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Mémoire sur la découverte du magnétisme animal

De
219 pages
Historiquement Frantz Anton Mesmer (1734-1815) est considéré comme le fondateur du magnétisme animal, ancêtre de la technique hypnotique. Comme les planètes agissent les unes sur les autres, la lune et le soleil sur l'atmosphère et les mers, il concluait que ces grands corps agissent aussi sur le système nerveux, moyennant un fluide très subtil qui pénètre tout. Ce fluide ressemblerait par ses propriétés à l'aimant. En conséquence il l'appellera Magnétisme animal. Mais Vienne n'était pas prête à accepter ces idées troublantes... Il publiera son premier livre à Paris en 1779.
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MÉMOIRE SUR LA DÉCOUVERTE DU MAGNÉTISME ANIMAL

(Ç)L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8020-2

EAN : 9782747580205

Franz Anton MESMER

MÉMOIRE SUR LA DÉCOUVERTE DU MAGNÉTISME ANIMAL (1779)
Avec une introduction de Serge NICOLAS Suivie d'une étude sur Mesmer par Ernest BERSOT

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. ] 4-16 1053 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

FRANCE

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Ouvrages sur le même thème H. BERNHEIM, De la suggestion dans l'état hypnotique (1884), 2004. Alexandre BERTRAND, Du magnétisme animal en France (1826), 2004. James BRAID, Hypnose ou traité du sommeil nerveux (1843),2004 J. DELEUZE, Histoire critique du magnétisme animal (1813, 2 voL), 2004 Auguste A. LIEBEAULT, Du sommeil et des états analogues (1866), 2004 Serge NICOLAS, L'hypnose: Charcot face à Bernheim, 2004. E.E. AZAM, Hypnotisme et double conscience (1887), 2004. Dernières parutions A. BINET, Psychologie de la mémoire, 2003. A. BINET, & Th. SIMON, Le premier test d'intelligence (1905), 2004. A. BINET, L'étude expérimentale de l'intelligence (1903), 2004. A. BINET, & Th. SIMON, Le développement de l'intelligence (1908), 2004 A. BINET, La graphologie: Les révélations de l'écriture (1906), 2004. A. BINET, Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecs, 2004. A. BINET, La fatigue intellectuelle (1898), 2004 Pierre JANET, Conférences à la Salpêtrière (1892), 2003. Pierre JANET, Leçons au Collège de France (1895-1934),2004. Pierre JANET, La psychanalyse de Freud (1913), 2004. Pierre JANET, Contribution à l'étude des accidents mentaux (1893),2004. Théodule RIBOT, La psychologie anglaise contemporaine (1870), 2002. Théodule RIBOT, La psychologie allemande contemporaine (1879),2003. Serge NICOLAS, La psychologie de W. Wundt (1832-1920), 2003. Serge NICOLAS, Un cours de psychologie durant la révolution, 2003. L.F. LELUT, La phrénologie: son histoire, son système (1858), 2003. Pierre FLOURENS, Examen de la phrénologie (1842), 2004. Paul BROCA, Ecrits sur l'aphasie (1861-1869), 2004. F.J. GALL, Sur les fonctions du cerveau (Vol. 1, 1822),2004.

SOMMAIRE

MESMER À PARIS EN 1778 (2004) (Introduction et présentation de Serge Nicolas)
Mesmer (1734-1815) : De Vienne à Paris Ernest Bersot : Auteur du premier livre sur Mesmer VII XXIII

MESMER ET LE MAGNÉTISME ANIMAL (1853) (Reproduction de l'ouvrage d'Ernest Bersot)
Histoire.. . ... ... ... ... ... .. . ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...
Questions et doutes sur le magnétisme animal
XXVII

LXIV

MÉMOIRE SUR LA DÉCOUVERTE DU MAGNÉTISME ANIMAL (Mesmer, 1779)
ÉDITION FAC SIMILE

v

MESMER À PARIS EN 1778

Mesmer (1734-1815) : De Vienne à Paris Franz Anton Mesmerl est né le 23 mai 1734 en Souabe dans le village d'Iznang près de Radolfszell, sur le lac de Constance. Très jeune il fut convaincu de disposer d'un pouvoir comparable à celui des guérisseurs sur les malades qu'ils touchaient. Instruit chez les jésuites, il fut déclaré docteur en philosophie en 1759. Il poursuivit ensuite ses études à l'Université de Vienne, d'abord en droit, puis à l'École de médecine où il soutint, le 27 mai 1766, une thèse inaugurale avec une dissertation touchant l'influence des planètes sur le corps humain2. Voici ce qu'il écrit dans son avertissement: « Il y aura des gens qui fronceront les sourcils et dont j'encourrai les reproches, quand ils liront le titre de cette petite thèse et verront ainsi qu'un homme comme moi, bien que sans importance, entreprend, après tant d'efforts du célèbre Mead\ d'insister sur l'influence des astres, doctrine depuis longtemps bannie de la
1 Pour une biographie: Damton, R. (1995). La fin des lumières: Le mesmérisme et la révolution. Paris: O. Jacob. - Rausky, F. (1977). Mesmer ou la révolution thérapeutique. Paris: Payot. - ThuiIlier, 1. (2004). Franz Anton Mesmer ou l'extase magnétique. Paris: Phébus. - Vinchon, J. (1999). Mesmer et son secret. Paris: L'Harmattan. - Pour une exposition de son œuvre complète: Mesmer, F.A. (1971). Le magnétisme animal. Paris: Payot.
Mesmer, F. A. (1866). Dissertatio physico-medica de planetarum influxu. Vienna: Ghelen. Cette thèse a été traduite en Français; cf. Mesmer, F. A. (1971). Le magnétisme animal (pp. 32-45). Paris: Payot. 3 Richard Mead (1673-1754) avait écrit sur l'influence des astres sur I'homme: cf. par exemple Mead, H. (1704). De imperio solis ac lunae. (note de l'éditeur).
2

VII

discipline médicale par l'action des sommités de la science et de solliciter à nouveau les médecins pour qu'ils l'étudient et lui accordent leur appui. Pour atténuer tout de suite l'opposition qui se lève dans leurs esprits, je souligne que je ne veux pas défendre la théorie relative à l'influence des astres jadis défendue par les astrologues qui se vantaient de pouvoir prédire les événements à venir et de connaître les destinées des hommes, et en même temps escroquaient le contenu de leurs bourses grâce à un art consommé du mensonge. Mon propos est uniquement de démontrer que les corps célestes agissent sur notre terre, et que toutes les choses qui s'y trouvent agissent sur ces corps; que ceux-ci meuvent, agitent, et changent toutes ces choses et que nos corps humains sont également soumis à la même action dynamique. Si je prouve que les astres agissent sur nous, on ne pourra nier que ce fait non seulement a droit, mais aussi s'impose à l'attention et à l'intérêt des médecins. (...) Si nos idées convainquent quelqu'un de leur vérité et s'il a plus de loisir que moi (...), il pourra faire avancer et développer cette doctrine beaucoup plus loin et démontrer avec précision quelles maladies proviennent de l'influence des astres, et nous apprendre, ce qui sera encore plus utile et plus souhaitable, par quelle méthode il y a lieu de traiter celles-là, etc. Quant à moi, je travaillerai, au moyen d'expériences et d'observations continuelles et dans la mesure de mes maigres forces, pour faire avancer cette Sparte et la connaître plus amplement, afm que toute la science médicale puisse en profiter! »4 Mesmer empruntera beaucoup à Mead dans le texte de sa thèse sans le citer formellement. L'influence des planètes sur les corps fut appelée par Mesmer, en référence à Newton, ({gravitation animale» ; quelques années plus tard, ce concept réapparaîtra quelque peu modifié par des années d'expériences sous le terme de « magnétisme animal». En effet, après avoir obtenu son doctorat en médecine, Mesmer ouvrit un cabinet à Vienne. Il commença à appliquer le ({magnétisme» au traitement de ses malades en 1772. ({À cette date, ses théories mêlaient l'attraction universelle de Newton aux hypothèses de Paracelse sur le macrocosme et le microcosme, l'univers et le monde intérieur liés par des influences sur la polarisation du corps humain et les actions de l'aimant. L'esprit universel de Robert Fludd, qui comprend l'âme individuelle, la magnétisme de van Helmont, l'esprit vital de Maxwell désignaient sous des noms différents le magnétisme universel. Celui-ci se manifestait par

4

Cf. Mesmer,

F. A. (1971). Le magnétisme

animal (pp. 32-33). Paris: Payot.

VIII

les rythmes cosmiques comme celui du flux et du reflux. Le magnétisme minéral de l'aimant procédait de ce magnétisme universel. Les propriétés du magnétisme minéral devaient entraîner Mesmer à concevoir le magnétisme animal. }) La première observation de malade traitée par le magnétisme est celle d'Oesterline, âgée de 29 ans, que Mesmer vit pour la première fois en 1773 pour une maladie convulsive. C'est à cette époque qu'il décide d'entrer en relation avec le père Maximillian Hell (17201792), jésuite, professeur d'astronomie à Vienne. L'idée de Mesmer était de guérir les maladies au moyen de fers aimantés, c'est-à-dire de faire éprouver au corps des flux et des reflux de manière à aider à la guérison. Voulant confmner ses théories astronomiques, il établit chez lui une maison de santé, dans laquelle il s'offrait à traiter gratuitement les malades par les mêmes procédés. Magnétisant et électrisant, il fit construire à l'aide du père Hell des lames et des anneaux aimantés par les ouvriers de l'Observatoire de Vienne. Les passes magnétiques parurent guérir Oesterline qui avait éprouvé, le 28 juillet 1774, un renouvellement de ses accès ordinaires. Hell voulut s'approprier la réussite de ce procédé thérapeutique. Mais peu à peu Mesmer s'émancipa, et prétendit pouvoir se passer des appareils du père Hell; il soutint l'existence du magnétisme animal essentiellement distinct de l'aimant ainsi que de l'électricité; il renonça complètement par la suite à l'emploi de ces deux derniers agents. Le baron Anton von Stoërck (1731-1803), médecin de l'Empereur et directeur de l'hôpital général de Vienne, refusa d'authentifier la guérison d'Oesterline et des autres malades de Mesmer. D'autres médecins, comme Jan Ingenhousz (1730-1799), pensaient que Mesmer était un imposteur. Mais celui-ci voulut faire reconnaître ses succès en éclairant l'Europe des savants académiciens. C'est dans ce contexte qu'il faut placer la Lettre de Mesmer à un médecin étranger publiée5 en 1775 et qui présentait en peu de mots son système perfectionné par dix années d'expériences et d'essais. C'est à cette date que l'on trouve pour la première fois écrit le terme « magnétisme animal». Cette lettre sur l'usage médicinal de l'aimant a surtout été écrite pour le docteur Johann Christoph Unzer d'Altona le 5 janvier 1775. Ce dernier la fit éditer le 26
5 Mesmer, F. A. (1775). Schreiben über die Magnetkur von Herrn. A. Mesmer, Doktor der Arzneygellihrtheit, an einen auswlirtigen Arzt (Lettre sur le traitement magnétique de M. A. Mesmer, docteur en médecine, à un médecin étranger, 14 pages). Wien: Joseph Kurzbock. Le texte reproduit ci-après a été publié par Jean-Jacques Paulet (1740-1826) en 1784, dans la présente traduction française, dans l'Antimagnétisme, ou origine, progrès, décadence, renouvellement et réfutation du magnétisme animal, Londres, 1784, pp. 49-58.

IX

janvier de la même année dans sa revue intitulée Neuer gelehrter Mercurius (Nouveau mercure savant d'Altona). En voici le contenu:
«Dès l'année 1766, je publiai une brochure sur l'influence que les planètes, et particulièrement le soleil, la lune et la terre, ont sur le corps humain. Je tâchai d'y prouver que ces grands corps célestes agissent sur notre globe en général, et sur les parties qui le composent en particulier, de la même manière que, conformément au système de Newton, ils gravitent les uns sur les autres, et, surtout le soleil, s'attirent mutuellement comme autant de grands aimants, en raison de leurs distances et de leurs positions; retardent ou accélèrent leurs mouvements respectifs, s'entraînent de leurs orbites, et dérangent l'ordre de leurs mouvements. Je montrai que de même que le soleil et la lune, en conséquence de leurs positions respectives, et de celle de la terre, et de leurs distances, opèrent les marées, tant des différentes mers que de toute l'atmosphère; ils produisent un effet analogue dans le corps humain. J'ajoutai que la force attractive de ces sphères pénètre intimement toutes nos parties constitutives, solides et fluides, et agit immédiatement sur les nerfs, en sorte qu'elle excite dans notre corps un véritable magnétisme. J'appelai cette propriété du corps animal, qui le rend sensible à l'attraction universelle, gravitatem, ou Magnetismum anima/em. » « Pour mieux éclaircir mon système, je citai plusieurs observations sur des maladies périodiques. J'invitai les médecins à rapporter parmi les causes éloignées des maladies et de leur guérison, ce magnétisme animal; je les sollicitai d'en faire le sujet de leurs observations, et je promis de m'en occuper à mon tour dans ma pratique. » « Ce fut l'année dernière (1774 ou 1775) que je trouvai l'occasion de faire des découvertes qui confinnent ma théorie, qui ne peuvent être rien moins qu'indifférentes aux médecins, et que je vous communique avec un vrai plaisir. » « Une jeune personne du sexe, âgée de vingt-huit ans, qui demeure dans la même maison que j'occupe, et qui, dès son enfance, paraissait avoir le genre nerveux très faible, avait essuyé depuis deux ans, des attaques de convulsions terribles. Elle avait une fièvre hystérique, à laquelle se joignaient, par intervalles, des vomissements opiniâtres, des inflammations de différents viscères, des rétentions d'urine, des odontalgies excessives, des otalgies, des délires mélancoliques, maniaques; l'opisthotonos, des lypothimies, la cécité, des suffocations, des paralysies de plusieurs jours, et d'autres accidents. » « J'employai contre ces différents maux les remèdes les plus accrédités: mais il n'y eut que le soin de ne jamais la perdre de vue, qui me mit en état de la tirer des dangers évidents de mort où elle était souvent, et de lui rendre la tranquillité au bout de trois ou quatre semaines, sans obtenir cependant une guérison durable; car les accidents revinrent toujours quelque temps après. « Je m'occupai pendant tout ce temps à perfectionner ma théorie, et je parvins enfin à prévoir les rechutes, leurs progrès, leur durée et leur déclinaison. Je projetai à la fin d'établir dans son corps une espèce de marée artificielle, au moyen de l'aimant. Je communiquai mon projet au R. P. Hell, astronome de S.M.I. et R., qui l'approuva, et m'offrit son secours. Il fit construire quelques pièces de l'acier magnétique qu'il a inventé, il y a quatorze ans, et leur fit donner une forme propre pour être commodément appliquées au corps. La malade ayant eu une

x

rechute au mois de juillet dernier, je lui attachai aux pieds deux aimants évasés, et un autre en forme de cœur sur la poitrine. Elle souffrit aussitôt une douleur brûlante et déchirante, qui montait des pieds jusqu'à la crête des os des îles, où elle s'unissait à une douleur pareille qui descendait d'un côté, de l'endroit de l'aimant attaché sur la poitrine, et remontait de l'autre à la tête, où elle se terminait au sommet. Cette douleur, en se dissipant, laissa dans toutes les articulations une chaleur brûlante comme le feu. Cette vapeur magnétique paraissait tantôt se rompre dans différents endroits, tantôt se rejoindre avec impétuosité. La malade et les assistants furent effrayés de ce phénomène, et opinèrent pour la cessation de l'expérience. Mais j'insistai, et j'appliquai encore d'autres aimants aux parties inférieures; alors elle sentit descendre avec impétuosité les douleurs qui avaient tourmenté les parties supérieures. » « Ce transport de douleur dura toute la nuit et fut accompagné d'une sueur abondante du côté paralysé, lors de l'accès précédent; enfin tous les accidents disparurent peu à peu, et la malade devenue insensible à l'action de l'aimant, fut guérie de cette attaque. Elle a encore eu depuis quelques rechutes qui ont été guéries facilement et promptement. J'attribue ces rechutes à l'extrême faiblesse, et à l'ancienneté du mal. Je lui ai conseillé de porter constamment quelques aimants, et depuis cette époque elle s'est refaite et se porte bien. J'eus occasion, dans le traitement de cette maladie, de faire plusieurs expériences très curieuses. Je découvris les règles qui déterminent dans quel cas, sur quelles parties, en quelle quantité, combien de temps et avec quelles précautions il faut appliquer l'aimant. J'ai communiqué ces règles au P. Hell, et à quelques médecins. » « Du grand nombre d'observations très étonnantes que j'ai faites, j'en rapporterai ici quelques-unes qui ont été constatées en présence du P. Hell, et autres personnes respectables. » « J'ai observé que la matière magnétique est presque la même chose que le fluide électrique et qu'elle se propage de même que celui-ci par des corps intermédiaires. L'acier n'est pas la seule substance qui y soit propre; j'ai rendu magnétique du papier, du pain, de la laine, de la soie, du cuir, des pierres, du verre, l'eau, différents métaux, du bois, des hommes, des chiens, en un mot tout ce que je touchais, au point que ces substances produisaient sur la malade les mêmes effets que l'aimant. J'ai rempli des flacons de matière magnétique, de la même façon qu'on le pratique avec le fluide électrique. J'ai trouvé deux moyens de renforcer si promptement le magnétisme, que la malade, au lieu d'une douleur déchirante et brûlante, qui suit ordinairement l'application de l'aimant, sentit des secousses douloureuses qui se succédaient régulièrement et rapidement, comme dans l'électrisation, et qui, se faisant sentir aux articulations des bras, du col et enfin à la tête, devinrent d'autant plus vives, qu'elles étaient plus éloignées. J'ai encore remarqué que les hommes ne sont pas tous également propres à être magnétisés: de dix personnes qui étaient réunies, il y en eut une qui ne put être magnétisée, et qui interrompit la communication du magnétisme. J'ai remarqué la même chose aux chiens. D'un autre côté, il y eut une personne parmi ces dix, qui fut tellement susceptible de magnétisation, qu'elle ne pouvait approcher de dix pas la malade, sans lui causer les plus vives douleurs. » « J'excitai dans la malade, sans aucune communication directe, et dans un éloignement de huit à dix pas, caché d'ailleurs derrière un homme ou un mur, XI

des secousses dans telle partie que je voulus, et une douleur aussi vive que si on }) l'eût frappée avec une barre de fer. « J'ai rétabli le cours des menstrues et des hémorroïdes, au moyen du magnétisme, et remédié sur le champ aux accidents que ces suppressions avaient causés. J'ai guéri par le même moyen l'hémoptysie, une paralysie à la suite d'une apoplexie, un tremblement survenu après un accès de colère, et tous les accidents hypocondriaques, convulsifs, hystériques. Je l'essaie maintenant contre l'épilepsie, la mélancolie, la manie et la fièvre intermittente. Quant à la douleur qu'excite la magnétisation, elle varie; elle est tantôt déchirante, tantôt brûlante, tranchante, analogue aux secousses électriques, etc. « Dans tous les cas, j'ai vu que la sensibilité au magnétisme cessait aussitôt que le mal était guéri. Je ne crois pas que l'aimant ait une vertu spécifique, par laquelle il agit sur les nerfs; je suppose, seulement, conformément aux principes de ma théorie, que la matière magnétique (agit), par son extrême subtilité et par son analogie avec le fluide nerveux, dont le mouvement avait été troublé; en sorte qu'elle fait rentrer tout dans l'ordre naturel, que j'appelle l'harmonie des nerfs. » « Ce que je viens de dire, et la nature de nos sensations, qui ne sont autre chose que la perception des différences dans les proportions, donnent la raison de ce que nous ne sentons que dans les parties où l'harmonie est troublée, l'effet des aimants, tant naturels qu'artificiels, quoiqu'ils agissent constamment sur nous. »

Ayant lu le travail de Mesmer, Johann Christoph Unzer expérimenta avec l'aide des aimants pour le traitement de ses malades; il écrivit même un petit ouvrage6 en 1775 pour montrer l'opinion favorable qu'il avait envers leur utilisation médicale. Maximillian Hell répondit dès le 12 janvier 1775 à l'écrit de Mesmer en affmnant que la cause des guérisons n'était pas due au magnétisme animal mais plutôt à l'action des aimants eux-mêmes? Dans une lettre8 datée du 19 janvier 1775, Mesmer nia en effet l'utilité des aimants dans le traitement des maladies en réaffmnant que le magnétisme animal en était la cause. Une troisième communication de Mesmer au public fut donnée le 10 mai 1775 et traduite en Français dans le Journal encyclopédique de 1776. Tous ces écrits furent réunis en volume avec d'autres articles pour et contre le
6 Unzer, J. C. (1775). Beschreibung eines mit dem kunstlichen Magneten angesteUten medicinischen Versuchs (I44p.). Hamburg: Herold. 7 Pour les conceptions de Hell à cette époque: Hell, M. (1775). Unpartheyischer Rericht der aUhier gemachten Entdeckungen der sonderbaren Würkung der kunstlichen Stahlmagneten in verschiedenen Nervenkrankheiten. Wien : s.n. 8 Mesmer, F. A. (1775). Gedruckte Antwort des Herrn Dr Mesmer vom 19. Januar 1775. Reproduit dans un ouvrage rassemblant une série d'articles sous le nom de Mesmer, F. A. (1778). Sammlung der neuesten gedruckten und geschreibenen Nachrichten von MagnetCuren, vorzüglich der Mesmerischen (194 p.). Leipzig: Hilscher.

XII

magnétisme dans un recueil paru à Leipzig en 1778 et dont Mesmer loua la fidélité et l' indépendance9. Mesmer voulut opposer des faits à cette campagne de dénigrement. Mais comme la pression augmentait, il décida de partir en voyage en Souabe et en Suisse en faisant connaître sa doctrine. C'est à cette époque qu'il rencontre, durant son voyage en Suisse, le prêtre Johann Caspar Gassner (1727-1779) qui opérait des cures spectaculaires en touchant les malades. Certains auteurs vont ainsi assimiler la pratique exorciste de Gassner avec la pratique magnétique de Mesmerlo. En 1775, il fut bien accueilli par le grand duc électeur de Bavière, Maximilien-Joseph (il fut même élu membre de l'Académie de Bavière le 28 novembre 1775). Mais les principales Académies européennes ne daignèrent pas répondrell à sa « Lettre à un médecin étrangerl2 » où il prétendait avoir fait la découverte d'un fluide universel, entourant et pénétrant tous les corps, effectuant tous les phénomènes; qu'il avait en outre reconnu par sa propre expérience, qu'il peut être donné à l'homme de changer les mouvements de ce fluide, d'en augmenter et d'en diminuer la somme chez d'autres individus. Par son universalité et par ses effets, ce fluide paraît à Mesmer différent du fluide magnétique minéral, aussi lui donne-t-il défmitivement le nom de fluide magnétique animal, et dès lors il supprime les armures, les plaques, les métaux; il se borne à imposer les mains, soutenant qu'il faisait ainsi passer les courants d'une main à l'autre. Telle était la doctrine de Mesmer. Comme il a été dit plus haut, pour la propager, pour en faire vérifier la réalité, il s'était adressé en vain à la plupart des sociétés savantes de l'Europe. La suite de la carrière de Mesmer à Vienne, à partir de la fin de l'année 1775, fut émaillée de nombreuses déconvenues. Voici un événement qui eut des suites plus graves pour Mesmer; il avait recueilli chez lui une jeune fille aveugle, mademoiselle Marie-Thérèse Paradis (née le 15 mai 1759). Jugée incurable par Stoërck et Wenzel, Mesmer
9 Mesmer,

F. A. (1778). Sammlung der neuesten gedruckten und geschreibenen Nachrichten von Magnet-Curen, vorzüglich der Mesmerischen (194 p.). Leipzig: Hilscher - Cf. Mesmer, F. A. (1971). Le magnétisme animal (p. 18). Paris: Payot. 10 Klinkosch, J. T. (1776). Schreiben den Thier. Magnetismus u. die sich selbst wieder ersetzende Kraft Betreffend. Prague: s.n. Il Une seule, l'Académie de Berlin, après avoir pris connaissance de son mémoire, lui déclara qu'il était dans l'erreur (24 mars 1775). 12Mesmer, F. A. (1775). Schreiben über die Magnetkur von Herrn. A. Mesmer, Doktor der Arzneygelahrtheit, an einen auswartigen Arzt (Lettre sur le traitement magnétique de M. A. Mesmer, docteur en médecine, à un médecin étranger, 14 pages). Wien: Joseph Kurzbock. V oir ci-dessus le texte.

XIII

avait entrepris sa guérison; elle était en fort bonne voie, quand le père furieux, de concert avec la mère, réclame sa fille; la fille résiste; Mesmer soutient qu'elle n'est pas en état d'être transportée, ilIa garde encore un mois, et il affmne que, dans la première quinzaine, il aurait le bonheur de perfectionner l'usage de ses yeux. Mesmer se plaint d'avoir été à cette occasion l'objet des calomnies les plus insensées; le fait est que le cardinal, l'archevêque Migazzi, lui fit signifier d'aller ailleurs opérer ses miracles. Du reste, Mesmer donne des explications: d'abord si M. Paradis voulut retirer sa fille, âgée de dix-huit ans, des mains du magnétiseur, c'est qu'il craignait de voir supprimer la pension que lui donnait l'empereur à cause de la cécité de cette jeune malade. Donc il fallait bien vite la retirer, puisque Mesmer allait lui rendre la vue. Si ensuite elle n'a pas Vu parfaitement clair, c'est, dit Mesmer, que ses cruels parents ont donné tous leurs soins pour qu'elle redevînt aveugle. Enfm, pour porter l'évidence dans tous les esprits au sujet de cette cure, Mesmer ajoute qu'il était de notoriété publique qu'avant d'entrer chez lui la demoiselle avait les yeux saillants et tombant hors de leurs orbites, et qu'il les avait remis à leur place! Quoi qu'il en soit, Mesmer, pour ce dernier fait, est chassé de Vienne, et, précédé dès lors d'une immense réputation, il se réfugie à Paris en février 1778 accompagné du chirurgien militaire Leroux et d'un laquais. Il venait à peine d'arriver quand il lut dans le Journal encyclopédique de mars 1778 (p. 506) une lettre anonyme envoyée de Vienne annonçant aux Parisiens que la Faculté de cette ville l'avait condamné et chassé de son pays.
Extrait d'une lettre sur les cures de M. Mesmer, écrite de Vienne en Autriche le 21 décembre 1777 à M. Hell, bailli de Hersinger et de Landser, membre des Sociétés économiques et d'émulation de Berne, de Bâle, etc... J'ai oublié de vous satisfaire dans ma dernière lettre touchant M. Mesmer. Je vous demande pardon et, pour réparer ma faute, je vais vous dire ce que j'en sais. La réputation qu'il s'est faite dans ce pays-ci, ne vaut guère mieux que celle du très révérend curé Gassner, que vous avez vu. Tandis que l'un prétend opérer des miracles par une vertu surnaturelle, l'autre emploie un remède que la Nature lui a mis sous la main et dont il ne connaît pas mieux les effets que la cause qui doit les produire. Parfaitement ignorant en physique (quoique cette science convienne à son état plus qu'à un autre) il n'a pas la moindre science de la théorie de l'aimant. Plein de confiance en ses paroles, qui en imposent surtout aux malades, il parvient souvent à cacher l'empirisme sous un langage éblouissant, peut-être inintelligible. Ensuite, il va en tâtonnant, il varie dans l'emploi de sa cure pour lui donner un air de vérité et si le hasard le seconde, ou que l'imagination du XIV

malade lui attribue, comme à M. Gassner, un succès qui n'existe pas, il sait s'en targuer et en remplir les gazettes et les journaux et par là acquérir une réputation qu'il ne mérite pas. Vail à, mon cher ami, ce que les membres de la Faculté de Vienne pensent sur le compte de M. Mesmer; et comme ce sont des gens d'honneur et de probité, je ne crois pas que la passion les porte à discréditer un remède dont l'emploi influerait si fort sur le bonheur de l'humanité. Au reste, ils avouent qu'un médecin habile et profond physicien, qui voudrait cultiver en homme sage cette branche de la physique, considérer l'analogie que l'aimant peut avoir avec le corps humain, tenter avec prudence quelques expériences, enrichirait son art des expériences que M. Mesmer tentera inutilement. Car, pour y réussir, il faudrait réunir toutes les qualités qui manquent à celui-ci; c'est-à-dire des connaissances parfaites de la chose, une étude infatigable, longue et pénible, des maladies contre lesquelles ce remède peut convenir, enfin les facultés et le désintéressement nécessaires quand on veut travailler pour le bonheur des hommes. Je suis d'autant plus porté à croire ces Messieurs, qu'une cure de M. Mesmer, faite sur une demoiselle aveugle, que je connais de nom, a eu les plus funestes effets. Dans les premiers jours, on a persuadé à la pauvre fille qu'elle voyait: elle nommait parfaitement une couleur quand on lui en avait dit tout bas le nom; tout le monde s'empressait de la voir, et on la quittait, persuadé de sa cécité comme auparavant. Personne ne croyait au faiseur de miracles que les parents et la jeune demoiselle, qui n'osaient être incrédules. Enfin, après quelques jours, cette infortunée tomba dans des convulsions horribles et des douleurs effroyables, que le secours d'un autre médecin apaisa; mais on vient de m'assurer qu'elle se trouve dans une situation pire que jamais. Enfin, mon cher ami, les lectures que j'ai faites sur l'analogie du magnétisme et de l'électricité me font conjecturer qu'il en est des cures magnétiques comme de l'électricité médicale. Plusieurs médecins tant en France qu'en Suisse, en Italie et autres pays de l'Europe, se sont occupés de cette dernière avec divers succès. Elle est tombée dès que l'empirisme s'en est mêlé et qu'aucun savant n'a eu la patience de s'y livrer comme il convenait. On la reprend actuellement à Paris et à Genève; et si l'on réussit à en fixer le succès, nous pouvons à coup sûr, d'après le rapport parfait existant entre les deux fluides, espérer les mêmes succès du magnétisme. Tirez de ceci, mon cher ami, ce que vous croirez devoir marquer à la personne dont la santé vous tient tant à cœur. À sa place, je ne m'exposerais pas à la dépense inutile d'un long voyage et au danger du hasard. La réputation de M. Mesmer fait beaucoup de bruit au-dehors, mais à Vienne elle parle si bas qu'on ne l'entend pas. »

Nullement découragé, Mesmer s'installa, au début de son séjour, dans l'hôtel des Frères Bourret, place Vendôme, au centre de la ville de Paris. Il n'avait plus auprès de lui que son laquais, le chirurgien Leroux l'ayant quitté pour s'occuper des traitements électriques, une autre nouveauté de l'époque. Il s'annonce d'emblée comme auteur d'une grande découverte, celle d'un principe universel, agissant sur tous les corps de la nature, et comme maître d'agir à son gré sur ce même principe, dans l'intérêt des malades. À sa grande surprise, les patients affluent. Il se met XV

à traiter des malades que la Faculté de médecine avait comme de juste déclarés incurables. Mais ses moyens de succès étaient immanquables dans une ville comme Paris: son air, ses manières, son ton d'assurance, ses expressions germanisées devaient en imposer à la foule. Avec une robuste confiance en sa propre personne, Mesmer devait réussir, et bientôt en effet l'échelle de ses opérations devint toute autre que celle de ses premières tentatives; le nombre des malades avait tellement augmenté qu'il pouvait à peine y suffIre, bien qu'aidé de son valet et de plusieurs élèves; c'est alors que fut imaginé le baquet avec tout son appareil. C'est dans ce contexte que Mesmer décide de contacter les sociétés savantes: l'Académie des sciences, la Société de médecine et la Faculté de médecine. Celui qui présidait alors l'Académie des sciences était JeanBaptiste Leroy (1724-1800). Poussé par la curiosité, il avait déjà assisté à quelques séances données par Mesmer; c'était une première relation toute établie. Leroy ne demandait pas mieux que de mettre sa compagnie en mesure de procéder scientifiquement à la vérification des vérités magnétiques; mais Mesmer, présent lors d'une des séances, se récusa arguant du fait que les académiciens n'étaient pas prêts à l'entendre. Certains d'entre eux pourtant allèrent s'initier à la nouvelle thérapeutique mais restèrent néanmoins perplexes. Par contre des membres de la Société royale de médecine, moins attachés aux traditions que la Faculté, furent aussi intéressés par la nouvelle thérapeutique: Mauduit, Tessier, Desperrières et Andry. La Société royale de médecine voulut instituer une commission; Mesmer voulait avoir affaire à des commissaires compétents. Le dialogue fut difficile. Lorsque Mauduit voulut procéder à un examen et à un traitement électrique sur une patiente atteinte de convulsions mal défmies avant de la soumettre au magnétisme, Mesmer s'y opposa. La lettre suivante lui est adressée le 6 mai 1778 au nom de la Société royale de médecine par Félix Vicq-d'Azyr (1748-1794), secrétaire
perpétuel13 .

« La Société royale de médecine m'a chargé, Monsieur, dans la séance qu'elle a tenue hier, de vous renvoyer les certificats qui lui ont été remis de votre part, sous la même enveloppe que l'on a eu soin de ne pas décacheter. Les commissaires qu'elle a nommés, d'après votre demande, pour suivre vos expériences, ne peuvent et ne doivent donner aucun avis, sans avoir auparavant
13Mesmer, F. A. (1781). Précis historique avril 1781 (p. 51). Londres: s.n. des faits relatifs au magnéisme animal jusques en

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constaté l'état des malades par un examen fait avec soin. Votre lettre, annonçant que cet examen et les visites nécessaires n'entrent pas dans votre projet, et que, pour y suppléer, il nous suffit, suivant vous, d'avoir la parole d'honneur de vos malades et des attestations, la Compagnie, en vous les remettant, vous déclare qu'elle a retiré la commission dont elle avait chargé quelques-uns de ses membres à votre sujet. Il est de son devoir de ne porter aucun jugement sur des sujets dont on ne la met pas à portée de prendre une pleine et entière connaissance, surtout lorsqu'il s'agit de justifier des assertions nouvelles. Elle se doit à elle-même cette circonspection dont elle s'est toujours fait et se fera toujours une loi. »

On voit qu'après avoir provoqué la formation d'une commission dans le sein d'une compagnie savante, à l'effet, disait-il, de constater des guérisons opérées par lui, il refuse formellement de laisser préalablement examiner ses malades; suivant lui, les commissaires, hommes de science, médecins, aptes conséquemment à juger la réalité et la nature des maladies, doivent avoir les yeux fermés, se contenter de la parole d'honneur des malades et de certificats! Mesmer a pensé que les maladies dont il a entrepris le traitement sont tellement graves qu'elles ne sont pas susceptibles d'être caractérisées à la simple inspection; donc il faut que la société accorde toute confiance aux attestations ou consultations. Dans la lettre14 qu'il envoie le 12 mai 1778, il souligne qu'en conséquence il déposera ces pièces sous les yeux de la Société royale, afm de la mettre en état de juger le mérite de ses guérisons.
Mon intention, Monsieur, ayant toujours été de démontrer l'existence et l'utilité du principe dont j'ai eu l'honneur d'entretenir Messieurs de la Société royale de médecine, je me serais empressé de solliciter moi-même près d'elle la Commission dont il est question dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 6 de ce mois, si j'avais pu penser que des maladies aussi graves que celles dont j'ai entrepris le traitement, fussent susceptibles d'être caractérisées à la simple inspection et au seul rapport des malades. MM. Mauduit et Andry, membres de la Société Royale, ont pensé comme moi sur cet article, lorsqu'ils ont répondu à la Dame L*** qui leur présentait sa fille pour constater sa maladie, qu'ils voyaient bien que la jeune personne faisait des mouvements convulsifs; mais que ces signes apparents étaient insuffisants pour motiver leur attention. J'ai donc pris, Monsieur, de tous les partis celui qui paraissait le plus sûr, et en même temps le plus confonne aux intentions de la Société Royale, en réclamant des malades qui voulaient bien m'accorder leur confiance des attestations ou consultations faites et signées par les Médecins de la Faculté, et je déposai ces pièces sous les yeux de la Société royale, afin de la mettre en état de juger du

14Mesmer, F. A. (1781). Précis historique avril 1781 (pp. 52-53). Londres: s.n.

des faits relatifs au magnéisme

animal jusques

en

XVII

mérite des guérisons, lorsque le temps et les circonstances me permettraient de les lui offrir. D'après ces réflexions, Monsieur, que vous voudrez bien communiquer à la Société Royale en réponse à la lettre qu'elle vous a chargé de m'écrire, elle jugera facilement que la demande d'une Commission, et toutes les démarches analogues, ont été faites sans mon aveu. J'ai la confiance qu'elle voudra bien n'en pas douter d'après l'assurance que j'en donne, m'accorder pour l'avenir les mêmes bontés qu'elle m'a témoignées pendant mon séjour à Paris, et croire que je m'empresserai toujours de déférer à la supériorité de ses lumières. J'ose vous prier de lui offrir ces faibles expressions de mes respectueux sentiments. Ne doutez pas de la parfaite considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être.

Mesmer, on le voit, ne voulait pas se départir de sa tactique; il offrait des pièces, des attestations, des consultations, mais il cachait ses malades. D'ailleurs, c'est à cette époque qu'il part pour Créteil où il loue une maison en mai 1778, dans laquelle il pourra loger ses malades. Ne recevant aucune réponse de Vicq-d'Azyr, Mesmer écrit alors la lettre15 suivante le 20 août 1778 :
« Ne doutant pas, Monsieur, que ces messieurs de la société royale n'aient pris connaissance de la réponse que j'ai eu l'honneur de leur faire, par votre médiation, le 12 mai dernier, et les traitements que j'ai entrepris à Créteil devant finir avec ce mois, je m'empresse d'inviter ces messieurs à venir s'assurer par euxmêmes du degré d'utilité du principe dont j'ai annoncé l'existence. Si vous avez la bonté, Monsieur, de m'annoncer le jour et l'heure où ils voudront bien m'honorer de leur visite, je serai disposé à les recevoir, et à leur répéter l'assurance de mes respectueux sentiments. »

Mesmer semble avoir tout à fait oublié les conditions que lui avait imposées la Société, savoir, de soumettre préalablement ses malades à l'examen de ses commissaires, afm de s'assurer de la réalité de la maladie et des effets du prétendu traitement: Mesmer les invite tout simplement à assister à ses cures, il sera tout disposé à les recevoir! Et pourquoi? Est-ce pour constater aveuglément et de confiance des effets thérapeutiques? Mieux que cela, pour reconnaître un principe dont Mesmer a annoncé l'existence! La société n'eut garde de se laisser entraîner comme le voulait Mesmer; voici la réponse du 27 août 1778 qu'elle lui fit par l'intermédiaire de son secrétaire16 :
15Mesmer, avril 1781 16Mesmer, avril 1781 F. A. (1781). Précis historique (pp. 53-54). Londres: s.n. F. A. (1781). Précis historique (p. 54). Londres: s.n. des faits relatifs au magnéisme des faits relatifs au magnéisme animal jusques animal jusques en en

XVIII

« J'ai communiqué, Monsieur, la lettre que vous m'avez écrite, à la Société royale de médecine. Cette compagnie, qui n'a eu aucune connaissance de l'état antérieur des malades soumis à votre traitement, ne peut porter aucun jugement à cet égard. »

C'est ainsi que se terminèrent les premières relations de Mesmer avec la Société royale de médecine. De son côté, Leroy, sollicité à nouveau, laissa la demande de Mesmer sans réponse après cette lettre17 datée du 22 août 1778 :
« J'ai eu l'honneur, Monsieur, de vous entretenir plusieurs fois à Paris, en votre qualité de Directeur de l'Académie, du Magnétisme animal. Quelquesuns de MM. vos confrères ont eu aussi des conférences avec moi sur ce principe. Son existence vous a paru sensible par les épreuves que j'ai faites sous vos yeux et sous les leurs. Je vous ai remis mes propositions sommaires pour être communiquées à l'Académie. J'ai aussi laissé à M. le Comte de Maillebois un Mémoire relatif. Vous m'avez paru l'un et l'autre désirer qu'aux preuves de l'existence, je joignisse celles de l'utilité. J'ai entrepris en conséquence le traitement de plusieurs malades, qui ont bien voulu, pour cet effet, se rendre au village de Créteil, que j 'habite depuis quatre mois. » « Quoique j'ignore encore, Monsieur, la façon de penser de l'Académie sur mes propositions, je m'empresse de l'inviter, par votre médiation, et vousmême aussi particulièrement, Monsieur, à constater l'utilité du magnétisme animal, appliqué aux maladies les plus invétérées. Leurs traitements devant finir avec ce mois, j'ose espérer que vous voudrez bien me transmettre les intentions de l'Académie, en m'indiquant le jour et l'heure où ses députés voudront bien m'honorer de leur visite, afin que je me mette en état de les recevoir. C'est avec des sentiments de la plus parfaite considération, que j'ai I'honneur d'être. »

Si Leroy avait présenté cette lettre devant l'Académie, la lecture en avait été interrompue par Louis-Jean-Marie Daubenton (1716-1799) et Félix Vicq-d'Azir (1748-1794). Les compagnies savantes se retiraient du débat qui allait être porté dans le domaine public. Mesmer quitta Créteil en août 1778 pour s'installer à Paris à l'hôtel Bullion, rue Coq-héron dans le quartier Saint-Eustache. Les malades y venaient de plus en plus nombreux se faire traiter par le magnétisme. Pour que les bienfaits du magnétisme puissent être distribués à tous, un arbre, dit-on, fut même magnétisé sur le boulevard Saint-Martin à l'angle de la rue de Bondy. Mais la situation de Mesmer n'était pas enviable: « En France, j'étais un
17Mesmer, F. A. (1781). Précis historique avril 1781 (pp. 38-39). Londres: s.n. desfails relatifs au magnéisme animal jusques en

XIX

objet de risée livré à la tourbe académique. Si dans le reste de l'Europe, mon nom parvenait à frapper quelquefois la voûte des temples élevés aux sciences, ce n'était que pour en être repoussé avec mépris (...) A u mois de septembre 1778, j'étais abandonné, fui, dénigré, honni, par tout ce qui tient aux sciences. Les extrêmes se touchent: cette époque est précisément celle de mes premières relations avec M Deslon ». C'est à cette époque que Mesmer reçut l'appui de Charles D'eslon (1731-1786), médecin du comte d'Artois, frère du Roi Louis XVI, qui introduisit ses doctrines à la Faculté de médecine de Paris, la dernière institution qui pût encore accueillir et juger son œuvre. De son côté, Mesmer préparait son Mémoire sur la découverte du magnétisme animal. Au reste, voici quelles étaient ces fameuses propositions de Mesmer; il les avait réduites à vingtsept; suivant lui, elles renfermaient l'essence de sa doctrine18.
I. Il existe une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés. II. Un fluide universellement répandu, et continué de manière à ne souffrir aucun vide, dont la subtilité ne permet aucune comparaison, et qui, de sa nature, est susceptible de recevoir, propager et communiquer toutes les impressions du mouvement, est le moyen de cette influence. III. Cette action réciproque est soumise à des lois mécaniques, inconnues jusqu'à présent. IV. Il résulte de cette action, des effets alternatifs, qui peuvent être considérés comme un flux et reflux. V. Ce flux et reflux est plus ou moins général, plus ou moins particulier, plus ou moins composé, selon la nature des causes qui le déterminent. VI. C'est par cette opération (la plus universelle de celles que la nature nous offre) que les relations d'activité s'exercent entre les corps célestes, la terre et ses parties constitutives. VII. Les propriétés de la matière et du corps organisé, dépendent de cette opération. VIII. Le corps animal éprouve les effets alternatifs de cet agent; et c'est en s'insinuant dans la substance des nerfs qu'il les affecte immédiatement. IX. Il se manifeste, particulièrement dans le corps humain, des propriétés analogues à celles de l'aimant: on y distingue des pôles également divers et opposés, qui peuvent être communiqués, changés, détruits et renforcés; le phénomène même de l'inclinaison y est observé. X. La propriété du corps animal, qui le rend susceptible de l'influence des corps célestes et de l'action réciproque de ceux qui l'environnent, manifestée par son analogie avec l'aimant, m'a déterminé à la nommer MAGNÉTISME ANIMAL.

18 Cf. Mesmer, F. A. (1779). Mémoire Paris: Fr. Didot.

sur la découverte

du magnétisme

animal (pp. 74-83).

XX

XI. L'action et la vertu du magnétisme animal, ainsi caractérisées, peuvent être communiquées à d'autres corps animés et inanimés. Les uns et les autres en sont cependant plus ou moins susceptibles. XII. Cette action et cette vertu peuvent être renforcées et propagées par ces mêmes corps. XIII. On observe à l'expérience l'écoulement d'une matière dont la subtilité pénètre tous les corps, sans perdre notablement de son activité. XIV. Son action a lieu à une distance éloignée, sans le secours d'aucun corps intermédiaire. XV. Elle est augmentée et réfléchie par les glaces comme la lumière. XVI. Elle est communiquée, propagée et augmentée par le son. XVII. Cette vertu magnétique peut être accumulée, concentrée et transportée. XVIII. J'ai dit que les corps animés n'en étaient pas également susceptibles: il en est même, quoique très rares, qui ont une propriété si opposée, que leur seule présence détruit tous les effets de ce magnétisme dans les autres corps. XIX. Cette vertu opposée pénètre aussi tous les corps; elle peut être également communiquée, propagée, accumulée, concentrée et transportée, réfléchie par les glaces, et propagée par le son; ce qui constitue non seulement une privation, mais une vertu opposée positive. XX. L'aimant, soit naturel, soit artificiel, est, ainsi que tous les autres corps, susceptible du magnétisme animal, et même de la vertu opposée, sans que, ni dans l'un ni dans l'autre cas, son action sur le fer et l'aiguille souffre aucune altération; ce qui prouve que le principe du magnétisme animal diffère essentiellement de celui du minéral. XXI. Ce système fournira de nouveaux éclaircissements sur la nature du feu et de la lumière, ainsi que dans la théorie de l'attraction, du flux et reflux de l'aimant et de l'électricité. XXII. Il fera connaître que l'aimant et l'électricité artificielle, n'ont à l'égard des maladies, que des propriétés communes avec plusieurs autres agents que la nature nous offre, et que s'il est résulté quelques effets utiles de l'administration de ceux-là, ils sont dus au magnétisme animal. XXIII. On reconnaîtra par les faits, d'après les règles pratiques que j'établirai, que ce principe peut guérir immédiatement les maladies de nerfs, et médiatement les autres. XXIV. Qu'avec son secours, le médecin est éclairé sur l'usage des médicaments; qu'il perfectionne leur action, et qu'il provoque et dirige les crises salutaires, de manière à s'en rendre le maître. XXV. En communiquant ma méthode, je démontrerai, par une théorie nouvelle des maladies, l'utilité universelle du principe que je leur oppose. XXVI. Avec cette connaissance, le médecin jugera sûrement l'origine, la nature et les progrès des maladies, même des plus compliquées; il en empêchera l'accroissement, et parviendra à leur guérison, sans jamais exposer le malade à des effets dangereux ou des suites fâcheuses, quels que soient l'âge, le tempérament et le sexe. Les femmes même dans l'état de grossesse et lors des accouchements, jouiront du même avantage.

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