//img.uscri.be/pth/fa2d9a02073507fb6cf4805a924bdca9cd15a4e6
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal

De
186 pages
En 1973, Franz Anton Mesmer et ses amis fondent une Société de l'Harmonie qui a pour objectif de former des magnétiseurs. Au printemps 1784, le marquis de Puységur fait la découverte du sommeil magnétique. Ce livre, un des premiers écrits sur le magnétisme animal et l'hypnose, fut considéré comme un nouveau programme de recherche conduisant à la découverte de ce que nous nommons aujourd'hui l'inconscient.
Voir plus Voir moins

MÉMOIRES POUR SERVIR À L'HISTOIRE ET À L'ÉTABLISSEMENT DU MAGNÉTISME ANIMAL

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions John Stuart MILL, La psychologie et les sciences morales (1843), 2006. A. BINET, Introduction à la psychologie expérimentale (1894),2006. Dugald STEWART, Esquisses de philosophie morale (1793),2006. Joseph DELBOEUF, Etude critique de la psychophysique (1883),2006. Th. FLOURNOY, Etude sur un cas de somnambulisme (1900), 2006. A. GARNIER, Précis d'un cours de psychologie (1831), 2006. A. GARNIER, La psychologie et la phrénologie comparées (1839),2006. A. JACQUES, Psychologie (1846),2006. G. J. ROMANES, L'évolution mentale chez l'homme (1888), 2006. F. J. GALL, & G. SPURZHEIM, Des dispositions innées (1811), 2006. Th. RIBOT, L'évolution des idées générales (1897), 2006. Ch. BONNET, Essai analytique sur les facultés de l'âme (1760), 2006. Bernard PEREZ, L'enfant de trois à sept ans (1886), 2007. Hippolyte BERNHEIM, L'hypnotisme et la suggestion (1897), 2007. Pierre JANET, La pensée intérieure et ses troubles (1826), 2007. Pierre LEROUX,Réfutationde l'éclectisme (1839), 2007. Adolphe GARNIER, Critique de la philosophie de Th. Reid (1840), 2007. Adolphe GARNIER, Traité des facultés de l'âme (1852) (3 vol.), 2007. Pierre JANET, les médications psychologiques (1919) (3 vol.), 2007. J.-Ph. DAMIRON, Essai sur l'histoire de la philosophie (1828),2007. Henry BEAUNIS, Le somnambulisme provoqué (1886), 2007. Joseph TlSSOT, Théodore Jouffroy, fondateur de la psychologie, 2007. Pierre JANET, Névroses et idées fixes (vol. I, 1898),2007. RAYMOND, & P. JANET, Névroses et idées fixes (vol. Il, 1898),2007. D. STEWART, Philosophie des facuItés actives et morales (2 vol.) ,2007. Th. RIBOT, Essai sur les passions (1907), 2007. Th. RIBOT, Problèmes de psychologie affective (1910), 2007. Th. RIBOT, Psychologie de l'attention (1889), 2007. P. JANET, L'état mental des hystériques (3 vol., 1893, 1894, 1911),2007

Armand Marie-Jacques de Chastenet Marquis de

PUYSÉGUR

,

,

MEMOIRES POUR SERVIR A L'HISTOIRE ET À L'ÉTABLISSEMENT , DU MAGNETISME ANIMAL
Introduction de Serge NICOLAS

L'HARMATTAN

@ L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05481-3 EAN : 9782296054813

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

DECOUVERTE DU SOMNAMBULISME

MAGNÉTIQUE.

En 1783, Franz Anton Mesmer (1734-1815) et ses amis fondent une Société de l 'Harmonie qui a pour objectif de former des magnétiseurs sur la base des propositions énoncées dans le Mémoire sur la découverte du magnétisme animal' (1779). Armand-Marie-Jacques de Chastenet, Marquis de Puységur (1751-1825), et ses deux frères cadets, faisant partie de cette aristocratie française des Lumières, avides de nouveautés et surtout d'émotions, briguèrent l'honneur d'entrer dans cette société de l'Harmonie. Ces messieurs de Puységur étaient donc au nombre de ceux qui avaient largement payé Mesmer pour se faire initier aux principes de sa doctrine; comme les autres, ils avaient soldé au poids de l'or la connaissance des vingt-sept propositions fondamentales. Au printemps 1784, l'aîné de la famille, le marquis de Puységur, revient pour quelque temps dans son château de Buzancy, près de Soissons. Une grande révolution magnétique se préparait au milieu de ce modeste village sous l'arbre séculaire de ce hameau où l'on verra éclore une doctrine toute nouvelle en fait de magnétisme animal2.
I Mesmer, F. A. (1779). Mémoire sur la découverte du magnétisme animal. Paris: F. Didot. (réimpression récente chez L'Harmattan en fac-similé de l'édition originale avec une introduction de S. Nicolas).

2

[Puységur, A.M.J.] (1784). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du

magnétisme animal. s.l. : S.n. Dans le récit que nous allons faire de ces événements, nous suivrons le texte des lettres écrites à ce sujet par le Marquis de Puységur lui-même; c'est le 8 mars 1784 qu'il en donna la première connaissance à l'un de ses confrères de la société de l'Harmonie.

Le Marquis de Puységur venait de quitter Mesmer; après quelques jours de tranquillité dans sa terre, mais plein du désir d'expérimenter ce qui lui avait coûté si cher à Paris, il entre chez son régisseur; la fille de celui-ci souffrait d'un grand mal de dents. M. de Puységur proposa à cette jeune fille de la magnétiser; elle y consentit, écrit Puységur à son confrère de la société de l'Harmonie dans sa lettre du 8 mars 1784. «Je ne l'eus pas magnétisée six minutes, écrit M. de Puy ségur, que ses douleurs furent entièrement calmées. » De même, le lendemain pour la femme du garde de M. de Puységur. Tout cela était peu de chose auprès de ce qui allait arriver. Un paysan vigoureux, homme de vingt-trois ans, nommé Victor (Race), était alité depuis quatre jours, par l'effet, dit M. de Puységur, d'une fluxion de poitrine. On était le 4 mars 1784, à huit heures du soir. Le marquis fait lever le malade, il le magnétise, et au bout d'un quart d'heure le malade s'endort dans ses bras. Mais, comme le paysan n'était plus aussi à son aise que dans son lit, il dort imparfaitement, ou même il ne dort pas du tout, et s'occupe tout haut de ses affaires; il s'imaginait tirer à un prix, ou danser à une fête; le marquis en est émerveillé; il cherche, dit-il, à nourrir en lui ces idées; le force à s'agiter, lui donne par ce moyen une sueur abondante, puis il l'apaise et sort de la chambre. Toute la nuit il ne fit qu'un somme, dit M. de Puy ségur. L'affaire était en trop bonne voie pour ne pas continuer; aussi le lendemain, M. de Puységur donne deux crises à son paysan, et les jours suivants deux crises encore3. Dès lors la réputation médicale du Marquis de Puységur se répandit au loin; un médecin qui magnétise de pauvres paysans, qui leur donne du bouillon et du pain, devait voir augmenter prodigieusement sa clientèle; c'est ce qui ne manqua pas d'arriver: mais il en résultait que le marquis s'épuisait, il aurait fallu magnétiser depuis le matin jusqu'au soir. Pour obvier à ces inconvénients, M. de Puységur eut recours à un moyen ingénieux; il y avait un arbre dans le village, arbre dont nous avons déjà
3 Victor devint un sujet bien précieux pour le marquis, c'était son guide, son ange gardien, son intelligence. « C'est avec cet homme, écrivait de Puységur, que je m'instruis, que je m'éclaire... ; ce n'est plus un paysan niais, sachant à peine une phrase; c'est un être que je ne sais pas nommer... » Croirait-on après cela que Mesmer lui-même ne sut pas reconnaître la valeur de cet être; M. de Puy ségur avait amené à Paris son Victor; il court le présenter au maître; quel n'est pas son désappointement: c'est à peine si Mesmer voulut l'examiner! « Quoique Mesmer ait dû souvent produire ou rencontrer des somnambules, dit-il (Recherches, etc., p. 5), il les prisa toujours tellement peu que lorsque je vins à Paris lui offrir Victor, le premier et le plus intéressant que j'ai vu, il l'examina froidement, et ne me sut nul gré de ma déférence. »

VI

parlé; c'était un orme vigoureux encore et verdoyant, quoique très vieux, qu'il magnétisa le 7 mai 1784. Les traitements autour de l'arbre de Busancy devinrent bientôt célèbres dans le canton, et outre les malades qui venaient y chercher un remède à leurs maux, on y voyait affluer un grand nombre de curieux, attirés par la singularité et la nouveauté du spectacle. Le 17 mai, il écrit à son frère qu'il y avait ce matin plus de cent trente malades autour de l'arbre. L'un de ces derniers rendit compte de ce qu'il avait vu, dans une lettre datée du 13 juin 1784. Voici comment s'exprime l'auteur (M. Clocquet) ; son récit fut imprimé dans le même mois4, c'est-à-dire longtemps avant que les lettres de M. de Puységur ne fussent connues, puisque la rédaction de son ouvrage ne fut achevé qu'en décembre 1784 :
« Attiré comme les autres à ce spectacle, j'y ai tout simplement apporté les dispositions d'un observateur tranquille et impartial; très décidé à me tenir en garde contre les illusions de la nouveauté, de l'étonnement; très décidé à bien voir, à bien écouter. » « Représentez-vous la place d'un village. Au milieu est un orme, au pied duquel coule une fontaine de l'eau la plus limpide; arbre antique, immense, mais très vigoureux encore et verdoyant; arbre respecté par les anciens du lieu, qui, les jours de fête, s'y rassemblent le matin pour raisonner sur leurs moissons, et surtout sur la vendange prochaine; arbre chéri par les jeunes gens, qui s'y donnent des rendez-vous le soir pour y former des danses rustiques. Cet arbre, magnétisé de temps immémorial par l'amour du plaisir, l'est à présent par l'amour de l'humanité. MM. de Puységur lui ont imprimé une vertu salutaire, active, pénétrante. Ses émanations se distribuent au moyen des cordes dont le corps et les branches sont entourés, qui en appendent dans toute la circonférence, et se prolongent à volonté. On a établi autour de l'arbre mystérieux plusieurs bancs circulaires en pierre, sur lesquels sont assis tous les malades, qui tous enlacent de la corde les parties souffrantes de leur corps. Alors l'opération commence, tout le monde formant la chaîne et se tenant par le pouce. Le fluide magnétique circule dans ces instants avec plus de liberté; on en ressent plus ou moins l'impression. Si par hasard quelqu'un rompt la chaîne en quittant la main de son voisin, quelques malades en éprouvent une sensation gênante, et déclarent tout haut que la chaîne est rompue. Vient le moment où, pour se reposer, le maître permet qu'on quitte les mains, en recommandant de les frotter. Mais voici l'acte le plus intéressant. M. de Puy ségur, que je nommerai dorénavant le maître, choisit entre ses malades plusieurs sujets, que, par attouchement de ses mains et présentation de sa baguette (verge de fer de quinze pouces environ), il fait tomber en crise parfaite. Le complément de cet état est une apparence de sommeil, pendant lequel les facultés physiques paraissent suspendues, mais au profit des facultés intellectuelles. On a les yeux fermés; le
4

Voir Clocquet, M. (1784). Lettre de M. Clocquet, receveur des gabelles à Soissons, à M.
Détail des cures opérées à Buzancy, près Soissons (pp. 5-14) Soissons:

***. ln [Anonyme] s. n.

VII

sens de l'ouïe est nul; il se réveille seulement à la voix du maître. Il faut bien se garder de toucher le malade en crise, même la chaise sur laquelle il est assis; on lui causerait des angoisses, des convulsions que le maître seul peut calmer. Ces malades en crise, qu'on nomme médecins, ont un pouvoir surnaturel, par lequel, en touchant un malade qui leur est présenté, en portant la main même par-dessus les vêtements, ils sentent quel est le viscère affecté, la partie souffrante; ils le déclarent, et indiquent à peu près les remèdes convenables. » « Je me suis fait toucher par un de ces médecins. C'était une femme d'à peu près cinquante ans. Je n'avais certainement instruit personne de l'espèce de ma maladie. Après s'être arrêtée particulièrement à ma tête, elle me dit que j'en souffrais souvent, et que j'avais habituellement un grand bourdonnement dans les oreilles, ce qui est très vrai. Un jeune homme, spectateur incrédule de cette expérience, s'y est soumis ensuite; et il lui a été dit qu'il souffrait de l'estomac, qu'il avait des engorgements dans le bas-ventre, et cela depuis une maladie qu'il a eue il y a quelques années; ce qu'il nous a confessé être conforme à la vérité. Non content de cette divination, il a été sur-le-champ, à vingt pas de son premier médecin, se faire toucher par un autre, qui lui a dit la même chose. Je n'ai jamais vu de stupéfaction pareille à celle de ce jeune homme, qui certes était venu pour contredire, persifler, et non pour être convaincu. Une singularité non moins remarquable que tout ce que je viens de vous exposer, c'est que ces médecins qui pendant quatre heures, ont touché des malades, ont raisonné avec eux, ne se souviennent de rien, de rien absolument, lorsqu'il a plu au maître de les désenchanter, de les rendre à leur état naturel: le temps qui s'est écoulé depuis leur entrée dans la crise jusqu'à leur sortie est pour ainsi dire nul, au point que l'on présentera une table servie à ces médecins endormis, ils mangeront, boiront; et si, la table desservie, le maître les rend à leur état naturel, ils ne se rappelleront pas d'avoir mangé. Le maître a le pouvoir, non seulement, comme je l'ai déjà dit, de se faire entendre de ces médecins en crise; mais, et je l'ai vu plusieurs fois de mes yeux bien ouverts, je l'ai vu présenter de loin le doigt à un de ces médecins toujours en crise et dans un état de sommeil spasmodique, se faire suivre partout où il a voulu, ou les envoyer loin de lui, soit dans leur maison, soit à différentes places qu'il désignait sans le leur dire. Retenez bien que le médecin a toujours les yeux fermés. J'oubliais de vous dire que l'intelligence de ces médecins malades est d'une susceptibilité singulière. Si, à des distances assez éloignées, il se tient des propos qui blessent l'honnêteté, ils les entendent pour ainsi dire intérieurement; leur âme en souffte, ils s'en plaignent, et en avertissent le maître; ce qui, plusieurs fois, a donné lieu à des scènes de confusion pour les mauvais plaisants qui se permettaient des sarcasmes inconsidérés et déplacés chez MM. de Puységur. Mais comment le maître désenchante-t-il ces médecins? Il lui suffit de les toucher sur les yeux, ou bien il leur dit: Allez embrasser l'arbre. Alors ils se lèvent, toujours endormis, vont droit à l'arbre; et bientôt après leurs yeux s'ouvrent, le sourire est sur leurs lèvres, et une douce joie se manifeste sur leur visage. J'ai interrogé plusieurs de ces médecins, qui m'ont assuré n'avoir aucun souvenir de ce qui s'était passé pendant les trois ou quatre heures de leur crise. J'ai interrogé un grand nombre de malades ordinaires, non tombés en crise, car tous n'ont pas cette faculté; et tous m'ont dit éprouver beaucoup de soulagement, depuis qu'ils se sont soumis au simple traitement, soit de l'attouchement du maître,

VIII

soit de la corde et de la chaîne; tous m'ont cité un très grand nombre de guérisons faites sur des gens de leur connaissance. » « Je crois, Monsieur, que tous ces détails sur les médecins en crise sont nouveaux pour vous; je ne les vois consignés dans aucun des écrits publiés concernant le magnétisme animal. » « Vous me demanderez peut-être quel est le but essentiel de ce magnétisme? MM. de Puységur prétendent-ils guérir toutes les maladies? Non, ces messieurs n'ont point une idée aussi exagérée. Ils jouissent du plaisir si pur d'être utiles à leurs semblables, et ils en exercent le pouvoir avec tout le zèle, avec toute l'énergie que donne l'amour de l'humanité. Ils conviennent et croient que les émanations magnétiques, dont ils disposent à leur gré, sont en général un principe rénovateur de la vie, quelquefois suffisant pour rendre du ton à quelque viscère offensé, donner au sang, aux humeurs, un mouvement salutaire. Ils croient et prouvent que le magnétisme est un indicateur sûr pour connaître les maladies dont le siège échappe au sentiment du malade et à l'observation des médecins. Mais ils déclarent authentiquement que la médecine pratique doit concourir avec le magnétisme et seconder ses effets. » « Pendant que j'observais le spectacle le plus intéressant que j'aie jamais vu, j'entendais souvent prononcer le mot de charlatanisme, et je me disais: Il est possible que deux jeunes gens, légers, inconséquents, arrangent pour une seule fois une scène convenue d'illusions, de tours d'adresse, et fassent des dupes dont ils riront; mais on ne persuadera jamais que deux hommes de la cour, qui ont été élevés avec le plus grand soin par un père très instruit, honoré dans sa province par ses talents et ses qualités personnelles qu'il a transmises à ses enfants; que, dans l'âge de la bonne santé, des jouissances, dans leur terre où ils viennent se délasser dans la plus belle saison de l'année; on ne me persuadera jamais, je le répète, et on ne le persuadera à aucun homme raisonnable, que MM. de Puy ségur, pendant un mois de suite, abandonnent leurs affaires, leurs plaisirs, pour se livrer à l'ennui répété de dire et faire pendant toute la journée des choses de la fausseté et de l'inutilité desquelles ils seraient intérieurement convaincus. Cette continuité de mensonges et de fatigues répugne non seulement à la nature, mais au caractère connu de ces messieurs. » « Je concevrais plutôt que M. Mesmer (si je pouvais mal augurer de la véracité d'un homme capable de faire une grande découverte, et qui d'ailleurs, depuis plusieurs années, a été observé par des yeux très clairvoyants) s'asservît à la fastidieuse répétition d'expériences fausses et mensongères, parce qu'on pourrait supposer que M. Mesmer aurait quelque intérêt à le faire; mais MM. de Puységur, quel serait l'intérêt qui les ferait agir? Il n'est besoin que de les voir au milieu de leurs malades, pour demeurer persuadé de leur conviction intérieure, et de la satisfaction qu'ils éprouvent en faisant un usage utile de la doctrine aussi intéressante que sublime qui leur a été révélée. » « Demandez à tous les malheureux qui sont venus implorer le secours du seigneur de Busancy ; ils vous diront tous: Il nous a consolés, il nous a guéris; plusieurs d'entre nous manquaient de pain; nous n'osions pas réclamer sa bienfaisance; il nous a devinés, il nous a assistés. C'est notre père, notre libérateur, notre ami. » « J'ai l'honneur d'être, etc. » IX

Jusqu'au mois de juin 1784, Puységur continue ses cures magnétiques sur ses terres de Buzanc/. Le Marquis quitte Buzancy le 15 juin 1784 et reprend la vie militaire en rejoignant sa garnison de Strasbourg, ville où il poursuivra cependant ses activités thérapeutiques6. C'est son fermier de Buzancy, Lehogais, qui poursuit jusqu'en septembre la cure magnétique de Catherine Vidron7 que le marquis avait commencée. Elle donnera elle-même des consultations, inaugurant la médecine somnambulique. Le 16 août 1784, Puységur rédige sous forme de lettre un petit article critique adressé au Journal de Paris à propos de la publication récente d'un ouvrage anti-mesmerien de Michel Augustin Thouret: Recherches et doutes sur le magnétisme animat. Cet article sera refusé pour publication mais Puységur inclura la lettre dans son ouvrage de 17849 où il va souligner sa dissidence thérapeutique, dans le contexte de la présentation de la cure de Louis Segar, tout en exposant la théorie fluidiste de son maître Mesmer. Si pour Mesmer la cure thérapeutique passe nécessairement par les convulsions de ses malades, pour Puy ségur elles ne sont pas nécessaires car « la cure passe par l'état somnambulique et par l'échange verbal entre magnétiseurs et somnambuleslO ». Le marquis revient cependant de temps en temps à Buzancy et soigne avec un de ses frères de nouveaux malades. C'est ainsi qu'est décrit le cas JOlyll, Viélet12, etc. Ces patients réagissent les uns sur les autres, se diagnostiquent mutuellement leurs maladies, se prescrivent des remèdes. À l'époque les mêmes merveilles13 étaient produites dans les
5 Voir Puységur, AM.J. (1784). Cures opérées à Buzancy dans l'espace de six semaines, par le moyen du magnétisme animal. ln [Anonyme] Détail des cures opérées à Buzancy, près Soissons (pp. 18-35) Soissons: s. n. 6 [Puységur, AM.J.] (1784). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme
7

animal. s.l. : s.n. (pp. 35-36).

[Puységur, AM.J.] (1784). Mémoirespour servir à l'histoire et à l'établissement du
animal. Paris: Prault.

magnétisme animal. s.l. : s.n. (pp. 29-34). 8 Thouret, M. A (1784). Recherches et doutes sur le magnétisme
9

[Puységur, AM.J.] (1784). Mémoirespour servir à l'histoire et à l'établissement du
de du

magnétisme animal. s.l. : S.n. (pp. 37-45). ID Comme ceci a été souligné p. XIII par Lapassade, G. (1986). Les somnambules Buzancy. ln Puységur, AM.J. Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement magnétisme animal. Toulouse: Privat. [il s'agit du texte de la seconde édition de 1786]
11

[Puységur, AM.J.] (1784). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du
animal. s.l. : s.n. (pp. 45-68).

magnétisme
12

[Puységur, AM.J.] (1784). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du
des cures opérées à Bayonne

magnétisme animal. s.l. : s.n. (pp. 68-80). 13 Puységur, J.M.P. de Chastenet, Comte de (1784). Rapport par le magnétisme animal. Bayonne & Paris: Prault.

x

traitements dirigés par son frère, Jacques Maxime Paul de Chastenet, Comte de Puy ségur (1755-1848), à Bayonne où il était en garnison. La « découverte », par le marquis Armand M.-J. de Puységur, du somnambulisme provoqué (sommeil magnétique) a débuté, comme on l'a vu, avec l'observation du fameux cas Victor. Le marquis le magnétise et au lieu de développer des convulsions, il tombe dans un sommeil calme. C'est le récit de cette découverte qui est proposé ici avec la réédition du premier tirage des Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal14 daté de 1784]5. Puységur donne un récit tout en couleurs de ses découvertes qui s'apparente à un roman avec des personnages étonnants chez lesquels on assiste au spectacle des différentes phases de leur guérison. Bertrand Méheustl6 voit dans ce livre un nouveau programme de recherche conduisant à la découverte de ce que nous nommons aujourd'hui l'inconscient. « La découverte-production du somnambulisme est effectivement la naissance d'une science nouvelle; (...) elle marque un moment privilégié dans l'histoire de l'esprit humain, en ce qu'elle témoigne de l'émergence soudaine (...) d'un nouveau rapport à soi et à autrui. » (p. 18).

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université Paris Descartes. Directeur de L'Année psychologique Institut de psychologie Laboratoire Psychologie et Neurosciences Cognitives, UMR CRNS 8189 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France

14

[Puységur, AM.J.] (1784). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du

magnétisme animal. s.l. : s.n. 15 La présente édition est la première et la plus complète. Une édition ultérieure, qui ne contient pas tous les éléments de la première, est actuellement disponible; il s'agit de la seconde édition de 1786 qui a connu de nombreux retirages. Pour les plus récents: Puységur, AM.J. de Chastenet de (2003). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal (Ed. Didier Michaux). Paris: Imago. - Puységur, AM.J. de Chastenet Marquis de (1986). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal (Ed. G. Lapassade & P. Pédelahore). Toulouse: Privat. Ces deux éditions sont agrémentées de préfaces et de postfaces qu'il est utile de lire. 16 Méheust, B. (1999). Somnambulisme et médiumnité (2 vol.). Le Plessis-Robinson: Institut

Synthélabo.

XI

ME~UOIRES
POUR SERVIR

A

L' ill

S TOI

R E

ET A L'Éfr ABLISSEMENT
D U

MACr'fÉTISME
-,

ANIM}\I.J~

L'roYe:( & 'Yoalq.

-

-""~.

-

"-

1784.

IvI

Nzrmncuf de 'Valls envoyer tOllS les détails (; le ityrdt.ltç des e:tpérimces qlle j'ai eu la fatisfbi/Lon d'o,fléra chez moi par le moyen du Magné.;,

]: A l

tilrn~ dnlm~l,

dont nous devons la conrlO~ffimce à

.iH. lvle(ll2er. Je cro;:; qu'il n'efl pas temps encore de ptlbÙer Les faits dont j'ai été témoin; on allroit de Ùxpeine à les croire, flw!gré la quantité des té~ moignages qui y font joÙ;!') : je 'VOlt ; prie donc, r 11);]. ne prêter ces lvIémolres a perfonne; ce n'efl de qu'à Vall.')feul C}[leje les confie, pour fèrvir à vos réflexions & vous flutitter les 17ï.oyens de réllJ]ir, encore mieux que je n.e l'ai j:lit, dans vos tentatiyes magnétiques. JllJqU'/l ce que cinqu8l1tC Magn.étifeuts , dU moins, fotent arrivés all point de pouvoir répéter avec JùccèJ les expériences qu'ils ateront, l'on ne doit point s'attendre el peTfuader les gen8 ra~ronn:lhles {; de bonne foi, encore moins La multitude. A l'intére't du Magnétifme anÙn.ll {e joint donc mon intlrêt particulier: dans la circonjl,ll1ce préJènte, ie féroi.5: compromis par la publicité prématurée des expériences que j'ai faites, puifque je ne pourmis voir flms., amertume des gens douter de ma .. véracité. Je ,. pUtS m engager a COn1hll/lcre mes anZlS; mats ma ti/che ne s'étend pas jr~rqll'all Pl1blic.

La. confiance que je mets en pous, J1., ne me A ij

111~'ffe point de doutes [ur l'uflzge difl.:ret que vous ferez de mon envoi. Je ne puis mieux vous prou11fT l'efiime que je 1IOU,) orte, & l'amitié avec la~ p quelle j'ai l'!wnneur d'être,

M
~7'otre tr;s-Iwmble

& très-

obé!!fant j'trvitear, Le Marquis de PUY SÉGUR_

Paris, cc 2~ Décembre 1784'

~-~~-'~

~

_ l'~~~~,UÙ_,,",,

-'1

,

~

A V A Il T

..

PRO

P 0 S~

ApRÈs !'improbation que deux Corps :Chans v & refpeB:ables ont donate il la découverte de
1\1. 1\1eÜner; après (f!/ils ont d.:cidJ que les

effcts qui s'opéraienr par le moyen qu'il a ill~ diqué, n'étalent dus qu'Ù l'imagination des ef.. prit~ foibJes, ou à limitaÛo7z, ou bien à la. preilion douloureule qu'on p~ut exercer fur cenaine') p;1nie!; du corps; je fens tout le ridicule momentané qu'a dll me donner une dé cifion auili imponante, moi qui ai t'igné, un des premiers, ma conviélion intime aux . effets . . i g ("' ' :ree Is c:u Magnctume amma 1 T l faut que je 101£ "
f

{'

un vifionnaiœ, ce qui [croit pofl~ble ; ou que ces t/(effieurs, fe trompent, c,~ qui eil am'll très~poffible. Ce procès eil: déjà jugé. J'entends les plus indulgens, dire: On peut être liIl fort galant homme, & s'enthouuafmer pour une chimère; j'entends mes amis me plaindre vé.. ritablerncnt de donner dans une erreur démonrrée; &. ceux dont je ne fuis point connu, me donner un ridicule, Il [aut a voir raifon pour rerhrer ('11grace avec tout Ie monde; car, en fup~)Gfant même que je me fois trompé & que j'en convienne, le rididule ne s'cftàceroit pas, & c'efi: pour l'agrçment de la vie ce que je connais de plus à redouter. 11 s'ejl dOllllJ un
Tidicule, dans la bOl~che d'une belle Dame, a fait [ouvent plus di; tort que les impUtations les pius graves. On concJut qu'un homme qui s'eH donné un ridicule, f!J:).nquc de jug~ment, A iij

.

de conduite de taa, d'ufage ci..!mondç; 8:: il faut conv~~nir que c'eit prefque tOujours vrai. Je

fais donc mon procès,

:fi

je

me fuis trompé fur

Magnétifme animal, & j'adopte pOlif rlioi toutes les interprétations que j'ai données au. ridicule: mais je demand~ queLque temps pour être jugé en dernier reffort. Puiffé-je, en attendant, rar {çs pièces {uivantes, éclairer ceux qui voudront me juger, & donner l'efpérance à rhumal1it~ fouffrante, de voir un jour un terme à f.-:s maux dans l'établi{fement de la

doéhine du Magnétifmt animaL!