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Mémoires d’un Maquis

De
203 pages
Les survivants ont aujourd’hui tous plus de quatre-vingts ans. En 1942 Freddy, Grizzly, Hervé, Lapin et les autres avaient pour la plupart à peine vingt ans. Grâce à leur filière, ils accueillirent, au sein du maquis Fort-de-France (Alpes de Haute-Provence), d’autres volontaires décidés à s’opposer à l’occupation allemande. Durant deux ans, ils ont résisté au quotidien, multiplié les embuscades, se sont opposés à l’ennemi. William, lycéen, avait dix-sept ans lorsqu’il a perdu la vie. Dix autres tomberont. Au XXè siècle, la liberté est toujours menacée, l’esprit de la Résistance demeure d’actualité.
Voir plus Voir moins

1 Mémoires d’un maquis
2
Mémoires d’un maquis
3 Mémoires d’un maquis
4 Sous la direction de
Michel Truffet
et Bernard Valentini
Mémoire d’un maquis
Fort-de-France
Basses Alpes
Essais et documents



Éditions Le Manuscrit
5 Mémoires d’un maquis

© Photos et documents : Amicale du maquis Fort-de-France

© Éditions Le Manuscrit -www.manuscrit.com-2009
ISBN : 978-2-304-02886-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304028867 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02887-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304028874 (livre numérique)
6
7 P
P

PRÉFACE
ePour le 65 anniversaire des combats de la vallée de l’Asse, dans les
anciennes Basses alpes, l’Amicale du Maquis Fort de France a décidé
de rééditer l’ouvrage d’interviews des anciens maquisards Le Renard
n’aime pas le jambon, en lui donnant un nouveau titre, plus explicite et en
y incluant des corrections et surtout un DVD, conçu avec le concours
des étudiants du Diplôme d’Etudes Universitaires Scientifiques et
Techniques de communication audio-visuelle du Pôle Métiers du livre
1de Saint Cloud, Université de Paris Ouest Nanterre La Défense.
Les lecteurs de ce livre trouveront donc, en annexe, un DVD, do-
cument vivant sur le Maquis Fort de France qui pérennise l’action des
jeunes volontaires de l’époque. L’Amicale du Maquis Fort de France a
voulu porter témoignage, pour le postérité, l’Idéal qui animait ces vo-
lontaires qui ont risqué leur vie pour la libération de la France.
Certains d’entre eux ont été tués au combat. D’autres ont été fusil-
lés. Deux chefs du Maquis, arrêtés en Mars 1944, sont morts en dépor-
tations. Nous avons tenu à leur rendre hommage, en rappelant, par les
interviews des derniers survivants ce que fut le combat pour la Libéra-
tion.
Hervé

1 Bien que sollicités, n’ont pas répondu avant la date de publication :
Le Conseil Régional de La Martinique
Le Conseil Général de La Martinique éral des Hauts de Seine
Le Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur
Le égional d’Ile de France
9 Mémoires d’un maquis
10
La Résistance basse-alpine


Ces renseignements sont pour la plupart issus de la
plaquette du maquis Fort-de-France rédigée par
Hervé

11 La résistance basse-alpine
LA RÉSISTANCE À SES DÉBUTS

De nombreux mouvements de résistance, isolés les uns des
autres, sont apparus au cours des premières années d’occupation,
en 1940 et 1941 : Combat, Libération, Franc-Tireur, Défenses de
la France, ORA, FTPF, avec un très petit nombre de résistants.
Des actions ponctuelles et limitées ont été menées par ces
mouvements. Mais c’est à partir de l’occupation de la zone libre,
zone Sud, le 11 novembre 1942, par l’armée allemande, que la
résistance s’est affirmée et que les maquis se sont multipliés.
Carte de membre adhérent au service Périclès, 1945
13 Mémoires d’un maquis
Des jeunes et des officiers de l’armée d’armistice, dissoute en
novembre 1942, vont entrer dans les filières de la Résistance et
des maquis, le plus souvent par idéal pour libérer leur pays.
A Marseille, les Routiers du Clan d’Assas (Éclaireurs de
France) ont commencé à distribuer des tracts, faire sauter des
magasins allemands, réunir des armes, au cours de l’année 1942.
Fin 1942, le capitaine Sapin est chargé par le colonel Zeller
d’organiser l’ORA dans le Sud-Est, zone R2. Stéphane, sur
l’ordre du colonel Robert, prospecte dans la région de Digne-
Castellane, pour installer une école régionale des cadres du ma-
quis des Mouvements unis de Résistance (MUR).
Le colonel Robert, un des chefs des MUR, monte dans le Ju-
ra, sur le plateau de Lamoura, l’École nationale des cadres du
maquis, sous le nom de code « Service Périclès ».

14 La résistance basse-alpine
L’ÉCOLE RÉGIONALE DES CADRES DU MAQUIS
Début 1943, à Lyon, capitale de la Résistance de l’ancienne
« zone non occupée », l’état-major des MUR a mis en place, dans
la plus stricte clandestinité, un chef national maquis, Jérôme, et
son adjoint Cheval. Les volontaires ne manquent pas et les ma-
quis soutenus par diverses organisations se créent dans les zones
peu peuplées ; leurs soucis sont de s’assurer de la valeur stratégi-
que des implantations, de l’obtention d’armes parachutées par
des avions basés en Angleterre puis en Afrique du Nord et de la
formation des combattants. Cette dernière préoccupation en-
traîne la création d’un Service national des maquis-écoles qui,
sous le nom de code de « Périclès », reçoit comme mission
d’implanter des centres de formation des cadres des maquis des
MUR. Le responsable de Périclès est connu par son seul prénom,
Robert, ancien officier de la Coloniale.
1Stéphane reçoit en mai l’ordre d’étudier les possibilités
d’implantation dans les Basses-Alpes, le long de l’axe stratégique
constitué par la route Napoléon. Par sa femme, il est introduit
auprès de quelques habitants de la haute vallée de l’Asse. Son
rapport conduit à la possibilité de créer un maquis-école dans la
région de Barrême, alors occupée par les forces fascistes italien-
nes.
En juin 1943, Romuald et Oswald (responsables de la forma-
tion militaire) recherchent un emplacement convenable. Sur
l’intervention d’Anne-Marie Joullié, de Barrême, ils font un bref

1 Tout au long du livre, les noms de guerre en caractères gras renvoient à
l’annexe « Parcours de vie des maquisards interrogés »
15 Mémoires d’un maquis
séjour dans un camp installé à Labaud (commune de Clumanc).
Un premier maquis se met en place à Champagnel sur les indica-
tions de la famille Pascal, de Barrême, et grâce à l’aide de la fa-
mille Guichard, propriétaire des lieux. C’est une bergerie désaf-
fectée située sur le rebord du plateau, près d’une source, face au
village de Chaudon-Norante. Cet emplacement dominant la
route Napoléon, les sentinelles pouvaient suivre les trafics routier
et ferroviaire, l’un et l’autre fort réduits à l’époque.
Ce maquis-école, connu sous le nom de code de « la Lavande-
raie », fut actif dès l’été 1943. Romuald et Oswald, Stéphane et
Claude Courbon (chargés des relations extérieures) en assurèrent
le fonctionnement en équipe. Cet été fut marqué par le départ
des occupants italiens, démoralisés par la volte-face du roi d’Italie
et du maréchal Badoglio. Les premières armes du maquis furent
des mousquetons récupérés à Digne sur ces soldats perdus. C’est
en tentant d’extraire l’explosif d’un obus italien que Claude
Courbon devait être le premier blessé de ce maquis.
La première session est organisée dès juillet avec Danton, Mi-
rabeau, Tony et Hervé (dit aussi Gaillard).
En octobre 1943, Stéphane apprend qu’il sera affecté à
d’autres responsabilités et qu’il doit passer les consignes au nou-
veau responsable désigné pour « la Lavanderaie » : ce maquis de-
vient, après accord des chefs de la R2, un centre de formation
pour les cadres des maquis de la région. Le nouveau responsable,
Prince, dit Manfred, avait déjà travaillé avec Labarthe et Sapin,
chefs régionaux.
La rencontre avec Manfred, vêtu de son uniforme de chef de
« Jeunesse et Montagne », se passa sur un quai du Rhône. Ce
Martiniquais, déjà officier pendant la campagne de France, se ré-
véla tout de suite un entraîneur d’hommes de grande qualité. Il
partit bientôt pour « la Lavanderaie » dont il allait faire un ma-
quis-école important pour le combat final, le maquis Fort-de-
France.

16 La résistance basse-alpine
Souvenirs d’un stagiaire de l’école régionale des cadres de « la La-
vanderaie »
Il est 14 h à Barrême ce lundi 3 juillet 1943. Un jeune garçon,
habillé en boy-scout, descend du petit tortillard qui assure la ligne
Digne-Nice. Il se dirige vers la sortie lorsqu’il est interpellé par
une jeune fille ronde et souriante. « Quelle heure est-
il ? » demande-t-elle au boy-scout. « Trente-six heures » répond-
il. C’est le mot de passe. Le nouveau maquisard, Hervé, suit
l’agent de liaison de Barrême, Danielle, qui le conduit à l’hôtel
Pascal, au centre du village, relais de la résistance et futur poste
de commandement du secteur.
La Haute-Melle. Levée des couleurs, printemps 1944

Puis c’est le départ vers l’école régionale des cadres, installée à
proximité de Barrême. Rencontre avec Oswald, le chef de camp,
installation et intégration rapide au groupe. Tous les stagiaires se
soumettent au sévère programme de formation : « la Lavande-
17 Mémoires d’un maquis
raie » n’est pas, en effet, un camp de repos ou de convalescence.
Appréciez par vous-même l’horaire de la journée :

6 h : Quarante-cinq minutes de « décrassage » sur le terrain
puis toilette générale torse nu.
7 h 15 : Jus et soupe.
7 h 30 : Corvée de pluches.
8 h : Nettoyage général du camp, couvertures pliées, sacs
bouclés pour permettre un départ dans les trois minutes en cas
d’alerte.
8 h 45 : Inspection du camp.
9 h : Exercices militaires.
11 h 30 : Repos.
12 h : Déjeuner.
14 h : Théorie.
15 h : Entraînement militaire et sportif.
17 h : Formation civique.
19 h : Dîner.
20 h : Veillée avec thème ou question d’actualité.
22 h : Extinction des feux.
Une garde était prévue toute la nuit de deux heures en deux
heures pour les stagiaires.
La vie au camp-école est donc rude et saine. Les stagiaires y
passent généralement trois semaines avant de rejoindre leur ma-
quis, de partir dans un autre département ou de gagner l’École
nationale des cadres. Ils acquièrent sur place une condition phy-
sique parfaite, des connaissances militaires suffisantes et une forma-
tion civique et morale qui doivent les aider à surmonter les épreuves.
L’école régionale des cadres prendra souvent le nom du lieu
où elle s’installe durant ces neuf mois d’activité intense : « la La-
vanderaie », Beaurepaire… Romuald, Oswald et Claude Courbon
la dirigèrent d’août à octobre, puis Manfred, qui verra se succé-
der de nombreuses sessions jusqu’au jour où il assurera le com-
mandement du secteur de la Résistance Barrême-Mézel en fé-
vrier 1944.
18 La résistance basse-alpine
L’ECOLE NATIONALE DES CADRES DU MAQUIS DES MUR
DANS LE JURA
Imaginez un haut plateau, à la végétation assez pauvre, flan-
qué de fermes abandonnées et balayé par le vent. Là, sur le pla-
teau de Lamoura, est installée depuis peu l’École nationale des
cadres du maquis.
Elle a été créée en juillet 1943 par Robert, chef du réseau Pé-
riclès, pour former des équipes volantes d’instruction appelées à
encadrer les volontaires des maquis, non organisés et disséminés
sur tout le territoire.
Participaient aux stages de l’École nationale les maquisards
qui avaient un minimum de formation et qui, le plus souvent,
avaient suivi une session dans une école régionale des cadres du
maquis.
Après le séjour de trois mois qu’il a fait à l’école régionale des
cadres de « la Lavanderaie » (Basses-Alpes), Hervé y est envoyé
en septembre 1943.
Le maquis est composé d’une trentaine de jeunes officiers,
étudiants, employés et ouvriers, volontaires pour participer à la
libération de la France. Ces hommes s’associent volontiers à tou-
tes les corvées et les obligations du camp, affrontent le froid et la
solitude en pensant aux lendemains meilleurs.
Les sessions de l’École nationale des cadres du maquis, tout
comme celles de l’école régionale des cadres du maquis, enten-
dent donner aux stagiaires une formation complète, physique et
militaire, mais aussi morale et intellectuelle. L’enjeu, c’est
l’appréciation favorable du chef, le fait d’être reconnu apte à par-
tir en « équipe volante d’instruction », donc d’assurer des respon-
19 Mémoires d’un maquis
sabilités au maquis. Il ne faut pas craindre l’effort, il faut se dé-
passer.
Le plateau de Lamoura est ceinturé par un système de gardes
multiples sur les quelques voies d’accès : de jour comme de nuit,
des maquisards surveillent les chemins qui descendent vers la
plaine. Les gardes se font la nuit par des températures de -10 °C
à -15 °C.
Tous les huit à dix jours, c’est l’alerte dans le camp : fusées,
claquements de grenades. Il s’agit de se lever et de compléter son
équipement en quelques minutes. Selon un plan mis au point mé-
thodiquement et bien assimilé par chacun, les maquisards se diri-
gent vers les lieux de rassemblement qui leur ont été assignés et
doivent ensuite se déplacer selon un itinéraire prévu d’avance en
fonction de la manœuvre de l’ennemi. Il y a même une voie se-
crète, hors des sentiers battus, qui a été balisée et qui doit per-
mettre, comme ultime recours, un déplacement vers la Suisse et
la traversée de la frontière au travers des patrouilles allemandes.
A la fin du mois d’octobre 1943, Hervé est chargé de
l’intendance et doit assurer le ravitaillement des fermes dissémi-
nées sur le plateau où sont installés les maquisards. C’est une tâ-
che difficile qui nécessite une organisation bien au point, des
hommes rompus aux transports des denrées et un réseau de
fournisseurs fidèles, actifs et discrets. Durant six semaines, Her-
vé se sera initié au ski et plus précisément au ski de fond pour
ravitailler les fermes occupées par les maquisards.
Les jeunes cadres doivent s’aguerrir. A tour de rôle, ils parti-
cipent à des opérations, même si elles se situent dans le Jura.
Pour Hervé, ce sera un coup de main sur le chantier de jeunesse
de Poligny.
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