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Misère de la démocratie

De
232 pages
Après un siècle de guerres planétaires, un siècle de pillage et d'escroquerie prend racine. Comment les peuples pourront-ils reprendre la main et retrouver un intérêt commun dans la poursuite d'une aventure humaine devenue si fragile ? La réponse tient dans le développement spectaculaire des compétences des individus et des groupes qui peuvent aujourd'hui commencer une réingénierie de la politique et évincer ceux qui profitent du système au lieu de le réformer.
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Questions contemporaines
MISÈRE DE LA DÉMOCRATIE Alain CognardQ
Questions contemporaines
MISÈRE DE LA En ce début de vingt et unième siècle, nous assistons à une course de
fn du monde, une ruée vers la richesse qui ne ménage personne. Après
un siècle de guerres planétaires, un siècle de pillage et d’escroquerie DÉMOCRATIEQprend racine, proftant de l’ineffcacité organisée de la démocratie de
représentation.
Pour une réingénierie de la politique
Que faire avec ce moderne scandale des bacchanales où il est
impossible de distinguer les corrompus des corrupteurs tant ils sont
imbriqués ? Comment les peuples pourront-ils reprendre la main et
retrouver un intérêt commun dans la poursuite d’une aventure humaine
devenue si fragile ?
La réponse tient dans le développement spectaculaire des
compétences des individus et des groupes qui peuvent, aujourd’hui,
commencer une réingénierie de la politique et évincer ceux qui proftent
du système au lieu de le réformer.
Alain Cognard vit à Paris, Montréal et Londres. Successivement professeur
de Physique et Chimie et administrateur de sociétés, il a publié plusieurs
ouvrages sur l’exclusion et la politique. Son travail avec le sociologue
et ethnographe Georges Lapassade en a fait un observateur critique et
passionné des sociétés humaines.
Questions contemporaines
Illustration de couverture : © Sergey Nivens
ISBN : 978-2-343-04171-1
24 €
QUESTIONS_CONTEMP_COGNARD_17_MISERE-DEMOCRATIE.indd 1 26/09/14 12:28:25
Alain Cognard
MISÈRE DE LA DÉMOCRATIE





MISÈRE DE LA DÉMOCRATIE
































Questions contemporaines
Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland
et Jean-Paul Chagnollaud

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines »
n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la
collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de
débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement,
exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.


Dernières parutions


Alain RENAUD, Lyon, un destin pour une autre France, 2014.
Blaise HENRION, Eurocopter savait, La vérité sur un crash mortel, 2014.
Philippe QUÊME, Finance et éthique. Le prix de la vertu..., 2014.
Maurice BERTRAND, Machiavel ou l’Illusion réaliste, 2014.
Cyril MARÉ & Rémi RAHER, Géopolitique de l’Arctique, 2014.
Chantal PERRAS, La coopération policière globale contre le trafic de drogue
transnational, 2014.
Gaby NAVENNEC, Les souffrances sociales. De l’acceptation aux
alternatives, 2014.
Julien PINOL, Essais nucléaires : 1961, une apothéose ?, 2014.
François COUDERC, Chronique d’une aventure politique ordinaire, 2014.
Gérard DAHAN, La manipulation par les sondages. Techniques, impacts et
instrumentalisations, 2014.
Nadine JASMIN, Les mairies au défi des politiques d’égalité, 2014.
Georges Claude GUILBERT, Le genre des objets, 2014.
Guillaume FONGANG, Les Politiques agro-environnementales en France.
Dispositifs de concertation et enjeux de gouvernance, 2014.
Françoise FRISCH, La boulotdiversité, Ensemble vers l’extermination du
chômage, 2014.
Frédéric JONNET, Défense, 2007-2012 : un plan pour l’égalité des chances,
2014.
Lise GREMONT, Mutation dans les collectivités territoriales, 2014.
Hervé PIERRE, Tous prisonniers ? La postmodernité sécuritaire : pourquoi et
comment nos libertés se perdent au nom de la sécurité, 2014.
Jean-Pierre BOISARD, Travail, on t’aime trop !, 2014.
Roger BAILLET, De Gaulle et Machiavel, 2014.
Alain JENNY et Hervé MAUROY (dir.), Évolution et Histoire. Les modèles du
devenir, 2014.
Gilbert ANDRIEU, Etre, paraître, disparaître, 2014. Alain COGNARD






MISÈRE DE LA DÉMOCRATIE

Pour une réingénierie de la politique



























Du même auteur

ITI, Nouvelles, Éditions Quebecor Montréal, 1996.

Les Saisons littéraires, Guérin éditeur Montréal, 1996.

La Belle Province des satisfaits, Parti Pris vlb éditeur Montréal, 2003.

Un petit pas pour la femme, un grand pas pour l’humanité, Michel Brûlé
Montréal, 2009.
























© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04171-1
EAN : 9782343041711





à Dominique
à Georges
à 7 milliards de partenaires sociaux











































































As I would not be a slave, so I would not be a master.
This expresses my idea of democracy.

Abraham Lincoln


Il n’y a jamais eu de démocratie qui ne se soit pas suicidée.

John Adams


J’ai pitié d’un homme qui veut un vêtement si bon marché que l’homme
ou la femme qui le produit en mourra de faim.

Benjamin Harrison


Il n’est pas de pouvoir qui ne doive une part – et non des moindres – de
son efficacité à la méconnaissance des mécanismes qui le fondent.

Pierre Bourdieu
























9




Introduction : une révolution pour rien


La grandeur de la Convention fut de chercher la
quantité de réel qui est dans ce que les hommes
appellent l’impossible.
Victor Hugo.

Malgré la spectaculaire acquisition de compétences acquises par les
populations depuis un siècle, malgré le postulat qui définit la démocratie
comme un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, les
politiques ont confisqué le pouvoir pour l’exercer au nom de cette nouvelle
armée que constitue le commerce. La mise en garde du président Eisenhower
contre le complexe militaro-industriel n’a pas été écoutée. La révolution de
1789 n’a pas eu lieu, les Lumières se sont éteintes.

Comme en pleine guerre, les chefs politiques et industriels du monde se
réunissent régulièrement loin de leurs citoyens et de leurs représentants pour
fixer les règles qui confortent leur hégémonie politico-industrielle. Pourtant,
à l’origine de notre démocratie, le pouvoir du peuple (faire la loi) était
consacré et celui de l’exécutif-prescripteur absolument rejeté. Tous les
gouvernements depuis la Révolution se sont acharnés à retirer ce pouvoir au
peuple comme l’a souligné Pierre Rosanvallon.

L’exploitation insoutenable des êtres vivants et des ressources planétaires est
maintenant institutionnalisée par une politique mondiale corrompue, pour
des fins qui n’ont rien à voir avec une quelconque conception de l’humanité.
There is no such thing as society disait Madame Thatcher, il n’y a pas de
société, seulement des personnes qui ramassent ce qu’elles peuvent tant que
nous laisserons faire, dans une course folle de fin du monde. En fait, il existe
bien une société, celle des producteurs, mais elle ne connaît que le plaisir
immédiat et brutal du gain.

10 Misère de la démocratie
La politique est en effet doublement corrompue, une première fois comme
un logiciel d’ordinateur peut l’être : sa mécanique est grippée. Les sociétés
ont généré des systèmes politiques dont le fonctionnement produit des
résultats contraires à ce qui serait nécessaire pour réaliser les objectifs fixés
par leur population et même ceux que les partis politiques pourraient
imaginer.

Elle est corrompue une deuxième fois parce que le moindre élu doit sa
victoire à des puissances d’argent qui le dépassent et qui l’ont choisi : la
politique fonctionne ainsi, diront les politiques, intronisés dans cette secte
trouble qu’ils prétendent dominer. Même les plus purs n’y changeront rien.

Les entreprises ont asservi la politique à leur production et à la captation du
travail des citoyens. Pour l’État, donner une direction à un pays est devenu
impossible tant les choix essentiels sont imposés par ce que l’on appelle le
marché. Ces choix de société sont aujourd’hui fonction d’interactions
aléatoires entre différents acteurs commerciaux et non plus en fonction de
projets communs, de politique, de logique sociale ou d’idéaux, voire de leur
propre survie. Le marché n’a évidemment pas de projets de développement
humain… seulement des projets individuels non concertés, à la Thatcher. La
politique appartient à des prescripteurs, dirigeants professionnels qui ont
conduit les peuples à des guerres atroces et perpétuelles, à des crises
économiques et sociales et qui ne laissent que des miettes au titre du progrès.

Les citoyens, eux, ont quelques grands projets maintes fois exprimés. Les
énormes gaspillages dont ils sont témoins pourraient constituer autant de
ressources pour construire cette nouvelle société déjà en marche. Mais la
démocratie de représentation, celle du marché, est devenue un obstacle à
cette démocratie naissante, directe.

La politique n’est pas un besoin primaire, comme manger ou dormir disait
Hannah Arendt. Notre liberté, pas plus que notre existence, n’est nécessaire
à la vie de la planète. Nous pouvons nous détruire et ce n’est pas Dieu qui va
s’en offusquer. Et nous sommes proches d’un point au-delà duquel toute
tentative de sauvetage de ce système en accélèrera la faillite, parce que la
politique elle-même est basée sur une exploitation croissante des immenses
richesses de la Terre. Les pilleurs ne font que mettre à sa disposition le butin,
le moteur qui fait tourner aujourd’hui la chose publique.

Pourtant, il est encore possible de changer le monde, d’organiser la politique
d’une manière différente pour que les peuples la prennent en charge.
11




1 État des lieux : la mondialisation de la colère


La tour d’ivoire devient la tour de contrôle de la
navigation humaine.
Marshall McLuhan

2010 aura marqué le début de protestations qui ont secoué le monde entier.
D’abord en Tunisie, le 17 décembre 2010 dans la ville de Sidi Bouzid, puis
le 17 septembre 2011, à New York et finalement dans près de 1000 villes
dans le monde, dont 146 aux États-Unis (le mouvement Occupy). Des
1manifestations se sont tenues dans des dizaines de pays : Barhein, Russie,
France, Grèce, Canada et Québec, où les Premières Nations crient enfin :
Idle no more (fini la passivité), Brésil, Australie, Taïwan, Espagne, Chypre,
Italie, Géorgie, Ukraine, Angleterre, Égypte, Libye, Chine, Bangladesh,
Maroc, Birmanie, Thaïlande, Turquie, place Taksim. Certaines de ces
manifestations sont à peine mentionnées dans les médias. On estime que les
seules manifestations du 30 juin 2013 ont réuni entre 15 et 17 millions
d’Égyptiens !

Depuis des années, des mouvements permanents de citoyens se sont élevés
contre des injustices majeures : violence contre les femmes, prostitution,
travail des enfants, guerres, opacité des recherches sur la vie, OGM. En
21995, une grève générale en France a stoppé l’adoption de mesures injustes
que le gouvernement s’apprêtait à prendre, notamment pour réduire les
retraites. Leurs acquis se sont intégrés dans les vastes protestations récentes
qui dessinent les contours d’une nouvelle société réclamée par des dizaines
de millions de protestataires.

1 Voir l’évolution des manifestations mondiales sur :

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/08/27/tous-ensemble-la-carte-mondiale-desmanifestations-depuis-1979/
2 Remarques sur la paralysie de décembre 1995, Éditions de l’encyclopédie des nuisances,
Paris 1996.
12 Misère de la démocratie

Il faut ajouter à cette liste les précurseurs, l’Islande, qui a proprement mis à
la porte ses prédateurs financiers et ses élites en collusion et qui a décidé de
ne pas rembourser les autres pays victimes de leurs escrocs de souche. Puis,
dans le monde à gauche, à droite, des athées, des « freethinkers », se posent
en minorité discriminée. On se croirait à l’époque de Thoreau ou à celle des
draft-dodgers, les objecteurs de conscience, et des déserteurs du Vietnam
que la Suède et le Canada hébergeaient.

Trois dictateurs sont tombés en quelques mois et tous les gouvernements
sont visés, même les socialistes comme on l’a vu au Brésil au
printemps 2013 ou en France. Le dinosaure Yanukovich lui aussi est tombé,
ébranlant le système de dictatures périphériques instauré par Poutine pour
conserver dans l’union russe les anciennes provinces soviétiques.

Une constante dans les demandes populaires, partout : plus de pouvoirs à la
population, plus de transparence en politique et en affaires et l’expression
d’un besoin de démocratie qui va bien au-delà des systèmes dans lesquels
nous vivons. Et pas seulement dans les dictatures arabes ou des pays de
l’Est, mais ici même, à Paris, à Londres, à Montréal et même à Zurich et
Genève, où les Suisses ont décidé, par référendum, de contrôler les revenus
des grands patrons.

Les peuples – les citoyens – manifestent leur refus de se laisser gouverner
par des politiques qui, s’ils ne sont pas corrompus par l’argent le sont par
l’énorme pouvoir des lobbies des grandes entreprises, des seigneurs de
régions, de copains milliardaires, par l’attrait du pouvoir et par les menaces
économico-sociales proférées par ces manipulateurs du pouvoir économique.

Ces mouvements ont largement dépassé la simple pression sur le pouvoir, la
« désobéissance civile » prônée par les Verts. Nous sommes véritablement
dans une dynamique différente, qui vise à remplacer la démocratie de
représentation, devenue impraticable.

Une voix de garage

Le mouvement des Indignés a ouvert une brèche dans l’idée que nous nous
faisions de la démocratie. Il vise évidemment la compétence puisque, en
démocratie, c’est le peuple qui est et doit être compétent, mais aussi parce
que ceux à qui nous avons délégué notre compétence se sont révélés de très
Misère de la démocratie 13

mauvais administrateurs, quand ils n’étaient pas simplement des voleurs
professionnels, des rentiers du capital humain. On a vu des insouciants et de
véritables ânes diriger des pays modernes, conseillés par des experts en
catastrophes sociales : Berlusconi, Bush, Thatcher, Clinton, Blair, Sarkozy,
Harper, Poutine et l’on se dit que n’importe qui aurait pu faire l’affaire et
s’en tirer mieux.

En France, des dizaines de milliers de manifestants se sont opposés au
gouvernement. Le cafouillage politique et intellectuel qui a présidé à la
politique sociale du pouvoir n’est pas étranger à cette opposition. L’absence
de débat sur des sujets importants a mobilisé la population : adoption, aide à
la procréation, gestation pour autrui, retraites, écologie, fiscalité, OGM,
recherche ou énergie atomique. Tout le monde sent la nécessité d’un
nouveau contrat social, mais prend acte, en même temps, de la volonté des
gouvernants de ne pas laisser traiter ces matières par la population. Une
double absence, de débat et de philosophie, a provoqué, comme dans les
pays plus pauvres, la rentrée fracassante des religieux dans la politique.

En Russie, c’est toujours le père Ubu qui domine la politique, avec son lot de
violence. Lors de la grande manifestation du 6 mai 2013, des portiques de
sécurité ont été installés en plein air pour contrôler les manifestants. 5000
policiers étaient officiellement sur place, probablement beaucoup plus. Les
sites web dérangeants sont fermés. Là aussi le pouvoir a toujours flatté le
pouvoir religieux, lui donnant en pâture les courageuses Pussy Riot et
beaucoup d’argent.

Fin mai 2013, à Istanbul, une quarantaine de citoyens se sont opposés à la
décision du gouvernement islamiste de raser les six cents arbres d’un parc
pour y construire un centre d’achat et une mosquée. Une demande légitime
de la population qui suscita une répression féroce parce qu’elle allait à
l’encontre de visées religieuses du gouvernement. Par la suite, de
nombreuses manifestations, contrôlées par 25 000 policiers, ont dénoncé la
tentative d’islamisation du gouvernement et réclamé un retour à la laïcité
instaurée par Atatürk. Erdogan, chantre de l’éthique islamiste, est soupçonné
de corruption par sa propre police.

Le spectre des idées émises par les peuples n’a jamais été aussi large : contre
les guerres (en Irak, en Afghanistan, projets contre la Corée et l’Iran), sur
l’économie, la redistribution de la richesse, l’écologie, les ententes
internationales (A.M.I., Davos, G-20), l’immigration, le partage des
ressources et l’avenir du monde. Les actions populaires, même en grands
14 Misère de la démocratie
nombres, ne parviennent évidemment pas à changer le cours de politiques
aussi inflexibles que l’étaient autrefois celles des rois. C’est toujours par le
mépris que le pouvoir répond à ses citoyens, mépris de kleptocrates, de
« sachants » par opposition au peuple « inculte » ou « irréaliste ».

Dès que la population ouvre une brèche dans le système gouvernemental, la
machine politique se referme. L’entraide entre les groupes politiques en
apparence opposés est surprenante. Cette résilience politique est la
conséquence de l’immense pouvoir financier et industriel qui fait et défait
les gouvernants et les sociétés. Pour serrer les rangs, des députés québécois
3n’ont pas hésité à comparer les étudiants révoltés à Al Qaida ! Le Mal.

Les chefs d’État ont concentré le pouvoir autour d’eux. Lors des élections
québécoises de 2014, il n’y avait que les chefs sur les affiches électorales et
nombre d’électeurs ignoraient le nom des candidats. Les exécutifs se sont
désolidarisés de ce qui restait de la démocratie : les représentants. Ils
s’immiscent maintenant dans l’administration de la justice, défont la
4
séparation des pouvoirs , un principe de base de nos démocraties. Ils dictent
les lois aux députés réduits à des rôles de figuration. Les chefs d’État
s’entourent de conseillers non élus, parfois par dizaines, liés à des intérêts
privés qui sont les véritables décideurs. Les gouvernements n’utilisent
l’Assemblée nationale que pour placer un sceau sur leurs décisions – des
Assemblées nationales bien d’accord avec cette manière de procéder qui leur
assure un avenir éternel, une retraite dorée ou de nouvelles carrières de
conférenciers, consultants, avocats, lobbyistes, ou fonctionnaires à vie. Il
faut entendre Noël Mamère, un pur, défendre son pain…

Le rôle des représentants est de plus en plus celui de financiers des partis
politiques. Jean Charest, ex-Premier ministre du Québec a demandé à chacun
de ses ministres « d’aller chercher cent mille dollars ». Aux États-Unis, c’est
plutôt un million, une inflation qui nous rattrapera bientôt. En France, on
évoque parfois le contenant, des valises, comme lors du financement des
campagnes de Sarkozy, Dassault ou Balkany. Mais alors qu’il était
« inapproprié » de dire « tous pourris », il n’y a pas deux ans, ce refrain
n’indispose plus grand monde aujourd’hui.


3 Gabriel Nadeau-Dubois, Tenir tête, Lux éditeur Montréal 2013.
4 Pour Maurice Duverger, parler de séparation des pouvoirs est une absurdité quand la
majorité du gouvernement et celle de l’assemblée est la même.
Misère de la démocratie 15

Malgré l’absence d’éducation politique et économique, les peuples posent
aujourd’hui de vraies questions, mais ils n’ont toujours pas la parole. Ils
essaient de démanteler les corruptions, mais n’en ont pas le pouvoir. La
puissance des machines étatiques, associée à celle des entités industrielles
est telle qu’une révolution aujourd’hui apparaît difficilement envisageable et
serait durement réprimée par des policiers avec des moyens d’aliens, ou
simplement autoréprimés, tant la construction économique, le fric, touche
chacun de nous. Et pourtant…

Travaux pratiques : le Québec

Admiré par les Français pour ses progrès sociaux, le Québec est un
microcosme parfait pour étudier la corruption et le chantage industriel. Non
pas parce qu’il serait plus corrompu qu’un autre pays, mais parce qu’il a
connu toutes les phases du processus en accéléré. Sous Duplessis, entre 1944
et 1959, une corruption généralisée s’y est installée. On achetait les votes,
remplissait les urnes, fort d’une police politique et d’une Église complice.
Pour financer ces activités criminelles, on vendait à vil prix le minerai de fer
aux Américains. Un peu comme aujourd’hui encore.

Par la suite, le Québec a rattrapé son retard à grande vitesse grâce à une
volonté farouche d’émancipation. Mûrie par des expériences diverses, cette
transformation a touché tous les domaines : alphabétisation spectaculaire,
mise en œuvre en urgence d’un système d’éducation, reprise en main de
l’économie (auparavant canadienne-anglaise) et des ressources naturelles,
diminution de la corruption. Quand les capitalistes canadiens-anglais
manœuvraient pour étouffer cette Révolution tranquille, les acteurs de ce
changement réinventaient leur économie et leurs institutions.

Jusqu’en 1995, la population s’est réunie autour d’un projet de société pour
faire de la province un État indépendant. 1995, c’est l’année du dernier
référendum, perdu par une cinquantaine de milliers de voix sur cinq
millions, dans un contexte de fraude massive par le gouvernement fédéral et
5des entreprises affiliées , qui a pris le nom de « scandale des commandites ».
6Trois cents millions avaient été dépensés par le contribuable canadien pour

5 Normand Lester et Robin Philpot ont écrit plusieurs ouvrages sur le sujet.
6 Le référendum de 1995 a été volé grâce à un déferlement d’argent d’entreprises canadiennes
anglaises, à la naturalisation de masse de nouveaux immigrants qui ne pouvaient, le
lendemain, voter pour l’indépendance d’une province et le vote polarisé de certaines
16 Misère de la démocratie
le financement de cette campagne, hors du contrôle de la loi québécoise sur
le financement des partis politiques qui ne vise que les délits commis au
Québec, pas ceux commis par les gouvernements voisins.

Depuis 1995, les intérêts des Québécois se sont éparpillés et le malaise
identitaire a contribué à deux décennies d’errance politique qui ont mis fin
au projet social élaboré dans les années 70. En même temps que se
développait ce projet de société, le gouvernement libéral installait un
système de financement des partis politiques qui a pris un essor vertigineux
lors de la construction des installations olympiques, essor freiné par
l’élection du Parti québécois, puis repris après sa chute en 2003. La province
est redevenue une démocratie telle que l’écrivain John Grisham ou le
sociologue Jacques Rancière l’ont décrite, grevée par la corruption. Mais les
petites nations, le Québec en particulier, ont la faculté de pouvoir créer des
sociétés conviviales, efficaces, tout autant que des sociétés mafieuses.

Pour qu’un système de corruption s’installe, il faut des liens très forts entre
la grande entreprise et le politique. Il faut qu’existe un potentiel de chantage
réciproque. Il faut des forces qui, en arrière, parviennent à convaincre des
personnes d’agir de telle manière. Ce n’est pas seulement « la mafia » qui
joue ce rôle. Les politiques ont installé, au fil des ans, des réseaux puissants
qui s’affrontent mais monopolisent la richesse.

Les spécialistes parlent de synergie entre les systèmes politiques et le crime
organisé. De grands empires de travaux publics se sont constitués à partir de
presque rien. Jusqu’à tout récemment, des indics de la mafia tenaient des
postes importants au ministère du Revenu du Canada, au point où un
remboursement d’impôt de 400 000 dollars a été envoyé à Nick Rizzuto, un
mafieux qui devait pourtant 4,5 millions au fisc. Par chance, ses assassins ne
lui ont pas laissé le temps d’encaisser le chèque.

Mais il faut faire travailler ces entreprises issues du blanchiment. Le
développement de la ville de Laval est un cas-école. C’était la terre promise
par sa proximité de Montréal, l’image du bonheur américain, la pelouse, la
piscine et l’auto. Malheureusement, cela s’est fait sur des terres agricoles de
première qualité, au détriment de maraîchers comme on en trouve encore en
Angleterre et comme on en voudrait aujourd’hui, une agriculture de qualité à
deux pas de ses clients, un rêve.

communautés…ce que le premier ministre Parizeau a résumé ainsi : « de l’argent et des votes
ethniques ».
Misère de la démocratie 17


Mère de l’étalement urbain, Laval a vidé Montréal tout en négociant des
infrastructures coûteuses dont les quartiers nord de Montréal (sur le côté sud
du fleuve) ont été privés : trois stations de métro (alors même que l’aéroport
de Montréal n’est pas desservi), des systèmes d’aqueduc et d’égout, des
routes, des ponts engorgés par destination (Montréal est une ile), des centres
commerciaux, des centres sportifs, des écoles, une université. C’est
l’exemple même de sédation du citoyen : la création d’un cocon en échange
du silence, une sorte de pacte avec Lucifer... et avec le BTP. Une formule
universelle qui pose en permanence la question de l’utilité et de la finalité
des travaux publics, stades, barrages hydroélectriques, ponts.

Établir une nouvelle communauté sur un territoire apparemment vide, c’est
l’Eldorado pour les financiers, les promoteurs et leurs groupies. Laval, c’est
la construction de trois maires suspects : Lucien Paiement, Claude Lefèvre et
Gilles Vaillancourt. Le deuxième aurait reçu 800 000 $ de « gens
7d’affaires » en 1989 pour laisser la place au troisième, trois maîtres absolus
de l’espace parce que, au Québec, le territoire n’a jamais vraiment été
protégé avant René Lévesque, en 1976, et encore aujourd’hui, il l'est très
peu ! Laval, c’est une mauvaise idée de développement d’un pays et de
développement urbain.

Pendant plus de vingt ans et dans plusieurs villes, bureaux d’ingénieurs,
entrepreneurs de travaux publics, fournisseurs de matériaux, ont construit
des organisations qui leur ont permis de soustraire des sommes colossales
aux citoyens. La police estime que 90 % des contrats octroyés à plusieurs
bureaux d’ingénieurs l’ont été en contrepartie de financement politique
frauduleux. Une partie de ces fonds ont été convoyés en Suisse et ailleurs par
des mules, des amis et même des enfants. Les fonds qui payaient les travaux
étaient amputés de 2 % pour la mafia et de 3 % pour les partis politiques au
pouvoir. La mafia poliçait le système en choisissant ceux qui allaient
effectuer les travaux et les partis politiques donnaient les commandes, sur
« recommandation » de bureaux d’ingénieurs et de consortiums comme dans
le scandale des compteurs d’eau à Montréal.

Comme il s’agissait d’un système totalement contrôlé par les
collusionnaires, le montant des travaux était aussi augmenté de 15 à 30 %,

7 https://twitter.com/LesNewsCa/status/269402385808515073
18 Misère de la démocratie
8selon les témoignages reçus à la Commission Charbonneau . Les travaux
étaient mal exécutés, avec des matériaux tout aussi corrompus, ce qui a
provoqué l’effondrement de viaducs (dont deux à Laval qui ont tué 6
9personnes) et de pièces de béton . Corruption de la corruption, ces surplus
n’étaient pas reversés aux partis : c’était plutôt la contrepartie d’une entente
satanique où les partis se contentaient des miettes comme cela se produit
lorsque vous confiez à une mafia le soin de faire le sale travail.

À Laval, troisième ville du Québec, le conseil municipal au complet
participait à des opérations de financement illégal en servant de prête-noms
pour blanchir les pots-de-vin en provenance d’ingénieurs et d’entrepreneurs.
Les avocats et les notaires impliqués dans un tel système constituent des
barrages imposants. Perquisitionner chez eux est difficile. Ils sont experts en
opérations complexes de financement et de mobilité des fonds. On ne peut
en dire autant de la famille du bon maire : entendant frapper à sa porte, une
parente a tenté de faire disparaître dans les w.c. des centaines de billets de
20 $, mais les nouveaux billets en polymère flottaient obstinément chasse
d’eau après chasse d’eau…

Arrêté, accusé, et évidemment sans faire de campagne électorale, à la veille
d’un nouveau scrutin, le bon maire aurait encore récolté 8 % des voix selon
un sondage ! Moins d’un an après l’orage, la Ville libérée de sa tutelle paiera
1,5 million aux élus « sortants », au titre d’indemnités de « départ », malgré
10leurs aveux de financement occulte devant la commission Charbonneau .
Réflexe de colonisé aurait hurlé le poète Gaston Miron.

Les élus de la Ville, pour remplacer le maire « démissionnaire », en ont
nommé un autre, l’un des leurs... qui sera arrêté six mois plus tard pour
corruption (14 chefs d’accusation, complot, fraude).

Accurso, un entrepreneur québécois, se serait associé au Fonds de Solidarité
de la FTQ, filiale de l’un des grands syndicats de la province, pour réaliser
un montage qui lui aurait permis d’obtenir un crédit d’impôt de 45 millions
de dollars. Catania, un autre entrepreneur aurait tout comme Accurso, utilisé

8 La Commission Charbonneau a été créée en octobre 2011 après que les partis d’opposition
l’aient exigée pendant deux ans :
http://www.radio-canada.ca/sujet/visuel/2013/01/09/002commission-charbonneau-revelations.shtml
9 Jessica Nadeau, Un viaduc sur trois est mal en point, Le Devoir, 15 janvier 2014.
10 Kathleen Lévesque, 1,5 million pour les ex-élus de Vaillancourt, La Presse, 7 décembre
2013.
Misère de la démocratie 19

11des « montagnes de fausses factures » selon le quotidien La Presse , qui
auraient servi à recevoir un remboursement de TVA. Catania a aussi tiré
profit de la cession d’un terrain, par la Ville de Montréal, au dixième de sa
valeur. Des séquences filmées par la police montrent Catania mettre des
12liasses de billets dans ses chaussettes , parce qu’il « avait peur des
voleurs », dira-t-il, « comme tout le monde ».

Trois rapports officiels sur la corruption au Québec (à Montréal et à Laval en
particulier) ont été mis en veilleuse. S’il n’y avait pas eu des journalistes
13courageux pour mener leur enquête et faire parler des repentis, la
commission Charbonneau n’aurait jamais vu le jour. Ira-t-elle assez loin ?

Cette Commission a démontré que beaucoup d’élections sont faites clés en
main. On ne bourre plus les urnes comme dans une république de bananes,
ce sont maintenant des spécialistes du « financement électoral » qui pilotent
les élections. Les partis amassent des sommes colossales, bien plus que ce
qui est nécessaire, grâce aux dons illégaux ou lors de cocktails de
financement, légaux, qui liment les dents de la loi sur le financement des
parti. Bien entendu, les dépenses ne seront pas toutes comptabilisées : si
vous dépensez plus que vous avez reçu, c’est que vous une caisse noire
quelque part. Selon le directeur des élections, seulement 1 % des 4 millions
d’électeurs québécois contribuent au financement des partis. 1 % de quatre
millions d’électeurs qui donnent chacun 100 $, cela fait 4 millions de dollars
pour une élection alors que les partis dépensent ensemble, pour une seule
14élection provinciale au moins cinq fois cette somme.

Secret de polichinelle, on ne trouve plus de bénévoles bénévoles, cela
n’existe plus, ils sont payés… au noir ou fournis illégalement par des
entreprises. Les futurs députés fraudent donc l’impôt pour se faire élire. Pour
eux, c’est comme un baptême ou une circoncision. Certains le savent, la
plupart s’en moquent.

La Loi sur le financement des partis politiques de René
Lévesque a mis fin, en 1977, à des mœurs électorales
décadentes. Modifiée à plusieurs reprises, elle a été, selon

11 La Presse, samedi 12 mai 2012.
12 Ibid.
13 Alain Gravel, Marie-Maude Denis, de Radio-Canada et l’équipe d'enquête ont fait un
travail remarquable et dangereux.
14 RDI, 30 mai 2013, témoignage de Me Jacques Bertrand, commission Charbonneau.
20 Misère de la démocratie
des témoins à la Commission Charbonneau, contournée
après chaque modification.

Des prête-noms diviseront une grosse contribution d’une
entreprise (qui ne peuvent pas légalement contribuer) en
centaines de contributions légales par des parents
d’employés qui seront doublement remboursés : une fois
par l’entreprise et une autre fois (à 90 %) par un crédit
d’impôt ! L’État est ainsi volé deux fois et même une
troisième quand il rembourse leurs dépenses
électorales aux partis. Ces fraudeurs nous dirigent et
gèrent les milliards de nos impôts.

Les témoignages à la commission Charbonneau montrent que l’un des deux
grands syndicats, la FTQ était infiltrée par le crime organisé et que la
direction le savait. L’un des buts de l’opération était de faire financer, par le
Fonds d’investissement du syndicat, des entreprises contrôlées par la pègre.

Un ingénieur d’un grand bureau de Montréal m’a promené dans un
quadrilatère d’à peine cinq cents mètres de côté. À droite et à gauche, il me
montrait des immeubles et me racontait leur histoire. L’architecte de l’un
d’eux avait été contraint de « choisir » telle pierre, qui se délitait quelques
semaines après avoir été posée. Un autre chantier avait été abandonné par
l’architecte qui ne pouvait se résoudre à agir comme on le lui demandait,
encore heureux d’avoir pu se retirer.

Tous pourris ? Des optimistes remarquent que moins de 0,1 % des maires
québécois ont quelque chose à se reprocher, oubliant qu’une grande partie
sinon l’ensemble des hauts responsables de la première et de la troisième
ville du Québec ont été arrêtés. Avec quelques autres municipalités
douteuses, ce 0,1 % « représente » plus de la moitié de la population de la
province… Et l’on ne parle que de travaux publics. Un jour, peut-être,
parlera-t-on des trains, des avions, des contrats d’informatique des copains,
des officines gouvernementales bidon, que sais-je ?

Cette petite histoire du Québec est exemplaire parce qu’elle a révélé un
stratagème d’enrichissement et de fraude basé sur un développement non
planifié et coûteux, un modèle comparable à celui de Levallois-Perret.

Nous aurions pu choisir l’Allemagne, où Volkswagen (dont un Land est
actionnaire !) avait salarié des parlementaires européens, l’Ukraine ou
Misère de la démocratie 21

seulement Marseille où là aussi tout un conseil municipal s’est retrouvé à
l’ombre, mais la France, comme tout grand pays, a développé un réseau
inextricable et sophistiqué de corruption, de hiérarchies complexes où la
corruption est sans limites. Les petites nations recherchent l'indépendance
pour quitter cet état de fait et changer le monde.

Peut-on encore appeler corruption la communion de la politique et des
puissances d’argent ? Les représentants américains se plaignaient de
recommencer à trouver le financement de la campagne électorale suivante
dès le lendemain des élections. Des parlementaires à la bouche vermeille,
gros et gras, au teint frais : la moitié d’entre eux sont multi-millionnaires,
15comme en Chine. Si l’on en croit un article publié dans « The Nation » ,
médias, pouvoir et argent achèvent leur fusion. Un arrêt rendu par la Cour
16Suprême des États-Unis en janvier 2010 vient de faire exploser les limites
du financement des partis en période électorale qui avaient été mises en
17place en 2002 pour préciser une loi de 1971 . Selon cet arrêt, les groupes
privés, entreprises, syndicats et autres ont le droit de faire valoir leurs
« opinions ». Kraft ou Monsanto aurait une opinion sur l’immigration,
18l’enseignement, l’armée, l’avortement ? Les entreprises peuvent ainsi
diffuser sans limites des films, vidéos et publicités à caractère politique.
Bien entendu, la précision faite à propos de l’argent des gouvernements
s’applique aussi à l’industrie : l’argent des entreprises provient des
consommateurs qui, par leurs achats, paieront ainsi les pubs-opinions, au
petit déjeuner avec les céréales ou en achetant de l'essence. Il s’agit d’une
manipulation du droit, mettant sur le même pied la personne morale, un
commerce, et le citoyen, seul vrai sujet politique vivant.

La petite corruption

Claude Guéant, ministre français de l’Intérieur au-dessus de tout soupçon,
aurait ramassé, en plus de son salaire de ministre, dix mille euros par mois,
non imposables provenant d’un fonds destiné à payer les indics et des
opérations policières. Claude Guéant étalait, paraît-il, des enveloppes de

15 Robert W.McChesney et John Nichols, The Nation (New York) 29 novembre 2010, cité par
Le Monde Diplomatique août 2011.
16 Citizens United v. Federal Election Commission, 558 U.S. 08-205 (2010).
17 The Bipartisan Campaign Reform Act of 2002 (BCRA, McCain–Feingold Act, Pub.L.
107155, 116 Stat. 81, enacted March 27, 2002, H.R. 2356.
18 La réponse est oui ! C’est une forme de suffrage-financement censitaire.
22 Misère de la démocratie
billets avec des titres : « micro-ondes », « mixer », comme ma vieille tante
en préparait pour le boucher, les PTT et le curé. Roselyne Bachelot, une élue
UMP qui faisait partie du même gouvernement a commenté ainsi la défense
de son ex-confrère : « c’est un menteur ou un voleur ».

19Jean-François Kahn a rapporté que M. Guéant, pour justifier un virement
de 500 000 euros sur son compte en banque, a déclaré avoir vendu pour cette
même somme deux tableaux à un avocat exotique. Il aurait également
participé à l’arbitrage de la cause Tapie qui a redonné en catimini au tycoon
français quelques centaines de millions d’euros pour régler le conflit
20l’opposant au tout aussi opaque « feu » le Crédit Lyonnais. Nous sommes
véritablement dans un système de fin du monde où n’existent ni la crainte de
Dieu ni la crainte de la loi. Ce qui compte est de profiter de ce qui passe.
21Tous ne seront pas pris …

Politique, c’est aujourd’hui fréquenter des clubs privés, dîner
indifféremment avec les journalistes, les entrepreneurs, la mafia, consommer
22
une drogue quelconque , jouer au proxénète. Tout semble permis en
politique tant que cela reste entre pros. Quand une affaire sort, proches et
journalistes disent qu’ils le savaient, un problème d’éthique pour la presse
française qui savait que le contribuable finançait la double vie de Mitterand,
qui savait aussi pour DSK. Ce qui est inacceptable pour un ouvrier est sans
importance pour un politique. Le talent de durer est un bouclier magique et
chacun se retrouve dans le regard de l’autre. Pourquoi, en effet, le Sénat
français a-t-il invité DSK à pérorer dans son enceinte si ce n’est que pour se
mirer lui-même dans ses yeux, pour parler avec son dieu de l’économie et
procéder à une sorte de confirmation laïque ? Une évidence pour quiconque
aura écouté les insignifiantes généralités exposées par DSK à ces béats
sénateurs.

Les politiques déchus ont leur purgatoire : une année à l’ENAP au Québec
aura blanchi Alain Juppé. Balkany (maire de Levallois) fera coup double,
bronzer et se blanchir en même temps à Saint-Martin avant de revenir en
politique malgré une condamnation de deux ans de prison avec sursis et celle

19 ère Samedi et rien d’autre, Joël Le Bigot, Radio-Canada 1 chaîne, 15 juin 2013.
20 L’incendie du siège du Crédit Lyonnais a laissé planer un doute (qui plane toujours) sur la
disparition opportune de documents.
21
http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20130626.OBS4631/affaire-tapie-lesdessous-d-une-incroyable-arnaque.html
22 Kennedy, Boisclair (ex-premier ministre québécois), ou Ford, maire de Toronto.