadique3. Début 1999, la presse écrite burkinabè a connu un second printemps, suite à l'assassinat, le 13 décembre 1998, du journaliste Norbert Zongo, qui a entraîné un mouvement de contestation sociale sans précédent. Pendant quelques semaines, certains titres disparus depuis des années ont refait surface (Bendré, L'Intrus, Afrique le Jour...) et d'autres ont été créés (San Finna, L 'Hebdomadaire du Faso). Aujourd'hui, cet élan s'est à son tour émoussé, la plupart de ces titres neufs ou ressuscités n'ayant pas survécu. Même si le rythme s'est sérieusement ralenti, des journaux continuent à se
3 Dominique NIKIEMA et Luc Adolphe TIAO estiment à 74 % le taux de mortalité des titres burkinabè (in La presse écrite publique et privée, les infrastructures d'impression et l'Agence d'Information au Burkina, Rapport Projet TCP / BKF Politique nationale de communication pour le développement, Ouagadougou, avril 1999, p. 20). 19

créer au Burkina Faso: parmi les initiatives les plus récentes, apparues en 2001, on retiendra le mensuel de réflexion L 'Evènement et l'hebdomadaire d'opinion Labor. Le paysage actuel de la presse écrite se compose donc de journaux d'information généralistes (quotidiens) et de journaux spécialisés (généralement périodiques) : presse satirique, sportive, confessionnelle, culturelle, scientifique, institutionnelle, politique, économique ou d'opinion. En outre, des titres en langues nationales existent dont certains ne se veulent pas ex.clusivement tournés vers l'information de développement rural. Comme dans les pays voisins, la presse burkinabè est concentrée essentiellement dans la capitale. Une étude récente montrait que, sur les 300 titres déclarés depuis 1989 au Burkina Faso, sept seulement l'ont été au parquet de Bobo-Dioulasso, pourtant seconde ville et capitale économique présumée du pays.4 Si les titres de presse ont été les porte-voix du nouveau pluralisme politique et de la diversité des opinions, ce sont les contraintes économiques, bien plus que les entraves politiques, qui ont freiné leur développement ou entraîné leur disparition. Aussi, c'est à travers cette perspective de la survie économique et de la consolidation d'entreprise qu'il nous paraît pertinent d'en aborder les contours actuels. 1.1 Le statut de l'entreprise de presse écrite

Le premier facteur qui permet la consolidation d'une entreprise de presse est le choix d'un statut juridique clair. Dans un contexte de libéralisation globale, les médias doivent reposer sur une existence légale, sortir de la clandestinité qui est encore la leur dans certains pays d'Afrique, comme le Togo où rares sont les titres qui disposent d'un récépissé, et adopter une forme sociale appropriée à leurs ambitions.

4

NIKIEMA

Dominique

et TIAO Luc Adolphe, op.cit. p.19.

20

Entreprise

individuelle

La plupart des journaux privés burkinabè reposent sur un capital privé individuel: c'est le cas de L'Observateur Paalga, Le Pays, Le Journal du Jeudi, L'Indépendant, Le Matin, L'Express du Faso, Libération, La Voix du Sahel, L'Evènement... Cette option reflète bien la grande « personnalisation» de l'entreprise de presse africaine en général et burkinabè en particulier. Fréquemment, le directeur-fondateur du titre en est aussi le propriétaire exclusif, ce qui n'est pas le meilleur gage de sécurité financière ni de pérennité pour le journal. L'Observateur Paalga, par exemple, est fortement attaché à la personne de son fondateur. Héritier de l'ancien Observateur créé en 1973 par Édouard Ouédraogo, ravagé par un mystérieux incendie (attribué au pouvoir révolutionnaire) en 1984 et ressuscité en 1991, il constitue toujours une entreprise individuelle quoique, dans la réalité, son statut se présente de plus en plus comme celui d'une Sarl (Société anonyme à responsabilité limitée). L'investissement de base nécessaire au lancement du journal a été possible grâce à l'apport personnel de Martial Ouédraogo, opérateur économique et frère du directeur. La résurrection en 1991 est intervenue grâce à la prime d'assurance versée au journal après l'incendie des infrastructures du premier titre. C'est le doyen des quotidiens privés et il jouit d'un grand prestige dû à sa trajectoire particulière. Certaines de ses rubriques constituent de véritables institutions pour le fidèle lecteur: ainsi, "La Lettre pour Laye" et le "Soliloque de Nobila Cabaret", paraissant chaque vendredi. La maison édite aussi un hebdomadaire, L'Observateur Dimanche, axé sur les loisirs et les informations de détente. Le Pays, l'autre grand quotidien privé du Burkina Faso, est né en octobre 1991 : c'est également une entreprise individuelle, issue d'un financement personnel du directeur, Boureima Jérémie Sigué. Ancien journaliste de la presse d'État, jadis directeur de l'hebdomadaire gouvernemental Carrefour Africain, son promoteur a connu des déboires avec certains acteurs de la Révolution d'août 1983 qui l'ont conduit à s'exiler en Côte d'Ivoire pendant de nombreuses années. A la faveur de l'ouverture 21

démocratique amorcée en 1990, il a regagné le Burkina Faso et lancé son quotidien privé, avec l'aide d'hommes de médias du secteur public. Les Éditions Le Pays ont diversifié leurs supports et produisent également, depuis 1996, un hebdomadaire de détente (Évasion) et un mensuel de conseils pratiques (Votre Santé). L'Express du Faso, quotidien né à Bobo-Dioulasso en 1999, est également une entreprise individuelle. Toutefois, son propriétaire, Yacouba Barro, opérateur économique important, a délégué la direction de la publication à un jeune journaliste professionnel, Mountamou Kani. Les hebdomadaires semblent plus encore liés à la personnalité de leur initiateur. Ainsi, L'Indépendant, créé en juin 1993, est toujours une entreprise individuelle au nom de Norbert Zongo, assassiné en décembre 1998. Il est en passe d'évoluer vers un statut de Sarl quoique les nouveaux responsables de la rédaction disent rencontrer quelques réticences du côté de la famille du défunt. L'ancien directeur exerçant également des activités touristiques de chasse sportive, la distinction comptable entre les deux secteurs d'activité n'était pas, de son vivant, facile à établir, ce qui semble contribuer au caractère problématique de la succession. L'Indépendant, hebdomadaire engagé d'investigation, présente toutes les caractéristiques d'un organe d'opinion, sans concession vis-à-vis du pouvoir en place. La mort tragique de son directeur de publication a décuplé le mythe de son organe de presse et a créé, du même coup, les conditions d'une revendication sociale d'une ampleur jamais exprimée dans le pays. Le Journal du Jeudi, surnommé JJ, premier (et aujourd'hui seul) organe satirique du pays, a été fondé en août 1991 par Boubakar Diallo. Entreprenant, son promoteur s'est taillé une place dans l'espace médiatique burkinabè en usant avec dextérité de l'humour et de la critique, s'appuyant sur de talentueux caricaturistes. En avril 2000, Boubakar Diallo a lancé un quotidien d'information, 24 Heures, qui a vécu 18 mois avant de disparaître, victime de l'étroitesse du marché. En mai 2001, les principaux animateurs de JJ se sont impliqués dans la création du Marabout, un mensuel satirique à vocation régionale qui repose sur une association et ne fait donc pas partie, administrativement, du 22

groupe JJ. Ce dernier a cependant dû suspendre sa parution en octobre 2002, montrant bien la difficulté de se positionner sur un créneau régional. Le Matin est un hebdomadaire édité à Bobo-Dioulasso (même s'il est monté et imprimé à Ouagadougou), depuis 1992, par Florent Bonzi. Son contenu, souvent controversé dans certains milieux (et qui a amené son directeur devant les tribunaux à plusieurs reprises), lui donne un caractère tantôt provocateur tantôt frondeur. Irrégulier, il reste intéressant car il constitue une des rares initiatives de presse régionale. La Voix du Sahel, mensuel, est également une entreprise individuelle, mais qui a été créée dans des circonstances très particulières. Le journal a été, à ses débuts, liés au Projet Sahel Burkinabè - Pays-Bas (PSB), un projet implanté à Dori, dans le nord du pays, voué au développement de la zone sahélienne et où travaillait son éditeur, Prométhée Bako. Le PSB avait alloué un fonds à la rédaction d'un journal rural en langues locales. Vu l'absence de personnel compétent pour le rédiger, l'idée d'une publication en français a été soumise à la direction du projet qui l'a acceptée, à condition que le journal en langues locales voit le jour un an après la parution de celui en français. Un titre en fulfuldé paraîtra effectivement, mais pour mourir presque aussitôt, condamné par l'étroitesse du marché potentiel. Le journal en français a, quant à lui, survécu et s'est mué en entreprise privée: il est aujourd'hui le seul organe non confessionnel paraissant en français hors de Ouagadougou (où il y est imprimé) et de BoboDioulasso.
Société à responsabilité limitée (Sarl)

La Sarl paraît être « la forme juridique la mieux adaptée à la forme et à l'objet de la plupart des journaux privés africains »5, pourtant, à ce jour, très peu d'entre eux l'adoptent. Le premier à faire ce choix a été Le Journal du Soir, édité par une Sarl ("Le
5

FRA Daniel et NGANGUE Eyoum, Créer, gérer et animer une publication, Paris, GRET, 1998, p.88. 23

Temps du Burkina", au capital de 2 millions de francs CFA6), dirigée d'abord par Jean Modeste Ouédraogo, Ingénieur de radio et télécommunication, puis par Issa Tapsoba, opérateur économique. Il est né en octobre 1993 avec pour double vocation d'être un quotidien du soir et d'avoir une couverture "ouest-africaine". Toutefois, il n'est parvenu à s'affirmer ni dans sa spécificité temporelle (les habitudes de lecture y semblent réfractaires), ni dans sa particularité spatiale (il traitait essentiellement des événements burkinabè et était très peu diffusé hors du Burkina Faso). Ce quotidien, de bonne facture, a toujours été confronté à un problème d'image lié au fait que l'intelligentsia nationale ne le créditait pas d'une totale indépendance par rapport aux tenants du pouvoir en place. Son rédacteur en chef était d'ailleurs toujours un contractuel issu du ministère de la Communication en disponibilité au Journal du Soir. Ne parvenant pas à se positionner sur le marché, il a cessé de paraître en 2001. D'autres journaux burkinabè, d'importance plus marginale, présentent le même type de statut: L'Opinion, créé en 1998 et dirigé par Issaka Lingani, est un hebdomadaire engagé qui soutient les positions du pouvoir en place. Le Nouvel Ouragan, hebdomadaire d'opinion très irrégulier, versant dans le sensationnalisme, évolue sous la direction de Issa Lohé Konaté. D'une manière générale, on ne constate aucune différence de gestion entre les Sarl et les entreprises unipersonnelles ; ce qui montre bien que les implications de ces différents statuts juridiques ne sont pas entièrement maîtrisées.
Etablissement public à caractère administratif (EP A)

Créé en 1984, Sidwaya est le quotidien des Éditions Sidwaya qui constituent, avec l'Agence d'Information du Burkina (A.LB.) et l'Imprimerie Sidwaya, l'Office national de l'Information et des Editions Sidwaya. Après avoir été longtemps
6 Pour des raisons de lisibilité, nous utiliserons, pour désigner la monnaie en cours au Burkina Faso, le franc CFA, l'abréviation f.CFA. Un f.CFA équivaut à 0,01 franc français.

24

un simple démembrement du ministère de la communication, les Éditions Sidwaya, ont évolué, en 2001, vers un statut d'autonomie administrative et financière. L'objectif est «d'accorder une plus grande autonomie de gestion aux organes de presse d'État afin qu'ils puissent jouer efficacement leurs missions de service public. »7 Cette mutation, en cours dans la plupart des autres pays d'Afrique francophone, implique des changements autant en terme d'organisation de l'entreprise qu'en terme de ligne éditoriale. Certains journaux, comme Fraternité Matin à Abidjan (complètement autonome financièrement depuis des années) ou Le Soleil à Dakar, ont déjà progressé de manière remarquable et devraient emmener dans leur sillage les autres journaux "publics" de la région (Le Sahel du Niger, L'Essor du Mali, La Nation du Bénin...) dont la mutation administrative ou éditoriale tarde à s'effectuer. Le quotidien Sidwaya reste, dans son contenu, essentiellement tourné vers l'action gouvernementale et est considéré par l'opinion publique comme inféodé au pouvoir en place, en dépit d'efforts récents pour s'ouvrir au pluralisme des opinions et positions. Disposant de l'équipe de rédaction la plus fournie en journalistes professionnels, il est confronté à un problème de mobilité et de motivation du personnel ainsi qu'à des difficultés financières. A la recherche d'une identité nouvelle, il s'est adjoint deux autres titres périodiques aux contenus moins politiques Sidwaya Magazine et Sidwaya Sports et songe à lancer un support en langues nationales.
Statut associatif

Les journaux en langues nationales sont généralement liés à des associations ou à des projets de développement8.
7

"O.N.E.S.: Etude de transformationen E.P.A.", Cabinet ACECA International,

septembre 1998, p.4. 8 La presse en langues nationales qui se veut souvent une réaction au caractère citadin et élitiste (car francophone) de la presse écrite burkinabè reste peu développée. Sur les 23 titres recensés (dont une dizaine à Ouagadougou), seuls Sooré et Laabaali semblent avoir une parution régulière. 25

Laabaali, créé en 1992, est une émanation de l'O.N.G. Tin Tua, fondée et dirigée par Benoît Ouoba, basée à Fada N'Gourma et active dans le domaine de l'alphabétisation en pays gourmantché. Le journal constitue donc un outil nécessaire à l'exercice et à l'entretien des compétences de l'alphabétisé gulmancemaphone. Basé sur le principe de l'auto-promotion paysanne, il traite non seulement d'agriculture et de développement, mais aussi de culture, de société et de faits divers. Comme le constate un rapport d'expert, son appartenance à une institution de développement n'en altère pas la qualité éditoriale9. Il jouit d'une grande audience sur l'ensemble du pays gulmu (région Est du Burkina et zones frontalières du Niger, du Bénin et du Togo). Vendu presque exclusivement sur abonnement, sa diffusion témoigne d'un véritable succès. Par ailleurs, Laabaali a su ouvrir ses colonnes aux lecteurs alphabétisés qui y pratiquent une véritable communication participative à travers des écrits, des conseils et recettes dans tous les domaines de l'activité sociale. Autre journal en langue nationale préoccupé par l'information générale, Sooré, mensuel édité à Ouahigouya, est l'héritier d'un ancien bulletin de liaison trimestriel du Centre de Formation et de Production Agricole (C.F.P.A.), transformé en outil pour les alphabétisés mooréphones et financé, depuis 1995, par le Programme Alpha (Coopération suisse). N'étant pas lié à une association de développement précise, son statut se rapproche plus de celui d'une entreprise privée financée par un bailleur de fonds, mais il n'est toutefois pas encore véritablement défini. Si, à sa création, Sooré affichait des objectifs de promotion de l'alphabétisation, de formation des producteurs et d'échange d'idées, ces buts ont été « réactualisés avec l'évolution du contexte du Burkina Faso, marqué par des questions politiques, économiques, sociales, culturelles et éducatives.» 10 Dans le numéro de juillet 1999, une traduction en mooré du rapport de la
9

OUA TT ARA Souleymane

et POUY A André-Marie,

"Rapport

sur l'évaluation

de Sooré et compte-rendu de l'atelier d'approfondissement et de relance de Sooré et de réflexion pour la création d'une publication des organisations paysannes",
Ouagadougou,

10OUA TTARA Souleymane et POUY A André-Marie, op.cit., p. 24. 26

février

1999,

Coopération

Suisse

- Programme

Alpha,

p. 29.

Commission d'enquête indépendante sur l'assassinat du journaliste Norbert Zongo a été publiée et le journal a écoulé rapidement tout le tirage de cette édition. L'expérience de Sooré démontre bien qu'il existe un intérêt pour l'information politique écrite en langues nationales, même si, traditionnellement, on estime que ce type d'information est plutôt du ressort de la radio. 1.2 Le personnel des entreprises de presse écrite

Toute entreprise qui dispose d'une stratégie de développement adopte une politique de gestion des ressources humaines adéquate. D'une manière générale, cette vision fait défaut dans la plupart des entreprises de presse burkinabè qui cherchent avant tout à assurer la publication de leur titre de manière régulière avec des dépenses contenues et donc des ressources humaines limitées ou peu coûteuses. Les situations sont extrêmement variables d'une rédaction à une autre, comme le montre le tableau ci-dessous qui reprend un échantillon de 12 Journaux.
Tableau n° 1 : Le personnel des entreprises de presse écrite en 1999
Organe Directeur (formation) Sidwaya Issaka Sourwema (Journaliste) nombre d'employés de l'entreprise 77 personnes dont 3 Direction 35 rédactions 26 imprimerie 13 administration 50 personnes dont 5 opérateurs de saisie, services de production, services techniques et administration 52 personnes dont administrati on, imprimerie, représentations de province et d'Abidjan

j.p.
19 3

pig.

niveau de formation des journalistes

- 30 CFPI (Centre de Formation des Professionnels de l'Information)
(non diplômés journalisme)

15

3

- Universitaires

L'Observateur Edouard Ouédraogo (Enseignant)

en

Il

10

- 3 universitaires
diplômés en journalisme

Le Pays Boureïma 1. Sigué (Journaliste)

- autres

universitaires

27

Le Journal du Soir Victor Sanou (Journaliste)

L'Express du Faso Yacouba Barro (Dir.) Mountamou Kani (Journaliste) Le Journal du Jeudi Boubakar Diallo (Ecrivain) L'Indépendant Liermé D. Somé (Journaliste)

25 personnes dont services de saisie, de secrétariat, de comptabilité et service commercial 13 personnes dont 3 serv. commercial 4 serv. technique

12

3

2 diplômés journalisme

-

en

- des universitaires formés sur le tas 6

- CESTI
(rédacteur

de Dakar en chef)

- licence universitaire

Le Matin Florent Bonzi (Enseignant) Libération Hamed Zerbo (Autodidacte) La Voix du Sahel Prométhée Bako (Documentaliste) Soore Boureima Ouédraogo (Linguiste) Laabaali Benoît Ouoba (Linguiste)

8 personnes dont 4 administratifs 1 comptable 1 gardien 16 personnes dont 1 comptable 1 chef administratif 1 caissier 6 distributeurs 2 recouvreurs 8 personnes (cumulent la rédaction et l'administration) 1 personne (fon dateur -directeur)

2

5

- 1 autodidacte - 1 économiste - 1 journaliste CESTI - 2 licenciés en droit - 1 licencié en
sociologie

5

2

- 1 dessinateur
8

- 1 professeur
français

de

- niveau
1 3

baccalauréat

- autodidacte
divers

5 personnes (cumulent la rédaction et l'administration) 7 personnes dont 1 chef administratif 1 secrétaire 1 gardien 6 personnes dont 1 secrétaire 1 coursier

5

4

20

diplômés de l'alphabétisation

-

4

38

- 1 maître - 3 niveau

en histoire BEPC (Brevet d'études du premier cycle)

6 personnes dont 4 1 secrétaire L'Evènement (2001) Germain Nama 1 coursier (Professeur) j.p. = nombre de journalistes permanents dans l'entreprise pig. = pigistes, collaborateurs, correspondants (y compris occasionnels)

5

- Maîtrise

les illustrateurs

et photographes

28

En dépit des diversités de situation, on observe certaines constantes.
Le poids personnel du directeur

La personnalité du directeur constitue un facteur d'importance capitale dans la majorité des titres de la presse burkinabè. En effet, la plupart des journaux sont dirigés par un directeur-fondateur qui coiffe simultanément la rédaction et les services administratifs, techniques et de gestion. Ces figures de la presse ne sont généralement pas des journalistes diplômés, hormis pour certains quotidiens. Dans la plupart des quotidiens, le directeur exerce en même temps des fonctions administratives et éditoriales (Le Pays, L'Observateur Paalga, Sidwaya). Dans d'autres, le propriétaire n'est pas impliqué dans le travail rédactionnel de l'organe de presse (Le Journal du Soir, L'Express du Faso). Par contre, en ce qui concerne les périodiques (L'Indépendant, Le Journal du Jeudi, Bendré, L'Opinion, L 'Evènement...), le directeur cumule systématiquement des fonctions d'administration, de direction et même d'animation de la rédacti on.
Les équipes restreintes

La plupart des titres, le quotidien d'État excepté, reposent sur des équipes très peu fournies, parfois trop restreintes pour garantir un travail de qualité. Comment peut-on assurer le bon niveau d'un quotidien de plus de 16 pages avec Il journalistes permanents seulement? Surtout si ces rédacteurs sont amenés à produire pour d'autres titres du groupe... Les journalistes se trouvent obligés de travailler à un rythme soutenu, relisant peu leurs papiers. Les journaux sont dès lors souvent truffés de fautes d'orthographe, d'autant plus qu'aucune rédaction n'est, à ce jour, informatisée. Le travail de saisie est donc confié à des "opératrices" qui tapent les textes manuscrits sans réel souci d'exactitude et parfois même sans un niveau de discernement suffisant. 29

Les journalistes disposent de trop peu de temps pour pouvoir mener de réelles investigations, se documenter et concevoir des dossiers de fond. Le traitement de l'information devient donc purement factuel et superficiel. De plus, les journaux puisent largement, pour remplir leurs pages, dans les productions venues de l'extérieur, qu'il s'agisse de communiqués de presse des différents ministères, institutions ou organismes ou de "features" fournis par des producteurs d'information tels M.F.I., Altercom, SYFIA, ou encore des dépêches d'agences, A.LB. et A.F.P.11 La production interne se résume bien souvent au compte-rendu de l'actualité de la capitale, assorti de quelques billets d'humeur, relayant souvent des rumeurs et de contributions extérieures sous forme de points de vue. Vu l'insuffisance des ressources humaines, les journalistes sont souvent amenés à exercer plusieurs fonctions à la fois. Dans certaines rédactions, ils se chargent eux-mêmes de la mise en page. Dans d'autres, ils négocient les contrats publicitaires afin de percevoir un pourcentage sur les marchés acquis au journal. D'autres journaux encore utilisent leurs correspondants dans les provinces comme dépositaires et agents commerciaux. Un rapport d'évaluation réalisé sur le journal Sooré12 stipulait que le directeur de publication y faisait aussi office de rédacteur en chef, de correcteur, de gestionnaire, de secrétaire de rédaction, de documentaliste, de responsable des prestations de services pour l'extérieur et même de caissier.
Un déficit de formation

La plupart des rédacteurs ont été formés sur le tas et ne disposent pas d'un diplôme spécifique en journalisme. Cela entraîne des lacunes dans le traitement de l'information, dans la
Il MFI (Médias France Intercontinents) est l'agence de production écrite liée à RFI (Radio France Internationale) ; Altercom et Syfia sont des agences de presse privées, spécialisées sur les problématiques de développement, qui diffusent leurs articles gratuitement auprès des médias du Sud; l'A.LB. (Agence d'information du Burkina) est l'agence nationale burkinabè. 12OUATTARA Souleymane et POUY A André-Marie, op.cit.p.25. 30

maîtrise de la déontologie, mais aussi constitue une entrave à une solidarité professionnelle qui pourrait se consolider autour de principes communs partagés. Les opportunités de formation en journalisme existent pour les Burkinabè et se partagent entre les structures suivantes. Les écoles supérieures régionales Le CESTI (Dakar), l'ESIJY (devenue ESSTIC) (Yaoundé) ou le CIERRO (Ouagadougou) ont formé plusieurs générations de journalistes africains de la presse d'Etat depuis les années 1970 et ont longtemps joui d'une excellente réputation. Soutenues par des coopérations étrangères (France, Canada, Suisse, Unesco...), elles ont connu une période de déclin suite à la rupture de ces soutiens structurels au début des années 1990. Une école professionnelle nationale: le CFPI Directement lié au ministère de l'Information ou de la Communication, le Centre de Formation des Professionnels de l'Information (CFPI) a constitué, depuis sa création dans les années 1970, un lieu de recyclage pour les journalistes de la presse d'État, délivrant des diplômes afin de permettre la progression des agents au sein du barème de la fonction publique. L'Université de Ouagadougou C'est en 1992 qu'a vu le jour le département des Arts et Communication de l'Université de Ouagadougou, devenu département de Communication et Journalisme en 2002. Il a développé, depuis 1996, avec le soutien des coopérations néerlandaise et belge, des filières dites "professionnalisantes" en journalisme, communication d'entreprise et relations publiques et en communication pour le développement. Très prisée par les jeunes bacheliers, cette formation, qui s'étend sur 4 ans, recrute annuellement une trentaine d'étudiants sur concours. Les séminaires ponctuels La majorité de ceux qui travaillent aujourd'hui dans la presse privée ne sont pas passés ces filières" diplômantes", mais 31

ont pu suivre un ou plusieurs des multiples stages ou ateliers de formation organisés par les divers partenaires au développement depuis 10ans. En effet, un grand nombre d'actions ponctuelles, souvent redondantes, ont été développées afin d'initier les journalistes à la déontologie, aux TIC, au journalisme d'investigation ou de former les directeurs de publication à la gestion de l'entreprise de presse. Ces stages et séminaires, s'ils se fondent sur un constat exact (la carence en formation), posent toutefois une série de problèmes. D'une part, la sélection des participants n'est pas toujours pertinente: certaines rédactions organisent des tournantes et distribuent de manière rotative les opportunités de formation qui se présentent, quelles qu'en soient les thématiques. Pour les offres plus consistantes, le directeur peut aussi privilégier un membre de son entourage proche. D'autre part la motivation des participants réside parfois moins dans le fait d'acquérir des connaissances supplémentaires que dans l'intérêt financier; la plupart de ces formations prévoyant, pour le participant, une rémunération censée couvrir ses frais de déplacement et de restauration. Enfin, l'appropriation effective des connaissances dispensées lors de ces séances ponctuelles, souvent en décalage avec les réalités de la pratique professionnelle, reste problématique.
Un manque de spécialisation

Conséquence des critères aléatoires d'accès à la formation et du peu de temps disponible pour l'investigation et la documentation personnelle, il existe très peu de spécialisation au sein des entreprises de presse. Au Pays ou à L'Observateur, les journalistes peuvent avoir, indifféremment, à couvrir l'actualité politique, économique, culturelle ou sportive, ou encore à produire des publi-reportages. L'absence de spécialisation freine l'évolution qualitative des supports. Ainsi, l'inexistence d'un véritable secrétaire de rédaction, chargé d'assurer la cohérence formelle et rédactionnelle du produit, entraîne des défaillances formelles et parfois de fond dans les différentes éditions. 32

Le manque de spécialisation des services de gestion et de commercialisation pose également un problème considérable. Certains journaux n'ont pas de réel service commercial mais seulement un agent comptable qui ne se préoccupe ni du démarchage publicitaire ni des contacts avec les agences de communication. Dès lors, peu de journaux mènent une politique réfléchie en terme d'abonnement ou de distribution. Dans les quelques organes où un service commercial existe, ce dernier n'est pas professionnel, ne faisant guère preuve de créativité ni d'esprit d'entreprise. Paradoxalement, en dépit de la relative polyvalence du personnel des entreprises de presse, le Burkina a vu éclore récemment de multiples associations professionnelles sectorielles (association des journalistes sportifs, culturels, politiques, environnementaux. ..) mais qui sont généralement des structures en léthargie. Certains de leurs militants cherchent surtout, par ce biais, à s'inscrire dans des réseaux régionaux ou internationaux susceptibles de leur procurer des occasions de voyager à l'étranger.
Un service public difficilement performant

Sidwaya rencontre des problèmes spécifiques liés à son statut de service étatique. Alors que les charges salariales restent considérables (105 millions de f.CFA pour 1997, 115 millions de f.CFA pour 1998), la maj orité de ses agents sont des fonctionnaires peu pétris d'une logique d'entreprise et globalement peu motivés. Deux à trois fois plus nombreux que dans les rédactions de la presse privée, ils ne fournissent un travail ni toujours plus abondant ni toujours plus professionnel. Certains rédacteurs produisent à peine un article par mois et l'essentiel du contenu est fourni par les stagiaires, pigistes et jeunes recrues. Cet état d'esprit constitue un problème pour la mise en œuvre du nouveau statut: l'E.P .A. a des impératifs de rentabilité qui obligent ses agents à se plier à une autre approche du travail, difficile à implanter dans un milieu où la productivité n'a jamais été un facteur de promotion professionnelle. En outre, Sidwaya compte encore beaucoup de journalistes recrutés en raison de leur engagement militant durant 33

la Révolution: ces "journalistes révolutionnaires", souvent déconsidérés par les journalistes diplômés, sont aujourd'hui reconvertis même si certains d'entre eux s'adaptent péniblement à la nouvelle donne.
Des salaires peu attrayants et un statut précaire

Les salaires restent relativement bas dans l'ensemble de la presse écrite, étant en général calqués sur le barème de la fonction publique. Ainsi, dans les quotidiens, les salaires tournent autour de 70.000 à 100.000 f.CFA par mois pour un rédacteur détenteur d'une maîtrise universitaire. La faiblesse de la rémunération se fait plus cruellement sentir dans le monde des médias où le journaliste est amené à fréquenter les personnalités les plus importantes (et les mieux nanties) des milieux politiques et d'affaires. Par conséquent, la porte est ouverte à toutes les "motivations", les "négociations", les corruptions auxquelles les journalistes ont les plus grandes difficultés à résister. La pratique du "publi-reportage déguisé", de la couverture rémunérée de séminaires et de l'interview payante sont monnaies courantes dans la presse burkinabè. Les quotidiens sont particulièrement touchés par ce problème, les périodiques recourant plus à des collaborateurs extérieurs qui ont d'autres sources de revenus et pour lesquels l'activité journalistique ponctuelle n'est pas liée à des impératifs de survie. Les pigistes et collaborateurs extérieurs travaillent souvent pour des rémunérations dérisoires. La plupart des hebdomadaires donnent entre 7.500 et 12.500 f.CFA par article à leurs collaborateurs. Le Journal du Jeudi paye ses dessinateurs et caricaturistes extérieurs de manière plus consistante (100.000 f.CFA par mois). Le Journal du Soir octroyait 4.000 f.CFA par papier aux pigistes occasionnels et autour de 20.000 f.CFA par mois aux pigistes permanents. D'une manière générale, les correspondants situés dans les provinces exercent déjà d'autres activités rémunératrices: ainsi, L'Observateur recourt aux correspondants de l'A.I.B. qui touchent déjà leur salaire. Soore a pour correspondants des superviseurs d'alphabétisation tous déjà employés. Laabaali rémunère ses 34

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