Migrer d'une langue à l'autre

De

Cet ouvrage éclaire les relations complexes entre les réalités migratoires et la diversité des langues issues des migrations dans la société française. Il répond aux questionnements de notre société aujourd’hui : quelle est la situation du plurilinguisme en France et en Europe ? Comment penser l’apport de ces langues dans une tradition monolingue ? Des politiques publiques sont-elles mises en œuvre en faveur de l’acquisition du français et du maintien des langues d’origine ? Chez les écrivains en exil, quelles relations se tissent dans l’écriture entre langue maternelle et langue d'accueil ?

Cet ouvrage fait suite aux journées d’études annuelles, intitulées « Migrer d’une langue à l'autre ? », organisées conjointement depuis 2013 par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) et le Musée national de l'histoire de l'immigration.

Publié le : dimanche 20 mars 2016
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EAN13 : 9782110102430
Nombre de pages : 88
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Les langues d’immigration dans un pays de tradition monolingue
Un monolinguisme d’État
On compte dans le monde pluseurs mllers de langues qu sans cesse éoluent, se transorment ; certanes ds-parassent tands que d’autres émergent. Ces langues sont négalement répartes sur les terrtores pusque la plupart d’entre elles sont utlsées par une très pette parte de la populaton alors que quelques autres sont parlées par la très grande majorté des nddus. C’est le cas du mandarn, de l’anglas, de l’espagnol ou encore de l’arabe et de l’hnd qu sont des langues nternato-nales. Cette hégémone de quelques langues condut à une hérarchsaton entre les arétés lngustques selon le nombre de locuteurs mas pas seulement. D’autres crtères nterennent également et contr-buent à la aleur de chaque langue, l’un d’entre euX étant par eXemple le conteXte d’élocuton, c’est-à-dre le leu d’énoncaton. Constatons donc d’emblée que socalement toutes les langues ne se alent pas, et que toutes ne sont pas parellement reconnues dans les
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dférentes sphères de la e publque telles que l’école, le traal, les médas, etc.
Qu’est-ce qu’une « langue » ?
Les notions de « langue », de « dialecte » et de « patois » sont des termes définis par les linguistes et sociolinguistes qui ne prennent pas toujours le même sens dans le langage commun. Alors qu’on aurait tendance à hiérarchiser les parlers en allant de la « langue » au « dialecte » et enfin au « patois », il s’agit principalement d’un partage territorial car les « langues» diffèrent selon leur occupation spatiale, leur statut social et politique. Lorsque la « langue » ne recouvre que partiellement un territoire ou qu’elle reste d’usage infranational, on parle de « dialecte ». Lorsque le parler est très localisé ou fragmenté et ne présente pas ou peu de forme écrite (grammaire, presse…), « patois » est parfois employé mais ce terme est désormais peu utilisé en sociolinguistique (Launey, 2003). La distinction entre une « langue officielle » normalisée et les autres « dialectes » et « patois » n’est donc pas une question de valeur. Toutefois, l’imposition sur les territoires européens d’un monolinguisme a entraîné une dévalorisation des autres «langues », c’estàdire des « dialectes » et des « patois » (Lodge, 1997). Pourtant, il s’agit aussi de « langues », en tant qu’instruments de communication parfois exclusifs. Cellesci ne renvoient pas à une communauté d’individus spécifique qui s’y référerait de façon exclusive, son choix est surtout déterminé par l’usage social. Elle dépend de l’appartenance à un groupe, de la situation d’interaction ou encore de problèmes de dominance (Fishman, 1965). Les « langues » diffèrent donc principalement selon leur occupation spatiale, leur statut social et politique.
En Europe et plus partculèrement en Europe de e l’Ouest, le monolngusme est prôné depus le xvI sècle aec l’dée que l’usage d’une langue commune est le seul moyen de aorser un sentment natonal ; c’est pour-quo ben souent les natons européennes sont portées par une langue unque. Dans la quas-totalté des pays d’Europe à l’eXcepton de quelques pays tels la Susse, la Belgque ou le LuXembourg, un monolngusme d’État règne : une seule langue, la langue natonale, supplante
toutes les autres. C’est dans cet espace géopoltque que l’déal monolngue s’est le plus déeloppé et la France en est un cas eXemplare comme le stpule l’artcle 2 de la Consttuton (1992) mentonnant que « la langue de la Républque est le ranças ».
Le monopole progressif du français en France
ïl est dicle d’apprécer înement la manère dont e la langue natonale s’est propagée entre le xIx et le e xx sècle, car on dspose de peu d’enquêtes depus celle de l’abbé Grégore de 1794 (Certeauet al., 2002). Celle-c ut menée auprès d’normateurs (prêtres, jurstes, médecns) qu lassent entendre que l’usage eXclus du ranças concerne sans doute une qunzane de départements seulement sur les quatre-ngt-tros, sot mons de tros mllons de personnes sur quelque ngt-sept mllons d’habtants de l’époque.
Par la sute, l’enquête de 1864 menée à l’ntate du mnstre de l’ïnstructon publque, Vctor Duruy, est une seconde source d’normaton. Elle permet d’esqusser un portrat de la stuaton lngustque en e métropole au xIx sècle. Elle s’adresse auX préets par le bas d’un questonnare qu porte sur l’nstructon prmare. Les résultats, très peu eXplotés, rendent compte du paysage lngustque de la France d’alors et ndquent qu’approXmatement un quart de la populaton ne parlat pas ranças, en partculer dans certanes communes de Bretagne, d’Alsace ou dans le Md occtan. Touteos, même dans les régons de langue non romane, l’utlsaton du ranças n’est plus chose rare. La langue natonale serat même d’usage général dans la moté enron des départements à cette
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pérode, au centre du pays dans le bassn parsen mas auss dans les régons osnes (Barral, 1998).
La langue rançase détent sur l’HeXagone un monopole ncontestable et son hégémone a crû contnûment e au îl du xx sècle. L’unîcaton lngustque du pays s’est réalsée progressement par le bas de la mse en place du serce mltare et de l’école « gratute, laque et oblgatore ». L’urbansaton progresse du pays, la réoluton des transports et la place crossante prse par l’admnstraton ont également contrbué à la dfuson du ranças. Le processus d’unîcaton s’accélère à partr de la Premère Guerre mondale, les hommes enus de pronces derses étant conduts à se côtoyer et donc à utlser une langue commune.
L’usage du ranças a été ortement encouragé en tant que langue de l’ascenson socale, et tout au long du e xx sècle la part de personnes parlant eXclusement ranças a été grandssante. Touteos cette tendance s’accompagne d’un osonnement de langues qu résulte des dférentes agues mgratores enues enrchr la France. En cela, le monolngusme d’État ne sgnîe nullement qu’une seule langue est parlée sur le terrtore n que les nddus sont euX-mêmes monolngues (or encadré sur l’enquête Étude de l’hstore amlale, ïnsee, 1999, p. 14).
Bilinguisme et plurilinguisme
Quel que sot le parler en queston, une personne conersant en deuX ormes lngustques dférentes ne permettant pas l’ntercompréhenson sera décla-rée blngue. On dstngue le blngusme « act », qu consste à parler deuX langues, du blngusme « pass »,
pour lequel la pratque d’une des deuX langues n’est pas efecte et se lmte à la compréhenson. De açon générale, la pratque et/ou la compréhenson d’au mons deuX arétés lngustques est appelée « plurlngusme ». ïl arre ans réquemment que les noueauX mgrants nstallés en France utlsent leur parler natal pour parler à leurs enants, alors que ces derners répondent daantage en ranças. Dans ces échanges amlauX plurlngues, chacun comprend l’autre mas préère utlser la langue dans laquelle l se sent le plus à l’ase, sa langue pre-mère. En cela, les enants socalsés en France ont pour langue premère le ranças, même s leurs père et mère conersent dans une autre langue.
L’apprentssage d’une langue structure en parte nos modes de penser et notre açon de or le monde. ïl partcpe de notre constructon denttare mas cela ne sgnîe pas pour autant que l’appartenance à une com-munauté lngustque sot eXcluse. Ben au contrare, l est de plus en plus courant aujourd’hu d’apprendre, de comprendre, de parler pluseurs langues et ans de multpler les potentelles denttés lngustques. Parler deuX langues n’mplque pas non plus d’appartenr à deuX cultures dférentes. Le blngusme ou plur-lngusme ne renoe pas d’emblée au bculturalsme car une langue peut eXprmer pluseurs appartenances culturelles et une culture peut être eXprmée dans pluseurs langues. Les communautés lngustques tout comme les ailatons denttares, culturelles et socales peuent se superposer, paros se croser.
En France métropoltane, un quart de la populaton nterrogée en 1999 dans le cadre de l’enquête Étude de l’hstore amlale se souent aor reçu d’au mons l’un de ses parents une autre langue que le ranças. Pour la moté d’entre euX, sot près de sX mllons d’adultes,
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l s’agt d’une langue ssue de l’mmgraton. Ans, plus des tros quarts des adultes nés à l’étranger déclarent que leur père et leur mère leur parlaent au mons une autre langue que le ranças. Un sur deuX consdère ne pas aor entendu ses parents parler ranças à la mason, mas nersement, un mgrant sur quatre déclare aor entendu unquement le ranças lors des échanges am-lauX aant même de enr en métropole.
L’enquête Étude de l’histoire familiale (EHF) de 1999
Depuis l’enquête de 1864 de Victor Duruy, aucune enquête natio nale de la statistique publique n’avait tenté de rendre compte du paysage linguistique de la France. En 1992, l’enquête « Efforts d’éducation des familles » conduite par l’Insee en coopération avec l’Ined auprès de 5300 parents d’élèves, avait introduit dans son questionnaire un certain nombre d’items sur les langues d’usage entre parents et enfants (Héran, 1993). Mais le faible échantillon ne permettait pas d’estimer, dans le détail, la diversité linguistique de la France. La même année, l’enquête Mobilité géographique et insertion sociale (MGIS) réalisée par l’Ined avec le concours de l’Insee a été passée auprès de 13000 personnes dans l’objectif d’analyser l’évolution des conditions de vie des populations migrantes et de leur descendance. Les questions sur les langues portaient essentiellement sur l’alphabétisation et la maîtrise du français par ces populations. Le volet linguistique de l’enquête EHF est une source de données inédite par la taille de l’échantillon et l’accent mis sur la trans mission familiale. Les quelque 360 000 hommes et femmes interrogés offrent ainsi la possibilité d’établir un état des lieux sur l’évolution des pratiques linguistiques en France et de saisir en particulier le devenir des langues issues de l’immigration. Afin de percevoir comment les individus rendent compte des langues qu’ils pratiquent sur le sol français et de saisir leur dynamique dans le temps, les questions proposées dans le questionnaire ne se limitaient pas à la pratique actuelle mais portaient aussi sur les échanges entre parents et enfants. Le dépouillement des réponses permet de mettre au jour les différentes représentations sur les comportements linguistiques non pas seulement à un instant t, mais réellement dans une perspective diachronique.
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