Mémoires d'une poupée allemande

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Ludique et engagée, la pièce s'ouvre sur un dialogue entre la poupée Barbie et un journaliste à la mode. Peu à peu la conversation se transforme en discours sur la construction de la féminité et du genre, et à travers le jeu de la poupée une jeune femme finit par émerger, pour qui la poupée Barbie devient médiatrice de la parole et agent de la libération.
Publié le : jeudi 1 décembre 2011
Lecture(s) : 33
EAN13 : 9782296476103
Nombre de pages : 96
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MÉMOIRESD’UNE POUPÉE
ALLEMANDE© L’H armattan, 2011
5-7, rue del’Ecole polytechnique ; 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56514-2
EAN : 9782296565142SéverineHettinger
MÉMOIRESD’UNEPOUPÉE
ALLEMANDE
Piècephilosophiqueendeuxactesetdixtableaux
L’HarmattanCréations au féminin
dirigée par Michèle Ramond
Déjà parus
Michèle RAMOND, Masculinféminin ou le rêve littéraire deGarcía
Lorca, 2010.
Jeanne HYVRARD,Essai sur la négation de la mèr , 2011.
Michèle RAMOND, Quant au féminin, 2011.
La nouvelle collection accueille des essais valeureux sur ce
« féminin » que les créations des femmes comme celles des
hommes construisent dans le secret de leur fabrique imaginaire, au-
delà des stéréotypes et des assignations liées au sexe. Nous ne nous
limitons pas, même si en principe nous les favorisons, aux
écrivains et aux créateurs « femmes », et nous sommes attentifs,
dans tous les domaines de la création, à l'émergence d'une pensée
du féminin libérée des impositions culturelles, comme des autres
contraintes et tabous.
Penser le féminin, le supposer productif et actif, le repérer,
l'imaginer, le théoriser est une entreprise sans doute risquée ; nous
savons bien cependant que l'universel est une catégorie trompeuse
et partiale (et partielle) et qu'il nous faut constamment exorciser la
peur, le mépris ou l'indifférence qu'inspire la notion de féminin,
même lorsqu'elle concerne l'art et les créations. Malgré les
déformations simplistes ou les préjugés qui le minent, le féminin
insiste comme notion philosophique dont on peut difficilement se
passer. Cette collection a pour but d'en offrir les lectures les plus
variées, imprévues ou même polémiques ; elle prévoit aussi de
livres d'artistes (photographes, plasticiens...) qui montreront des
expériences artistiques personnelles, susceptibles de faire bouger
les cadres et les canons, et qui paraîtront sous forme de e-books
.
s
eToute ressemblance avec des situations réelles et des
personnes existantes est clairement intentionnelle. Les noms
ontétésimplementmodifiés.Prologue
Le récit de poupée fut un genre à part très vivant au XIX
siècle, qui s’adressait particulièrement aux petites filles dans
l’assignation à leur rôle social. Il fut inauguré par la parution
en 1838 des Mémoires d’une poupée, contes dédiés aux petites
1
filles, de Julie Courault . À cette date s’épanouit toute une
littérature enfantine comprenant ce changement de point de
vue, les Mémoires d’un âne (1860), de la Comtesse de Ségur,
s’en inspirait largement, et bien après, Simone de Beauvoir
cite,dansses Mémoires d’une jeune fillerangée(1958),larevue
La poupée modèle, lecture de l’époque qui devait modeler les
petitesfillesdelabourgeoisieselonlesaspirationsdesadultes.
Parallèlement, ailleurs, dans un chapitre dédié aux poupées et
automates, Walter Benjamin note dans Paris, capitale du XIX
siècle, le livre des Passages, l’existence d’un ouvrage, Mémoiren
einer Berliner Puppe fur Kinder von 5 bits 10 Jahren und deren
Mutter, où une poupée relate ce qu’elle vit de son époque, de
2
ses propres yeu . W. Benjamin note aussi la présence dans le
Paris du XIX siècle de poupées-mannequins qui servaient, le
temps d’une saison, aux modélistes pour la présentation de
leurs nouvelles collections et qui étaient données ensuite aux
petitesfillespourqu’ellesjouentavec.
De façon peu conforme à la légende habituelle, la poupée
Barbie est une poupée mannequin née de la copie d’une
poupée allemande, Lilli, créée au début des années 1950 et
3
présentéeàlafoiredeMunich .Barbiesoulèvedestollésparce
1 Mémoires d’une poupée, contes dédiés aux petites filles fut en premier lieu
écritsouslepseudonymedeLouise d’Aulney.
e
2 Benjamin, Walter, Paris, capitale du XIX siècle, le livre des Passages, Paris,
éditionsduCerf, 1993, p. 93.
3Theimer,François,Barbie,unepoupéedecollection,Paris,ÉditionsPolichinelle,1985.
eeexqu’ellen’estpasunepoupée-enfantmaisunereprésentationde
jeune adulte femme. Les représentations de femmes, qu’elles
soient iconiques ou littéraires, sont toujours sujettes à débats,
soumises à ce qu’une femme doit être ou ne pas être, comme
sicesreprésentationsdevaienttoujourscomporterl’obligation
derépondreàunmodèleprescrit:Barbieserait,pourcertains,
cettepoupéesansenfance,aucorpsminceetgracile,annonçant
l’èredelacontraceptionetlalibertésexuelle.Pourd’autreselle
seraitcediktattotalitairedelaminceuretd’unidéalimpossible
àatteindre,etpouruneminoritépourfendantunordremoral
d’unautreâgeelleseraitindécente.LapoupéeBarbie,support
de nombreuses projections et controverses, semble nous faire
oublierqu’elle n’estqu’unmorceaudeplastiquede29cm.
Il y aurait une idéologie qui avance masquée derrière
Barbie, semblent nous dire certain(e)s féministes, certains
éducateurs ou religieux, qui pourraient tous s’allier, malgré
leurs conflits respectifs et leurs défiances les uns vis-à-vis des
autres, contre l’icône Barbie. Souvent condamnée par un
discourspuristeonoubliequeBarbieestaussicequeFrançoise
Hanquez-Maincent appelle une poupée totem : « les petites
filles jouent très souvent à la Barbie en groupe et imaginent
entre elles des scénarios ludiques. Elles ne s’identifient pas à
la poupée mais partagent un univers commun où elles font
l’apprentissage des codes sociaux en apprenant par exemple
4
à se prêter des choses . Barbie ne représente pas un enfant
et se passe de maternité, elle est l’incarnation d’une féminité
autonome.Danssonmonde,Kenresteuneoption,Barbieest
libre et c’est en cela qu’elle est positive. Son corps, il est vrai,
est un corps impossible mais on aurait tort de croire que les
fillettes s’identifient à lui, il s’agit d’un faux problème. Selon
unepsychanalysteconnue«ilestdevenucourantd’accuserles
objets:laviolence,ceseraitlafautedelatélé,l’anorexie,cellede
4 Hanquez-Maincent, Françoise, Barbie, poupée totem : entre mère et fille,
lien ou rupture , Paris, Éditions Autrement,n°181,1998,245 p.
8
»?Barbie...maisonoubliel’essentiel:laconstructionpsychique
5
d’unenfantdépenddesadultesquil’entourent. Onpourrait
voir dans Barbie, il est vrai, à travers ses nombreuses robes
et ses accessoires, l’image aussi d’une féminité consumériste
et superficielle, mais tout est relatif à ce que l’on projette en
elle. Cela prouve bien que Barbie est surtout un fantasme
d’adultes.Barbieestcettepoupéeàmi-chemindel’enfanceet
ellenequitteplusnosinconscientscollectifsunefoisquenous
sommesdevenusgrands.C’estdelàquepartentmesMémoires
d’une poupée allemande, je me situe là où il n’existe pas de
modèle péremptoire de construction personnelle auquel nous
aurionsétésoumis(e)ssinousjouionsàlapoupéeBarbie,làoù
Barbie libère vers des jeux et des compréhensions interdits, là
où Barbie est détournée comme objet artistique, là où Barbie
devientmédiatriced’undiscourssurlaconstructiondugenre.
Finalement, n’est-ce pas particulièrement subversif de
véhiculer un message féministe quand on est une poupée
chargée ou accusée culturellement de construire le genre ?
Ainsi se présente Barbie, ni victime soumise ni pute, à travers
ces Mémoires d’une poupée allemande.
S.H.
5 Halmos, Claude, citée par Lorelle, Véronique, « Pour les psychiatres,
Barbie est un fantasme d’adulte mais pas de petites filles », in Le Monde,
29/12/2009.
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