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MÉMOIRE DE DÉPORTATION

De
170 pages
« Après avoir été sélectionné à Cosel avec quelques autre hommes, je prends vite conscience que les autres déportés du 25éme convoi parti de Drancy le 28 août 1942 ont été gazés. 926 juifs sur 1000 ont ainsi été anéantis dans les marais de Birkeneau. La volonté, l’espoir, la chance… ? Je n’ai jamais su comment j’ai pu survivre dans cet enfer. Les négationnistes essaient de falsifier l’Histoire, je veux témoigner comme d’autres rescapés de la réalité de la Shoah. »
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Mémoire de Déportation

Collection Mémoires du XXe siècle
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Jules FAINZANG

Mémoire de Déportation

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALŒ

photo de couverture: à droite de l'auteur, le peintre Walter Spitzer

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3393-X

A mon père, à ma mère, A mes beaux-parents, A mes grands-parents, A mes cousins et cousines, tous morts dans les chambres à gaz de la Shoah.

Le Départ de DRANCY et les Wagons à Bestiaux

Le troisième jour à DRANCY, il était à peine sept heures du matin quand j'ai entendu appeler mon nom, avec ces terribles mots impératifs: «Prends ton bagage et descends dans la cour». D'habitude les noms des personnes désignées pour la déportation étaient lus la veille, et ceux qui avaient ainsi été nommés devaient se retrouver dans cette cour le lendemain dès six heures du matin. Je me suis rendu à l'endroit du rassemblement et là j'ai vu une dizaine d'autres jeunes avec baluchons et valises s'avancer comme moi vers les tables, où des jeunes filles nous posaient des questions concernant notre identité et inscrivaient scrupuleusement nos réponses sur des registres. Ensuite, c'était la fouille. Des gendarmes français visitaient nos pauvres bagages. Par terre près des tables, gisaient des tas d'objets retirés des baluchons de ceux qui étaient passés là avant nous le matin. «Donne ta montre» ai-je entendu dire par un des gendarmes. «De toute façon, les Allemands te la prendront» me dit un autre

gendarme en voyant ma réticence à me séparer de cette montre, cadeau de Bar Mitzva -majorité religieuse pour les Juifs- offert par mes parents. Une fois ces contrôles passés, les gendarmes nous ont fait courir jusqu'à l'entrée du camp. Un camion attendait devant le portail entouré de barbelés. Nous n'étions qu'une dizaine et devions en fait compléter le convoi en attente à la gare du Bourget-Drancy, avec sa file de wagons à bestiaux bourrés de Juifs de tous âges. Plus tard j'ai appris que notre convoi, parti le 28 août 1942 de Drancy, était le 25 ème. Donc vingt-quatre convois comme le nôtre nous avaient déjà précédés, de mille Juifs au moins chacun. Cinquante deux autres convois devaient prendre par la suite le même chemin. J'ai été hissé et projeté dans l'avant-dernier wagon du convoi. Les portes coulissantes ont été verrouillées derrière moi et je me suis retrouvé dans le noir absolu, la sensation a été terrible. Pressé contre des corps de toutes parts, j'ai senti une odeur forte, mélange d'urine et de sueur; j'ai entendu des lamentations, des pleurs et des cris. Petit à petit mes yeux se sont habitués à l'obscurité et j'ai vu des hommes, des femmes, des enfants en pleurs qui demandaient à boire. Aux deux extrémités du wagon, il y avait deux seaux, l'un avec de l'eau et l'autre pour les besoins. Un vieillard passa un gobelet d'eau pour calmer les cris des enfants. Mais aussitôt des protestations se firent entendre pour nous mettre en garde: «Le voyage peut durer quelques jours, en conséquence il faut rationner l'eau» . A ce moment, le secousses et l'urine s'est sont trouvés éclaboussés femme s'est évanouie et train s'est mis en marche par déversée sur le sol. Ceux qui se ont poussé des hurlements. Une est tombée par terre. Allongée,

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elle occupait plus de place, aussi nous sommes-nous retrouvés encore plus serrés les uns contre les autres. On appela un médecin, y avait-il un médecin? Oui, on a vu un homme se faufiler vers la malade, une trousse à la main. Après avoir fait humer le contenu d'un flacon à la malheureuse, il se retourna vers sa famille. Je le vis parler avec sa femme, le couple était là avec ses trois enfants. D'après leurs habits, on pouvait voir qu'ils avaient été raflés dans les beaux quartiers de Paris. J'observais une jeune fille près de moi qui demandait constamment à une petite gamine de ne plus pleurer, mais sans succès. Le leitmotiv de l'enfant était: «Les gendarmes ont battu ma maman». Pour briser cette tristesse, j'ai demandé à la jeune fille si la petite était sa sœur. «Non, m' a-t-elle répondu, des assistantes sociales me l'ont confiée pour le temps du voyage, car sa mère est partie dans un des convois précédents, il y a quelques semaines». A partir de ce moment-là, un rapprochement s'est créé entre nous deux et pour tuer le temps, nous nous sommes racontés nos vies. Elle s'appelait Fernande, avait dix-sept ans et était avec une copine, sa cadette, accroupie à côté d'elle. La petite que Fernande avait en charge s'appelait Estelle. Brusquement, nous avons entendu un cri: «Plus haut la couverture». Dans le fond du wagon, près du seau à urine, une femme qui voulait faire ses besoins demandait à d'autres femmes de la cacher avec une couverture. Au deuxième jour de notre voyage, je vis cette même femme se servir du seau sans se cacher, le regard des autres lui était devenu indifférent. Au bout de quelques heures, notre convoi n'avait pas beaucoup avancé, nous ne roulions pas vite et nous étions souvent arrêtés. Dans l'après-midi, la chaleur a commencé à devenir insupportable et la réserve d'eau était épuisée. Les appels à travers les lucarnes :«De l'eau, de

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l'eau» devenaient des cris épouvantables. Cependant, peu à peu, beaucoup n'avaient plus la force de crier. Fernande ne pouvait plus se tenir debout, je lui ai permis de s'asseoir sur mes chaussures. Au bout d'un moment, je ne me rappelle pas comment cela s'est produit, je suis tombé sur les autres. Je me suis endormi de fatigue. Lorsque je me suis réveillé, j'ai pu voir à travers les fentes entre les planches du wagon qu'il faisait à nouveau jour. Fernande était debout, d'un geste rapide elle couvrit ses seins. La nuit, elle s'était déshabillée à cause de la chaleur. A présent elle démêlait ses longs cheveux noirs qui lui tombaient jusqu'à la taille. Toute la journée fut ponctuée de soupirs et de plaintes, mais de plus en plus des appels à boire se faisaient entendre! Le soir, après avoir roulé très doucement un long moment, le convoi s'est arrêté. Les personnes près de la lucarne disaient voir une gare tout près. «Metz» entendaisje crier par un homme qui avait vu l'écriteau au loin. «Metz», ce nom revenait dans différentes bouches. Dans le wagon c'était la stupeur. Après tant d'heures de voyage, nous n'étions donc qu'à Metz! Je me suis poussé vers la lucarne et en approchant ma joue du fil de fer barbelé, j'ai vu à environ cent mètres le quai de la gare. Au milieu, des tables étaient mises, avec de la nourriture et des cruches de boisson. Aussitôt, en chœur nous avons appelé: «De l'eau! de l'eau!» Autour des tables se tenaient des femmes en blouse blanche avec des bonnets de la Croix - Rouge. Comme elles ne réagissaient pas, une mère tenant son enfant évanoui dans les bras nous a fait remarquer que ces femmes étaient peut-être de la Croix - Rouge allemande. Les cris se sont alors transformés en : «Wasser! Wasser!». Mais brusquement une crosse de fusil est venue s'abattre contre la lucarne, avec une telle force et de façon si inattendue que le silence s'est fait immédiatement. Des

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suffocations apparurent petit à petit, puis des pleurs sans larmes. A partir de ce moment j'ai eu très peur, j'ai pris conscience que quelque chose de très grave nous attendait. Le convoi s'est remis en route et quand nous sommes lentement passés devant les tables de la Croix - Rouge, les femmes en blouse blanche ont fait semblant de ne pas nous voir, comme si de rien n'était. Très tôt le matin du quatrième jour, le train s'est arrêté. Puis, pour la première fois depuis notre départ, nous avons entendu les portes coulissantes s'ouvrir. La nôtre s'est ouverte avec un grand fracas, et une lumière éblouissante nous a aveuglés. Nous étions à Cosel, en Pologne.

***

Il

Le tri de Cosel et le Camp de Sacrau

Nous avons entendu appeler en allemand à l'aide d'un porte-voix les hommes de 18 à 50 ans, et une fin de phrase: «Rauss» - dehors -. La femme du médecin regardait son mari avec stupeur mais lui, en se serrant contre elle, attira les enfants vers le fond du wagon: «Non, je ne permettrai pas qu'on nous sépare» lui ai-je entendu dire. Après avoir pris congé de Fernande, en nous souhaitant naïvement de nous retrouver bientôt à Paris, j'ai sauté à terre. Immédiatement, des hurlements poussés par des gardiens en armes se sont faits entendre: « Hinsetzen !» - asseyez-vous. Tous ceux qui ne s'étaient pas assis surIe-champ reçurent des coups de gourdin. Comprenant la langue allemande, j'ai évité les premiers coups de ces bâtons en caoutchouc dur, sous lesquels on pouvait rester estropié. A Cosel, une cinquantaine d'hommes seulement avaient quitté les wagons à bestiaux. Après que le bruit du dernier wagon se soit évanoui, des cris « Antreten!» en rangs! - ont retenti et nous avons été poussés avec des 13

crosses de fusil. Les gardiens ont ensuite crié: «ln einer Reihe!» - en une seule rangée! Nous avons vu en face de nous, de l'autre côté de la voie ferrée sur un talus, un alignement serré de soldats allemands, fusils braqués vers nous. Nous étions entourés d'une forêt de pins. Nous avons eu tout à fait l'impression que notre dernière heure avait sonné. L'air frais matinal nous fit cependant grand bien, malgré notre soif si forte qu'elle nous faisait oublier que nous n'avions presque rien mangé depuis quelques Jours. Pendant cette attente, je me rappelais les récits qui avaient été faits avant la guerre à Anvers par des réfugiés venus d'Allemagne. La brutalité et l'inhumanité avec lesquelles les Allemands s'étaient comportés envers les Juifs m'étaient tout particulièrement présentes en mémoire. Horrifié d'être tombé à mon tour entre leurs mains, je regardais autour de moi... Trois officiers allemands vinrent alors vers nous, précédés d'un civil qui boitait, un dossier dans une main et une petite canne dans l'autre.« Mund aufmachen » ouvrir la bouche, dit ce civil à l'un de nos camarades, puis aidé de sa canne pour que la bouche reste bien ouverte, il lui inspecta les dents. La scène d'un film que j'avais vu à Anvers avant la guerre me vint à l'esprit, Capitaine Blood avec Errol Flynn. Sur un marché d'esclaves, un esclavagiste faisait le même geste. Mais ici, ce n'était pas pour savoir si l'esclave, comme dans le film, était en bonne santé, mais seulement pour vérifier s'il avait des dents en or! A ce moment, les trois officiers arrivèrent devant moi et pour la première fois je vis l'insigne à tête de mort des SSe L'homme en civil pointa sa petite canne vers moi et demanda: «Beruf ?» -profession?- «Electromécanicien» lui ai-je répondu. Toujours avec sa canne, il me montra le petit groupe de camarades que je devais rejoindre.

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Par groupes séparés, on nous conduisit vers des camions bâchés. Après un voyage dans l'obscurité de moins d'une heure, nous avons découvert notre destination. En plein milieu d'une forêt de pins dense, se dressaient quelques baraques et, au milieu, une place pour l'appel. Même le ciel avait alors l'aspect triste et lugubre de l'environnement. Nous nous trouvions au camp de Sacrau. D'autres prisonniers en rangs par cinq, arrivés le même matin juste avant nous, attendaient, leurs bagages posés près d'eux. Une voix gutturale comme un sifflement brisa le silence. C'était pourtant la langue de Goethe et de Schiller, mais si peu poétique, et le vocabulaire, bien loin des Lieder allemands, était si choquant. Un discours martial nous fut servi! Nous devions apprendre que nous n'avions aucun droit, que nous étions seulement dans l'obligation de nous soumettre à la discipline la plus stricte. Un prisonnier sortit alors des rangs, fit un pas en avant, claqua des talons et, dans un allemand bien articulé, annonça qu'il avait fait partie de la garde du Kaiser pendant la première guerre mondiale. L'officier, visiblement le Commandant du camp, fit une grimace en direction du Kapo près de lui. Ce dernier se plaça devant le prisonnier qui avait osé parler sans qu'on le lui demande. Deux gifles claquèrent. Nous avons eu l'impression que deux arbres étaient tombés! Les nazis avaient du flair pour trouver des serviteurs. Pour une meilleure nourriture, pour des vêtements propres et repassés ou même des bottes reluisantes comme celles des officiers SS, ils recrutaient des Kapos qui faisaient ainsi régner l'ordre avec beaucoup de brutalité. Après cet incident, nous avons pu enfin rompre les rangs et nous nous sommes bousculés vers la Wasch-

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baracke, la baraque sanitaire où nous avons pu enfin nous abreuver. Près de moi, un groupe de jeunes parlait hollandais. Je me suis mêlé à leur conversation car je connaissais le flamand si proche du hollandais bien que moins guttural. « Tu veux un manteau?» me demanda un grand gaillard du groupe, j'en possède deux et je vois que tu n'en as pas. Lors de notre arrestation dans le Midi de la France au mois de mars, nous ne nous doutions pas que nous aurions besoin d'un manteau. Et un comme celui qu'on venait de me donner, je n'en avais jamais possédé. J'appartenais à une famille très modeste, et un manteau en cachemire n'avait jamais été dans mes moyens. Le seul inconvénient était que celui-là m'arrivait aux chevilles. Après la fouille, nous ne possédions plus que les vêtements que nous portions. Toutes nos pièces d'identité, nos photos, valises défoncées et papiers d'emballage avaient été jetés pêle-mêle en un grand tas. Seul un nécessaire de couture était posé sur une petite table. Nous devions en effet découper dans le dos de nos vestes et de nos manteaux une grande étoile de David et recoudre un morceau de tissu blanc bien visible sur le fond ainsi découpé. Avec des pincements au cœur, j'ai donc mutilé le beau manteau que Ringel, mon nouveau copain, m'avait offert. Le soir, Ringel s'est arrangé pour dormir sur le châlit près du mien au troisième niveau: nous avions laissé celui du bas aux détenus plus âgés. Ringel était resté près de moi pour se faire traduire le yiddish, la langue la plus parlée du camp. Les châlits étaient très près les uns des autres. J'ai donc pu entamer une conversation avec mon voisin de gauche, un Juif polonais, àfin de connaître les conditions de vie dans cet univers concentrationnaire. Son récit était bouleversant. Après avoir été raflé dans le Ghetto de Sosnowitz et séparé de sa famille, après avoir séjourné dans différents camps, il avait l'air de bien

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connaître ceux de Haute-Silésie. J'ai été très troublé par ce qu'il me disait. J'étais déjà abattu par le récit que nous avait fait pendant l'appel un autre Juif polonais qui prétendait que tous ceux que nous avions laissés dans les wagons avaient été gazés à l'arrivée dans le camp principal, mais j'avais du mal à y croire. J'en demandais la confirmation à mon voisin de châlit. En me fixant il m'a d'abord demandé si j'avais de la famille dans le convoi. Ma réponse étant négative, il a alors fait comme s'il regardait sa montre et a murmuré: «A cette heure-ci, ils sont déjà tous morts! Et avant demain matin, leurs cadavres seront réduits en cendres». Envahi d'une sueur froide, les larmes aux yeux, j'ai revu Fernande et sa copine, avec la petite Estelle qui lui avait été confiée dans l'espoir de retrouver sa mère au bout du voyage. Dans mon esprit je les voyais tous, poussés par les SS dans la chambre à gaz sans avoir reçu une goutte d'eau. Malgré la fatigue, je ne pouvais pas m'endormir. En fermant les yeux, je revoyais l'intérieur du wagon à bestiaux où des gens de tous âges étaient restés entassés les uns sur les autres pendant trois jours et trois nuits. ..

Au petit matin, le jour à peine levé, des coups de
sifflet ont retenti avec des cris «Aufstehen»

-

debout -,

accompagnés de coups de matraque en caoutchouc pour ceux qui n'étaient pas debout immédiatement. Nous devions nous rendre au pas de course à la baraque sanitaire pour nous laver et faire nos besoins. Une dizaine de robinets coulaient pour deux cents personnes. Beaucoup de nos camarades quittèrent les files d'attente pour retourner vers les baraques sans se laver, car la distribution du pain et d'un liquide brunâtre avait lieu en même temps. Puis de nouveaux coups de sifflet retentirent toujours avec des cris: <<Antreten!» - en rangs! Courbés,

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