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Milices et Volontaires du Puy-de-Dôme - Étude sur le recrutement de l'armée, 1688-1793

De
135 pages

Avant la Révolution, les troupes royales constituaient l’armée permanente ; les milices provinciales, une réserve mobilisée seulement en temps de guerre. Les ordonnances du Roi fixaient le nombre de miliciens que devait fournir chaque généralité. Les intendants établissaient un état indiquant le nombre d’hommes à fournir par chaque subdélégation ou paroisse et le lieu de rassemblement de chaque compagnie.

Des officiers, des magistrats ou des commissaires des guerres surveillaient dans leurs élections, qui comprenaient une ou plusieurs subdélégations, toutes les opérations du tirage au sort.

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Marie Joseph Gabriel Flocon

Milices et Volontaires du Puy-de-Dôme

Étude sur le recrutement de l'armée, 1688-1793

PRÉFACE

L’histoire des volontaires du Puy-de-Dôme a été déjà traitée, en 1877 et en 1880, par M. Mège, dans les deux ouvrages : Les Bataillons de volontaires du Puy-de-Dôme et Le Puy-de-Dôme en 1793 et le proconsulat de Couthon.

Ces ouvrages, écrits avec une compétence et une exactitude rares, sont devenus aujourd’hui à peu près introuvables.

Cependant, les monographies inspirées par les choses et les hommes des différentes provinces devraient être très répandues et faire partie des bibliothèques scolaires de toutes les communes de la province.

Nourries des sucs du terroir, elles rendent les faits plus vivants, les personnages plus réels, font mieux connaître le passé et permettent d’en dégager des leçons pour l’avenir.

C’est dans ce dernier but que nous avons entrepris cette étude.

Nous avons eu fréquemment recours aux publications de M. Mège, à celles parues dans les bulletins de l’Académie de Clermont-Ferrand.

Nous avons trouvé aux archives départementales et à la bibliothèque de la ville de nombreux documents qui complètent et rectifient certains points des travaux déjà parus.

Nous avons surtout cherché à montrer comment les différentes lois relatives au recrutement avaient reçu leur application dans cette région.

Les précieuses indications données par M. Rouchon, archiviste départemental, l’obligeance inlassable1 du personnel des archives, les recherches exécutées en même temps que les nôtres par des officiers de la garnison, et en particulier par MM. les lieutenants Clot, du 121e d’infanterie, et Marchand, du 16e d’artillerie, nous ont facilité ce travail.

AVANT-PROPOS

La province d’Auvergne comprenait les deux départements actuels du Puy-de-Dôme et du Cantal.

Une région d’une telle superficie et dont la différence d’altitude varie de plus de 1.000 mètres ne peut avoir le même climat et les terres la même fertilité.

Celles de la région basse, constituées par la Limagne, sont d’une richesse remarquable, ne se reposent jamais et produisent tous les ans ; celles de la région haute sont ingrates, demandent plus de culture et un repos de quelques années.

Le caractère des habitants présente autant de différences que le climat.

« Populations, coutumes, caractères, mœurs, tout, en Auvergne, se ressent et s’inspire du sol, tout parait avoir son explication, sa démonstration, sa raison d’être dans le climat1. »

Dans la vallée, le paysan est lourd et laborieux, dans la montagne, il est plus vif, plus industrieux, mais plus paresseux.

Dans la Limagne, il tire relativement peu de fruit de son travail ; dans la montagne, il est plus riche, grâce au commerce du bétail et à la fabrication du fromage.

« Si j’envisage, écrivait l’intendant de Chazerat, le 15 août 1786, l’aisance, les facultés, la façon de se nourrir et même l’existence physique des habitants de la montagne et de ceux de la plaine, je vois les premiers jouir des commodités proportionnées à leur état, ayant de l’argent et ne mendiant jamais ; je vois ceux de la Limagne, mal vêtus, mal nourris, portant des visages blêmes, sans cesse occupés à des travaux plus pénibles que ceux de la montagne. »

D’une façon générale, l’Auvergnat est lent, mais laborieux et opiniâtre.

Son endurance et sa vigueur en font un excellent soldat.

La montagne donne toutefois un recrutement supérieur à celui de la plaine2.

Uniquement préoccupé de ses intérêts personnels, luttant pour assurer son existence et celle des siens, le paysan n’avait pas le temps de s’instruire, mais, en dépit de son ignorance, il avait subi, par une sorte d’infiltration lente, l’influence de la bourgeoisie des villes ; il avait appris à connaître, à écouter et à regarder autour de lui.

Les émigrants, au retour de leur hivernage loin du pays natal, faisaient part à leurs concitoyens du mouvement réformateur qui agitait le pays et leur apportaient avec les idées du temps, l’esprit de discussion et d’opposition.

Au moment de la Révolution, les populations d’Auvergne étaient particulièrement malheureuses.

Les orages de 1788 avaient dévasté les campagnes et forcé beaucoup de paysans à émigrer.

Ces émigrations, les levées successives si nombreuses de 1791 à 1793, apportèrent de graves préjudices aux travaux agricoles, les bras manquèrent, la misère augmenta et les habitants s’inquiétèrent souvent plus de leurs récoltes que de leurs devoirs militaires.

Ce rapide aperçu sur le caractère et l’état social des populations de la province d’Auvergne permettra d’en mieux suivre la vie militaire3.

CHAPITRE I

LES MILICES PROVINCIALES

Avant la Révolution, les troupes royales constituaient l’armée permanente ; les milices provinciales, une réserve mobilisée seulement en temps de guerre. Les ordonnances du Roi fixaient le nombre de miliciens que devait fournir chaque généralité1. Les intendants établissaient un état indiquant le nombre d’hommes à fournir par chaque subdélégation ou paroisse et le lieu de rassemblement de chaque compagnie.

Des officiers, des magistrats ou des commissaires des guerres surveillaient dans leurs élections, qui comprenaient une ou plusieurs subdélégations, toutes les opérations du tirage au sort.

Il y avait, en outre, dans chaque généralité, un officier supérieur chargé de visiter les miliciens et de veiller à l’exécution des exercices et des règlements.

Au moment où la France fut menacée par la guerre de la ligue d’Augsbourg, Louis XIV, par ordonnance du 29 novembre 1688, leva 25.000 miliciens, qui devaient former trente régiments.

L’intendant de la province d’Auvergne2, Desmaretz de Vaubourg fixa, le 15 décembre 1688, le nombre d’hommes nécessaire pour former le régiment de Couteuge-Infanterie3.

Ce régiment fut constitué à quinze compagnies de 50 hommes, officiers et sous-officiers compris.

Les lieutenants furent pris dans la noblesse du pays ; les capitaines, le lieutenant-colonel, le colonel parmi les officiers ayant déjà servi dans les troupes ou les compagnies de la maison du Roi.

Parmi les cinquante hommes de la compagnie, le capitaine choisissait les deux plus capables pour faire des sergents. Ces gradés avaient double solde4.

Les hommes devaient avoir de vingt à quarante ans et étaient tenus de servir pendant deux ans.

L’ordonnance du 5 avril 1690 donna tous les détails relatifs à la solde, à l’armement et à l’équipement5 des milices.

Les refus de congé, l’augmentation de la durée du service, le remplacement des déserteurs par des hommes mariés, « quitte à ceux-ci de représenter ceux qui ne se seraient pas trouvés aux assemblées pour les substituer à leur place », produisirent un véritable mouvement d’émigration.

Ce mouvement s’accentua pendant la guerre de la Succession d’Espagne et les intendants n’arrivèrent plus à trouver le nombre de miliciens nécessaire.

Les habitants voyaient arriver avec terreur la conscription.

« Dès qu’une levée de milice était annoncée, tous les habitants et fermiers qui avaient des enfants se mettaient en campagne pour aller chercher des protecteurs et tâcher, par leur appui, de faire exempter leurs garçons ; les garçons eux-mêmes couraient la campagne et se retiraient dans les bois ; en un mot, tout travail cessait dans la paroisse.

Les miliciens poursuivaient les fuyards avec des archers et des huissiers.

Enfin, la famille de celui sur lequel le sort était tombé mettait tout en usage pour faire recevoir un homme à sa place ; il lui en coûtait souvent 400 à 500 livres6. »

Deux bataillons furent cependant formés, l’un à Clermont, de 463 hommes, l’autre à Brioude, de 490 hommes ; leur effectif fut plus tard réduit à 300 hommes répartis en six compagnies.

Au moment de la guerre de la Succession de Pologne, une ordonnance du 12 novembre 1733 augmenta le nombre d’hommes dans les bataillons existants et prescrivit la levée de trente nouveaux bataillons.

La généralité d’Auvergne dut fournir 2.000 hommes et constituer trois bataillons. Si le recrutement des miliciens fut difficile « par l’horreur que le peuple a conservée pour le seul nom de milice, joint à ce que, dans cette saison, beaucoup d’habitants des montagnes se répandaient dans les autres parties du royaume et allaient jusqu’en Espagne pour y gagner leur vie7 », celui des officiers ne le fut pas moins. M. de Roussille répondait à l’intendant qui lui offrait le commandement d’un bataillon de milice, « qu’il obéira au Roi s’il reçoit un ordre formel, mais qu’il mourra de douleur à la tête d’un pareil corps, qu’il aimerait mieux prendre une hallebarde et porter le mousquet dans tel régiment de campagne qu’il plaira au Roi de lui donner, que de commander dans un bataillon de milice, parce que, dans un régiment, il ne pouvait acquérir que de l’honneur et que, dans la milice, il ne pouvait que se déshonorer8 ».

Les trois bataillons9 formés furent envoyés en Alsace.

Après la guerre de la Succession de Pologne, l’Auvergne ne fournit plus que deux bataillons de 300 hommes chacun, mais dès le commencement de la guerre de la Succession d’Autriche, ces bataillons furent reportés à 600 hommes.

L’ordonnance du 30 octobre 1742 prescrivit une augmentation de 30.000 hommes de milice. L’Auvergne dut fournir 880 hommes répartis entre deux bataillons qui furent également envoyés en Alsace10.

Ces bataillons, composés de 8 compagnies de fusiliers de 70 hommes, et d’une compagnie de grenadiers de 50 hommes, se désorganisèrent bientôt par suite de désertions et de congés accordés sans nécessité11.

Le bataillon de Clermont, dans ses étapes de Belfort à l’Arche, dans le mois d’octobre 1744, perdit en cours de route 155 hommes.

« Il ne peut y avoir, écrivait le ministre d’Argenson, qu’un intérêt sordide et une mauvaise discipline qui aient pu occasionner un déficit aussi considérable ; le commandant de la troupe et les autres officiers s’étant peu souciés de ce que deviendraient leurs soldats, dans le but de s’approprier leur étape et leur solde tant qu’ils ne seraient pas au bataillon12. »

Le bataillon de Clermont tint ensuite garnison à La Ciotat ; le bataillon de Brioude fut envoyé de Neuf-Brisach à Besançon, puis à Landau.

Après les campagnes de 1745 et de 174613, d’Argenson perfectionna le service des milices « que le Roi jugeait un établissement aussi utile à la sûreté qu’à la gloire de ses États ».

Au début de la guerre de Sept ans, le marquis de Paulmy donna des instructions pour que les bataillons de milice fussent au complet.

Le bataillon de Clermont était à Fréjus.

Le commissaire des guerres du département d’Antibes le trouva dans un état pitoyable. « Il n’y a pas, écrivait-il, 50 hommes de taille et de tournure propres au service14. »

Quant au bataillon de Brioude, en garnison à Strasbourg, il s’y donna en spectacle par des ridicules de toute espèce15.

Après cette guerre, une ordonnance du 27 novembre 1765 porta le nombre des bataillons de milice à 105.

Chaque bataillon, à l’effectif de 710 hommes, devait comprendre six compagnies de grenadiers provinciaux et deux de grenadiers royaux.

Les ordonnances des 4 août 1771, 19 octobre 1773, 10 janvier 1778, organisèrent définitivement les régiments provinciaux.

Les bataillons de Clermont et de Brioude formèrent le 10e régiment provincial, qui porta le nom de Clermont.

Les compagnies de grenadiers royaux de l’Auvergne passèrent au régiment des grenadiers royaux du Lyonnais, commandé par le marquis de Ségur.

Les bataillons restés en Auvergne prirent le nom de la couleur de leurs drapeaux : bataillon d’Auvergne et bataillon de la Sarre.

Les levées pour ces bataillons continuèrent jusqu’en 1789.

La loi du 4 mars 1791 supprima les treize régiments de grenadiers royaux, les seize régiments provinciaux16 et les soixante-dix-huit bataillons de garnison de troupes provinciales.

Tous les cahiers du tiers état avaient été unanimes à demander la suppression des milices ; aussi cette mesure fut-elle accueillie avec joie par la population.