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Migrants solidaires, destins jumelés ?

De
196 pages
Comment s'expriment les comportements et les mouvements d'entraide parmi les migrants ? Les études présentées envisagent la solidarité dans un contexte d'émigration/immigration comme moteur d'une dynamique sur deux ou plusieurs espaces. Les initiatives ciblent principalement des projets qui lient la Belgique à l'Afrique à travers les efforts des migrants, dans un contexte comparatif international.
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Sous la direction deMigrants solidaires, destins jumelés ?
Altay Manço et Clémence Aschenbroich
Pratiques et coopérations transnationales
Ce livre s’appuie sur diverses histoires de migration dans un contexte de
solidarité pour comprendre comment s’expriment les comportements et les
mouvements d’entraide parmi les migrants. L’intention est de voir comment
s’élaborent les comportements de solidarité en milieu d’immigration, à
travers, d’une part, le sens que donnent les migrants à l’engagement et, d’autre
part, les pratiques qui en découlent. Le travail d’identifi cation et d’analyse
des initiatives auprès de diff érents migrants/acteurs de solidarité off re des Migrants solidaires, repères sur les ressources et les actions mises en place et éclaire les obstacles
auxquels ils sont confrontés. La coopération offi cieuse et informelle constitue
le soubassement d’un système autonome et s’inscrit dans un processus de
développement solidaire et interculturel. Cette forme de coopération destins jumelés ?
constitue le noyau d’un fonctionnement d’initiatives de solidarité qui se met
en place à travers des comportements et des pratiques privées, singulières ou
associatives, comme un lien entre les destinées de deux ou plusieurs localités Pratiques et coopérations transnationales
ou familles.
Les études présentées dans ce volume envisagent la solidarité dans un
contexte d’émigration/immigration comme moteur d’une dynamique sur
deux ou plusieurs espaces. Elles tentent de saisir les enjeux de cette solidarité
dans le parcours migratoire. Elles posent un regard sur les pratiques et les
stratégies mises en œuvre, afi n de constater les points forts et les limites
de ces initiatives solidaires, et de décliner des recommandations pratiques
et politiques. Les initiatives ciblent principalement des projets qui lient la
Belgique à l’Afrique à travers les eff orts des migrants, dans un contexte
comparatif international.
Altay Manço, docteur en psychologie sociale, est le directeur scienti que de
l’Institut de recherche, formation et action sur les migrations (IRFAM).
Clémence Aschenbroich détient une maîtrise en politique d’insertion, de médiation
et de prévention, Collège coopératif en Bretagne (Rennes).
ISBN : 978-2-296-99754-7
Compétences Interculturelles19 €
Migrants solidaires, destins jumelés ? Sous la direction de
Altay Manço et Clémence Aschenbroich
Pratiques et coopérations transnationales









Migrants solidaires, destins jumelés ? © L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99
EAN : 978229699

Sous la coordination de
Altay Manço et Clémence Aschenbroich




Migrants solidaires, destins jumelés ?
Pratiques et coopérations transnationales
Du même auteur

Amoranitis S. et Manço A., Migration et développement en Europe. Politiques, pratiques et acteurs,
Bruxelles, EUNOMAD, 2011, 128 p. Accessible sur www.eunomad.org.
Amoranitis S., Crutzen D., Manço A. et al., Développer le mainstreaming de la diversité. Recueil
analytique d’outils d’intervention pour la valorisation de la diversité, Liège, IRFAM, 2010, 208 p.
Accessible sur www.irfam.org.
Manço A., Bolzman C. (éds), Diversité et développement, Bruxelles, Ed. Les politiques sociales, 2009,
128 p. Traduction en espagnol en cours.
Sarlet M., Manço A. (éds), Tourismes et diversités : facteurs de développement ?, Paris, Editions de
l’Harmattan, coll. « Compétences interculturelles », 2008, 158 p.
Depireux J., Manço A. (éds), Formation d’adultes et interculturalité. Innovations en pays francophones,
Paris, Editions de l’Harmattan, coll. « Compétences interculturelles », 2008, 158 p.
Manço A. (éd.), Valorisation des compétences et co-développement. Africain(e)s qualifié(e)s en
immigration, Paris, Editions de l’Harmattan, coll. « Compétences interculturelles », 2008, 236 p.
Manço A., Processus identitaires et intégration. Approche psychosociale des jeunes issus de
l’immigration, Paris, Editions de l’Harmattan, coll. « Compétences interculturelles », 2006, 188 p.
Manço A. et Amoranitis S. (éds), Reconnaissance de l’islam dans les communes d’Europe. Actions
contre les discriminations religieuses, Paris, Editions de l’Harmattan, coll. « Compétences
interculturelles », 2005, 200 p. Traduit en anglais.
Parthoens C. et Manço A., De Zola à Atatürk : un « village musulman » en Wallonie. Cheratte-Visé,
Paris, Editions de l’Harmattan, coll. « Compétences interculturelles », 2005, 174 p.
Gatugu J., Amoranitis S, Manço A. (éds), La vie associative des migrants : quelles (re)connaissances ?
Réponses européennes et canadiennes, Paris, Editions de l’Harmattan, coll. « Compétences
interculturelles », 2004, 280 p.
Vatz Laaroussi M., Manço A. (éds), Jeunesses, citoyennetés, violences. Réfugiés albanais en Belgique et
au Québec, Paris, Editions de l’Harmattan, coll. « Compétences interculturelles », 2003, 312 p.
Poinsot M., Ahi-Gründler Y., Coslin P. et Manço A. (éds) Les violences exercées sur les jeunes filles
dans les familles d’origine étrangère et de culture musulmane : le développement des capacités de
négociation interculturelle et de la prévention (Allemagne, Belgique et France), Paris, Agence pour
le Développement des Relations Interculturelles (ADRI), 2002, 110 p. Traduit en allemand.
Manço A., Amoranitis S. (éds) Diversité, jeunesse et développement social. L’insertion des jeunes
d’origine étrangère à l’aube du XXIè s., Bruxelles, Communauté Wallonie-Bruxelles, 2002,
79 p. (Epuisé).
Gatugu J., Manço A., Amoranitis S., Valorisation et transfert des compétences : l’intégration des
migrants au service du co-développement. La population africaine de Wallonie, Paris, Turin,
Budapest, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2001, 165 p.
Manço A., Sociographie de la population turque et d’origine turque : 40 ans de présence en Belgique
(1960-2000). Dynamiques, problèmes, perspectives, Bruxelles, Centre des Relations Européennes,
Ed. Européennes, 2000, 230 p. Traduit en turc et en néerlandais. (Epuisé).
Feld S., Manço A., L’intégration des jeunes d’origine étrangère dans une société en mutation.
L’insertion scolaire, socioculturelle et professionnelle en Belgique francophone, Paris, Montréal,
L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2000, 218 p.
Manço A., Amoranitis S. (éds), Délégation par abandon, Mons, Ed. Les politiques sociales, 1999, 128 p.
Traduit en espagnol.
Manço A., Intégration et identités. Stratégies et positions des jeunes issus de l’immigration, Bruxelles,
Paris, De Boeck-Université, coll. « L’Homme/L’Etranger », 1999, 245 p. (Epuisé).
Manço A., Valeurs et projets des jeunes issus de l’immigration. L’exemple des Turcs en Belgique, Paris,
Montréal, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1998, 158 p.
Manço A. et Manço U. (sous la direction), Turcs de Belgique. Identités et trajectoires d’une minorité,
Bruxelles, Info-Türk et C.E.S.R.I.M., 1992, 288 p. (Epuisé).
Manço A. (en collaboration avec Thirion A.-M., Dacos-Burgues M.-H., Delange B.), Pauvreté et
scolarisation. L’exclusion socioscolaire au niveau de l’enseignement fondamental en Belgique
francophone, Bruxelles, Ed. de la Fondation Roi Baudouin, 1992, 165 p. (Epuisé).


Dans la collection « Compétences interculturelles »

BELKHODJA C. et VATZ LAAROUSSI M. (sous la direction de), Immigration hors des grands
centres. Enjeux, Politiques et pratiques dans cinq Etats fédéraux, 2012, 323 p.
U. MANÇO (coord.), Affaires d’identité ? Identités à faire ! Travail social et « vivre ensemble » :
expériences bruxelloises, 2012, 184 p.
Cl. BOLZMAN, Th.-O. GAKUBA et I. GUISSE (coords), Migrations des jeunes d’Afrique
subsaharienne. Quels défis pour l’avenir ?, 2011, 198 p.
B. MARTENS, Guerres puritaines : signes religieux et vêtements pol(ys)émiques, 2011, 84 p.
A. MANÇO, C. BOLZMAN (éds), Transnationalités et développement. Rôles de l’interculturel,
2010, 222 p.
A. MANÇO et S. AMORANITIS (coord.), Migrants et développement, politiques, pratiques et
acteurs en Belgique, 2010, 216 p.
L. MULLER et S. de TAPIA (éds), Migrations et cultures de l’entre-deux, 2010, 260 p.
C. GAVRAY et A. ADRIAENSSENS (coord.), Une fille = un garçon ? Identifier les inégalités de
genre à l’école pour mieux les combattre, 2010, 176 p.
K. HADDAD, A. MANÇO, M. ECKMANN (dir.), Antagonismes et dialogues interculturels. Du
constat des polarisations à la construction des cohésions, 2009, 250 p.
E. TA Ş, Kısmet ! Belgique/Turquie : regards croisés sur mariages et migrations, 2008, 144 p.
B. TISON, Des Indiennes en Europe. Valeurs et stratégies identitaires : comparaisons Paris-
Londres, 2008, 176 p.
K. HADDAD, L’intégration des musulmans en Suède. Un défi singulier pour une société
multiculturelle ?, 2008, 125 p.
S. de TAPIA, S. AKGÖNÜL (éds.), Minorités discrètes, diasporas en devenir ? Kalmouks, Kazakhs
et Tibétains en France, 2008, 322 p.
A. CHAOUITE, L’interculturel comme art de vivre. Fragments critiques, 2007, 152 p.
H. SAIDI (éd.) Les étrangers en France et l’héritage colonial. Processus historiques et identitaires,
2007, 154 p.
J. DE CHANGY, F. DASSETTO, B. MARECHAL, Relations et co-inclusion. Islam en Belgique,
2007, 240 p.
A. MANÇO (coord.), Turcs en Europe. L’heure de l’élargissement, 2006, 129 p.
M. BORN et coll. (éds), Recomposer sa vie ailleurs. Recherche-action auprès des familles primo-
arrivantes, 2006, 214 p.
E. PRIEUR, E. JOVELIN et M. BLANC (coord.), Travail social et immigration. Interculturalité et
pratiques professionnelles, 2006, 312 p.
A. ELIA, Réseaux ethnocommunautaires des Foulbé en Italie. Recherche de visibilité, logiques
associatives et stratégies migratoires, 2006, 115 p.
S. AKGÖNÜL, Religions de Turquie, religions des Turcs. Nouveaux acteurs dans l’Europe élargie,
2005, 193 p.
L. MULLER et S. de TAPIA (éds), Un dynamisme venu d’ailleurs : la création d’entreprises par les
immigrés, 2005, 311 p.
A. MANÇO (éd.), Turquie : vers de nouveaux horizons migratoires ?, 2004, 308 p.
J. GATUGU, S. AMORANITIS et A. MANÇO (éds), La vie associative des migrants : quelles
(re)connaissances ? Réponses européennes et canadiennes, 2004, 280 p.
U. MANÇO (dir.), Reconnaissance et discrimination : présence de l’islam en Europe occidentale et
en Amérique du Nord, 2004, 371 p. Traduit en italien.
D. CRUTZEN et A. MANÇO (éds), Compétences linguistiques et sociocognitives des enfants de
migrants. Turcs et Marocains en Belgique, 2003, 126 p.
A. MANÇO, Compétences interculturelles des jeunes issus de l’immigration. Perspectives
théoriques et pratiques, 2002, 182 p.




A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 3

« Compétences Interculturelles » est une collection destinée à présenter les travaux théoriques,
empiriques et pratiques des chercheurs scientifiques et des acteurs sociaux qui ont pour but
d’identifier, de modéliser et de valoriser les ressources et les compétences interculturelles des
populations et des institutions confrontées à la multiplicité des référents socioculturels et aux
contacts entre différentes cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales, notamment
dans le double effort d’intégration des personnes issues de migrations, qui doivent à tout le moins se
positionner à la fois par rapport à la société d’accueil et par rapport aux milieux d’origine, eux-
mêmes en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, les enseignants, d’autres
intervenants, mais également les décideurs chargés des politiques d’accueil et d’intégration des
migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétences professionnelles
pour mener, à destination de ces publics, des actions de développement social et pédagogique
efficaces. Même si l’objectif de la présente collection est prioritairement de faire connaître les
travaux de l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) et de ses
nombreux partenaires internationaux, cet espace d’expression est ouvert aux équipes
pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à l’approfondissement des savoirs et des savoir-faire en
matière de développement interculturel. Les publications en préparation couvrent divers
domaines parmi lesquels :



o Interculturel, activités créatives et insertion ;
o Migrations et prévention des violences ;
o Pour une éducation aux migrations équitables ;
o Psychologie et migrations : vers une synthèse.



La collection bénéficie des apports d’un Comité scientifique international qui a pour rôle d’évaluer
les ouvrages et les chapitres d’ouvrage proposés pour publication, ainsi que d’initier des thèmes
nouveaux. Le Comité participe à l’orientation de la politique d’édition, de diffusion et de promotion
de la collection. Les membres du Comité sont :



Barras Christine, Bruxelles
Bilge Sirma, Université de Montréal
Bolzman Claudio, Haute Ecole Spécialisée de la Suisse Occidentale, Genève
Bultot Alain, Conseil de l’Education et de la Formation, Bruxelles
Cohen-Emerique Margalit, Paris
Coslin Pierre, Université de Paris V
de Tapia Stéphane, Centre National de Recherche Scientifique et Université M. Bloch, Strasbourg
Dehalu Pierre, Haute Ecole Namuroise Catholique
Etienne Caroline, Namur
Franchi Vijé, Université de Paris V
Gatugu Joseph, Centre d’Action Interculturelle de Namur
Germain Annick, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal
Gerstnerova Andrea, Université Charles de Prague
Gjeloshaj Kolë, Université Libre de Bruxelles
Helly Denise
Jacques Paul, Institut Wallon de Santé Mentale, Namur
Kesteloot Christian, Université Catholique flamande de Louvain
Lahlou Mohamed, Université de Lyon II
Liégeois Jean-Pierre, Université de Paris V
Louis Vincent, Université de Liège
Manço Ural, Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles
Ogay Tania, Université de Fribourg
Raya Lozano Enrique, Université de Grenade
Rigoni Isabelle, Université de Poitiers
Santelli Emmanuelle, Centre National de Recherche Scientifique, Lyon
Tisserant Pascal, Université de Metz
Villan Michel, Direction Générale de l’Action Sociale et de la Santé, Namur
Vulbeau Alain, Université de Paris X
Zemni Sami, Université de Gand






Assistance technique : Kévin Haddad, 4Motion, Esch-sur-Alzette

__________ Collection « Compétences Interculturelles » __________
fondée et dirigée par Altay A. Manço




A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 7


Sommaire


Migrations et actions solidaires
Altay Manço et Clémence Aschenbroich 9
Paradoxes de la solidarité transnationale
Clémence Aschenbroich 13
Migrants qualifiés d’origine tunisienne en Belgique : carrières migratoires
et liens au pays d’origine
Saïd Ouled El Bey 21
Expressions populaires et cultures solidaires des commerçants subsahariens
à Bruxelles : rapports avec les pays d’émigration
Clémence Aschenbroich 35
Matonge : célébration et critique d’un quartier de la diversité
par ses commerçants
Ural Manço 45
Associations camerounaises de Belgique et le co-développement
Judith Lewetchou 53
Co-développement Belgique/Maroc ? Vues du Nord et du Sud
Khadija Oualmakran 67
Associations de migrants dans le domaine de la santé entre Belgique et Congo
Mahamadou Coulibaly 85
Belgique-Congo : les migrants solidaires.
Réflexions sur quelques associations congolaises
Amélie Mouton 107
Migration, genre et développement : contraintes et défis dans l’espace européen
Martine C. Ngo Nyemb-Wisman 119
Education au développement par le voyage et les échanges :
observation de projets scolaires menés avec des pays du Sud
Sarah Degée 135
Le co-développement dans les pratiques de coopération décentralisée
des communes belges francophones
Anne Daffe 147
Lecture transversale : conclusions générales et recommandations
Altay Manço et Clémence Aschenbroich 165
Présentation des auteurs 185
Présentation de l’IRFAM 187

Dans l’ensemble de l’ouvrage, le masculin est utilisé comme épicène
Photographies de Pavlos Laoutaris de GODODO





A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 9


Migrations et actions solidaires
1Altay Manço et Clémence Aschenbroich

Le terme « migration » donne du sens au parcours de la personne
émigrée/immigrée, il permet de considérer la personne à travers la
globalité de son histoire qui prend racine bien avant son arrivée dans
le pays d’accueil. La raison de l’émigration porte en germe le sens de
l’immigration, elle ne peut être dissociée, même si elle est parfois
dissimulée du parcours du migrant dans son pays de destination.
L’objet de ce livre est de s’appuyer sur diverses histoires de migration
dans un contexte de solidarité afin de comprendre comment
s’expriment les comportements et les mouvements d’entraide parmi
les migrants. On y fait référence à la manière dynamique dont se
dessine et se vit cette solidarité. Ce dynamisme est celui des
mouvements qui se construisent à travers une démarche interactive.
L’intention est de voir comment s’élaborent les comportements de
solidarité en milieu d’immigration, à travers, d’une part, le sens que
donnent les migrants à l’engagement et, d’autre part, les pratiques qui
en découlent. Le travail d’identification et d’analyse des initiatives
auprès de différents migrants/acteurs de la solidarité offre des repères
sur les ressources et les actions mises en place et éclaire, aussi, les
obstacles auxquels ils sont confrontés.
La solidarité transnationale rassemble toute relation d’entraide entre
divers acteurs ou collectivités. Elle n’a pas pour seule ambition le
développement et concerne tout type d’initiatives, publiques ou non.
Elle se décline sous diverses stratégies à travers quatre grands axes de
coopération :
- L’aide d’urgence ;
- La coopération au développement bilatérale (directe et indirecte) ;
- La coopération au développement multilatérale (directe et indirecte) ;
- La coopération « solidaire et informelle », en marge de toute coopération officielle
ou institutionnelle.
La coopération officieuse et informelle constitue le soubassement d’un
système de coopération autonome et s’inscrit dans un processus de
développement solidaire et interculturel. Cette dernière forme de
coopération constitue le noyau d’un fonctionnement d’initiatives de

1 Avec les contributions de Sylvie Kasamba, Geneviève Rochez et Laurence Dubuisson
du CUNIC, Augustin Beya de Transfaires et de Spyros Amoranitis de l’IRFAM.




A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 10
solidarité qui se met en place à travers des comportements et des
pratiques privées, singulières ou associatives, comme un lien entre les
destinées de deux ou plusieurs localités ou familles.
Les études présentées dans ce volume envisagent la solidarité dans un
contexte d’émigration/immigration comme moteur d’une dynamique
sur deux ou plusieurs espaces. Elles tentent de saisir les enjeux de
cette solidarité dans le parcours migratoire. Elles posent un regard sur
les pratiques et les stratégies misent en œuvre dans le champ cette
solidarité, afin de constater les points forts et les limites de ces
initiatives solidaires. Elles ciblent principalement des initiatives qui
lient la Belgique à l’Afrique à travers les efforts des migrants.

Migrations et développement solidaire en Belgique
Les différentes vagues d’immigration extra-européennes que le pays a
connues expliquent la composition de sa population où l’on compte,
par exemple, une forte présence maghrébine. Le lien avec les
anciennes colonies belges constitue aussi une source privilégiée de
migrants originaires de la R. D. du Congo, du Burundi et du Rwanda,
bien que de nombreuses autres communautés subsahariennes soient
représentées en Belgique : elles sont originaires du Sénégal, du Niger,
du Togo, du Bénin et du Cameroun.
Ces migrants et leurs descendants gardent des liens avec leur pays
d’origine et intègrent souvent un réseau communautaire dans le pays
d’accueil afin de s’impliquer dans des projets de solidarité
transnationale. Si une installation de longue durée peut éroder cette
tendance, il arrive que de récentes associations se créent sur une base
mixte ou interculturelle. Il s’avère que celles-ci aussi peuvent orienter
leurs activités vers des initiatives de solidarité internationale.
Les ressortissants des pays subsahariens ou maghrébins sont, en effet,
aussi très actifs dans des initiatives solidaires tournées vers le pays
d’origine ou le « co-développement ». La chose est parfois renforcée
grâce à certains liens qui unissent ces pays avec la Belgique
(partenariats, accords bilatéraux, etc.) et par l’existence de réseaux
professionnels ou d’outils institutionnels de coopération au
développement. Ces initiatives solidaires prolongent aussi une longue
tradition de liens avec la famille, le village, par l’envoi de fonds ou de
moyens logistiques, par exemple (CUNIC, 2011 ; Transfaires, 2011).
Si beaucoup de migrants sont actifs dans des initiatives de solidarité
avec leur région d’origine depuis de très longues années, ils n’ont que
rarement analysé leurs pratiques et produit de la documentation. Ce
travail de capitalisation est actuellement réalisé à l’échelle européenne




A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 11
et en Belgique par plusieurs réseaux associatifs et institutionnels
comme Eunomad. Il apporte un éclairage utile à ces pratiques. La
présente tentative se situe également dans ce cadre d’analyse de
pratiques et de production de recommandations destinées aux acteurs
et aux décideurs. On observe en effet, depuis quelques années, des
structures comme les syndicats et des opérateurs actifs en matière
d’intégration ouvrir leurs préoccupations à des aspects du co-
développement.
On constate aussi que les migrants impliqués dans des actions
d’intégration et de développement le sont de manière de plus en plus
professionnelle et systématique, et sont de plus en plus familiarisés
avec la terminologie et le cadre de référence du co-développement tels
que proposés par les réseaux comme EUNOMAD Belgique (Manço et
Amoranitis, 2010), mais également le CGMD. Aussi, acteurs et
décideurs sont en demande du type d’analyses et de comparaisons tel
qu’envisagé dans cet ouvrage.

Références
CUNIC, Migrations et développement en Europe et dans les Etats membres. Rapport de
la Belgique, Charleroi, 2011.
Transfaires, Rapport narratif Eunomad Belgique, Liège, 2011.
Manço A. et Amoranitis S. (coord.), Migrants et développement, politiques, pratiques et
acteurs en Belgique, Paris : Editions de l’Harmattan, 2010.

Sites internet utiles
www.cgmd.be
www.cire.be
www.cncd.be
www.cota.be
www.cunic.be
www.eunomad.eu
www.irfam.org
www.transfaires.org
www.wbi.be/casiw




Paradoxes de la solidarité transnationale
Clémence Aschenbroich

Les migrations traduisent par nature une dualité. Elles sont le reflet de
la coexistence de deux mondes, l’un laissé derrière soi et l’autre à
intégrer. Entre les deux, c’est une culture partagée qui ne semble être
entièrement dissoute ni dans la société d’accueil ni dans le pays
d’origine.
La solidarité en faveur du pays d’origine vient comme un assemblage
entre les deux sociétés, une reliure entre deux récits qui peinent à
s’harmoniser. Le point d’ancrage adopté en milieu d’immigration
suscite un équilibre incertain dans la construction de l’identité propre,
où les comportements de solidarité, dans la recherche d’un équilibre
individuel et collectif, viennent combler une absence filiale.

La communauté comme réveil des solidarités
Si les chemins ne mènent pas en terre connue, ils mènent en terre
reconstituée par une diaspora étroitement liée à soi et à son propre
parcours. Selon les témoignages, rares sont ceux qui s’expatrient
seuls, sans avoir connaissance d’un réseau social au bout du chemin.
Ainsi les communautés formées d’émigrés/immigrés constituent un
ensemble solide marqué par une forte tradition d’émigration qui tisse
au fil du temps un réseau de solidarité nécessaire à sa propre
pérennisation. Les personnes arrivées en pays d’immigration
retrouvent les conditions de leur propre cohésion et engagent des
mécanismes de solidarité à travers une diversité d’actions qui visent,
d’une part, à soutenir les personnes nouvellement arrivées et, d’autre
part, les personnes restées au pays (Sayad, 1999).
Les conditions d’arrivée dans le pays d’accueil semblent s’organiser à
travers des réseaux socialement connus. L’exil permet de retrouver, à
l’issue de son parcours migratoire, un écosystème reconstitué par les
membres précédemment installés. L’identité collective cristallise des
référents culturels et des codes sociaux qui génèrent un sentiment
d’appartenance et structurent la communauté.
La nouvelle structure sociale, dans laquelle se reproduisent les
expressions et les comportements socioculturels liés à la mémoire
identitaire, est un moteur dans la mise en synergie des
migrants/acteurs de la solidarité transnationale. Les entraves à la
filiation et la rupture des logiques traditionnelles d’identification




A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 14
permettent une meilleure compréhension des processus
d’identification qui se jouent dans l’immigration. Elles donnent du
sens, au sein de la communauté, à la mise en place d’actions solidaires
avec le pays d’origine. La rupture des liens filiaux donne donc
naissance à des structures sociales dynamiques afin de revitaliser sous
diverses formes la filiation altérée par la distance. A ce vide filial se
substitue un engagement filial qui vient pallier l’éloignement de
parenté. Cet engagement est une ressource pour la participation à des
initiatives d’ordre populaire. Ainsi la participation des migrants à des
projets de solidarité vient tresser et renforcer le lien filial fragilisé par
la condition de migrant.
Par ailleurs la mémoire, fondement de notre existence aussi bien
individuelle que collective, est un processus dynamique à travers un
ensemble de rôles sociaux intériorisés. Notre existence agit à travers
une capacité à transmettre la mémoire familiale et acquiert un gain
symbolique que la famille retire de cette transmission. La question de
la transmission dans l’immigration, à travers l’exil et le déracinement,
peut être largement envisagée en termes de solidarité avec le pays
d’origine. Ce rapport à la solidarité et au contre-don tisse les liens et
peut donner du sens à sa propre existence et à son propre parcours.
Les pratiques de solidarité passent donc par le développement de
réseaux où se crée de l’affiliation par les pairs. Les réseaux solidaires
font intervenir les ressources de la communauté d’origine, ainsi que
les opportunités qu’offre le territoire de résidence. Ils se forment à
travers une multitude de liens interpersonnels qui relient les migrants
et les futurs migrants entre eux (parenté, amitié, origine
communautaire partagée, etc.). Ils réduisent en quelque sorte les
charges de la migration, au sens psychique et monétaire, et permettent
un canal diffus d’information. La croyance à des traits communs
persiste et se solidifie pour affirmer une identité commune, à travers
un sentiment d’appartenance qui peut être générateur d’actions
collectives. Ces communautés de souvenirs ou de circonstances
renforcent les liens internes et offrent une légitimité morale pour les
initiatives solidaires.

La solidarité comme lieu des contradictions
La communauté joue un rôle fondamental dans la construction
identitaire. Elle est le lieu d’une dynamique collective, de concertation
et de changement où se logent les contradictions de l’émigration et de
l’immigration. Ainsi la question de la filiation et de la transmission de
l’héritage se pose de manière particulière dans les sociétés
d’immigration. Elle se heurte à la modernité des rapports sociaux dans




A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 15
un espace intermédiaire où s’oppose une double contrainte engendrée,
d’une part, par les dissonances existantes entre la nouvelle condition
de l’immigré et, d’autre part, par l’héritage culturel et familial.
Les groupes formés par les membres d’une communauté solidaire
constituent un organe de compression, un lieu de tension entre le pays
d’origine et le pays d’accueil où résident les divergences de la posture
d’émigré/immigré (Sayad, 1999). Il existe une volonté de s’intégrer à
la société occidentale, dans le sens de disposer du respect et des droits
civiques au même titre que tout citoyen vivant sur le territoire. Aussi
on appréhende les exigences inhérentes à un héritage filial dont
l’émigré doit être le relais. L’immigré semble devoir concilier les
exigences occidentales avec les injonctions parentales et
traditionnelles présentes dans son rapport à la solidarité. La
communauté se place alors dans un espace tampon, un espace
transitoire de va-et-vient entre la société d’origine et la société
d’accueil et offre des réponses au « désordre des successions » de
l’héritage, mettant en lumière les paradoxes de la posture de l’immigré
(Bourdieu, 1993).
Le contexte migratoire attribue donc une posture paradoxale entre
conceptions occidentales et conceptions des pays dont il est sont issus.
Cet espace entre deux eaux est un espace bien ancré dans la
géopolitique actuelle. Il confère une identité transnationale dans une
logique où se confinent les confusions de la migration.
Cette complexité dans la dualité forme un nœud identitaire entre
exigences du passé et exigences actuelles. Ainsi, la solidarité
transnationale vient comme une jonction qui raccroche de part et
d’autre les oppositions existentielles qui émanent de la posture de
migrant.
Les migrants perçoivent une nécessité de s’organiser dans ce contexte
migratoire, à travers des expériences interculturelles que connaissent
tous ceux vivant à cheval entre le pays d’émigration et le pays
d’accueil. Le sens de la communauté à travers les pratiques de
solidarité se cristallise dans l’articulation de deux temps et deux
espaces. Le sens de la vie quotidienne prend donc une double
dimension qui relève à la fois de l’univers traditionnel comme socle
des fondements culturels, et des appartenances sociales, fonctionnelles
ou juridiques adoptées dans le pays d’immigration.
Les réseaux migratoires constituent de véritables sas structuraux à
l’orée de deux espaces. Ces communautés puisent leur sève dans
l’espace d’origine afin de donner sens à leur construction et leurs
actions, et de se redéfinir en fonction des conditions existentielles et
des exigences nouvelles.




A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 16
Entre les mailles institutionnelles
Les actions à des fins de solidarité internationale se traduisent au sein
d’espaces intermédiaires, afin de gérer une multitude de situations en
dehors d’un appui professionnel et institutionnel. Lieu de bricolage
dans lequel se développe une dynamique collective, l’existence de ses
actions révèle les stratégies de contournement et de réappropriation
d’une situation dans un contexte instable. Ces espaces intermédiaires
ont pour vocation de produire des transformations sociales pour
améliorer les conditions d’existence.
Ces espaces transitoires témoignent d’une forme alternative de
compensation des ruptures et reflètent les adaptations individuelles et
collectivise autour de l’expérience de la précarité. Ils font l’objet
d’une exploration de réponses provisoires face à des situations
fragiles, favorisant une culture solidaire partagée.
Ainsi, ces espaces existent en dehors d’une rationalité scientifique,
mais découle d’une logique communautaire basée sur des éléments
informels comme la confiance, l’oralité du traitement des initiatives,
la concertation, le consensus, l’entraide, les diasporas marchandes et
diverses formes de redistribution, à travers des relations de parenté, de
parrainage commercial, des dynamiques associatives, de multiples
systèmes de don et de contre-don, etc.
Ces espaces qui dessinent les contours d’une solidarité internationale
informelle se logent au croisement de deux sociétés, dont l’absence de
passerelle peut être un marqueur d’incompréhension et de présupposés
en matière de participation et d’initiatives solidaires portées par les
migrants. La mobilisation, la participation et l’expérience constituent
les fondements d’une solidarité dissimulée à l’ombre des formes plus
instituées de coopération internationale. Le positionnement
intermédiaire des migrants à travers les dynamiques qu’ils mettent en
place peut être envisagé comme un espace d’intermédiation afin
d’encourager la création de liens entre les acteurs d’une conception
plus générale de la solidarité internationale, des acteurs comme les
décideurs politiques, les responsables associatifs, etc. Enfin, cet
espace transitoire pose la question de la légitimité d’une posture
transnationale dans le champ de la solidarité internationale, au sens où
il constitue par nature un espace de médiation symbolique (Penven,
2010).





A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 17

Médiation de solidarité internationale

« La solidarité aide les personnes en détresse ici et là-bas.
On essaie de construire des passerelles pour que
les gens là-bas puissent avoir des appuis
et pour que les gens ici puissent renouer avec le Rwanda.
Il y a eu beaucoup de souffrances,
cela rend les gens solidaires et attachés à leur pays. »
(Femme, Rwanda, 50 ans).

« Ce n’est pas difficile de mobiliser les gens,
il suffit de les rencontrer.
Il faut mettre en place une médiation,
il faut un canevas solide,
un pied dans chaque système pour comprendre les enjeux. »
(Homme, Mauritanie).

Les espaces intermédiaires de médiation demeurent indispensables à
une relation équilibrée entre l’individu et la société. Ces espaces
permettent « d’éviter le face à face abrupt avec la société »
(Durkheim, 1938) et semblent nécessaires à l’établissement d’une
forme de médiation entre les individus qui la composent.
La médiation au sens large donne du sens à la communication et
éclaire le point de vue des autres. Elle induit une conscientisation de
notre histoire personnelle qui ne doit pas être considérée comme un
modèle à imposer aux autres. L’approche interpersonnelle et donc
interculturelle est la base d’une communication efficace et pérenne,
car elle encourage une connaissance appropriée et réciproque des
divers partenaires. Les représentations plus ou moins éloignées de la
réalité génèrent une appréciation défectueuse de la différence et
nuisent à la mise en place d’une correspondance équilibrée. Ainsi, la
médiation dans le champ de la solidarité internationale doit permettre
d’éviter l’herméticité liée à la culture étrangère, mais aussi les
confusions en termes de besoin et de développement qui peuvent être
mises à mal dans les approches occidentales de l’aide internationale et
de la coopération. Elle doit avant tout considérer les migrants comme
de véritables acteurs de changement afin d’éviter un pessimisme sous-
jacent et des considérations négatives à l’égard des migrations. Bien
qu’inévitables, les comportements ethnocentriques sont enfermant
s’ils n’admettent pas d’autres systèmes de valeurs. Dans le champ de
la solidarité internationale, la dimension interculturelle s’impose
pourtant dans le rapport à l’autre et à travers la mise en mouvement de
sa propre culture. Aussi, la démarche interculturelle est une culture en
elle-même et doit poser les bases d’un équilibre dans les relations
Nord/Sud.




A. Manço, C. Aschenbroich (coord.), Migrants solidaires, destins jumelés ? 18
La médiation dans le champ de la solidarité internationale doit
considérer les compétences des migrants en termes de ressources et
permettre de dépasser les logiques d’un modèle dominant. Elle doit
soulever les enjeux en matière de représentations des problèmes
existants et développer les relations sociétales dans les politiques
actuelles. Par ailleurs, si la dépolarisation doit amener à une égalité
des positions et des savoirs à transmettre, la médiation doit permettre
de rompre avec une démarche de marginalisation face à la domination
des savoirs. Celle-ci doit accorder davantage d’ascension
décisionnelle et valoriser l’engagement des migrants dans des
initiatives solidaires. Il s’agit d’éclairer le dynamisme populaire et les
capacités locales à s’exprimer à travers la création de conceptions
alternatives. Valoriser la solidarité portée par les migrants, c’est
légitimer l’émanation populaire et résister contre l’idéologie de ceux
qui les dominent.

Equilibres Nord/Sud
Le regard sur les migrations ne peut s’abstraire de l’existence de cette
solidarité informelle. La posture symbolique et intermédiaire des
migrants au croisement du pays d’accueil et du pays d’origine
interroge sur la notion de médiation dans le champ de la solidarité
internationale. Celle-ci apparaît comme une composante fondamentale
à une époque où les discours sur la gestion de la proximité s’affirment
dans les politiques sociales.
Si un fonctionnement informel ne peut que difficilement résister à
l’institutionnalisation, la médiation semble pouvoir constituer une
réponse, si toutefois elle n’élude pas la réflexion sur les enjeux qu’elle
présente : l’interaction entre le formel et l’informel, entre l’institué et
le non institué, etc. Cet équilibrage ne doit pas non plus détourner de
leur sens les initiatives populaires, à savoir l’affirmation de la
participation des migrants.
Une médiation de solidarité internationale doit donc favoriser la
création de passerelles entre tous les acteurs impliqués dans ce
champ : migrants, responsables d’association, décideurs politiques,
intervenants sociaux, etc., afin de développer une conscience des
relations Nord/Sud autour des questions liées aux migrations, au
développement et à la coopération. Une telle approche doit s’inscrire
dans un processus de valorisation et de construction de savoirs, de
savoir-faire et de savoir-être mutuels. La possibilité d’un
développement endogène et l’équilibre des relations Nord/Sud doivent
se réfléchir en termes de médiation et donc de démocratisation.