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Médias et enjeux des pouvoirs

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780 pages
Bien que l'imagerie populaire ait tendance à réduire le pouvoir à sa seule composante politique, ne serait-il pas plusjudicieux de le diviser en trois volets (politico-administratif, technico-économique, socioculturel) et le décoder à l'aune de la grille actancielle de Greimas (sujet-héros, destinateur, destinataire, objet valeur, adjuvant-forces bénéfiques, opposant-traitre) ? Et, pour ce qui est des médias, au lieu de s'en tenir à l'acception courante (presse écrite, radiodiffusion, télévision, multimédia n'y aurait-il pas lieu d'envisager une typologie plus large basée sur le mode de transmission des messages ? Par ailleurs, comment le détenteur d'un pouvoir devrait-il se servir efficacement d'un ou plusieurs médias pour optimiser sa crédibilité ou son image et accroître l'efficience de son message ? En outre, dans le cadre du pouvoir socioculturel, quels sont celles et ceux qui, au Cameroun, ont produit des idées, des rythmes et des formes (femmes et hommes de lettres, essayistes, créateurs audio-visuels, musiciens traditionnels et modernes, peintres, sculpteurs, modélistes, etc.) ? Qu'en est-il, plus particulièrement, du pouvoir médiatique ? Enfin, suffit-il de vouloir pour savoir et pouvoir communiquer ? A toutes ces questions aiguës, Jacques Fame Ndongo répond avec clarté et pertinence, à travers un ouvrage à la fois théorique et didactique qui fera date, sans nul doute, dans le cheminement de la réflexion contemporaine sur l'interaction entre médias et pouvoirs.
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Extrait
« La presse est le quatrième pouvoir », a-t-on coutume d’affirmer péremptoirement, en faisant allusion aux pouvoirs formels : l’exécutif, le législatif, le judiciaire. En réalité, il existe une multitude de pouvoirs. De nombreux détenteurs de ceux-ci ignorent leur propre puissance. Souvenons-nous de Jean-Paul Sartre distribuant « La cause du peuple »1 dans les rues de Paris en 1970. Il avait choisi de se poser en s’opposant à l’ordre établi. Il transgressa volontairement l’interdit, en bon existentialiste qu’il était (« faire et en faisant, se faire »). S’aviserait-on de l’interpeller, et le Président Georges Pompidou de s’écrier : « On n’arrête pas Voltaire ». Conclusion logique : Voltaire (« le patriarche de Ferney ») détenait un pouvoir au 18e siècle (siècle des Lumières ou des philosophes). Mutatis mutandis, Jean-Paul Sartre exerça la même influence dans la France de l’après guerre. Il s’agit du pouvoir intellectuel.




Pour ce qui est du pouvoir religieux, le Pape Jean-Paul II2 ne fut-il pas crédité d’un magistère spirituel sur des centaines de millions de catholiques à travers le monde ? Elvis Presley n’a-t-il pas subjugué des générations de jeunes par sa « pop music » ? Et quid du footballeur brésilien Pelé ou du basketteur américain Michael Jordan ? Et Bill Gates, le patron de Microsoft, l’homme le plus riche du monde ?



On peut multiplier à l’envi des exemples qui démontrent la pluralité des pouvoirs. En effet, contrairement à une idée communément répandue, les sociétés ont toujours été sous-tendues, non par l’unicité du pouvoir (que l’on assimile facilement au pouvoir politique et subsidiairement, au pouvoir économico-financier), mais par la multiplicité des pouvoirs. Ce n’est donc pas la monocratie et l’oligocratie qui fonctionnent, mais la polycratie (pouvoir émietter en plusieurs centres de décision) que Robert Dahl appelle la « polyarchie » 3. Aucune élite ou classe dirigeante ne règne de manière absolue, y compris dans les régimes les plus totalitaires4. Il existe, au contraire, des pouvoirs qui coexistent, collaborent, se combattent, se concertent, négocient (ouvertement ou de manière occulte). Comme l’affirme Roger-Gérard Schwartzenberg, « la polyarchie rend nécessaires le compromis et la conciliation. Les décisions résultent d’interminables négociations (« bargaining », selon le terme utilisé par Robert Dabl, op. cit p. 150) qui opposent des groupes concurrents » 5




« Ainsi, Robert Dabl précise : les ressources politiques sont diverses et, bien qu’inégalement réparties, elles ne sont plus l’objet d’une possession cumulative. Loin d’être concentrés par un seul groupe, les éléments du pouvoir se trouvent fragmentés » 6.



Il n’est pas jusqu’à Raymond Aron qui ne souscrive à cette polycratie : selon lui, il existe six « catégories dirigeantes » : l’élite politique, les détenteurs du pouvoir spirituel (prêtres, intellectuels, écrivains ou savants, idéologues de parti), les chefs de l’armée et de la police, les gestionnaires du travail collectif (propriétaires ou gérants des moyens de production), les meneurs de masse (dirigeants de syndicats ouvriers et de partis politiques) les hauts fonctionnaires (détenteurs du pouvoir administratif).



Pour Raymond Aron, ces catégories dirigeantes sont présentes dans n’importe quelle société moderne; les régimes libéraux se définissent par le libre dialogue entre ces catégories. Les régimes totalitaires se caractérisent par une moindre différenciation de ces catégories et par un déficit de dialogue ou d’opposition7. Quant à Nicolas Tenzer, il précise que « le pouvoir n'est pas uniquement une forme politique : il ne s'exerce pas que dans le cadre d'une organisation politique, mais en de multiples lieux, entreprise, administration, hôpital » 8.



L’intuition fondamentale du présent ouvrage est la suivante : les pouvoirs étant pluriels, ils doivent coexister dans le dialogue et l’émulation en intégrant la notion d’opposition qui est inhérente au distinguo d’Algildas Julien Greimas entre le « sujet-héros » et l'« opposant-traître » 9 voire au fonctionnement de l’univers10.



Qui mieux est, ils ont intérêt à se faire davantage connaître, afin de rendre leurs actions plus efficaces et utiles. En définitive, tout pouvoir dispose d’un gisement de savoir-faire (technique, administratif, intellectuel, moral, financier, artistique, etc.) qui devrait contribuer au mieux-être de la société voire de l’Humanité. Mais, il ne suffit pas de savoir faire. Encore faudrait-il bien savoir faire savoir ce que l’on sait faire.



D’où la deuxième intuition fondamentale de cet essai : les différents pouvoirs doivent savoir communiquer afin de mieux atteindre leurs objectifs et mettre leurs « know how » au service du plus grand nombre. Ils pourront ainsi stimuler le progrès matériel, intellectuel et spirituel de l’homme ainsi que de la collectivité, puisque tel est « l’objet-valeur » de tout pouvoir, pour reprendre une terminologie qui ressortit à la sémiologie de la communication.
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