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Mémoire de déportation écrites en mai-juin 1945

De
243 pages
Maurice Szmidt est devenu un homme lorsque, convalescent, il s’est mis à rédiger ce qu’il venait de subir afin d’en conserver la mémoire qu’il sait fragile. Aussi est-ce sans détour ni omission qu’il nous livre dans ce témoignage la cruelle réalité de ce qu’il a vécu, du premier coup de canon qui le réveille le 10 mai 1940 à Anvers – où, venu de Pologne, il vivait avec ses deux sœurs et ses parents juifs pratiquants –, aux retrouvailles avec sa famille à Lyon trois ans plus tard.
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ERICH ALTMANN
MÉMOIRES DE DÉPORTATION
2ERICH ALTMANN

Mémoires
de déportation
MÉMOIRES DE DÉPORTATION
4ERICH ALTMANN
Maurice Szmidt
Mémoires
de déportation
écrits en mai-juin 1945








COLLECTION
TÉMOIGNAGES DE LA SHOAH



Le Manuscrit
www.manuscrit.com MÉMOIRES DE DÉPORTATION
© Éditions Le Manuscrit, 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02734-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304027341 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02735-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304027358 (livre numérique) 8MAURICE SZMIDT
Présentation de la collection
« Témoignages de la Shoah » de la
Fondation pour la Mémoire de la Shoah

En lançant sa collection « Témoignages de la Shoah » avec
les éditions Le Manuscrit, et grâce aux nouvelles technolo-
gies de communication, la Fondation souhaite conserver
et transmettre vers un large public la mémoire des victi-
mes et des témoins des années noires des persécutions an-
tisémites, de 1933 à 1945.
Aux nombreux ouvrages déjà parus, la Fondation es-
père ainsi ajouter les récits de celles et ceux dont les voix
sont restées jusqu’ici sans écho : souvenirs souvent en-
fouis au plus profond des mémoires individuelles ou fami-
liales, récits parfois écrits mais jamais diffusés, témoigna-
ges publiés au sortir de l’enfer des camps, mais disparus
depuis trop longtemps des rayons des bibliothèques.
Si quelqu’un seul ne peut décrire l’indicible, la multi-
plicité des récits peut s’en approcher.
En tout cas, c’est l’objectif que s’assigne cette collec-
tion à laquelle la Fondation, grâce à son Comité de lec-
ture composé d’historiens et de témoins, apporte sa
caution morale et historique.
Face à une actualité où l’instrumentalisation des
conflits divers tend à obscurcir, confondre et banaliser
ce que fut la Shoah, cette collection permettra aux lec-
teurs, chercheurs et étudiants de mesurer la spécificité
d’une persécution extrême dont les uns furent acteurs,
les autres complices, et face à laquelle certains restèrent
indifférents et les autres héroïques.
Puissent ces ouvrages inspirer à leurs lecteurs le rejet
de l’antisémitisme et de toute autre forme d’exclusion,
et l’esprit de fraternité.


Consultez le site Internet de la FMS : www.fondationshoah.org
7 MÉMOIRES DE DÉPORTATION
Comité de lecture de la collection

Président : Serge Klarsfeld.

Membres : Henri Borlant,
Isabelle Choko,
Olivier Coquard,
Katy Hazan (OSE),
Dominique Missika,
Denis Peschanski,
Paul Schaffer,
Annette Zaidman.

Responsable de la collection : Philippe Weyl.

















Voir les autres titres de la collection en fin de
volume, page 239.
8BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT



Biographie
de Maurice Szmidt







1925 18 juin : naissance de Maurice Szmidt à Ra-
wa Mazowiecka (Pologne), dans une famille
juive pratiquante déjà riche de deux filles,
Anna, née le 31 juillet 1916, et Fella, née le
21 avril 1923. Son père, Izchak, natif de la
même ville (15 mai 1894), est commerçant.
Il a épousé, Joheved Hesfinger née à Sker-
niwich (Pologne), le 12 janvier 1896.

1928 Parti en Palestine avec le mouvement sioniste
Mizrahi, le père de Maurice revient en Eu-
rope après trois ans de tentative d’implan-
tation. Il ne veut pas retourner en Pologne en
raison de l’antisémitisme qui y règne : la fa-
mille Szmidt émigre à Anvers (Belgique).

er1939 1 septembre : les armées allemandes enva-
hissent la Pologne.

9 BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT
À Rawa Mazowiecka, deux oncles de Mau-
rice sont fusillés par l’armée allemande.

3 septembre : la France et le Royaume-Uni
déclarent la guerre à l’Allemagne. Début de
la Seconde Guerre mondiale en Europe.

1940 10 mai : début de la phase armée du conflit.
L’offensive allemande contourne la ligne
Maginot par le nord : invasion des Pays-Bas,
de la Belgique et du Luxembourg. Début de
l’exode des populations.

Les Szmidt s’enfuient avec d’autres familles
d’Anvers. Après un voyage en train d’une
semaine, ils se retrouvent à Margon, village
de l’Hérault. Ils travaillent aux vendanges et
reçoivent l’aide du Comité d’aide aux réfu-
giés (CAR).

14 mai : fuite du gouvernement français à
Bordeaux.

15 mai : capitulation des Pays-Bas.

28 mai : capitulation de la Belgique.

13 juin : à Margon, tous les étrangers de sexe
masculin de 17 à 48 ans, dont le père de
Maurice, sont envoyés vers Port-Vendres,
dans un convoi à destination de l’Afrique.

10BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT
14 juin : les Allemands entrent dans Paris
déclaré « ville ouverte ».

18 juin : depuis Londres, le général De
Gaulle appelle les Français à la résistance
contre l’occupation allemande.

22 juin : armistice franco-allemand à Ro-
thondes. Trois cinquième du territoire fran-
çais sont occupés par les armées nazies vic-
torieuses.

24 juin : armistice franco-italien, à Rome.

Le père de Maurice est envoyé au camp de
rassemblement de Montpellier. Anna Szmidt
parvient à le ramener à Margon.

10 juillet : vote des pleins pouvoirs au maré-
echal Pétain. Fin de la IV République, rem-
placée par l’État français.

Septembre-octobre : le préfet de l’Hérault
déplace les réfugiés dans le village de Pou-
zolles. La famille s’installe dans l’ancienne
école.

3 octobre : premier Statut des Juifs.

24 octobre : entrevue de Montoire : Pétain
engage la France dans la voie de la collabo-
ration avec l’Allemagne nazie.

11 BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT
1941 29 mars : création du premier Commissariat
général aux questions juives (CGQJ).

M. Singalowski, directeur de l’ORT (Organi-
sation, reconstruction, travail), obtient des
terres pour les réfugiés afin qu’ils les exploi-
tent. La famille Szmidt avec les familles
Goldstein et Glatt se mettent à défricher un
bout de forêt à Pouzolle. Maurice com-
mence à apprendre le français.

L’ORT envoie les sœurs Szmidt à Montpel-
lier dans une école de couture.

Décembre : par courrier l’ORT autorise
Maurice à aller à l’école de La Roche.

1942 19 janvier : Maurice entre à l’école
d’agriculture du centre de La Roche.

Pâques : pour les vacances, il rend visite à
ses parents. Ce sera la dernière fois avant la
libération des camps.

18 juin : Maurice reçoit la visite de sa sœur
Anna à La Roche.

25-28 août : la gendarmerie française rafle les
jeunes de La Roche. Les plus de dix-huit ans
ont déjà fui, les moins de seize sont relâchés,
les autres, dont Maurice, sont envoyés au
camp de Casseneuil (Lot-et-Garonne).

12BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT
3 septembre : ces derniers sont déportés au
camp de transit de Drancy (aujourd’hui,
Seine-Saint-Denis).

9 septembre : Maurice fait parti du convoi
n° 30 à destination d’Auschwitz. À Cosel, le
convoi est arrêté : avec d’autre, il est sélec-
tionné pour le travail et intègre au camp de
Johannsdorf, en Haute-Silésie.
Maurice travaille à la Reichsautobahn (« auto-
route du Reich »).

17 septembre : Maurice est transféré du
camp Johannsdorf à celui de Kochanowitz.
Il transporte des gravats, des briques, cultive
les pommes de terre, nettoie le camp, cons-
truit un pont, une gare, etc.

Il rencontre Peter Dischel (Sturm de son
vrai nom), qui le sauvera plus tard.

8 novembre : débarquement allié en Afrique du
Nord. Trois jours après, en France, les armées
allemandes envahissent de la zone dite libre.

e1943 2 février : la VI armée allemande capitule à
Stalingrad. Première défaite allemande qui
marque un tournant dans le conflit.

9 juin : Maurice est transféré au camp de
Borsigwerk. Il pose des rails, puis travaille
comme freineur. Il travaille à Cogolin, à
60 km de Borsigwerk.
13 BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT
Avec sa « communauté », il s’occupe des
cuisines et de la distribution des repas.
Il travaille comme freineur. S’étant brûlé les
cuisses dans un accident de chaudière, il
reste cinq semaines et demie à l’« hôpital »
du camp.

1944 28 mars : Maurice et ses compagnons sont
transférés au camp de Blechhammer.

er1 avril : Blechhammer devient officielle-
ment un Konzentrationslager. Maurice travaille
pour OHW, les usines d’hydrogénisation de
Haute-Silésie.

Il est tatoué du numéro de matricule 178764.

Juin : premiers bombardements de la RAF
sur les usines dans lesquelles travaillent des
internés. Maurice, qui travaille alors comme
couvreur, échappe de justesse à une bombe.

6 juin : débarquement allié en Normandie.

Maurice attrape la gale, et travaille trois se-
maines à l’« hôpital » du camp.

Des déportés jouent une pièce de théâtre
qu’ils ont écrite et montée : Un détenu fait le tour
du monde. Le prix d’entrée est une cigarette.

Novembre : Franklin D. Roosevelt est réélu
président des États-Unis d’Amérique.
14BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT
15 janvier : le camp de Cracovie-Plaszow est
libéré par l’Armée rouge.

1945 17 janvier : début de l’évacuation d’Auschwitz.

21 janvier : les détenus de Blechhammer, re-
joints par ceux de Gleiwitz, sont évacués par
les SS dans une marche de 250 km. Ils pas-
sent des nuits à Heydebreck, à Cosel, à Ober
Glogau, dans des granges, etc.

5 février : ils arrivent au camp de Gross-Rosen.

8 février : dans la nuit leurs Kapos se sont en-
fuis avec les rations de pain des détenus.
Ceux-ci sont évacués en train.

10 février : ils arrivent en gare de Weimar,
tandis que la ville est bombardée, et sont
transférés au camp de Buchenwald.

Maurice reçoit le numéro de matricule 125103.

Il séjourne trois jours à l’infirmerie à cause
de ses pieds gelés.
Il collabore au mouvement de résistance du
camp.
L’ordre d’évacuer les Juifs du camp est don-
né. Maurice se cache.

11 avril : au bout de six jours, les
21 000 survivants de Buchenwald chassent
leurs gardiens et se libèrent, quelques heures
15 BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT
avant que les premiers soldats américains
n’entrent dans le camp.

19 avril : jour de commémoration des victi-
mes du fascisme.

23 avril : Maurice part pour la France dans
une colonne de camions.

26 avril : arrivée à Paris, accueil en fanfare.
Les rescapés de Buchenwald sont invités au
Quai d’Orsay.

er1 mai : ils sont invités avec les rescapés de
Ravensbrück au Parti communiste. Maurice
reçoit des nouvelles de sa famille, qui est à
Lyon, et prend un train le soir même.

2 mai : Maurice retrouve ses sœurs et sa mère
à Lyon. Son père est retourné à Anvers.

Maurice est envoyé en convalescence. Il ré-
dige, dans la crainte que les événements qu’il
vient de vivre ne s’effacent de sa mémoire,
le témoignage édité dans ce présent ouvrage.

8 mai : fin de la Seconde Guerre mondiale
en Europe.

11 juillet : Maurice, sa mère et ses sœurs re-
tournent à Anvers.
16BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT
Il apprend la maroquinerie mais ne parvient
pas à s’adapter au pays et décide de partir en
Palestine.

1946 14 juillet : Maurice part clandestinement
d’Anvers à bord du Hachail Haivri à destina-
tion de la Palestine.

31 juillet : le navire arrive à Haïfa. Ses
512 passagers sont arrêtés par les Britanni-
ques et conduits au camp d’Atlit.

Mi-octobre : Maurice est libéré. Il s’installe à
Tel-Aviv. Il apprend l’hébreu.

1947 29 novembre : l’Assemblée générale des Na-
tions Unis adopte la résolution n° 181 sur le
partage de la Palestine mandataire en deux
États, un juif et un arabe, et une zone inter-
nationale constituée par Jérusalem.
Maurice s’engage parmi les jeunes juifs dans
la guerre civile qui éclate.

1948 14 mai : proclamation d’indépendance de
l’État d’Israël.

15 mai : début de la première guerre israélo-
arabe, qui s’achèvera en juin 1949.

19-20 octobre : durant la nuit, Maurice est
blessé à la jambe droite lors de la bataille du
Néguev (sud) : il a la plante du pied paralysé.

17 BIOGRAPHIE DE MAURICE SZMIDT
1949 Maurice apprend le métier de linotypiste

1950 31 octobre : il se marie avec Rosa Krzepicki
née le 3 décembre à Radomsko (Pologne).

1953 14 novembre : naissance de leur fille Liora.

1957 3 février : naissance de leur seconde fille, Anat.

1990 Maurice prend sa retraite. Il a travaillé
40 ans dans des imprimeries de journaux :
20 ans comme linotypiste et 20 ans comme
sous-directeur d’imprimerie, pour le journal
Haaretz (deux ans), et Maariv (38 ans).

Avec sa femme, Maurice voyage à travers le
monde entier.

2006 Juillet : Maurice et sa femme entrent en mai-
son d’accueil pour personnes âgés.

2009 Maurice entretien sa forme physique grâce à
la pratique du sport.


181940 : LA GUERRE


Maurice (au centre) entre ses deux sœurs Anna
(à gauche) et Fella (à droite), avec leur mère
à Rawa Mazowiecka (Pologne), début 1927.

19 MÉMOIRES DE DÉPORTATION


Maurice (à droite) avec ses sœurs
à Anvers (Belgique), fin 1929.


201940 : LA GUERRE











À tous



21 MÉMOIRES DE DÉPORTATION


La famille Szmidt à Tilburg (Pays-Bas), 1936.



Maurice en équilibre sur ses sœurs, Anvers, 1939.
221940 : LA GUERRE



1940 : la guerre







Je suis réveillé en sursaut dans mon lit par un fort
tonnerre qui fait basculer la maison. Qu’est-ce que
ça peut être ? Sûrement un orage, on est au mois de
mai. Je vais à la fenêtre pour voir. Dans la chambre,
il fait clair bien que l’horloge ne montre que cinq
heures. Dehors, je vois un temps magnifique, le ciel
est bleu sans aucun nuage, ce qui est très rare en
Belgique, où il pleut presque chaque jour. Il tonne
de nouveau. Si ce n’est pas un orage, qu’est-ce que
c’est, alors ? Je n’ai pas à attendre longtemps pour
connaître la réponse.
Tous les habitants de la maison sont debout. Mes
sœurs, qui dorment en haut, descendent à toute vi-
tesse, sans savoir de quoi il s’agit. Dans la rue, des
gens se sont groupés pour se questionner l’un
l’autre. Soudain, quelqu’un montre du doigt un avion
qui vole très haut. Ils sont tous d’accord que ce bruit
vient d’un champ de manœuvres. Malheureusement,
la radio n’annonce pas la même nouvelle ; le bruit
viendrait d’une vraie manœuvre : la guerre. Les Al-
lemands ont déclaré la guerre à la Belgique, au
Luxembourg et à la Hollande, et leurs troupes sont
23 MÉMOIRES DE DÉPORTATION
1déjà entrées dans ces pays . Des troupes alliées
viendront en aide aux pays envahis. On demande
que les enfants restent à la maison en attendant que
la situation soit nette. « Quelle chance ! pensais-je.
Fini les bancs d’école, fini les leçons de français,
d’algèbre, de sténo ! Maintenant, je ne risque plus
d’être un des derniers dans la première classe de
l’école de commerce. » Je prends tout ça pour une
aventure d’après un livre d’Hans ou d’Ivanov.




Le père de Maurice Szmidt en Palestine en 1925


1. Après la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939, s’ouvre une période
de transition appelée en France la « drôle de guerre », qui s’achève le
10 mai 1940, date à laquelle s’ouvre la phase armée du conflit. Hitler choi-
sit de contourner les lignes de défense françaises par le nord, envahissant
des pays non belligérants (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg) pour vaincre
la France. Des millions de civils fuient les combats vers le sud, épisode
qu’on appelle l’« Exode ».
24